TUMEURS DU PÉNIS
gré de gravité. On l’observe à la suite d’une plaie profonde, d’une contusion très violente, et quelquefois d’une uréthrite suraiguë. Boyer rapporte trois cas de gangrène de la verge observés chez des individus affectés de blennorrhagie, et chez lesquels survint une fièvre typhoïde : l’un d'eux eut seulement un sphacèle du prépuce: le second vit le gland et une partie du corps caverneux tomber en gangrène : le troisième, enfin, eut la verge tout à fait sphacélée. Forestus cite aussi un cas de gangrène de la totalité du pénis, lequel se trouva détaché dans un calaplasme que l’on avait appliqué sur la partie. Ce ne sont pas là les seules causes de gangrène:; nous avons vu plus haut que la mor- Ufication du pénis pouvait être consécutive à l’action d’un lien circulaire appliqué autour de cet organe. j
Lorsque la gangrène a envahi le pénis, il faut autant que possible la limiter en diminuant linflammation, appliquer des antiseptiques et attendre la chute des eschares. L'amputation avant l'élimination des parties mortifiées est absolument contre-indiquée, car il est impossible de connaître l’étendue de la gangrène. Fort souvent le sphacèle du corps caverneux est très limité, alors que la maladie semblait très étendue quand on n'avait égard qu’à l’affection des tégumens.
Lorsque les eschares sont détachées, on peut abandonner la partie à elle-même, tout en prévenant à l’aide d’une sonde le rétrécissement du nouveau méat urinaire. Dans quelques cas, on est obligé de faire quelque excision pour régulariser le moignon ; dans d’autres enfin, ces excisions sont nécessitées par les douleurs que provoque le séjour de l'urine dans les anfractuosités de la plaie.
S IV. — Tumeurs du pénis.
I. Tumeurs sébacées. — Les tumeurs sébacées de la verge ne sont pas très rares; elles n’ont aucune espèce de gravité. Il suffit, dans l'immense majorité des cas, d'ouvrir le goulot du follicule hypertrophié, de le presser ensuite pour faire sortir la matière contenue dans le kyste,
IL. Tumeurs lipomateuses. — I] se forme quelquefois dans l’épaisseur du fourreau de la verge des espèces de lipomes que l’on extirpe à l’aide d’une incision superficielle : cette opération ne présente aucune espèce de gravité.
IL. Wœuds et ganglions des corps caverneux. — On désigne sous ce nom de petites tumeurs qui siégent dans l'épaisseur des corps caverneux ou à leur surface. Quelquefois solitaires, d’autres fois multiples et disposées en chapelet, elles se montrent sur tous les points de la longueur du pénis. Le plus souvent on les rencontre chez les individus
d'un certain âge qui ont abusé du coït, de sorte qu’il est permis de supposer que souvent elles sont consécutives à un petit épanchement sanguin résultant de la rupture d’une des mailles du corps caverneux; les tumeurs superficielles seraient consécutives à l’éraillement de la tunique fibreuse de la verge. |
Ces tumeurs sont indolentes, dures à la pression, non mobiles sous la peau, et semblent faire corps avec le pénis; souvent elles restent stationnaires, quelquefois elles augmentent peu à peu de volume. Lorsqu’on les comprime, la verge étant en érection, on provoque quelquefois une douleur assez prononcée. Ces tumeurs déterminent une gêne mécanique aux fonctions de la génération : en effet, le sang arrive dans toute l'étendue des corps caverneux, exceplé vers le point où se trouve la tumeur; la verge présente une courbure du côté où la tumeur existe. On comprend que la déformation de la verge sera en raison du nombre, du volume et de la position de ces nodosités. La configuration quelquefois bizarre rend le coït souvent très difficile, en outre l'éjaculation est imparfaite : souvent le sperme couie en bavant et quelquefois ne sort que quand la diminution de l'érection a diminué l’irrégularité du développement des corps caverneux.
Est-il possible de faire disparaître de semblables tumeurs à laide des fondans et des résolutifs? On a enregistré quelques cas de guérison qui auraient été obtenus à l’aide des frictions mercurielles et des douches d'eaux minérales, et de Barèges surtout (la Peyronie). Mais le moyen qui nous semble réellement efficace est d’enlever ces nodosités à l’aide d’une opération; il faut se rappeler que celle-ci n’est pas sans dangers, qu’elle est souvent impraticable à cause du nombre des nodosités : aussi ne serait-elle réellement indiquée que dans les cas d’impuissance ou de stérilité absolue.
IV. Tumeurs vasculaires. — Les tumeurs érectiles de la verge ne sont pas excessivement rares. Les unes sont limitées aux tégumens, les autres communiquent avec les corps caverneux ; les premières se présentent dans la région qui nous occupe avec les mêmes caractères que dans toutes les autres parties du corps ; nous n'avons donc pas à nous y arrêter; les secondes empruntent à leur siége un caractère spécial de gravité. Nous avons dit qu’Albinus avait cité un cas dans lequel une tumeur sanguine fut ouverte, et le malade périt d’hémorrbagie, Il est à craindre que l’emploi des moyens dirigés contre les tumeurs erectiles, tels que le séton, l’acupuncture, la cautérisation, ne déterminent une inflammation profonde de la verge, et par suite la gangrène de cet organe : aussi ne faudrait-il recourir à une opération que dans le cas d’absolue nécessité.