‹ Élémens de pathologie chirurgicaleChapitre 55 sur 101 · ANÉVRISMES DE L’ARTÈRE AXILLAIRE · texte numérisé non relu

ANÉVRISMES DE L’ARTÈRE AXILLAIRE

Toutes les espèces d’anévrismes ont été rencontrées sur l'artère axillaire.

À. Anévrismes spontanés.-—Fréquens à cause de la proximité du cœur et du voisinage de l'articulation scapulo-humérale , dont les mouvemens,

possibles dans tous les sens , favorisent beaucoup la formation de ces anévrismes, alors, toutefois, que l'artère a subi préalablement quelque altération organique. C’est aussi à cause de cette dernière circonstance qu'on les a vus survenir souvent à l’occasion d’une contusion , d’une distension forte du bras, d'efforts tentés pour réduire une luxation ancienne, etc. |

Ils peuvent siéger dans tous les points de l'artère, à sa partie inférieure, comme au niveau ou immédiatement au-dessous de la clavicule.

Quel que soit leur point de départ, ces anévrismes ont un développement rapide à cause de Ja laxité des tissus au sein desquels ils se trouvent placés; ils peuvent, en fort peu de temps, acquérir un volume énorme, faire saillie à la fois au-dessus et au-dessous de la clavicule , et, dès lors, exercer une réaction puissante sur les parties environnantes.

Le. creux de l’aisselle se remplit de manière à empêcher le bras de se rapprocher du corps à cause de la douleur occasionnée par ce rapprochement. La tumeur repousse en avant les deux pectoraux, en arrière le grand dorsal et le grand rond, déprime le sous-scapulaire, peut gêner et même paralyser les contractions de ces muscles. On l’a vue soulever et porter en haut et en arrière l'extrémité externe de la clavicule, de manière à élever l'épaule en même temps que la tête s'incline légèrement du côté malade, afin de diminuer la tension des muscles. Les désordres ne s'arrêtent quelquefois pas là. Ainsi, des tumeurs anévrismales de l'artère axillaire ont pu déprimer, user, perforer les côtes, faire saillie dans la poitrine à travers les espaces intercostaux, gêner la dilatation du poumon correspondant, et conséquemnent la respiration, On a vu encore le ligament capsulaire détruit, et l'articulation scapulohumérale ouverte, communiquer avec le sac. L’humérus lui-même peut être dévié et plus ou moins profondément altéré.

Les signes généraux de ces anévrismes sont ceux de toutes les tumeurs de cette nature. Nous devons toutefois mentionner ici d’une manière spéciale les douleurs atroces , lancinantes , que le malade éprouve quelquefois ; douleurs qui parfois se propagent le long de la face interne du bras jusqu’au coude, comme cela avait lieu chez un malade que j'ai observé en 1857 à l’hôpital Saint-Louis. Nous noterons aussi la faiblesse du membre, son engourdissement, qui peut aller jusqu’à la paralysie ; l’engorgement œdémateux et livide dont il est quelquefois le siége, et qui plus tard peut s'étendre aux parois thoraciques. Moins constamment que dans le cas d’anévrisme de la sous-clavière , il y a absence du pouls radial On a rapporté quelques cas d’anévrismes de l'artère axillaire sans pulsations, sans bruit anormal dans la tumeur (Pelletan, Travers, Green, etc. ).

La situation profonde de l'artère malade, les tumeurs nombreuses et de

natures diverses dont l’aisselle etla base du cou peuvent être le siéce, ren: dent quelquefois très difficile le diagnostic des anévrismes de l’aisselle. Lawrence, Pelletan et d’autres chirurgiens nous apprennent qu'avant le développement de la tumeur, on a traité comme rhumatisans des malades qui portaient un anévrisme de l'artère axillaire. I ne faut pas s’en laisser imposer, pour préciser les limites dé la tumeur, par la convexité de l’artère axillaire que l’on sent au-dessus de la clavicule; on devra en outre porter les doigts dans le creux axillaire, afin de toucher la tumeur dans un point où elle n’est pas recouverte pas les muscles. Toutes choses égales d’ailleurs , le pronostic est grave en raison de la proximité du cœur, du volume énorme que ces anévrismes peuvent acquérir, et des dificultés de la ligature, etc. On a cependant observé plusieurs fois la guérison spontanée de ces anévrismes ( Hodgson , Orpen, J. Cloquet , etc. ). Et, chose étonnante , c’est , ainsi que le fait remarquer M. le professeur P. Bérard, au moment où les accidens sont portés au plus haut degré d'intensité que cette terminaison heureuse de l'anévrisme axillaire à le plus souvent lieu. Est-ce à dire par à qu’il faille attendre pour agir ? Nullement, car la destruction profonde des parties voisines rendrait l’opération plus difficile, presque impraticable, si l’on était forcé d’y recourir, ce qui du reste a lieu le plus souvent.

TRAITEMENT, — Médical. Le traitement débilitant, aidé des topiques réfrigérans , etc., a procuré quelques cas rares de guérison : on cite toujours celui de Sabatier. Ajoutons que chez le malade que j'ai vu à l'hôpital Saint-Louis, il y avait eu , sous l'influence du traitement de Valsalva, diminution notable dans le volume de la tumeur et la force de ses battemens. Mais cette méthode est fort chanceuse, et il vaut mieux, quand on le peut, en venir au traitement chirurgical, qui ne consiste plus dans la désarticulation du bras, comme Gooch le recommande encore , et comme on le- faisait jadis quand la méthode précédente échouait. La ligature est l’opération à laquelle on à recours : il est inutile de dire maintenant qu’elle n’entraîne pas nécessairement la gangrène du membre. |

Faite pour ia première fois, et avec succès, pour un anévrisme , non pas en 1750 par Hall, ainsi qu’on le croit généralement, mais bien en 1681 par un médecin-de la Charité, Morel, cité souvent par Saviard, cette opération à été pratiquée d’après la méthode d’Anel en deux points différens. Ainsi, quand la tumeur siège au-dessous de la Clavicule, on lie l'artère au-dessous de cet os, si la chose est possible , ainsi “que Pelletan se proposait de le faire, et que Keate l’a fait avec SUCCÈès. Si l'on n'avait pas assez de place pour lier entre la tumeur et la clavicule, on placerait la ligature au-dessus de cette dernière, C’est cette opération qu'A. Cooper commenca à mettre à exécution et ne put ter-

miner ; que pratiqua Ramsden, et, que fit pour la première fois avec succès Post, de New-York, en 1817. Depuis lors, cetie opération a réussi dans presque tous les cas où elle a été tentée. Le choix de l’un ou de l’autre de ces points, pour faire la ligature, sera déterminé par la situation et l'étendue de la tumeur. L'important est de lier Le plus bas possible , afin de conserver un plus grand nombre des branches anastomotiques nécessaires à la nutrition du membre; car ici il n’y à pas, comme à la cuisse, d’artère iliaque interne ou de branche profonde qui puisse rétablir le cours du sang. Quand la tumeur fait saillie au-dessus de la clavicule, elle est, suivant Boyer, entièrement au-dessus des ressources de l’art. Dans un cas semblable, Colles a lié la sous-clavière en dedans des scalènes , mais le malade à succombé. On pourrait lier aussi entre ces muscles, en suivant le procédé de Dupuytren. Enfin on pourrait, en désespoir de cause, tenter de lier d’après la méthode de Brasdor. |

B. Anévrismes traumatiques. — 1° Faux primitifs. Très fréquens à cause de la facilité avec laquelle on peut atteindre l'artère axillaire avec les agens vulnérans, et de la laxité du tissu cellulaire.

L'indication est impérieuse : il faut lier l’artère sans retard, car le malade court des dangers immédiats; et la lier le plus près possible de la blessure, afin’ de conserver autant qu’on pourra de collatérales.

9° L'ancvrisme variqueuæ, observé dans cette région par Larrey, Dupuytren et autres , s’y rencontre toutefois plus rarement que les précédens. On a expliqué cette fréquence moindre par la position profonde des vaisseaux, et la tendance plus grande du sang artériel à s’infiltrer dans le tissu cellulaire de l’aisselle qu’à rentrer dans la veine. Ces anévrismes , du reste, n’offrent rien de particulier , si ce n’est quelques troubles de la circulation cardiaque, troubles déjà indiqués à propos des anévrismes des précédentes artères, troubles enfin qu'on ne rencontre que dans les varices anévrismales peu éloignées du centre de la circulation.

ARTICLE WE

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