TUMEURS DU PÉNIS
V. Hypertrophie. — Eléphantiasis du pénis. — L'éléphantiasis du pénis existe assez souvent conjointement avec l’éléphantiasis du scrotum, beaucoup plus rarement on le rencontre seul. Le plus souvent la maladie débute par le prépuce, pour de Rà s'étendre à tout l’organe, et rester stationnaire avant d’envahir les bourses. Dans ces circonstances, le pénis acquiert des dimensions énormes, Wadd (1) a vu un nègre d'Afrique dont le pénis mesurait 14 pouces de long et 42 1/2 de circonférence. Chez un autre sujet, l’hypertrophie intéressait seulement la peau du pubis et le prépuce, à l'exclusion de celle des corps caverneux et du scrotum, la verge était rétractée et les testicules atrophiés. M. Gibert a observé en 1834, à l'hôpital Saint-Louis (2), un adulte dont le pénis tuméfié avait le volume de celui d’un mulet, la peau était rugueuse et hérissée de granulations, ainsi que le gland, d’ailleurs confondu avec le prépuce. Le sujet n’éprouvait aucune douleur, il urinait librement, avait des érections avec rigidité de la verge, mais sans accroissement de ses dimensions. Nous pourrions multiplier ces exemples, dont plusieurs ont été recueillis et décrits avec soin par M. H. Larrey (3) ; nous nous contenterons de rappeler le fait observé par M.Rigal de Gaillac (4), et dont Vidal (de Cassis) a donné le dessin. Nous n’avons que peu de choses à dire sur la symptomatologie d’une semblable affection, est-il besoin de rappeler que la tumeur gêne par son poids et par son volume, rarement les malades accusent de la douleur. Quant aux troubles fonctionnels, ils doivent être étudiés au point de vue de la miction et des fonctions de la génération. En général l’urine coule avec facilité par le prépuce, dont l'extrémité semble très étroite en raison du volume excessif de cet organe. Adams (5) dit que si cette difformité se déclare avant l’âge de la puberté, elle ne provoque jamais le besoin de rapprochement sexuel, et que si elle survient à une époque plus avancée de Ja vie, elle détruit peu à peu les facultés génitales. Ces assertions ont été confirmées par les observations de Lawrence (6), sur un malade qu’il a vu à hôpital Saint-Barthélemy. Non-seulement, dit ce dernier chirurgien, l’évolution des parties génitales s'était arrêtée lorsque la maladie avait paru, mais ensuite ces organes avaient subi de ja diminution et de la décroissance, Le scrotum
(4) Cases of diseased prepuce and serotum. London, 1817.
(2) Gibert, Traité des maladies de la peau, 2° édit. Paris, 1840.
(3) Larrey, Mémoires de la Société de chirurgie, t. IV, p. 602.
(4) Vidal de Cassis, Traité de pathologie externe, t. V, p. 267, 4° éd. Paris,
(5) Observations on morbid poisons. London, 4807.
(6) Medico-chirurgical transactions, t, VI, 4855,
ridé semblait vide: les testicules, à peine perceptibles, étaient mous et avaient tout au plus la grosseur de petites fêves.
Quel est le traitement à diriger contre une semblable affection? fl est évident qu’il n’y a rien à attendre d’une médication interne. Nous ferons toutefois remarquer que le changement de climat paraît avoir une certaine influence sur Ja marche de la maladie : cette proposition s’appuierait sur un fait de M. H. Larrey, qui vit un officier de l’armée d'Afrique qui portait un éléphantiasis du prépuce, et sur lequel la maladie resta stationnaire tant que le sujet resta en France.
Il faut de toute nécessité recourir à une opération. Si la tuméfaction est bornée au prépuce, on pratiquera l’opération du phimosis par excision. Si tout le fourreau de la verge était malade, et attiré vers le scrotum, lui-même affecté, on pourrait imiter la conduite de Delpech. Chez son malade la tumeur comprenait le scrotum et Ja peau du pénis. Bien qu’on ne vît aucune apparence de membre viril, et qu’un enfoncement profond par où sortait l'urine indiquât seul le prépuce et le méat urinaire, le chirurgien conçut l'espoir de conserver les corps caverneux, parce que le malade éprouvait par intervalle des érections et des éjaculations. Par une dissection fort habile, Delpech parvint à isoler les deux testicules et le pénis, enleva tous les tissus affectés, et reconstruisit avec des lambeaux de peau saine une enveloppe aux testicules et à la verge. De ces lambeaux, deux latéraux, empruntés à la partie interne des cuisses, furent rapprochés au-devant de la base des corps caverneux; un troisième ou moyen dont la base tenait au pubis, fut enroulé autour du pénis, et on fit en sorte de le fixer à la verge en passant dés points de suture dans le tissu cellulaire qui le recouvrait. La réanion des trois lambeaux en arrière maintenait les testicules; le neuvième jour on supprima tous les poivuts de suture, et au bout de deux mois la guérison était parfaite, le fourreau de la verge était adhérent et la recouvrait jusqu’au gland,
Malheureusement l’extipartion de toute la partie affectée d’éléphantiasis ne met pas constamment à l'abri des récidives: chez un malade opéré par M. Goyrand {d’Aix) (4), pour un éléphantiasis du prépuce, la maladie s’étendit plus tard au scrotum.
S'il existait une hypertrophie de tous les corps caverneux comme chez le malade de M Gibert, cité plus haut, l'affection serait au-dessus des ressources de l’art,
VE. Ossification du pénis. — Les annales de la science renferment quelques exemples d’ossifications partielles trouvées dans le corps du
(1) Bullelin de la Société de chirurgie, 1853 et 18535.