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DÉVIATIONS UTÉRINES

Les déviations dont nous venons de parler constituent-elles un état pathologique ? Évidemment, nou. Cependant on décrit des déviations morbides de l’utérus. Il est difficile de tracer la limite qui existe entre la déviation physiologique et la déviation pathologique de la matrice. En effet, prendrait-on pour point de départ les troubles fonctionnels, les souffrances accusées par les malades ? il est incontestable que, dans la plupart des cas, sinon toujours, l’état phlegmasique de l'organe de la gestation est la cause des désordres que l’on observe. Prendra-t-on le degré de la déviation ? on sait encore que celle-ci peut être portée très loin, sans pour cela constituer un état morbide ; nous pensons plutôt que l'on devrait principalement s'appuyer sur l'état de permanence de la déviation.

Ces réserves faites, nous décrirons les déviations de l’utérus, telles qu’elles sont indiquées par les auteurs, tâchant de faire la part qui. appartient à la déviation elle-même et aux lésions concomitantes.

On distingue trois espèces principales de déviation : 4° l’antéversion, dans laquelle l'utérus est incliné en avant, la face antérieure regardant en bas et en avant, la face postérieure en hant et en arrière, le fond est incliné en avant et le col porte en arrière: 2 la rétroversion, caractérisée par une déviation en un sens opposé; le col utérin regarde en avant, et le fond de l'utérus est dirigé en arrière ; 3° les latéroversions, dans lesquelles l’utérus est incliné à gauche ou à droite,

Chacune de ces affections offre des caractères communs et des caractères différentiels; à l'exemple de M. Becquerel {1}, nous décrirons d'une manière générale les déviations utérines, puis nous exposerons dans des paragraphes spéciaux les particularités qui appartiennent à chacune d'elles.

Symptomatologie. — D’après ce que nous avons dit plus haut de la fréquence des engorgemens utérins comme complication des déviations utérines, il est difficile de faire la part des symptômes propres à chacune de ces deux affections. La plupart des auteurs, et Valleix en particulier, ont exposé un tableau symptomatologique, dans lequel les inflammations chroniques du col et du corps de l'utérus paraissent confondues avec les déviations. Il ressort cependant d’un examen attentif des faits que les déviations utérines paraissent imprimer un caractère plus grand de ténacité et d'intensité aux troubles qui résultent de la phlegmasie.

Si l'on cherche avec attention à déterminer les Symptômes propres aux déviations, ce qui ne peut se faire qu’en étudiant scrupaleasement les désordres que l'on observe dans les cas où la déviation est Je seul état morbide, on se trouve dans un grand embarras, car ces symptômes

(1) Becquerel, loc, cit., t. If, p, 315,

sont si peu saillans et tellement fagaces, que beaucoup de praticiens en ont nié l'existence. D'après M. Aran, parmi les femmes atteintes de déviations utérines, les unes n’éprouvent aucune espèce d'accident ; d’autres, au contraire, accusent de vives douleurs. Il cherche à expliquer cette différence par l'inégalité individuelle de la sensibilité.

Quoi qu’il en soit, les symptômes assignés aux déviations utérines sont les suivans : désordres plus ou moins prononcés de la menstruation, troubles de la miction ou de la défécation, pesanteur au périnée, douleur s’exaspérant par la marche et par toute espèce de fatigue; ces symptômes, comme on le voit, peuvent aussi appartenir à l'inflammation chronique de l'utérus.

Parmi les conséquences des déviations utérines, surtout de celles qui sont portées à un haut degré, nous devons mentionner la stérilité. Ce fait a été admis par l’immense majorité des auteurs, et c’est à cause de lui surtout que l’on a cherché à rendre à l’organe sa position normale, alors qu'il n'existait aucun trouble qui pût exercer une influence sur l’état de santé.

Mais si les symptômes locaux et généraux, si les troubles fonctionnels ne peuvent fournir que des notions extrêmement vagues, il n’en est plus de même de l'examen direct, soit par le toucher, soit au moyen du spéculum, soit enfin à l’aide du cathétérisme utérin. Nous reviendrons sur ce point lorsque nous traiterons de chaque espèce de déviation.

Étiologie. — Parmi les causes prédisposantes des déviations utérines, nous devons signaler surtout la disposition anatomique de Porgane de la gestation, la mobilité et le poids de l’utérus, la longueur des ligamens ronds, l'insuffisance des autres ligamens de Putérus, la pression exercée sur l'organe par la vessie ou le rectum distendus. La fréquence des accouchemens où des avortemens est une condition favorable au développement de cette maladie. :

Les déviations s’observent principalement de vingt à trente ans. Sur un relevé de 403 cas, M. Aran a trouvé, dans la limite d’âge que nous venons d'indiquer, 55 déviations, et 87 de vingt à quarante ans.

Le coït trop fréquent a été avec raison considéré comme cause déterminante des déviations de l'utérus. « À mon avis, dit M. Becquerel, l'excès de coïit produit plutôt l’antéversion que toute autre déviation, à moins qu’il n'existe avant une prédisposition à la rétroversion, par suite de la déviation de l’axe normal de l'utérus (1). » Le coït détermine une disposition très intéressante à connaître, sur laquelle M. Aran a le premier appelé l'attention. « Chez les femmes pour lesquelles les rap-

(1) Becquerel, loc. cit., &. IT, p. 322,

DÉVIATIONS UTÉRINES. T0 ports sexuels ont lieu de trop bonne heure, à une époque où l'appareil reproducteur n’a pas encore acquis tout son développement; chez les femmes qui offrent une brièveté du vagin congénitale, absolue ou relative, comparativement à la longueur trop grande de l'organe sexuel de l’homme; chez celles dont l'utérus, par suite de conäitions pathologiques particulières, offre une immobilité telle qu’il lui est impossible de fuir devant l'organe copulateur, il se produit une chose remarquable. Peu à peu cet organe se creuse en arrière du col, plus souvent sur les parties latérales de celui-ci, aux dépens d’un des culs-de-sac latéraux du vagin, et principalement du cul-de-sac latéral droit, une espèce de diverticulum ou de vaste ampoule dans laquelle le doigt explorateur ou le spéculum peuvent s'engager, et chercher vainement le col, qui se trouve placé soit en avant et en haut, soit plus bas et à gauche, Cette espèce de diverticulum, je l'ai vu long de plus de 4 centimètres, et si je n'avais pas été prévenu de sa présence possible, l'exploration de l'utérus eût été peut-être laborieuse et fatigante pour la ma- Jade (1). »

Les affections utérines sont elles-mêmes souvent cause de déviation ; les inflammations chroniques, les engorgemens avec ou sans hypertrophie, les tumeurs fibreuses, les polypes, favorisent le développement des déviations, et quelquefois même en sont la cause principale.

Traitement. — Toutes les déviations de l’utérus nécessitent-elles l'intervention de la thérapeutique? Lorsque le déplacement ne détermine aucune espèce d'accident, nous ne croyons pas qu'il soit indiqué de tenter de redresser l’organe à l’aide de moyens qui peuvent avoir quelquefois des dangers, et presque toujours des inconvéniens sérieux. L'art ne doit donc intervenir que dans les cas où il existe des troubles assez sérieux pour qu'ils soient us sujet de tourment et d'inquiétude pour les malades, qu’il y ait déviation simple, qu'il y ait une complication. D'ailleurs, dans ce dernier cas, il y a lieu d'espérer une guérison plus rapide de l'affection concomitante, alors qu'on aura ramené la matrice dans sa position normale.

Les moyens conseillés pour ameuer le redressement de lFutérus sont : 1° les pessaires, 2° la sonde utérine, 3° les redresseurs utérins, h° les douches froides.

4° Les pessaires sont à peu près proscrits par M. Becquerel; il n’en est qu’un seul qui trouve grâce auprès de lui, c’est le pessaire à réservoir d’air de M. Gariel.

« Ils ne sont pas toujours, dit M. Becquerel, d’un maintien facile, et, chez quelques femmes qui en font surtout usage depuis un certain

(4) Aran, loc. cit., p. 24,

temps, leur fixation devient souvent un grand embarras; quelquefois même il est complétement impossible de leur faire remplir l'indication qu’on se propose. [ls constituent, pour la plupart des femmes qui en font usage, une incommodité, une gêne très grandes. ils les privent à peu près complétement de l'exercice des fonctions génitales, ce qui est un inconvénient quand les femmes sont encore jeunes. Ils entretiennent un écoulement leucorrhéique plas ou moins abondant, parfois fétide, malgré Ja médication la plus rationnelle; inconvénient sérieux pour la femme et pour les personnes qui vivent avec elle. Ils détermipent souvent des inflammations aiguës et chroniques du col utérin, lesquelles peuvent même se propager au corps de l'utérus; des états fonoueux du co}, des granulations, des ulcérations, des vaginites aiguës et chroniques. Les lésions morbides consécutives aux pessaires ont bien des fois obligé les femmes de renoncer à leur emploi, et l’on a été forcé de les combattre d’une manière spéciale, »

Aussi, ajoute-t-il, « les inconvénients attachés aux pessaires balancent bien au delà les avantages qu’on peut en retirer. Ils sont parfaitement iautites dans le plus grand nombre des cas de déviations utérines. Il faut les réserver à peu près exclusivement pour quelques cas exceptionnels daus lesquels il y a un abaissement considérable uni à une déviation bien déterminée (1). »

2° On a pensé que par l’usage fréquent de la sonde utérine on pourrait arriver à redresser l’utérus, On introduit chaque jour l'instrument dans la cavité du col, on rétablit l'utérus dans sa position normale, on le maintient ainsi pendant quelques minutes; on retire l'instrument, puis on abandonne l'organe à lui-même. On recommence tous les jours pendant tout le temps que l’on juge nécessaire. Ce procédé a donné des succès à Valleix. Sans révoquer en doute ces résultats, M. Becquerel croit qu'ils sout dus plutôt au développement d’une inflammation péri-utérine déterminée par l’action de la sonde, qu’à la sonde elle-même, car aussitôt que l'instrument est retiré, l’utérus reprend sa position anormale, et le lendemain tout est à recommencer. Cependant la sonde utérine offre certains avantages sur lesquels il est bon d’insister. M. Aran pense qu’elle modifie la sensibilité de l'utérus à tel point que chez quelques malades on voit toutes les douleurs causées par la déviation s'émousser, puis disparaître, pour ne plus se reproduire, même lorsque l'utérus a repris la position qu’il occupait avant le commencement du traitement.

L'emploi de Ja sonde utérine n'est pas sans inconvéniens sérieux ; son application détermine de la douleur, et parfois des hémorrhagies,

(4) Becquerel, loc, cit, p 329,

ANTÉVERSION. 753 elle provoque l'inflammation du ccl et du corps de l'utérus, du tissu cellulaire péri-utérin, etc.

3° Les redresseurs de Simpson et de Valleix agissent de la même manière que la sonde utérine ; ils n’en diffèrent qu’en ce que, laissés en place, ils maintiennent l'utérus en permanence dans sa direction normale. Nous ne nous arrêterons pas sur cet instrument, qui se trouve décrit et figuré dans tous les traités spéciaux; nous n’insisterons pas non plus sur son action: elle est, avons-nous dit, la même que celle de la sonde ütérine ; comme cette dernière, les redresseurs laissent, lorsqu'ils ontété retirées, l'utérus reprendre sa position normale, ct ce n’est qu’en déterminant une légère phlegmasie du tissu cellulaire péri-utérin qu'ils semblent pouvoir procurer un redressement durable; enfin, on leur reproche de déterminer les mêmes accidens que les sondes utérines. De plus, comme on les laisse en place pendant un temps souvent fort long, on les a vu causer, des métrites fort graves, et même des péritonites qui se sont terminées par la mort,

L° Les douches froides constituent une médication à laquelle M. Becquerel attache une très heureuse influence. Il conseille de se servir d’un appareil puissant. Il a attribué aux douches froides la propriété de faire disparaître l’engorgement inflammatoire du col utérin, et d'agir sur la déviation elle-même en donnant du ton aux ‘ligamens de l'utérus et à l'organe lui-même.

Quel que soit le moyen dont on ait fait choix, il faut, avant de songer à combattre la déviation, faire disparaître l’état morbide qui existe en même temps que le déplacement; c’est ainsi que l’on cautérisera le col de l'utérus s’il existe des ulcérations, que l’on combattra l’inflammation par un traitement approprié.

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