DU PHLEGMON SIMPLE OU CIRCONSCRIT
On définit généralement le phlegmon, l’inflammation du tissu cellulaire ; maisles chirurgiens ont restreint le sens de ce mot, et ne l’appliquent qu’à l'inflammation du tissu cellulaire libre, c’est-à-dire de celui qui est plicé immédiatement au-dessous des tégumens ou qui environne les divers organes.
SYMPTOMATOLOGIE. Les symptômes du phlegmon ne sont point les mêmes lorsque l’inflammation occupe le tissu cellulaire sous-cutané et le tissu cellulaire profond. Dans le premier cas (phlegmon superficiel), on observe une tension douloureuse, une tuméfaction dont les limites peuvent être bien déterminées par le toucher, qui fait reconnaître audessous des tégumens une masse indurée , rénitente, élastique et douloureuse , à une pression légère. La peau per 1 sa mobilité : elle semble faire corps avec les tissus sous-jacens ; bientôt elle présente une coloration légèrement rosée, puis elle prend une teinte rouge qui disparaît toujours par la pression du doigt ; en même temps on remarque que la température de la peau est plus élevée que celle des parties voisines. L'exhalation cutanée s’opère encore, de sorte que la chaleur n’est point accompagnée de sécheresse: on la désigne généralement sous le nom de chaleur halitueuse. La douleur qui se déclare dans les premiers instans continue à s’accroître ; elle est continue , etelle ne tarde pas à présenter des exacerbations qui coïncident avec les pulsations artérielles, douleur pulsative.
Dans le phlegmon profond , la plupart des symptômes que je viens d'exposer manquent souvent au début ; la tuméfaction inflammatoire se trouve masquée par une couche épaisse de tissus restés sains ; la peau conserve sa Coloration normale; la chaleur ne présente rien de particulier ;
PHLEGMASIES. 65 la douleur seule existe, et, chose remarquable, c’est que la douleur n’augmente pas toujours par la pression: j'ai même vu , au début de certains phlegmons profonds de la cuisse, la douleur s’apaiser sous Pinfluence d’une pression forte exercée sur une large surface avec la paume des deux mains.
Lorsque le phlegmon est très peu étendu, qu’il reconnaît pour cause une irritation extérieure, il parcourt quelquefois toutes ses périodes sans déterminer de troubles généraux dans l’économie; mais lorsqu'il est vaste ou qu’il occupe des parties douées d’une sensibilité exquise, il en est autrement. On voit alors apparaître tout le cortége des symptômes qui appartiennent à la fièvre inflammatoire : la peau est chaude, le visage coloré, le pouls plein , dur et fréquent ; quelquefois cependant le contraire s’observe : la circulation est ralentie, le pouls est faible, petit, concentré, mais cet état n’est que passager ; il n’y a ici qu’une faiblesse apparente, car le pouls ne tarde pas à reprendre sa force et son volume sous l'influence des émissions sanguines générales ou locales. Ajoutons à ces symptômes la soif, la perte de l'appétit, l'agitation , Pinsomnie , le délire, surtout chez les enfans, et l’on aura un tableau complet des symptômes qui accompagnent les phlegmons très étendus.
Cette phlegmasie peut présenter les diverses terminaisons qui ont été exposées parmi les considérations générales relatives à Pinflammation.
a, La délitescence, que l’on ne voit jamais dans les phlegmons déterminés par une cause externe , à, dit-on, été quelquefois observée dans les phlegmons de cause interne.
b. La résolution : lorsque cette terminaison doit avoir lieu , on remarque d’abord une diminution graduelle dans les symptômes généraux : la douleur, la rougeur, la tuméfaction disparaissent ensuite. La peau se recouvre d’écailles furfuracées, lorsque le phlegmon était superficiel. Ces écailles se détachent , et la partie ne tarde pas à reprendre complétement son aspect normal. Cette terminaison toujours heureuse s’annonce ordinairement dans les six ou huit premiers jours de la maladie.
c. On observe rarement la terminaison par induration, qui n’est, ainsi que nous l’avons dit, qu’une résolution incomplète ; encore cette induration finit-elle par disparaître au bout de quelques semaines ou au plus tard au bout de quelques mois.
d, La suppuration est encore une des terminaisons fréquemment ebservées dans le phlegmon. Ilse forme alors dans le tissu cellulaire une collection de pus connue sous le nom d’abcès chaud ou phlegmoneux. Ces abcès doivent être étudiés d’une manière toute spéciale par les chirurgiens : aussi leur consacrerons-nous un article à part. Je me borne à indiquer ici les circonstances qui doivent faire craindre la suppuration
Lorsque les symptômes propres au phlegmon persistent avec toute leur