CANCER DU PÉNIS
sa base. Dur, indolent au début, il appelle à peine l’attention du malade, il cause bientôt de la douleur, principalement pendant le coït; puis il grossit, s’ulcère, saigne au moindre contact et laisse couler une sanie fétide, ichoreuse : l’ulcération fait souvent des progrès assez rapides, elle envahit tout legland et gagne les corps caverneux.
Chez d’autres malades, la dégénérescence suit une marche différente ; la tumeur devient de plus en plus considérable, les organes se sonflent, se durcissent, et ce n’est que secondairement que l’on voit survenir un ulcère qui bientôt envahit toute la partie saillante du pénis. En général cette affection marche avec lenteur, etce n’est qu’au bout d'un temps assez long qu’elle envahit la racine des corps caverneux. Pendant que le pénis se trouve ainsi détruit par l'ulcération, on voit survenir un engorgement des ganglions de l’aine des deux côtés et quelquefois d’un côté seulement, et si la maladie est abandonnée à elle-même, le sujet ne tarde pas à succomber avec tous les signes de là cachexie cancéreuse.
Parmi les accidens qui accompagnent le cancer de la verge, nous devons appeler l'attention sur la rétention d’urine. L’urèthre peut être aplati et déprimé par la tumeur, mais le plus souvent le méat urinaire est rétréci au point de ne permettre aux malades de rendre leur urine que goutte à goutte. Boyer rapporte un cas dans lequel la rétention d’urine était presque complète ; la vessie distendue remontait jusqu’au niveau de l’ombilic : immédiatement après l’amputation de la verge un jet d’urine s’échappa et la tumeur du ventre disparut.
Étiologie. — Les causes du cancer de la verge sont aussi obscures que celles de toutes les affections cancéreuses ; mais il est certaines conditions qui semblent favorables, sinon à la production du cancer, du moins à son développement; c’est ainsi que le cancer se montre beaucoup plus souvent chez les individus affectés de phimosis acCis dentel ou congénital ; l'irritation constante du prépuce est aussi une condition qui semble favoriser le développement de cette maladie. M. Marx (4) rapporte un cas fort curieux : un malade avait été infibulé par une femme ; il porta pendant quatre ou cinq ans un ou deux petits cadenas d’or passés dans le prépuce, et lorsqu'il se présenta à Dupuytren, il avait le prépuce considérablement tuméfié, dur et ulcéré.
Diagnostic.— Le cancer de la verge, à son début, n’est pas toujours facile à reconnaître, aussi le petit tubercule et & petite ulcération peuvent être pris pour une affection syphilitique, d'autant plus que la forme de l’ulcération, les antécédens du malade, la nature des douleurs, ne peuvent fournir que des renseignemens vagues et imparfaits.
(1) Réperloira d'anatomie et da clinique chirurgicale, t. IV, p, 416.
Dans les cas douteux on prescrira «un traitement syphilitique ; est-il besoin d’ajouter que s’il s’agit d'un cancer, cette médication n’apportera aucune espèce de modification.
Pronostic. — Le cancer de la verge est fort grave, comme toutes les affections cancéreuses. 11 faut remarquer cependant que la marche de la maladie est en général assez lente, et que la cachexie se fait attendre peut-être plus longtemps que dans les autres régions, Faut-il attribuer ce phénomène à ce que le cancer du pénis, déterminé souvent par l'irritation continuelle de l'organe, peut être, jusqu’à un certain point, considéré comme une affection externe? Faut-il admettre que la nature du cancer dela verge n’est pas suffisamment déterminée ? Toujours est-il que la-forme épithéliale est une de celles que l’on a le plus souvent l’occasion d'observer à la verge. Or on sait que dans un Certain nombre de cas, cette dégénérescence marche avec lenteur.
Traitement. — Le chirurgien ne doit rien attendre ni d’une médication interne, ni de topiques appliqués sur la tumeur, il doit procéder à l’amputation de la verge,
Amputation du pénis. — Cette opération doit être pratiquée , non-seulement pour les cas de cancer de la verge, mais encore pour quelques-unes des affections que nous avons étudiées dans les articles précédens.
L'amputation de la verge est fotale ou partielle : dans le dernier cas on n’enlève par l'instrument tranchant que le gland, un des corps caverncux. On désigne quelquefois, sous le nom d'amputation partielle de la verge, l'opération qui consiste à enlever le prépuce ou le fourreau du pénis, Dans l’amputation totale, on coupe la verge dans toute son épaisseur, Il est fort rare que l’on ait à faire l’'amputation vraiment totale, c’est-à-dire que l’on ait à enlever les corps caverneux jusqu’à leur . racine,
Lorsqu'on est appelé à faire l’'amputation de la verge, on devra s’as- Surer de l’étendue du mal ; nous avons déjà vu qu'il est des cas dans lesquels le pénis paraît être affecté dans toute son épaisseur, alors que les tégumens sont seuls atteints, et il serait impardonnable de porter l'instrument sur des tissus sains, quand il suffit de pratiquer une opération beaucoup plus simple.
L’amputation de la verge ne présente aucune difficulté ; aussi ne nous y serions-nous pas arrêté si nous n'avions pas à signaler plusieurs points assez importans.
1° Le chirurgien devra avoir soin de conserver autant de peau qu'il est nécessaire pour recouvrir le moignon, même pendant les érections, qu'il n’est pas rare d'observer même avant la cicatrisation complète de