DE LA GANGRÈNE CAUSÉE PAR UNE CONTUSION
Nous avons vu que les corps contondans, en agissant sur les tissus vivans, peuvent les désorganiser immédiatement, de manière à y éteindre instantanément la vie ( contusion au quatrième degré). D’autres fois, la contusion, étant plus faible, n’altère pas d’une manière aussi complète la texture de nos tissus ; elle se borne , ainsi que le dit Boyer, à affaiblir excessivement leur action organique , de sorte que la gangrène se produit consécutivement ( contusion au troisième degré ).
Les phénomènes qui se passent dans la partie contuse ne sont pas les mêmes dans les deux cas. Dans le premier, toute la masse privée de vie reste froide, livide; elle prend bientôt une couleur nojrâtre , et, si elle n’a qu’un petit volume, elle se dessèche , se racornit; puis, au bout de quelques jours, un travail inflammatoire se développe, et élimine la partie mortifiée.
Dans le second cas, la partie contuse est froide et privée en partie de sensibilités mais au bout d’un temps assez court (douze ou vingtquatre heures) , les liquides y affluent en abondance, et produisent un gonflement pâteux très considérable, qui s'étend même sur les parties qui n’ont pas été soumises à l’action du corps contondant ; bientôt on voit se dessiner sur la peau des lignes violacées qui suivent le trajet des veines sous-cutanées; des taches livides, des phlyctènes apparaissent
avec le cortége des symptômes qui caractérisent la mortification confirmée.
Lorsque la contusion est accompagnée de solution de continuité des tégumens , le diagnostic ne saurait être un instant douteux ; mais il n’en est pas de même, lorsque les tégumens sont restés intacts. J'ai plusieurs fois entendu dire à Sanson qu'il avait vu sur des membres touchés par des boulets un gonflement et une tension si considérables, qu’on pouvait à peine y reconnaître une fracture , bien que les os fussent broyés, ainsi que toutes les parties molles. On ne prendra pas pour un signe précurseur de la gangrène ces phlyctènes qui se développent si souvent à la suite des fractures ; le volume du membre, sa coloration , sa chaleur, suflisent pour lever tous les doutes.
Le traitement varie suivant l'étendue de la partie mortifiée. Si elle n’a qu'un très petit volume, et qu'elle n’occupe que la superficie d’un membre, on peut sans inconvénient s’en rapporter aux seules forces de la nature pour opérer le travail d’élimmation. Mais si elle est plus consi-
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dérable, si la main, le pied, la jambe, ont été désorganisés par la contusion , il faut pratiquer l’amputation immédiatement en se conformant aux préceptes que nous avons établis précédemment pour éviter au blessé les dangers auxquels l’exposerait l’inflammation consécutive.
Lorsque les tissus n’ont pas été complétement désorganisés, et que la gangrène est seulement probable, il faut tâcher de prévenir l’engorgement de la partie par un traitement général et local. On pratiquera donc une ou deux saignées, et l’on aura recours aux résolutifs ou même aux répercussifs. Mais si malgré ces moyens il se développe un gonflement inflammatoire, on renoncera à ces moyens pour recourir aux applications émollientes, ainsi que nous le verrons en parlant de la gangrène déterminée par la violence de l’inflammation.
Ce serait ici le lieu de parler de la gangrène produite par le feu ou les caustiques; mais comme ces agens ne produisent pas constamment la mortification des tissus, nous préférons réunir dans un seul et même article , et sous le nom de brûlures, toutes les lésions que nos tissus peuvent éprouver par suite de l’action du calorique et des agens chimiques.
ARTICLE ZXII,