ÉLÉPHANTIASIS DU SCROTUM
irréguliers, et coïncidant presque toujours avec une augmentation de volume de la tumeur.
Le diagnostic de l’éléphantiasis des bourses est en général extrémement facile ; peut-être à la rigueur pourrait-on confondre l’æœdème du scrotum avec un éléphantiasis commencant, mais la marche de la maladie, son mode de développement ne peuvent laisser longtemps le praticien dans le doute. Nous ne croyons pas qu’il soit possible de prendre un éléphantiasis pour une tumeur du testicule ou du cordon spermatique.
Pronostic. — Cette affection est sans gravité pour la santé générale ; mais elle ne disparaît presque jamais spontanément ou par l’action des médicamens ; elle reste rarement stationnaire, finit au contraire, par le développement que peut prendre la tumeur, par apporter une gêne telle que l’on est obligé de recourir à une opération, dont les suites peuvent être des plus graves. D’un autre côté, on voit souvent survenir des ulcérations qui ont pour la santé des conséquences fort sérieuses ; on peut donc dire que l’éléphantiasis du scrotum est fort grave.
Traitement. — La thérapeutique de léléphantiasis du scroitum est à peu près nulle; non-seulement les remèdes conseillés contre cette affection ont été à peu près inefficaces, mais encore il est rare que les malades, soit par insouciance, soit par superstition, se soumettent à un traitement régulier qui pourrait, au début, donner quelques résultats avantageux. Peut-être le changement de climat pourrait-il arrêter dans sa marche une tumeur commençante. Les antiphlogistiques, les sudorifiques, les préparations iodées ou iodurées, les mercuriaux, les purgatifs, les vomitifs, les préparations arsenicales, les vésicatoires, les cautérisations, les topiques les plus variés, et fort souvent les plus bizarres, ont été conseillés, mais presque toujours sans avantage appréciable. Peut-être la compression, le repos dans la position horizontale, sont-ils appelés à de meilleurs résultats ; mais jusqu’à présent cette méthode n’a pas eu l’occasion d’être appliquée assez souvent pour qu'elle puisse être recommandée comme efficace. A la vérité, on à obtenu quelques cas de guérison, même définitive, à laide de la combinaison d’un certain nombre de ces derniers moyens; mais les succès ont été assez rares pour qu’en ne puisse rien formuler sur leur valeur. Ve
Les ponctions et les scarifications amènent quelquefois la diminution de la tumeur, y procurent l’évacuation d’une certaine quantité de sérosité ; peut-être des sétons pourraient-1is avoir de bons résultats. Larrey a obtenu un peu de diminution chez un vieillard qu'il eut à soigner au Caire : un large séton entretenait un écoulement continuel de sérosité,
L'extirpation est la seule ressource, lorsque la tumeur, par son développement excessif constitue une pénible et hideuse infirmité.
Bien que cette opération ait été pratiquée bien avant Larrey, c’est à ce chirurgien que revient l'honneur d’en avoir posé l’indication formelle. Depuis le commencement de ce siècle, eile a été faite un assez grand nombre de fois; plusieurs praticiens même ont souvent répété cette opération.
En pratiquant cette opération, à laquelle on a donné le nom d’oschéotomre, le chirurgien a un double but : 1° de débarrasser le malade de la masse morbide qu’il traîne avec lui; 2° de garantir, s’il est possible, les organes virils presque toujours intacts au milieu des dégénérescences les plus avancées.
1! est difficile de tracer des règles applicables, nous ne dirons pas à tous les cas, mais à la plupart des cas d’éléphantiasis; le volume de la tumeur, l’état du pénis, la position du testicule, l’intégrité d’un des côtés du scrotum, sont autant de circonstances qui doivent modifier le manuel opératoire : toutefois, on peut dire d’une inanière générale qu'il faut pratiquer l’extirpation de tous les tissus hypertrophiés, indurés ; il faut en outre se ménager vers le pédicule de la tumeur, ou sur les côtés, une quantité de peau assez saine, assez souple pour servir de fourreau à la verge et d’enveloppe aux testicules. Le chirurgien aura le soin de faire ses incisions parallèles aux cordons spermatiques, afin d'éviter la lésion de ces organes. Esdaile conseille de tenir la tumeur élevée pendant quelques minutes avant de l'entamer, afin de la vider s’il est possible d’une partie du sang qu’elle contient.
Cette opération présente des difficultés réelles : il est à remarquer qu'elle n'est pas douloureuse en raison de l’état anesthésique que la maladie elle-même imprime à la tumeur. Elle n’est pas excessivement grave, puisque Esdaile, qui a pratiqué 161 opérations d’éléphantiasis, n'aurait eu à déplorer que 5 morts pour 160 opérés.
Nous n'insisterons pas sur les complications qui peuvent se présenter : une hernie, par exemple. Tout le monde comprend qu'il faudrait, avant de pratiquer l’ablation de la tumeur, procéder à la réduction. Nous ne dirons rien non plus des accidens qui pourraient survenir pendant l'opération , de l'hémorrhagie par exemple; on s’en rendrait maître par la ligature, par la torsion, etc.
Aussitôt que l’extirpation sera faite, on procédera à la réunion des lambeaux, en recouvrant le pénis et les testicules à l’aide des tégumens ménagés à cet effet.
Cancer du scrotum. Cette affection a été étudiée précédemment, (Voy. Cancer des ramoneurs, 1, I, p. 394.)
ARTICLE Y