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ARTICLE III, ANÉVRISMES EN PARTICULIER. — ANÉVRISMES DE L’AORTE

L'aorte est sujette à plusieurs des variétés d’anévrismes que nous avons décrites ; c’est-à-dire la dijatation simple, anévrisme vrai , l’anévrisme faux, mixte, externe ; l’anévrisme variqueux dont M. Thurnam a relaté douze cas qui lui ont fourni le sujet d’un mémoire intéressant (4rchives générales, juin 1841); il faut mentionner aussi l’anévrisme disséquant de Laënnec qui fut observé sur ce vaisseau.

Nous ne reproduirons pas ici les généralités que nous avons exposées sur les différentes espèces d’anévrismes, sur les altérations qui les constituent, sur leur mécanisme, etc. ; nous nous bornerons à indiquer les particularités qui appartiennent aux anévrismes de l'artère aorte.

L’artère peut être affectée d’anévrisme dans tous les points de sa longueur , C'est-à-dire depuis sa naissance , à l’orifice ventriculaire, jusqu’à l'origine des artères iliaques. On les distingue, sous le rapport de leur siége, en anévrismes de l'aorte thoracique et de l'aorte abdominale. Les anévrismes de l'aorte thoracique s’observent bien plus souvent que ceux de l'aorte ventrale, et dans l'aorte thoracique ils sont d’autant plus fréquens qu'on se rapproche davantage de la naissance de l'artère, bien que Laënnec ait professé une opinion contraire. Les anévrismes aortiques sont presque toujours uniques; on a cité dernièrement l'observation d’un individu qui en présentait deux (Archives, septembre 1840).

Comme l'aorte est entourée dans toute sa longueur d’organes très importants , il s’ensuit que la tumeur anévrismale ne peut guère se déve- Jopper sans produire sur ces organes les différentes compressions, destructions ou perforations que nous avons déjà indiquées comme des conséquences nécessaires de la formation de l’anévrisme. Aussi la connaissance de ces résultats des anévrismes aortiques forme-t-elle un point des plus importans de leur histoire. Nous allons les indiquer brièvement.

L'anévrisme aortique, quand il siége au thorax, peut comprimer le cœur, les poumons, l'æsophage, la trachée, le canal thoracique (Laennec), les veines caves; il peut comprimer et même oblitérer la carotide et la sous-clavière (Hope). Il peut agir de même sur les nerfs du thorax. On l'a vu luxer la clavicule (Corvisart).

Son action destructive ou perforante peut s'exercer sur la trachée, sur le poumon , sur les plèvres, sur l’œsophage; nous avons déjà dit que M. Thurnam avait rassemblé plusieurs observations d’anévrismes variqueux spontanés, résultant de la communication de la tumeur avec

l'artère pulmonaire , la veine cave inférieure , l'oreillette droite et le ventricule droit. La cavité du péricardie est moins fréquemment perforée, cependant on en trouve des exemples dans Morgagni et Scarpa.

Les tumeurs anévrismales exercent la même action sur les parois thoraciques. Ainsi on voit fréquemment le sternum, les côtes détruits par la saillie anévrismale. Laennec a cité l’observation d’un anévrisme qui avait détruit les vertèbres et qui avait pénétré dans le. canal vertébral en produisant une subite paraplégie.

On à remarqué que les perforations des parois thoraciques produites par les anévrismes s’observent surtout dans sa partie antérieure et droite. Cependant on sait que le premier anévrisme aortique qui fut diagnostiqué sur le vivant, et qui le fut par Vésale, existait à côté des vertèbres dorsales.

Laennec fait remarquer avec raison que les anévrismes aortiques qui finissent par perforer les parois thoraciques ne sont pas les plus gros comme on aurait pu le supposer. Cet illustre pathologiste est porté à regarder cette tendance à laperforation comme une fâcheuse propriété de certains anévrismes.

Les mêmes eflets du développement des anévrismes aortiques s’observent pour l'aorte abdominale, mais ils y sont beaucoup moins marqués qu'au thorax, ce qui dépend de la grande laxité des viscères abdomipaux qui échappent facilement à l’action destructive des tumeurs anévrismales , ce qui dépend encore de la mobilité et de la mollesse des parois abdominales qui favorisent le déplacement des viscères qu’elles renferment.

Cependant on à vu des anévrismes de l’aorte abdominale détruire les principaux viscères de l'abdomen et se rompre dans leur intérieur. Le docteur Thurnam rapporte trois observations d’anévrismes variqueux développés entre l'aorte abdominale et la veine cave.

Quelques autopsies ont pu faire croire que les anévrismes de l'aorte étaient susceptibles de guérison. Ainsi nous rappellerons les tumeurs particulières que Corvisart regardait comme cause de l’anévrisme , et qu'Hodgson au contraire considérait comme des anévrismes terminés par la guérison et le retrait de la tumeur. Nous citerons encore un fait singulier rapporté par M. Marjolin, c’est celui d’une tumeur anévri:male ancienne qui s'était ouverte dans le péricarde , et qui, là, avait donné lieu à une fistule lisse bien organisée, qui faisait communiquer le sac du péricarde avec le sac de l’anévrisme.

Ces cas sont exceptionnels, car le plus ordinairement quand on rencontre une tumeur anévrismale dans une autopsie, la mort du sujet a été produite par l’anévrisme. ,

Il y acertainesaltérations cadavériques qui accompagnent fréquemment

les anévrismes de l'aorte. Ainsi nous noterons d’abord lhypertrophie du cœur et plus particulièrement du ventricule gauche. Cette hypertrophie peut être l'effet ou la cause de l’anévrisme. On rencontre encore comme altération concomitante , l'insuffisance des valvules aortiques ; M. Charcelay a montré, dans sa thèse inaugurale (17 août 1836, Paris), que chez les individus qui succombaient à l'insuffisance des valvules aortiques, on trouvait presque constamment une dilatation simple de l’origine de l'aorte. Quelquefois la lésion aortique ne se borne plus à une dilatation pure et simple, mais elle passe à l’état de tumeur anévrismale. L’insuffisance aortique, en permettant le reflux du sang dans le ventricule et en exagérant par là le volume-de l’ondée sanguine , détermine la dilatation anévrismale de l'aorte, en occasionnant à chaque contraction du cœur une distension forcée de ce vaisseau. D’autres fois l’insuffisance aortique, au lieu d’être cause, pourra être l'effet del’anévrisme; en effet, si l’anévrisme se développe à l’origine de l'aorte , il en résultera un élargissement de l’orifice aortique qui entraînera nécessairement un défaut de coaptation ou une insuffisance relative des valvules sygmoïdes.

Enfin, pour terminer la revue des altérations cadavériques qui coïncident avec l’anévrisme aortique, nous mentionnerons les résultats divers de chaque variété d’anévrisme. 1° L’œdème des membres inférieurs, quand la tumeur comprime la veine cave inférieure ; et l’œdème des membres supérieurs, quand Ja compression porte sur la veine cave supérieure ; 2° les épanchemens de sang dans les plèvres, le poumon, l’œsophage, l'estomac, etc., quand la tumeur s’est ouverte dans ces différens organes ; 3° les congestions sanguines du poumon, du cerveau ou du foie produites, comme l’ædème, par la compression des principaux troncs veineux du thorax ou de l'abdomen.

Enfin , nous ajouterons que les différens viscères qui sont en contact avec la tumeur, contractent des adhérences avec elle et se fondent pour ainsi dire dans ses parois en les renforçant.

SYMPTOMATOLOGIE. — Les symptômes varient suivant que l’anévrisme affecte l'aorte thoracique ou l’aorte abdominale.

Les symptômes de l’anévrisme thoracique sont, en général, les mêmes que ceux des affections du cœur. En effet, on observe de la dyspnée et des palpitations ; le malade éprouve du cauchemar pendant le sommeil , ou bien il se réveille en sursaut ; il ya de la toux, des syncopes, des hémoptysies, des congestions sanguines, séreuses , etc.

La douleur produite par les anévrismes de l'aorte a été étudiée particulièrement dans ces derniers temps par le docteur Rohert Law (Archives, octobre 1842). D’après cet observateur, la douleur propre à cette maladie présente un double caractère; elle est tantôt sourde et continue , tantôt fugace et lancinante.

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Le pouls est, en général, petit, irrégulier. Quelquefois il présente, au contraire, un développement considérable, avec de la vibration (Thurnam). Ces différences ne doivent pas nous étonner, car elles tiennent à la présence ou à l'absence des obstacles que les concrétions sanguines de l’anévrisme opposent au passage du sang.

Les signes physiques des anévrismes de l’aorte thoracique sont d’autant plus marqués que l’anévrisme est moins profond. Ainsi, s’il n’a atteint qu'un degré médiocre de développement, et qu’il soit profondément caché entre les poumons, il pourra échapper aux moyens d’investigation physique.

Si, au contraire , l’anévrisme est à une petite distance de la paroi, ou, s’il est en contact avec elle , on pourra constater les caractères séméiologiques suivans : la percussion montrera une matité complète dans toute l'étendue occupée par la tumeur. J'ai vu M. le professeur Piorry diagnostiquer, à l’aide de ce seul signe, une tumeur anévrismale grosse comme un petit œuf , et développée sur la partie convexe de la crosse de l'aorte.

L’auscultation fera percevoir des bruits variés pour la forme, l’intensité, le rhythme , etc. Ainsi, tantôt on entendra un bruit normal analogue à ceux qui se passent dans le cœur ; d’autres fois ce bruit sera anormal, et présentera les différentes formes de souffle, de râpe, de scie, etc. Le plus souvent, ce bruit sera unique et isochrone à la contraction des ventricules ; d’autres fois on entendra un double bruit anormal, l’un au premier, l’autre au second temps, coinme dans l'insuffisance aortique (Dubois d'Amiens). Enfin, disons que, dans certains cas, l’anévrisme ne donnera aucun bruit, soit normal ou anormal. Toutes ces différences dépendent, comme les variations du pouls, des dispositions presque infinies que peuvent affecter les concrétions sanguines de Ja tumeur, soit entre elles, soit avec les parois et l’orifice du sac anévrismal.

Quand la tumeur présente des bruits anormaux rudes, tels que ceux de râpe et de scie, 1l y a presque toujours un frémissement cataire de la paroi thoracique , que l’on sent à la main. Quand il est considérable, la simple vue suflit pour constater le frémissement de la paroi.

Quand la tumeur à commencé à éroder la paroi, et surtout quand elle à fait saillie au-dehors , les signes précédens deviennent plus marqués. El s’y joint alors un caractère pour ainsi dire pathognomonique de l’anévrisme; c'est la vue et la sensation de battemens d'expansion isochrones avec le pouls. |

L’anévrisme de l'aorte thoracique donne lieu à des symptômes particuliers , suivant les différens siéges qu’il occupe, et les différentes compressions qui en résultent.

Ainsi, quand la trachée est comprimée, ilse produit un sifflement

que Corvisart avait considéré à tort comme un symptôme commun à tous les anévrismes de l'aorte. Si Ja compression s'exerce seulement sur une bronche, il y a à l’auscultation absence du murmure vésiculaire dans le poumon correspondant, avec conservation de la sonorité (Chomel ) ; il peut alors y avoir aussi de l’œgophonie (Reynaud). I est presque inutile d'ajouter que, dans ces cas, la dyspnée est portée à un haut degré.

La compression de l’œsvphage entraînera nécessairement une grande difficulté dans le troisième temps de la déglutition.

Si les veines caves sont comprimées par la tumeur, on observe de l’æœdème. Gelui-ci est fixé aux membres supérieurs, quand c’est la veinecave supérieure qui.est comprimée ( Reid. Archiv., avril 1840); on l'observe au contraire sur les membres inférieurs , quand la compression porte sur la veine cave inférieure.

FH y a souvent des symptômes névralgiques que l’on doit rapporter à la compression des nerfs de la poitrine. MM. Cruveilhier et Bourdon ont noté l’aphonie et l’altération de la voix comme indices de la compression du neri récurrent par la crosse de l’aorte. D’autres fois, on observe les symptômes spasmodiques, qui sont propres à l’œdème de la glotte (Bayle). Enfin , il faut rappeler que Pétat particulier de souffrance qui constitue l’angine de poitrine est quelquefois symptomatique de l’anévrisme de l'aorte.

Les anévrismes variqueux spontanés, c’est-à-dire les tumeurs anévrismales de l'aorte qui communiquent, soit avec les veines caves, soit avec l’artère pulmonaire, le ventricule droit et l'oreillette droite présentent quelques particularités qui, ainsi que nous l'avons déjà dit, ont été étudiées par Thurnam (loc. cit.). Voici quels sont, d’une manière générale , les symptômes propres à ces commuications entre les cavités qui renferment lesang artériel et le sang veineux : 1° Anasarque rapide des parties supérieures , inférieures , ou de tout le corps, selon que la communication existe entre l'aorte et la veine cave supérieure, entre l'aorte et la veine cave inférieure, entre l'aorte et les cavités droites du cœur, ou l'artère pulmonaire ; 2° lividité de la face; 3° distension variqueuse des veines sous-cutanées ; 4° bondissement particulier du pouls , ete. , etc. Nous rapportons seulement les symptômes qui nous paraissent propres à l’anévrisme variqueux; car quelques uns de ceux donnés par M. Thurnam sont communs aux anévrismes simples et aux anévrismes variqueux.

Les anévrismes de l'aorte abdominale sont loin de présenter toutes les variétés symptomatologiques que nous avons vues appartenir aux tumeurs anévrismales de l'aorte thoracique.

Ils apparaissent ordinairement sous la forme d’une tumeur agitée de

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mouvemens d'expansion isochrones au pouls. Cette tumeur présenté, à l’auscultation et à la percussion, les mêmes caractères que dans le thorax; mais pour pratiquer convenablement l'un et l’autre de ces deux moyens d'investigation , il faut avoir soin d’abaisser avec le stéthoscope , ou avec le plessimètre , les viscères placés au-devant de la tumeur.

Le développement de l’anévrisme abdominal exerce, comme nous l'avons dit, une compression moins fâcheuse que celui du thorax, attendu la laxité très grande des viscères de l'abdomen. Néanmoins son développement ne se fait guère sans qu’il en résulte divers troubles fonction nels des organes déplacés ou comprimés, tels que dyspepsie, constipa= tion, ictère, œdème, etc.

L'anévrisme de l'aorte abdominale, bien que pouvant librement se développer en avant, peut néanmoins agir sur les vertèbres et les érodér tout aussi bien que les anévrismes thoraciques. C’est ainsi que le cas cité par Laennec d’une érosion des vertèbres par un anévrisme , êt de la rupture de cet anévrisme dans le canal rachidien, fut observé sur l'aorte abdominale.

M. Legendre a présenté à la Société anatomique, avec les pièces pathologiques, l'observation singulière d’un individn qui avait d’abord été affecté d’une saillie des vertèbres moyennes de la région dorsale : quelques mois après, il survint à la fosse iliaque droite une tumeur qui présentait un battement obscur qu'on pouvait rapporter au pouls des artères iliaques. On avait dès lors beaucoup de raison de supposer que là tumeur iliaque était un abcès par congestion dépendant d’une altération des vertèbres qui avaient fait saillie quelque temps auparavant. On se trompait néanmoins ; Car cette tumeur de la fosse iliaque était produite par un vaste anévrisme aortique de forme allongée, qui avait pris naissance sur l'aorte thoracique, et qui avant de venir proéminer à la fosse iliaque avait produit l'érosion, et surtout le déplacement en arrière des vertèbres, vis-à-vis lesquels il avait commencé par se développer. Enfin, pour en revenir aux anévrismes variqueux spontanés de l'aorte , nous dirons qu'ils ont été observés aussi sur l’aorte abdominale. Le premier cas à été rapporté par M. Syme; la communication existait entre l’aorte abdominale et la veine cave inférieure. On trouve d’autres cas de même communication dans le Mémoire de M. Fhurnam. Dans l’un de ces faits, les veines sous-cutanées de l'abdomen étaient grosses, distendues et sinueuses; dans les autres faits, l’œdème des membres inférieurs contrastait avec la maigreur des membres supérieurs.

La marche des anévrismes de l'aorte est essentiellement progressive, Cependant il faut noter que souvent il présente des intermittences dans son développement. En effet, les symptômes dominants de ln

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maladie , tels qu’une névralgie thoracique, de la dyspnée, des hémoptysies, peuvent se montrer sous forme d’attaques passagères, el disparaître ou diminuer beaucoup pour un temps plus ou moins long.

En général, les malades éprouvent un peu de soulagement quand la tumeur anévrismale a détruit la paroi thoracique. Ils respirent alors plus facilement, et ont moins d’anxiété et de malaise.

On se tromperait fort si l’on croyait que la mort produite par les anévrismes de l'aorte arrive toujours subitement, et dépend uniquement de la rupture du sac et de l’hémorragie externe ou interne qui en est la suite. Quelquefois la mort survient subitement sans qu’il y ait hémorragie ; elle peut dépendre de la formation dans le cœur ou dans le sac d’une concrétion sanguine qui fait obstacle à la circulation.

On a vu des individus mourir d’une attaque d’angine de poitrine, et présenter ensuite à l’autopsie un anévrisme de l’aorte pectorale. D'autres périssent dans une syncope.

Bayle ( Mémoires de là Société de la Faculté de médecine ) donne l'observation d’un homme qui présenta les symptômes de l’œdème de la glotte, et qui mourut dans une attaque de suffocation ou plutôt de strangulation. On ne trouva à l’autopsie aucune altération du larynx; mais il y avait une tumeur anévrismale de la crosse de l'aorte.

Comme on le voit, le malade peut périr de l’exagération d’un symptôme dû à l’anévrisme thoracique. Gorvisart cite le fait d’un homme qui mourut apoplectique par suite de la compression de la veine cave due à une tumeur anévrismale.

Enfin , si l'hémoptysie se présente comme symptôme de l’anévrisme, et se répète de temps en temps, il pourra arriver que l'individu s’éteigne pour ainsi dire peu à peu à chaque perte.de sang.

En général, les accidens sont moins graves, les symptômes moins pénibles pour le malade, quand l’anévrisme siége sur l’aorte ventrale.

La guérison de l’anévrisme aortique n’est pas impossible. Nous avons déjà dit que certaines tumeurs fibrineuses accolées à l'aorte sont considérées par Hodgson comme des anévrismes guéris. Dans ces cas, le calibre de l'aorte est conservé, ‘et la circulation se fait comme à l'ordinaire. S1 au contraire la guérison de la tumeur est due à une compression qui oblitère le vaisseau, ou à un amas de concrétions sanguines qui obstrue le sac, les collatérales pourront encore servir, par leur développement graduel, à assurer le transport du sang à la périphérie, comme l'ont démontré les faits d’oblitération aortique observés par Paris, MM. Reynaud et Barth. |

. LE DIAGNOSTIC des anévrismes de l'aorte est très difficile dans Ja plupart des cas. A l’appui de cette vérité, rappelons ce fait connu en pathologie, que des individus meurent quelquefois subitement d’un anévrisme

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de l'aorte, bien que jusque là leur santé ne parût pas en subir une atteinte notable. Ainsi quelquefois on ne soupçonne pas un anévrisme de l'aorte, parce qu’il ne produit pas de symptômes ; d’autres fois, bien qu'il v ait des symptômes très apparens, on pourra le méconnaître ; ou bien enfin on croira pouvoir annoncer sa présence d’une manière infaillible, et on s’en sera laissé imposer par des circonstances pathologiques d’une nature décevante. Montrons ces difficultés de diagnostic, et indiquons les moyens de les écarter, d’abord pour les anévrismes du thorax et ensuite pour ceux de l’abdomen.

Les divers symptômes qui peuvent annoncer un anévrisme aortique sont: la dyspnée, les palpitations, les syncopes, les douleurs de poitrine, l’angine de poitrine, le spasme de la glotte, les hémoptysies répétées, l'æœdème, etc. Ces symptômes mettent les premiers sur la voie du diagnostic de lanévrisme de l'aorte , surtout quand ils se sont développés brusquement, comme par exemple dans un effort. Maisla tumeur anévrismale ne peut être positivement annoncée que quand elle 5e traduit par les moyens d'investigation physique, c’est-à-dire par l’auscultation, la percussion, l'application de la main, et par la palpation quand l’anévrisme est saillant au-dehors.

IT est presque inutile de dire que le diagnostic de l’anévrisme aortique est beaucoup moins sûr quand la tumeur est simplement en contact avec la paroi thoracique que quand cette paroi est perforée et fortement soulevée. Dans le premier cas, la certitude pourra encore être diminuée par une certaine position de la tumeur ; car si l’anévrisme est développé audevant du cœur, et prend pour ainsi dire sa place, les signes d’auscultation et de percussion seront beaucoup moins précis que si la tumeur artérielle était placée hors de la région précordiale. En effet, dans ce dernier cas, il sera toujours facile de séparer les résultats physiologiques de a présence du cœur de ceux qui dépendent de la tumeur anévrismale.

Quand la tumeur anévrismale sera apparente au-dehors, elle ne pourra plus être confondue avec une maladie du cœur, même quand elle se montrerait à la région précordiale ; car le cœur n’est affecté d'aucune maladie qui lui donne, comme les anciens le croyaient, la fâcheuse propriété de perforer la paroi thoracique et de faire saillie sous la peau.

Mais si la tumeur anévrismale ne peut plus être confondue avec une maladie du cœur, quand elle est saillante au-dehors, elle n’en présente pas moins alors d’autres chances d'erreur pour le diagnostic.

La maladie qui offre la plus grande ressemblance avec l’anévrisme aortique quand il a perforé la paroi pectorale, est une tumeur encéphaloïde,

affection assez rare, ordinairement méconnue à son crigine, et qui transmettant à la paroi thoracique les battemens que lui impriment les troncs

artériels du thorax, finit par détruire cette paroi par le même mécanisme que celui des tumeurs fongueuses de la dure-mère, qui perforent les os du crâne. On a dit que, pour distinguer l’anévrisme aortique de ces tumeurs pulsatives, ilfallaitrechercher le mouvementexpansif de la tumeur anévrismale, qui diffère du simple soulèvement que la tumeur encéphaloïide emprunte aux troncs artériels sous-jacens. Mais quelquefois cette distinction n'est pas facile; car si la portion d’anévrisme qui fait saillie présente une grande épaisseur, le mouvement d'expansion sera très obscur, et ressemblera beaucoup au mouvement de soulèvement de la tumeur encéphaloïde. Quant aux signes fournis par l’auscultation , ils ne présentent pas un moyen certain d'éviter toute confusion; car d’un côté on sait que certains anévrismes aortiques ne donnent pas toujours lieu à des bruits bien caractéristiques , et d’un autre côté on doit penser que la tumeur encéphaloïde peut transmettre des bruits normaux ou anormaux qui se passent dans les troncs artériels.

On éprouve enfin une difficulté non moins grande que la précédente à distinguer certains anévrismes de la crosse de l’aorte des anévrismes fournis par la carotide primitive , l’artère innominée et la sous-clavière. En effet ces anévrismes aortiques peuvent se développer en haut, sortir du thorax derrière les clavicules, et occuper précisément le siége ordinaire des anévrismes que je viens d'indiquer. Il faut dans ces cas explorer at- - tentivement la tumeur , rechercher au moyen de la percussion si la portion cachée de la tumeur descend bien bas dans le thorax; on a alors une présomption en faveur de l’anévrisme aortique. Quant au double battement que lon invoque ( Robert) pour résoudre cette difficulté , il n’est guère plus propre à l’anévrisme de l’aorte qu'à celui des troncs voisins : on ne peut donc le considérer comme un signe différentiel.

L'anévrisme de l'aorte abdominale offre moins de difficultés de diagnostic que celui de l'aorte thoracique. Nous signalerons néanmoins comme causes d'erreurs les tumeurs qui sont situées de manière à recevoir l'impulsion des troncs artériels. Nous rappellerons ici l’observation que nous avons déjà rapportée de cet anévrisme de l’aorte pectorale qui fut pris pour un abcès par congestion de la fosse iliaque. Nous rappelons ce cas difficile, non pas tant parce qu’il peut se présenter de nouveau, mais seulement pour montrer combien il faut être en garde contre le développement insidieux des anévrismes de l'aorte.

Laënnec à signalé le premier certaines pulsations abdominales qui peuvent en imposer pour des anévrismes aortiques , et qui se présentent souvent dans la pratique. Laënnec supposait que ces pseudo-anévrismes étaient produits par des gaz accumulés dans des cellules du gros intesün, et qui étaient ébranlés par les battemens de l'aorte ou de l'artère

AFFECTIONS DES ARTÈRES. | h83 cœliaque. On les distingue des anévrismes, en ce qu’il est toujours facile par la palpation de sentir le calibre normal du vaisseau, tandis que dans l’anévrisme on sent que la continuité et la forme cylindroïde de artère est interrompue brusquement par une tumeur qui lui fait suite. Du reste, il y à dans les cas de battemens cœliaques d’autres symptômes nerveux qui indiquent suffisamment la nature hystérique ou hypochondriaque de la maladie à laquelle ils sont liés.

Le pronostic de cette maladie est fort grave. Il faut toujours prévenir les parens du malade de la possibilité d’une mort subite, surtout s’il se joint à l’anévrisme une toux habituelle , des vomissemens , etc., ou si le malade se livre à des efforts qui puissent favoriser la rupture de la tumeur anévrismale.

TRAITEMENT. — La première idée qui se présente pour la curation de l’anévrisme aortique est de ralentir la marche du sang et de diminuer Sa quantité, soit pour enrayer le mouvement d’accroissement de la tumeur, soït pour favoriser la formation des contrétions sanguines dans l’intérieur du sac.

Cette vue théorique si rationnelle a été mise en pratique par Albertini et Valsalva. Nous avons dit que ce traitement consiste en émissions sanguines répétées, uni à une diète sévère, et il faut qu'il soit porté au point que le malade n'ait plus la force de lever les bras au-dessus de là tête.

De nos jours, ce traitement est rarement employé dans sa sévérité primitive, Il y à certains individus nerveux, irritables, chez qui il déterminerait une débilité irremédiable ou bien une surexcitation nerveuse. D'un autre côté, certaines expériences physiologiques ont rendu sa rationalité un peu douteuse. En effet, Marchall-Hall a démontré que les chiens soumis à des pertes de sang répétées et considérables présentent un état singulier de réaction qui est marqué par le battement extraordinaire de toutes les artères.

Maintenant la pratique générale consiste à faire quelques discrètes ‘saignées : on les oppose principalement à l’accroïssement dé quelque symptôme, tel que la dyspnée, les palpitations, l'hémeoptysie, etc. ; on permet quelques bouïllons au malade, souvent des potages et même quelques légumes.

On emploie également là digitale pour modérer l'impulsion des battemens du cœur.

On a été conduit, par des vues théoriques, à administrer l’acétate de plomb dans cette maladie ; car cet agent ayant des propriétés astringentes on lui attribuait là propriété de favoriser la formation des caillots dans le sac anévrismal. Je ne sais jusqu’à quel point ces idées à priori ont été confirmées par la pratique.

Si le malade est anémique, présente de la bouffissure, il faudra se relâcher de la sévérité du traitement, lui accorder quelques alimens, et lui administrer les ferrugineux et des toniques.

Enfin il faudra combattre par les moyens appropriés les différens symptômes qui fatigueront le malade. Il faudra surtout s’opposer à la toux, à la constipation , au vomissement, etc., et à tous les actes qui pourront favoriser la rupture ou l'accroissement de la tumeur.

ARTICLE IV

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