‹ Élémens de pathologie chirurgicale (volume 2)Chapitre 73 sur 205 · ÉLÉPHANTIASIS DU SCROTUM · texte numérisé non relu

ÉLÉPHANTIASIS DU SCROTUM

travail que nous empruntons les principaux traits relatifs à cette maladie.

Añatomie et physiologie pathologique. — La peau, dans les premiers temps, n’est pas modifiée ; elle semble tout au plus $’amincir par distension ; bientôt elle se durcit, devient épaisse, rugueuse. Chez un malade opéré par Delpech, elle avait la consistance d’un cuir demitanné de trois pouces d'épaisseur dans le point correspondant au prépuce; à mesure qu’elle augmente d'épaisseur et de consistance, elle devient plus extensible, surtout à la partie inférieure; en même temps l'épiderme s'épaissit, s’écaille en devenant adhérent au derme. La texture du derme fait par disparaître, et en s’hypertrophiant ce tissu devient homogène, de couleur blanchâtre, d’une consistance comme lardacée, comparable au squirrhe sans apparence ou trace de fibres ; dans l'épaisseur du derme se trouvent des vacuoles, des espèces de kystes renfermant une quantité variable de sérosité. |

Le tissu cellulaire sous-cutané est également hypertrophié; ses lame sont d'autant plus épaisses et d’autant plus denses que l'on se rapproche davantage du derme: elles se cloisonuent et forment des cavités cellulo-fibreuses, remplies d’une sérosité fluide, albumineuse ou gélatiniforme, Dans quelques points on trouve des noyaux beaucoup plus durs, d'apparence squirrheuse, qui ne tardent pas à s’isoler et à former au milieu de la masse morbide des tumeurs distinctes, de volume variable.

Les autres couches qui constituent les bourses sont également hyper | trophiées. Delpech a vu les cremasters plus charnus qu'à l'état normal ; les tuniques vaginales sont distendues, contiennent presque toujours une certaine quantité de sérosité; souvent on y rencontre une matière semi-fluide, gélatiniforme, coagulable par la chaleur.

L'altération des ganglions et des vaisseaux lymphatiques à été observée chez quelques malades ; mais elle n’est pas assez constante pour jusüfier cette opinion qui consiste à regarder cette affection comme déterminée par une maladie des vaisseaux lymphatiques.

Le cordon, les testicules sont souvent sains et situés à la partie supérieure de la tumeur, dans le voisinage des anneaux. Chez quelques sujets, ils sont atrophiés ou hypertrophiés; chez d’autres, ils renferment de véritables kystes.

Le pénis participe fort souvent à l’hypertrophie des bourses, quelquefois il est complétement englobé par la tumeur.

Symptomatologqie. — Quelques auteurs ont signalé quelques accidens prodromiques avant l'apparition de la témeur. Les malades éprouvent de la fièvre, de linappétence, de la soif, de la douleur au scrotum, puis le gonflement survient et augmente progressivement à mesure que les

accès de fièvre sont plus rapprochés et plus intenses. La maladie débute quelquefois par le prépuce (Delpech), gagne toute la peau de la verge avant d’envahir les bourses ; quelquefois elle commence par le pénis ou par un point quelconque du scrotum. Le gonflement est généralement accompagné, à son début, d’une réaction inflammatoire assez vive ; bientôt la réaction cesse, mais l’engorgement persiste. Cet état reste rarement stationnaire ; le plus souvent la tuméfaction fait des progrès incessans, tantôt lens, tantôt rapides. L'éléphantiasis peut acquérir des dimensions énormes, descendre jusqu'aux genoux, jusqu'aux mollets, et même jusqu'aux talons; il n’est pas rare de voir des tumeurs du poids de 20 à 25 kilogrammes. Les annales de la science renferment un assez grand nombre de faits où l’on a observé des tumeurs plus volumineuses. On lira dans le rapport de M. H. Larrey plusieurs cas extrêmement intéressans ; il y rapporte l’histoire de ce malade, qui se promenait avec Sa tumeur et s’en servait pour ainsi dire comme d’un escabeau Jorsqu'il était fatigué, et prolongeait assez longtemps cette attitude sans éprouver ni douleur ni malaise, En s’asseyant de la sorte il calmait quelques légers tiraillemens, seuls symptômes, du réste, dont il se plaignait.

La peau du pénis, entraînée en bas par le poids de la tumeur et la distension du scrotum, présente une disposition des plus singulières, le fourreau de la verge est retourné sur lui-même de manière à former au canal de l’urèthre un prolongement quelquefois de 25 centimètres. Le nouveau méai est placé sur la partie moyenne ou inférieure de la tumeur: il a chez certains sujets la forme de l’ombilie, chez d’autres celle d’une vulve étroite. L’urine n’est plus projetée à distance, elle suinte ou coule en nappe par cette espèce de canal. L’épaississement des tégumens empêche Pirritation que causerait le contact de l'urine; chez quelques sujets cependant l’action du liquide sur la peau détermine des excoriations très douloureuses. La peau des régions pubiennes, inguino-crurale, ano-périnéale, est déplacée par le fait du développement de la tumeur, dont elle forme l'enveloppe tégumentaire.

La tumeur est arrondie ou ovoïde, souvent bilobée dans le sens ver tical, c’est-à-dire selon la direction de la cloison des bourses ; elle est supportée sur un pédicule plus ou moins large; sa coloration est variable, elle est parsemée de mamelons plus ou moins foncés, de squames, de croûtes, au-dessous desquels se trouvent de petits ulcères.

La tumeur est molle au début, peu à peu elle augmente de consistance, mais d’une manière irrégulière; car, dans certains points, elle donne la sensation d’une fausse fluctuation, tandis que dans d’autres elle offre une dureté considérable. Les désirs vénériens sont conservés.

Les Symplômes généraux sont à peu près nuls; chez quelques malades on observe des accès de fièvre plus ou moins intenses, plus ou moins

Page 1