‹ Élémens de pathologie chirurgicale (volume 2)Chapitre 85 sur 205 · CANCER DU PÉNIS · texte numérisé non relu

CANCER DU PÉNIS

pénis ou à la surface de cet organe. Mac Clellan (1) a rapporté l’observation suivante : « Un homme de cinquante-deux ans avait le pénis recourbé en haut, et le toucher y faisait reconnaître l'existence d’une espèce de corde dure et tendue. La distorsion était telle que l'émission des urines ne pouvait avoir lieu sans de graves difficultés et des douleurs excessives, et que le coït était devenu complétement impossible. Le docteur Mac Clellan divisa d’abord cette corde qui présentait un aspect ligamenteux; cette division suffit pour diminuer considérablement la courbure et rendre l'émission de l'urine très facile. Mais quelques jours après le malade se trouva exactement dans le même état, et vint réclamer de nouveau les secours de l’art. Le chirurgien examina attentivement ce malade, et découvrit que la cloison des corps caverneux entièrement ossifiée présentait un os étroit qui régnait dans toute Ja longueur du pénis; ce dernier organe jouissait en outre d’une extrême excitabilité, et au moindre attouchement il entrait en érection pendant laquelle il affectait la forme d’un are à concavité tournée en haut. Une incision fut pratiquée dans toute l'étendue de la verge, l’ossification fut disséquée avec soin, en plongeant le scalpel des deux côtés jusqu’à la partie postérieure de la portion spongieuse de l’urèthre; la cloison avait acquis tant de dureté qu’elle retentissait sous l'instrument dont elle émoussa le tranchant. Pendant le cours de cette opération une hémorrhagie violente eut lieu ; mais elle fut promptement arrêtée avec de l’eau froide. Les bords de l’incision furent ensuite rapprochés et maintenus à l’aide de deux points de suture entrecoupée et on appliqua par-dessus une légère compresse et un bandage. Après la guérison la courbure de l’organe se trouva dissipée, il se manifesta même une légère inclinaison en sens opposé.

Comme on le voit, cette opération offre des dangers; il y eut une hémorrhagie grave, qui fut heureusement arrêtée ; peut-être n’eût-on pas été aussi heureux si une des artères caverneuses avait été divisée. Chez un malade qui présentait cette singulière difformité, M. Velpeau (2) se refusa à toute opération; il ne tenta également rien chez un sujet dont le pubis envoyait un prolongement osseux long de 45 lignes sur le côté gauche de la verge.

S VW.— Cancer du pénis.

Les affections cancéreuses de la verge ne sont pas excessivement rares, il en existe deux espèces distinctes ; dans l’une la dégénérescence débute par les tégumens du pénis; dans l’autre, la maladie commence par le gland.

(1) Archives générales de médecine, 41° sér., 1828, t. XVII, p. 272.

(2) Velpeau, Médecine opératoire, t, IV, p. 316. Paris, 1839,

Lo Cancer des téjumens de la verge. — Cette espèce de cancer débute presque toujours par le prépuce : tantôt on sent dans l’épaisseur de ce repli, un noyau dur, indolent:; tantôt on trouve cet organe épaissi, induré dans toute son étendue, il semble que les tégumens soient hypertrophiés. Quoi qu’il en soit, la marche de la maladie est à peu près la même dans les deux cas; peu à peu on voit s'élever de toute la surface malade des bosselures dont le sommet s’ulcère et verse un ichor caractéristique; cette ulcération s'étend dans tous les sens et ne tarde pas à ensevelir tout le fourreau. Le gland et les corps caverneux comprimés, quelquefois diminués de volume, sont pour ainsi dire ensevelis au milieu des tissus engorgés. Le chirurgien devra toujours avoir présente à la mémoire cette variété de cancer : en effet on pourrait, en se bornant à un examen superficiel, croire à une dégénérescence cancéreuse de toute la verge, alors que les corps caverneux, Purèthre et le gland sont complétement sains, la dégénérescence ayant été arrêtée dans sa marche envahissante par la gaîne fibreuse qui enveloppe les corps caverneux.

Lisfranc a beaucoup insisté sur ce point dns un mémoire ayant pour ‘titre. Des cancers superficiels qu’on croyait profonds (4). 11 fait voir que, chez un certain nombre de malades portant une affection carcinomateuse de la verge, il est souvent possible d'éviter l’amputation du pénis la maladie se trouvant limitée aux tégumens. Il recommande, avant de pratiquer l'opération, de s'assurer de la profondeur du cancer, et il y procède de la manière suivante : il fait sur la face dorsale de la verge, parallèlement à son axe, une incision qui, commencant à la partie antérieure du point carcinomateux, se rendrait à son extrémité postérieure, il incise à petit coup la masse dégénérée, comme s’il s'agissait d’un sac herniaire, et arrive ainsi jusqu’à l'enveloppe des corps caverneux. Si celle-ci est saine il dissèque avec soin les corps caverneux, s’ils sont sains : il les conserve; dans le cas contraire, il procède à l’amputation de la verge. Lisfranc compte plusieurs cas de succès obtenus par cette méthode ; il rapporte entre autres le fait d’un homme qui portait un cancer, lequel occupait toute la partie antérieure du scrotum dans une étendue de 6 centimètres, la peau de la racine de la verge et la moitié postérieure de cet organe. Toutes les partiès malades furent excisées, la partie postérieure du scrotum, la peau du périnée, celle de la partie antérieure et supérieure des cuisses attirées par la cicatrice, couvrirent presque entièrement les parties dénudées.

2° Cancer du corps du pénis. — La maladie débute par un petit tubercule à forme de poireau, situé sur une des faces du gland ou à

(1) Lisfranc. Clinique chirurgicale de la Pitié, 4, L°r, p. 444, Paris, 4844.

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