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DE LA GANGRÈNE PAR COMPRESSION

On à vu que nous rangeons la gangrène par compression parmi celles qui reconnaissent pour cause immédiate une interruption dans la Circulation capillaire. En effet, nous pensons avec Thompson que le plus souvent cette gangrène se montre sans avoir été précédée d’inflammation.

Nous avons indiqué quelles sont les circonstances dans lesquelles se montrent ordinairement ces gangrènes (p. 240-1). Nous avons vu qu “elles se développent sur les poiuts soutenus par des saillies osseuses , et que recouvrent immédiatement les tégumens. Nulle part on ne les rencontre plus fréquentes que sur les tégumens qui revêtent la face postérieure du sacrum ; viennent ensuite les points qui correspondent à la face externe des grands trochanters, à la partie postérieure du calcanéum, On en obserye quelquefois, mais cela est beaucoup plus rare, sur la peau qui recouvre l’épine de l'omoplate.

Voici ce que l’on remarque lorsqu'on suit ce travail de mortification,

Prenons pour exemple les escarres qui se forment derrière le sacrum. Le travail pathologique qui produit la gangrène se montre sous deux formes différentes : dans le premier cas, les tégumens soumis à une pression prolongée présentent une rougeur uniforme ; mais ils ont conservé leur souplesse. Ils ne sont point tendus comme dans l’érysipèle ou dans le phlegmon ; le tissu cellulaire sous-cutané est exempt d’engorgement. En un mot, la rougeur est la seule modification morbide que présente la peau de la région.

Bientôt le point qui supporte la pression la plus forte présente une pe tite tache grise, noirâtre, formée par une escarre qui comprend toute l'épaisseur de la peau ; bientôt cette escarre s'étend , et comprend toute la partie des tégumens qui présentait la teinte rouge dont nous avons parlé.

Dans le second cas, les choses se passent autrement. Les tégumens, d’abord irrités par l’action combinée de la pression et du contact de liquides, tels que l'urine, les matières fécales, etc., sont le siége d’une inflammation superficielle, qui bientôt amène dans certains points un soulèvement de l’épiderme. Cette membrane se détache. La surface du corps muqueux, mise à nu et soumise aux mêmes causes d’irritation , se convertit en un ulcère, qui tantôt s'agrandit par un travail d’absorption progressive , mais qui le plus souvent ne tarde point à présenter un ou plusieurs points gangréneux : les choses se passent alors comme dans le cas que nous avons supposé d’abord. L'observation exacte concilie donc les deux opinions émises sur la formation de ces escarres, qui succèdent à une compression prolongée : l’une, celle de Thompson , qui pense que la gangrène se montre alors sans avoir été précédée d’inflammation ; l’autre, celle de MM. Bérard et Denonvilliers, qui prétendent que la gangrène est toujours consécutive à un travail inflammatoire. Que l’escarre ait succédé à une interruption pure et simple de la circulation capillaire dans les tégumens, ou qu'elle ait été précédée d’un travail d’ulcération, la marche ultérieure de la gangrène est exactement la même.

Après la destruction des tégumens, le tissu cellulaire sous-cutané est mortifié à son tour. Les muscles qui entourent la saillie osseuse sont eux-mêmes envahis ; ils présentent bientôt des lambeaux flottans baignés par une sanie putride. Les os sont dénudés, noirâtres ; toute la surface ulcérée, qui succède à l'élimination des escarres, fournit une sanie putride sanguinolente , et le malade ne tarde pas à succomber dans l’épuisement que causent ces pertes continuelles.

A la suite des escarres qui se forment si souvent derrière le sacrum, on observe quelquefois un accident des plus graves, que l’on s'explique facilement par la disposition anatomique de la région. L’extrémité infé-

GANGRÈNES. 257 rieure du canal sacré cs! bouchée par ua plan fibreux, étendu du sacrum au coccyx. Ge plan fibreux peut être lui-même compris dans la mortification, La dure-mère et l’arachnoïde rachidienne sont également perforées ; la sanie putride s’épanche dans la cavité arachnoïdienne, et l’on observe alors tous les accidens d’une méningite rachidienne ( voir en Pathologie médicale. n. 569), qui ne tarde pas à amener la mort.

Le traitement de ces gangrènes consiste principalement dans l'emploi des moyens propres à faire cesser la compression. Aïnsi on engagera le inalade à ne pas rester constamment couché dans la même position, pour que la pression déterminée par le poids du corps ne s'exerce pas toujours sur les mêmes points. Mais si le décubitus dorsal est le seul possible, on aura alors recours à des coussins troués remplis de crin ou d'air, disposés de manière à soustraire les parties à la pression qu’elles éprouvent. C’est dans ce cas que l’on peut avec beaucoup d'avantage faire usage de ces lits mécaniques qui soulèvent le malade, et permettent à la fois de faire cesser toute compression, de panser les plaies qui succèdent à la chute des escarres, et de passer sous le malade les vases nécessaires pour recevoir les déjections alvines. On emploie maintenant en Angleterre un lit connu sous le nom de lit hydrostatique. Le matelas qui le compose, au lieu d’être rempli de crin ou de laine, contient de l’eau qui se trouve renfermée dans un tissu parfaitement imperméable. On conçoit qu'un semblable matelas doit s'adapter avec exactitude à toutes les formes du corps, soutenir tous les points également, mettre par conséquent les points saillans à l’abri d’une compression dangereuse. Le même résultat pourrait être obtenu avec un matelas rempli d’air.

. Lorsque les parties sont irritées par le contact de l’urine ou des matières fécales, c’est alors qu’il faut redoubler de soin pour entretenir le malade dans un état de propreté extrême; c’est alors que l’on peut avec avantage appliquer à la surface des parties qui menacent de s’ulcérer un morceau de diachylon , qui sert à protéger la peau contre le contact des liquides irritans.

Les lotions avec une décoction aromatique ou spiritueuse , le vin, par exemple, sont également utiles, soit avant le développement de la gangrène pour raffermir les tissus , soit pour déterger la plaie qui succède à Ja chute des escarres.

Si un bandage trop fortement serré, un appareil compresseur, menace de produire la gangrène des parties sur lesquelles il est appliqué, l'indication est manifeste : desserrer le bandage, faire cesser la compression,

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