‹ Élémens de pathologie chirurgicale (volume 2)Chapitre 55 sur 205 · CANCER DU TESTICULE · texte numérisé non relu

CANCER DU TESTICULE

à mesure que la maladie fait des progrès, au bout d’un certain temps, on voit s’accumuler une certaine quantité de sérosité dans la tunique vaginale. La tunique albuginée, distendue par le développement de la masse morbide, est ferme et tendue. Peu à peu cette membrane cède, la tumeur devient plus volumineuse, puis, au bout d’un certain temps, elle-même est envahie; la masse cancéreuse n'étant plus gênée dans son évolution se développe avec rapidité, l’épididyme se prend, le scrotum se laisse distendre par la masse morbide,

Si on examine cette masse le scalpel à la main, on voit qu’elle renferme, outre du tissu encéphaloïde, de petits kystes remplis de sérosité sanguinolente, des masses jaunûtres analogues à de la matière tuberculeuse, et qui ont été regardées comme une dégénérescence graisseuse de la matière cancéreuse : de la matière offrant la dureté du cartilage, qui paraît être cette espèce d’enchondrome que nous avons déjà vu dans les canaux séminifères. |

Au bout d’un temps souvent fort court, la tunique albuginée et le scrotum s’ulcèrent, un énorme fongus fait saillie à travers la solution de continuité. Le volume de cette tumeur est souvent très considérable. P. Boyer a enlevé un cancer du testicule qui pesait 4506 grammes. La consistance du fongus est variable, mou dans certains points, plus dur dans d’autres. Le cancer ne diffère point d’ailleurs de celui des autres, organes, On y trouve également des foyers contenant du sang épanché.

La dégénérescence ne se borne pas au testicule, le cordon spermatique, les ganglions lymphatiques, sont bientôt envahis par la maladie, et l’on peut suivre dans la cavité abdominale, et jusque dans la région lombaire, des masses cancéreuses à différens degrés de développement. Celles-ci compriment les vaisseaux et surtout la veine cave, qui a été trouvée perforée et remplie de matière cancéreuse. Les ganglions mésentériques, les reins, les vertèbres elles-mêmes, n’échappent pas à la dégénérescence.

Symptomatologie. — Au début on observe seulement une augmentation de volume du testicule. Cet organe conserve néanmoins sa forme. Les malades accusent une douleur vague, une légère sensibilité, quelquefois on constate un léger épanchement dans la tunique vaginale. Bientôt la tumeur s'accroît, quelquefois avec une certaine lenteur, d’autres fois avec une grande rapidité. Le testicule est bosselé et irrégulier; si l’on palpe la tumeur on la trouve molle dans certains points, plus dure dans d’autres. A mesure que la maladie fait des progrès les douleurs deviennent plus vives, elles sont souvent lancinantes; le poids de la tumeur détermine une gêne parfois très grande. Le cordon spermatique s’indure, le scrotum se distend, les veines qui le sillonnent se dilatent, deviennent variqueuses.

Si les ganglions lombaires sont envahis par la maladie, on peut les sentir chez les sujets amaigris, On voit survenir de l'œdème des extrémités inférieures par suite de la compression des veines abdominales, des douleurs plus où moins violentes se font sentir le long de la colonne vertébrale,

Lorsque le scrotum est ulcéré et que la tumeur se présente au dehors, on voit s'écouler une sanie fétide sanguinolente ; ‘le fongus s'étale, se détruit partiellement et des lambeaux mortifiés se retrouvent au milieu des pièces de pansement; des hémorrhagies parfois très abondantes se renouvellent à des intervalles plus ou moins éloignés, et bientôt le malade succombe, soit à l’épuisement général, soit à la lésion de quelque organe important envahi par le cancer.

Étiologte. — Le cancer encéphaloïde du testicule se montre principalement chez les jeunes sujets. Il est déjà moins fréquent dans l’âge adulte, les exemples de tumeurs de cette nature développés chez des enfants en bas âge ne sont pas très rares.

Ilest rare que les deux testicules soient en même temps envahis par le cancer. |

Diagnostic. — Le cancer du testicule peut être confondu avec Phydrocèle, l’hématocèle, les kystes du testicule, les tubercules, le testicule syphilitique.

I'est facile de reconnaître l’hydrocèle à sa marche, à sa transparence, à la douleur que cause la pression quand on comprime le testicule sain au milieu de la sérosité.

Quant à la valeur du poids spécifique des tumeurs comme élément de diagnostic, quoique la plupart des chirurgiens y attachent une immense importance, il est aisé de se convaincre que ce signe ne mérite pas toute la confiance qu’on lui accorde. Voyons, en effet, comment et dans queles conditions le chirurgien est appelé à apprécier ce poids spécifique. C'est la main qui, soulevant la tumeur, doit estimer le poids de toute la masse, et ces tumeurs, quoique de même nature, peuvent être les unes très mobiles parce qu’elles sont comme appendues à des pédicules qui permettent de les porter dans tous les sens ; les autres , au contraire, presque immobiles et ne se laissent que difficilement soulever parce qu’elles sont fixées par la contraction du crémaster, du dartos et du scrotum. Remarquons encore qu'il ne s’agit pas ici d'apprécier le poids absolu de cette tumeur, mais bien sa pesanteur spécifique relative à une autre masse d’un volume différent, et cette masse le chirurgien ne l'a pas sous la main pour la pesér comparativement avec la première ; mais c'est une masse qu'il a pesée il y à quelque temps dans des conditions aussi défavorables que celle-ci, et dont le poids spécifique lui est resté tlans la mémoire.

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