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CHAPITRE XIV

ARTICLE Ze.

ARTÉRITE.

L'artérite (arteritis) est l’inflammation des artères. L’artérite n’a été que rarement observée dans le système artériel pulmonaire. On la rencontre plus fréquemment dans les divisions de l’aorte , sur les troncs artériels volumineux, et particulièrement sur les artères des membres inférieurs.

ANATOMIE PATHOLOGIQUE. — Les parois artérielles étant formées d’un tissu composé, on conçoit que chacune des parties qui concourent à leur formation peut être isolément atteinte d’inflammation : ainsi l’altération peut se borner à la membrane externe ou au tissu cellulaire qui sépare l’interne de la tunique moyenne; mais le plus souvent l'artère est enflammée dans toute son épaisseur, et la gaîne artérielle participe ellemême à l’inflammation.

Le vaisseau semble avoir augmenté de volume, et présente au doigt qui le presse une grande dureté. Ses parois ont augmenté d'épaisseur et perdu leur élasticité. Serrés dans une ligature ils se laissent diviser facilement. Après la section, les deux bouts de l'artère ne se rétractent pas comine dans l’état d’intégrité.

Les vaisseaux propres ( vasa vasorum ) sont très test et remplis de sang ; le tissu cellulaire qui unit ensemble les membranes externe et no est devenu friable, et ne présente plus aucune résistance : on peut facilement séparer ces deux tuniques l’une de l’autre. Dans cerlains cas, on enlève avec facilité la membrane interne dans une assez

AFFECTIONS DES ARTÈRES. 127 grande étendue, sous la forme d’un tube cylindrique rempli de sang ou de productions pseudo-membraneuses. La tunique séreuse présente à sa surface interne un aspect rugueux, et paraît comme ridée : on y remarque une teinte rouge plus ou moins intense; en général, cette rougeur est uniforme, et également vive dans toute l’étendue de la partie enflammée , et quelle que soit d’ailleurs la couleur du corps contenu dans l'artère, que ce soit du sang, du pus, ou une exsudation pseudomembraneuse. Cette rougeur ne disparaît pas par le lavage, et ne s’efface pas entièrement après une macération prolongée. Elle diffère complétement de cette coloration des artères qu'on trouve si souvent sur les cadavres, et qui est due à une simple imbibition, à une véritable teinture opérée par le sang. Ces colorations cadavériques seront facilement distinguées de la rougeur inflammatoire à l’aide des signes suivans : 1° on ne trouve aucune injection vasculaire dans les parties colorées ; 2° la coloration rouge se remarque dans les parties du vaisseau qui sont en contact avec du sang; 3° elle se voit beaucoup plus fréquemment en été qu’en hiver, par un temps humide que par un temps sec; 4° elles deviennent plus communes à mesure que la décomposition s’opère dans le cadavre; 5° elles sont disposées par bandes, entre lesquelles le vaisseau conserve sa couleur : les bandes colorées correspondent à du sang rouge, et les parties restées blanches à des caillots décolorés ; 6° enfin elles ne coïncident pas avec les autres altérations des artères que je viens de décrire, savoir, l’épaississement, la friabilité, et les altérations de sécrétions dont je vais parler.

Les produits anormaux qu’on rencontre dans les artères enflammées sont : 1° du pus, 2° des dépôts pseudo-membraneux. Le pus est en général peu abondant ; on le trouve tantôt dans la gaîne de l’artère, tantôt entre les lames de la tunique externe , tantôt à l’intérieur du vaisseau , et, dans ce dernier cas, il est ordinairement mêlé à du sang.

Les fausses membranes qui accompagnent l’artérite sont tantôt sécrétées sous forme de petits flocons, tantôt elles représentent de petits tubes qui doublent la paroi artérielle, tantôt elles constituent des masses volumineuses qui adhèrent à la tunique interne. Dans les deux premiers cas, la circulation peut encore avoir lieu, bien que ralentie; dans le dernier, au contraire, l’artère est complétement obstruée, et, bien au-delà du point enflammé, elle cesse d’être perméable, et elle est remplie de caillots indurés, desséchés, tantôt noirâtres, tantôt décolorés et comme fibrineux, et presque toujours adhérens à la tunique externe.

SYMPTOMATOLOGIE. — Quand l'artérite est consécutive à une blessure ou à une opération chirurgicale, et qu’elle se développe aux bords d’une plaie ou autour d’une ligature , il n’y a en général aucun symptôme appréciable qu’on puisse rapporter à l’inflammation de l'artère.

Il n’en est pas de même d’une inflammation étendue à une grande partie d’un tronc artériel. Si la circulation du sang continue, et c’est à le cas le plus rare, le malade éprouve une très vive chaleur dans le membre, il ressent des pulsations incessantes et analogues à celles qui accompagnent un panaris; le moindre mouvement est extrêmement douloureux, la flexion est impossible, l'extension est la seule position qui puisse être supportée ; on observe en même temps une fièvre vive accompagnée de soif, de céphalalgie, quelquefois de délire. Si on applique le doigt le long de l'artère, on sent une corde volumineuse très dure, qui est le siége de battemens violens; la moindre pression en ce point est extrêmement douloureuse. Le stéthoscope appliqué fait entendre un bruissement particulier attribué au passage du sang sur la membrane interne devenue rugueuse. Au bout d’un certain temps, de dix à quinze jours ordinairement, la fièvre baisse, le membre devient moins douloureux, les battemens artériels perdent leur intensité anormale, et il ne reste qu’un peu de roideur et d’empâtement dans le membre. Quelquefois la terminaison n’est pas aussi heureuse, et des abcès se manifestent dans le membre qui à été le siége de l’artérite.

Les symptômes que je viens d'exposer, et que j'ai eu l’occasion d'observer deux ou trois fois, appartiennent peut-être à l’inflammation du tissu cellulaire contenu dans la gaîne du vaisseau, ou artérite externe.

Si le cours du sang à été tout d’abord interrompu par une masse pseudo-membraneuse, les artères, tendues et douloureuses comme dans le premier cas, ne donnent plus que des pulsations affaiblies, et ces pulsations cessent bientôt complétement. Arrivée à ce point, la maladie se termine presque toujours par une gangrène complète du membre. ( Voy. Chap. IV, &angrène, art. I et art. v.)

On à cependant observé des cas où la circulation, quelque temps entravée, se rétablit au moyen du développement de nouvelles voies anastomotiques. Alors le membre, qui avait perdu sa chaleur, revient graduellement à l’état normal; dans des cas moins heureux, la guérison est précédée d’abcès phlegmoneux, de gangrène superficielle.

ÉTIOLOGIE. — L'artérite se développe quelquefois à la suite d’une opération chirurgicale, d’une ligature pratiquée pour le traitement d’un anévrisme, de la ligature du cordon ombilical; mais le plus souvent elle se manifeste en l'absence de toute action extérieure.

Les causes qui produisent l’artérite sont extrêmement obscures. On sait seulement que les vieillards sont plus que les adultes, et surtout que les enfants, prédisposés à cette maladie. On a pensé que l'abus des liqueurs alcooliques pouvait avoir sur sa production une influence fâcheuse. On l’a vue survenir après la disparition brusque d’un catarrhe et d’une an-

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gine intense ; on l’a observée dans la période de déclin des maladies générales graves , des fièvres typhoïdes ; mais, je le répète, on ne sait rien de certain sur les causes qui peuvent présider au développement de cette maladie.

DIAGNOSTIC. — Quand l’artérite est limitée aux bords d’une plaie ou d’une ligature, elle est en général méconnue, à cause de l’obscurité des Symptômes locaux et de l'absence complète de réaction. Au reste, une erreur semblable à peu d’inconvéniens, vu l’innocuité de l'affection en pareil cas et linutilité du traitement qu'on pourrait employer.

Quand l'inflammation occupe un tronc artériel volumineux, des signes pathognomoniques servent à la faire reconnaître d’une manière certaine : ce sont les douleurs éprouvées par le malade sur le trajet de l'artère, les battemens, la chaleur vive qu'il ressent, la sensation perçue par le toucher d’une corde tendue sur le trajet du vaisseau, des pulsations, soit exagérées , soit affaiblies d’abord, puis complétement supprimées. I n’est aucune affection qui présente des symptômes semblables , et qui

puisse par conséquent être confondue avec l’artérite.

PRONOSTIC. — Ce que j'ai dit des terminaisons de l’artérite suffit pour établir que cette maladie présente toujours de grands dangers ; néanmoins je dois ajouter que certaines circonstances peuvent encore aggraver le pronostic. Et d’abord, quant au siége, le danger $era plus grand si l’inflammation s’est développée dans une division de l'artère pulmonaire ; une gangrène du poumon en sera la conséquence nécessaire : si elle occupe un tronc artériel considérable, elle entraînera presque fatalement la perte du membre; si elle se manifeste chez un vieillard, elle déterminera une gangrène; si elle survient à la suite d’une maladie grave, d’une fièvre typhoïde, etc., le sujet, affaibli, résistera difficile ment à une complication aussi grave.

TRAITEMENT. — La thérapeutique n’a que peu de moyens à opposer à une maladie aussi grave. Je vais indiquer ceux que l'expérience a sanctionnés.

Dans le cas d’artérite accompagnée d’une réaction vive et de battemens violens dans le vaisseau enflammé, on doit mettre en usage un traitement antiphlogistique énergique ; on pratiquera une ou plusieurs saignées générales, des applications réitérées de sangsues sur le trajet de l'artère; on placera le membre dans l’extension, on l’entourera de topiques émolliens ; on mettra le malade à une diète sévère, on lui prescrira des boissons délayantes.

Si les battemens de l’artère perdent leur force ou se suppriment entièrement, on aura recours à la saignée générale , et on aura soin d’entretenir autour du membre une température assez élevée. Si, malgré l'emploi de ces moyens, la gangrène se manifeste, «lors se présenteront

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de nouvelles indications dont il a été traité dans le chapitre consacré à la gangrène (loc. cit. art. 1, pag. 249 et suiv.

ARTICLE II

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