‹ Élémens de pathologie chirurgicaleChapitre 62 sur 101 · VARICES · texte numérisé non relu

VARICES

On donne le nom de varice à la dilatation permanente des veines.

Cette affection , à laquelle M. Briquet a, dans ces derniers temps, donné le nom de pAlébectasie , peut avoir son siége sur toutes les veines ; sur celles du tronc, de la tête et des membres. Morgagni fait observer que les veines jugulaires sont quelquefois très distendues et offrent même des pulsations qui peuvent simuler un anévrisme. Il a pareillement vu la veine azygos égaler en volume fa veine cave, et sa rupture causer Ja mort d’une femme phthisique. S. Cooper mentionne, d’après Cline, un cas de dilatation de la veine jugulaire interne qui, s'étant rompue, donna lieu à une hémorragie mortelle, On lit, dans l’Anatomie médi-

cale de Portal, qu’une veine sous-clavière , extrêmement dilatée , s’ouvrit dans la poitrine. Baillie, Alibert, et beaucoup d’autres médecins, ont rencontré des varices au crâne et à la face. M. Amussat en a opéré une avec succès sur la terminaison de la faciale. Les varicosités du nez, des paupières, et, chez les vieillards, celles de la conjonctive, sont loin d'être rares. M. le professeur Mariolin regarde comime une des lésions anatomiques de lamaurose l’état variqueux des vaisseaux de l'œil. Chez les femmes qui ont eu beaucoup d’enfans , les veines sous-cutanées ou profondes de la région hypogastrique présentent quelquefois une distension énorme. Marc-Aurèle Séverin, Boyer, ont vu à l’hypogastre une tumeur variqueuse qui ressemblait, disent-ils, à une tête de Méduse. La présence de ces varices doit être prise en considération dans les cas de hernie , lorsqu'elles s’étalent du côté de l’aine ou se prolongent en forme de cylindre où de tumeur jusqu’à lombilic. Les veines de la vulve, du vagin , du col de l'utérus, peuvent aussi devenir variqueuses. Celles de la vessie , de l’urètre et de la prostate se trouvent dans le même cas. Les recherches de Morgagni, de Chopart et de M. Bonnet ne laissent pas de doutes à cet égard. Enfin, est-il besoin d’ajouter que rien n’est si commun que Île développement variqueux des veines du rectum (hémorrhoïdes) et du cordon testiculaire (varicocèle) ?

Celles du membre supérieur sont assez rares. Cependant M. Velpeau a vu deux sujets dont les bras, les avant-bras et les mains étaient criblés de bosselures variqueuses. Védel parle aussi de varices des membres supérieurs qui donnèrent lieu à des hémorragies sérieuses par leur rupture spontanée. Mais l'exemple le plus célèbre de varice du membre supérieur est, sans aucun doute, celle dont J.-L. Petit nous a conservé l’histoire, et sur laquelle ce grand chirurgien pratiqua jusqu’à cent cinquante saignées.

Mais de toutes les varices , les plus fréquentes, celles qui ont le plus fixé l'attention des chirurgiens, et dont il nous reste à parler, sont incontestablement les varices des membres inférieurs. C’est aussi à ces dernières que cet article sera consacré, à l'exclusion de celles que nous avons précédemment mentionnées , dont l’histoire sera exposée dans des articles particuliers. -

Ajoutons, pour mémoire seulement, qu’il est une espèce de varice à laquelle on à imposé le nom de vorice anévrismale, que nous avons décrite dans l’article destiné aux anévrismes, avec lesquels elle à de très étroites connexions.

ANATOMIE PATHOLOGIQUE. — Nous allons étudier successivement : 1° l’état des parois veineuses ; 2° l’état du sang contenu dans les vaisseaux variqueux ; 3° l’état des parties qui avoisinent ces vaisseaux.

19 Etat des parois veineuses. — Les parois veineuses peuvent se

présenter avec ou sans altération. Nul doute ; en effet, qu’une dilatation des veines puisse exister sans autre modification morbide de leurs parois. Le vaisseau peut être dilaté par un simple obstacle mécanique au cours du sang, sans que pour cela son tissu soit altéré. Qu'on ouvre la veine sur le vivant, et on la verra se vider , les fibres de ses tuniques revenir sur elles-mêmes en vertu de leur élasticité, et le vaisseau reprendre son calibre normal; si l’on fait cette ouverture sur le cadavre, la veine s’affaisse et s’aplatit après l'évacuation du sang, comme une veine non dilatée préalablement. C’est donc à tort que l’on a donné l’altération des parois des veines comme un élément indispensable dans l'existence d’une varice.

Cependant il faut reconnaître que le plus souvent, à l'ouverture d’une veine variqueuse, on trouve dans son intérieur un grand nombre de plis longitudinaux , parallèles à l’axe du vaisseau, et formés manifestement par sa tunique interne, car ils disparaissent avec elle. La formation de ces plis est du reste facile à concevoir, si l’on considère que la veine, vide du sang qu’elle contenait, est revenue sur elle-même. — La membrane interne peut se présenter ramollie et friable ; mais ordinairement, comme cela a lieu du reste pour la moyenne et l’externe , elle est épaissie, hypertrophiée. Si cet épaississement de la membrane interne est partiel, sà face interne offre un aspect inégal et rugueux. — Les fibres de la tunique moyenne sont souvent hypertrophiées, comme nous venons de le dire. L'aspect extérieur de la veine rappelle assez bien alors celui des artères, et, si on ouvre le vaisseau, son orifice reste béant. Cette tunique moyenne , quelquefois épaissie en certains points, est amincie dans d’autres; souvent même elle finit par se rompre dans les points affaiblis. L’extensibilité de cette membrane , moindre que celle des tuniques externe et interne, rend suffisamment compte de cette solution de continuité : comme l’interne, elle est susceptible de se ramollir et de s’atrophier. —La tunique externe offre aussi quelquefois un certain degré d’hypertrophie, moindre cependant que celui de la moyenne. De cette augmentation d'épaisseur de la membrane externe il résulte que les parois de la veine, même dans les points où la membrane moyenne manque par suite de sa rupture, sont encore plus épaisses qu’à l’état normal.

La veine dilatée en même temps qu’hypertrophiée , soit uniformément, soit par intervalles, augmente à la fois de longueur et de largeur, et se replie sur elle-même, De à les fleæuosités que présentent souvent les varices , EL qu’où à comparées aux circonvelutions intestinales.

Pendant que ces changemens s’opèrent, les valvules ne conservent pas leur état normal; le calibre du vaisseau venant à augmenter, elles deviennent insuffisantes, ainsi que cela s’observe pour les valvules sygmoiïdes dans les cas de dilatation de l’origine de l'aorte. Elles se distendent , s’allongent, et quelquefois leur partie libre, au lieu de regarder vers le cœur,

est tournée vers les capillaires. Quelquefois aussi leur bord adhérent est détruit, et, ne tenant plus dès lors à la membrane interne que par leurs deux points extrêmes, elles sont transformées en de véritables brides ; souvent même il ne reste d’elles que des franges flottantes dans la cavité du vaisseau, D’autres fois les valvules sont simplement épaissies, opaques , perforées en divers points.

On voit quelquefois, sur les parois des veines dilatées, des espèces de sacs analogues aux sacs anévrismaux. Ces sacs communiquent avec la veine par des ouvertures étroites ; ils sont formés par les tuniques interne et externe, la moyenne étant déchirée. Ils diffèr ent des sacs artériels, qui sont formés seulement par la membrane celluleuse de l'artère.

2° Etat du sang. — Le sang est ordinairement fluide au début de la dilatation veineuse, et conserve cet état pendant un temps fort long. Mais quand les veines sont devenues très flexueuses, quand elles se sont repliées en paquets, ce liquide, y circulant plus lentement , subit diverses altérations , se coagule et forme, le plus souvent, des caiflots qui, tantôt centraux , tantôt pariétaux, oblitèrent complétement la veine, ou la laissent encore perméable. En même temps que cette coagulation s'effectue, les vaisseaux deviennent durs, incompressibles, et perdent cette extrême souplesse qui leur permettait de s’affaisser par la moindre pression. On à pensé que c'était de ces caïllots, allongés, secs et décolorés qui avaient été pris pour le filaire connu sous le nom de drugonneau ; mais cette supposition ne nous paraît point admissible depuis que nous avons vu un de ces entozoaires recueilli par M. Maisonneuve.

Ces caillots ont quelquefois une grande étendue. Hodgson à Vu quatre fois le coagulum accumulé dans les vaisseaux dilatés offrir une étendue telle que ces vaisseaux étaient- oblitérés, et qu’il en résultait une oblitération spontanée. |

On a encore trouvé dans les veines des concrétions , tantôt libres et renfermées au milieu des caillots sanguins , tantôt adhérentes aux parois des vaisseaux , et comme pédiculées. M. Andral, auquel nous devons de belles recherches sur les altérations morbides des veines, a trouvé dans la veine saphène externe, en un point de ses parois considérablement épaissies, une concrétion très dure, du volume d’une noisette et formée de phosphate de chaux.

3° Etat des parties voisines. — ARE ces dilatations veineuses sont situées au milieu d’un tissu cellulaire qui finit par s’altérer, s’épaissit, devient coriace, résistant, opaque, s’infiltre d’une lymphe blanchâtre et concrète qui lui donne un aspect lardacé, si bien que pour en séparer les veines , il faut pour ainsi dire les sculpter. Ce tissu cellulaire est plus vasculaire qu’à l’état normal. Par son intermédiaire, les tégumens adhèrent intimement aux parois du vaisseau. La peau, dans les

varices anciennes, surtout dans celles qui sont ulcérées, présente souvent une inflanmation chronique, de l’épaississement , de l'induration ; ses veines se distendent , se dilatent , et perdent leurs dimensions capillaires. Cette dilatation des veines capillaires s'établit consécutivement à celle des veines sous-cutanées. Voici comment elle s'opère, dit J.-L. Petit : « Le sang qui aborde (dans la varice oblitérée par un caillot) ne pouvant plus y passer, se fait des routes dans les vaisseaux collatéraux; il les dilate, les rend variqueux , et les varices qui se forment dans ceux-ci les bouchent au point de refuser le passage au sang des Vaisseaux qui leur sont subalternes. C’est ainsi que les varices se multiplient, et que, jusqu'aux capillaires , les veines deviennent, de proche en proche et par degrés, plus ou moins variqueuses. » Les aponévroses ne sont pas altérées par les varices ; il n’en est pas de même des os, que le voisinage d’une varice, comme celui d’un anévrisme, déprime à la longue ; assez souvent les veines dilatées y impriment leur trajet. Les - veines profondes ne sont pas, en général, dilatées, mais leurs parois sont épaissies ; elles sont obligées de porter seules au cœur le sang, dont une partie seulement leur était dévolue avant l’oblitération des veines superficielles : on conçoit aisément qu'un tel surcroît d’action de Ja part des veines profondes amène une augmentation dans l'épaisseur de leurs parois. :

Nous avons dit que les varices les plus fréquentes étaient celles qui Occipaient les veines du membre inférieur ; or, parmi ces dernières même, la veine saphène interne est celle qui en est le plus souvent affectée.

La dilatation variqueuse se montre d’abord vers les points de division des veines, et dans ceux où existent des valvules, parce que c’est sur ces points que le sang s’accumule et fait le plus d'effort.

Ge sont ordinairement les branches principales de la veine qui se trouvent dilatées, soit au niveau de la face interne de la jambe, du genou ou de la cuisse; mais quelquefois ce sont les ramifications beaucoup plus fines qui sont variqueuses : on les rencontre alors en très grand nombre le long des bords interne et externe dn pied, ainsi que sur sa face dorsale.

SYMPTOMATOLOGIE. — La dilatation variqueuse des veines est caractirisée par une tumeur ordinairement située sur le trajet d’un tronc veineux; cette tumeur, plus ou moins exactement circonscrite, disparaît par la plus légère pression , et reparaît aussitôt que l’on cesse de la comprimer ; les tégumens qui la recouvrent, à peine distendus, ne présentent aucune altération ; ils glissent à la surface de la veine, dent ils laissent apercevoir la coloration bleuâtre, surtout dans les l'ÉSIONs OÙ le derme à peu d'épaisseur. Dans cet état, les varices ne causent ordi-

nairement aucune douleur, aucune gêne ; elles ne constituent en réalité qu'une difformité plus ou moins désagréable, suivant le lieu qu'elles occupent.

À mesure que la dilatation fait des progrès, la veine offre des nodosités plus marquées , des renflemens plus ou moins saillans ; c’est à ces nodosités , qui correspondent souvent aux replis valvulaires , que l’on à donné le nom de renflemens variqueux. Plusieurs veines dilatées dans la même région peuvent être repliées plusieurs fois sur elles-mêmes : elles constituent alors des tumeurs que l’on a comparées à une masse de sangsues entrelacées : ce sont là les fumeurs variqueuses.

En comprimant avec la main une tumeur variqueuse afin de la faire disparaître, on perçoit quelquefois une sorte de frémissement produit par le liquide qui s'échappe. Ge signe pourrait , dans certains cas, induire en erreur, Surtout, comme nous le verrons, lorsqu'il est offert par .une

tumeur située dans le voisinage du pli de l’aine. i

M. Bonnet, de Lyon, à encore noté que si l’on exerce avec l’extrémité d'un doigt une légère percussion sur une varice présentant un certain volume et occupant une étendue assez considérable , on voit refluer le sang du tronc vers les ramuscules de la veine. Ce phénomène, qu’il a désigné sous le nom d’ondulation du sang, ainsi que le frémissement dont nous venons de parler, exige pour leur production que le sang soit encore fluide dans le vaisseau dilaté.

Lorsque les varices ont acquis un volume considérable , elles cessent souvent alors d’être complétement indolentes: le membre semble plus lourd, moins agile ; il se manifeste , sur le trajet de la veine , une douleur quelquefois sourde, d’autres fois vive et instantanée. Cela s’observe particulièrement pour les membres abdominaux , lorsque l'on fait un faux pas ou lorsque l’on tombe sur les pieds en sautant, surtout d’un lieu élevé. Les douleurs sont ordinairement accompagnées d’une tension plus ou moins marquée des tégumens. Tous ces symplômes se pronancent surtout après une marche forcée, après un travail pénible ; ils s’observent principalement le soir ; le repos, la position horizontale, les dissipent en favorisant le dégorgement du vaisseau.

A une période plus avancée encore , si le malade continue à se livrer à un travail fatigant , les tégumens qui recouvrent les bosselures les plus saillantes s'altèrent, prennent une coloration brune , disposée par plaques irrégulières ; bientôt ils contractent adhérence avec la veine sous-jacente; en même temps le pied, le bas de la jambe, s’engorgent; le gonflement produit par une sorte d’empâtement œdémateux, plutôt que par une congestion sanguine , résulte de la lenteur de la circulation veineuse ; il y à véritable infiltration séreuse de la partie , de telle sorte que les tégumens s’affaissent sous la pression du doigt, et en conservent l’impres-

sion. Suivant Delpech, ce n’est pas par une action purement mécanique que les fonctions du système absorbant se trouvent entravées; car on voit quelquefois d'énormes varices sans gonflement œdémateux du tissu cellulaire , tandis que des tumeurs peu volumineuses présentent cette complication.

La marche des varices est ordinairement lente, excepté dans les cas de grossesse : alors on voit en peu de mois l’une ou même les deux extrémités inférieures couvertes de veines dilatées , ou de paquets variqueux. À part ce cas, il est très rare de voir les membres abdominaux envahis en peu de temps par des varices volumineuses. |

Les varices sont quelquefois longtemps sans s'accompagner d’accidens; mais il arrive souvent que, par excès de fatigue, ou par l'effet d’une contusion sur la veine, il survient une inflammation érysipélateuse , suivie d’une infiltration séreuse dans le tissu cellulaire sous-cutané. Si la cause qui à fait développer cet érysipèle continue d’agir, celui-ci s'étend, gagne le tronc , et devient une complication des plus graves. Il peut aussi se développer un phlegmon diffus ou circonscrit : on voit alors se former sur le trajet de la veine de véritables abcès ; souvent la veine ellemême s’enflamme , et alors arrive la phlébite avec ses conséquences. Cette phlébite , lorsqu'elle reste bornée dans le point variqueux , peut devenir un moyen de guérison spontanée , et partant , une circonstance avantageuse dans le cours de la maladie. |

Quand les varices sont volumineuses, et que ceux qui les portent n'ont pas la précaution de les maintenir comprimées au moyen d’un appareil convenable, la peau adhérente à la veine s’amincit tellement que, sous linfluence de la moindre distension , à la suite du coup le plus léger, la tumeur se rompt sans douleur pour le malade, qui souvent n’est averti de cet accident que par la sensation d’un liquide chaud qui baigne son membre. Si l’on découvre alors ce membre, on voit s'échapper un jet de sang qui est projeté assez loin, et quelquefois par saccades: dans certaines circonstances, ce sang est même rutilant et semble venir d’une artère. J.-L. Petit, qui avait déjà signalé ce fait, l’explique en disant que le sang passe si promptement des artères dans les veines, qu’il n’a pas le temps de se désartérialiser dans les capillaires élargis, et qu’il ne perd pas même toute sa force d’impulsion. Voilà la cause de ce phénomène si surprenant au premier abord. Le malade , en cette occurrence, éprouve toutes les suites d’une hémorragie, pâleur, tintemens d'oreilles, etc. Et s’il ne se tient pas calme, dans une position horizontale, ou s’il ne survient pas un syncope, la mort peut s’ensuivre, bien que J.-L. Petit ait avancé que, dans ces cas, le sang s’arrêtait quand la tumeur était vide de celui qu’elle contenait. Aux yeux de ce chirurgien, il n’y a d’accidens sérieux à redouter que lorsque les varices

se rompent seules, la peau restant intacte, et que le sang s’épanche dans le tissu cellulaire, car alors se manifestent une tension douloureuse , l'inflammation , la suppuration et des abcès gangréneux.

Lorsque l’hémorragie a cessé, si l’on veut examiner l'ouverture par laquelle s’écoulait le sang, on n’y trouve guère qu’un petit pertuis qui permet à peine l'introduction d’un stylet. C’est qu’en se vidant, la veine, par l’élasticité de ses parois, est revenue sur elle-même; et ceci explique comment la moindre compression peut aisément arrêter l’hémorragie.

Nous avons à signaler la possibilité d’un autre accident, à savoir, l’altération de la peau qui recouvre les veines variqueuses. Il est rare, en effet, quand on néglige les varices, qu’il ne survienne pas une ulcération. La peau rougit, brunit, devient livide, violacée , s’amincit ; l’épiderme se détruit, et au-dessous on trouve une ulcération qui, souvent, très petite à son début, s’élargit ensuite, et d’autres fois résulte de la réduction en une . eule plus vaste de petites ulcérations isolées. (Voy. Ulcères variqueux, p. 330.) ss

ÉTIOLOGIE. — Les anciens croyaient que les varices reconnaissaient pour cause l’accumulation dans les veines d’un sang mélancolique, excrémentitiel, etc. La conséquence pratique de cette manière de voir était de ne rien tenter contre cette affection. Il serait inutile maintenant de combattre cette théorie. B: EU:

Les varices reconnaissent deux espèces de causes : les unes sont dites prédisposantes, les autres eflicientes. Étudions-les séparément.

A. Causes prédisposantes. À ge. — Rares chez les enfans, les varices sont fréquentes chez les adultes. C’est à tort qu’on a accusé la vieillesse d'y prédisposer. Loin de R : les varices restent stationnaires chez les vieillards, vont même quelquefois en se rétrécissant , soit à cause de la position favorable à la circulation veineuse qu’ils observent plus longtemps, soit parce qu'ils cessent de se livrer aux efforts que la profession des adultes réclame. ; | |

Sexe.—- Elles se montrent moins souvent chez les femmes. C’est surtout lors de la cessation des menstrues qu’elles apparaissent chez elles: souvent même elles remplacent l'écoulement menstruel, lorsqu'il ne se fait pas bien. M. Briquet rapporte que deux femmes, dont les règles s’étaient supprimées, voyaient se former tous les mois au membre inférieur une tumeur variqueuse qui, après avoir donné du sang pendant trois jours, disparaissait pour reparaître à l’époque des prochaines menstrues. 1

T'empérament. — Le tempérament lymphatique et le sanguin, suivant M. Briquet , prédisposent aux varices. M. Bégin, au contraire, invoque le bilieux, se fondant sur ce que, chez les individus Iymphatiques, les veines sont fréquemment étroites et très atrophiées. Toujours est-il

que les varices se rencontrent plus fréquemment chez les individus qui ont la peau brune et les veines naturellement marquées.

Hérédité. — Admise par la généralité des chirurgiens, elle a été mise hors de doute par M. Briquet.

Prédisposition organique. — À l’autopsie, Alibert trouva sur un cadavre toutes ses veines dilatées. Y avait-il, dans ce cas, altération en quelques points du système veineux? Cette altération n’a pas été indiquée ; et nous pensons qu'on expliquerait mieux cette dilatation générale des veines si l’on admettait une prédisposition constitutionnelle, à l’in- Star de la diathèse anévrismale, indispensable pour expliquer les cas semblables à celui que rapporte Lancisi d’un individu dont toutes les. artères se présentèrent dilatées à l’autopsie. ;

Professions. — Diverses professions favorisent beaucoup la production des varices. Ainsi celles où l’on est longtemps debout et immobile, celles qui obligent à des travaux pénibles, à des marches prolongées, où les membres inférieurs sont exposés à des lésions variées et au froid, surtout au froid humide; en un mot, toutes les professions qui exigent des efforts musculaires considérables et répétés : aussi les rencontre-t-on fréquemment chez les portefaix , les laquais placés debout derrière les voitures, les cochers, les ouvriers des ports, les cuisiniers, les blanchisseuses, etc.

Direction des veinrs. — Les veines dont la direction est telle que le sang y circule contre son propre poids doivent se présenter fréquemment dilatées. Celles des membres inférieurs jouissent de ce triste privilége.

Situation des veines, — Les veines situées entre l’aponévrose et la peau sont beaucoup plus souvent que les profondes affectées de varices. La raison en est facile à trouver. Ces dernières, en effet, entourées par les muscles, sont favorablement influencées par le moindre exercice musculaire, et la circulation s’y fait très aisément.

B. Causes rfficientes. — Elles agissent : 4° en affaiblissant les parois des veines et les rendant incapables de résister au choc du sang. Ainsi, les lésions physiques peuvent très bien déterminer la production des varices, Dans sa thèse sur la contusion, M. Velpeau rapporte un exemple remarquable de varice ainsi produite.

L'inflammation a été admise surtout par Béclard et M. Briquet : suivant ces auteurs, la cause des varices serait une hyperémie active des veines. On à pu croire qu’elles étaient le produit d'un véritable travail phlegmasique, quand on les a vues se développer au voisinage des vieux ulcères, des masses squirrheuses ou Cancéreuses, des tumeurs blanches, etc. Mais sont-elles, dans ces cas, produites par l’irritation qui, des parties affectées, se propagerait aux parois des veines, ou bien résul-

AFFECTIONS DES VEINES. 525 tent-elles de l’obstacle mécanique apporté au cours du sang par suite du gonflement inflammatoire ? Il y a peut-être intervention de ces deux causes à la fois.

2° En augmentant le choc latérai du sang. Ainsi :

Les grossesses répétées , les affections pelvi-abdominales ( maladie du foie, hydropisie enkystée de l'ovaire, polypes utérins, tumeurs scrofuleuses, cancéreuses, etc. ), qui compriment et oblitèrent entièrement les veines cave et iliaque, comme Baillie, Cluci et M. J. Cloquet en ont rapporté des observations ; les ligatures serrées autour des membres ( jarretières}, l’oblitération d’un tronc veineux.

Dupuytren rapporte la plus grande fréquence des varices et des ulcères variqueux sur la jambe gauche, à l'S iliaque du colon, qui, dans son état de plénitude, comprime les veines illaques gauches, et gêne nécessairement le cours du sang dans le membre inférieur correspondant. La même disposition anatomique peut expliquer, dit-il, la plus grande fréquence du varicocèle à gauche.

Chaussier, Béclard, Delpech, S. Cooper, M. Briquet, se plaignent de ce qu'on attache une trop grande importance aux obstacles mécaniques dans la production des varices. Ils font remarquer, 1° que l'usage des jarretières est extrêmement répandu relativement à la fréquence des varices; 2° que les varices surviennent quelquefois au commencement de la grossesse , alors que les veines iliaques ne peuvent pas encore être comprimées par l'utérus; etc.

Ainsi, suivant ces auteurs, la dilatation des veines n’est point un phénomène purement passif, dû aux efforts que fait le sang contre la veine pour remonter vers le cœur. C’est pour eux un phénomène actif. Les membres inférieurs agissant beaucoup, demandent beaucoup de sang, et par suite Il ya, suivant eux, épaississement, hypertrophie des parois veineuses , résultant des contracticns plus nombreuses du vaisseau pour faire remonter le sang. Ils admettent encore une cause générale inconnue, ce qui milite en faveur de la prédisposition organique précédeminent invoquée. |

3° En déterminant un afflux plus considérable de sang dans une partie du corps, et, partant, dans les veines de cette partie.

Ainsi, aux environs des parties où règne une irritation chronique, cancers, ulcères, etc. ; des parties où se fait une abondante sécrétion de liquides : cette dernière cause est surtout manifeste autour des mamelles, pendant la lactation , dans le catarrhe de la vessie, etc.

L'usage des chaufferettes produit aussi cet afflux des liquides.

Suivant Bordeu, les varices trouveraient leur cause première en un excès d'action des radicules veincuses, qui pousse dans les veines une quantité de sang plus grande que leur diamètre ne le permet,

M. Rima, chirurgien au grand hôpital de Venise, trouve la cause prochaine des varices des membres abdominaux en dehors de toutes les causes déjà indiquées. Cette cause prochaine, suivant lui, consisterait dans un mouvement rétrograde du sang veineux. Voici ses r'AISONS :

4° Si on excise sur le vivant une portion d’une veine variqueuse , on voit le sang jaillir du bout supérieur, comme d’une artère.

2° Chez les personnes dont les varices ont été occasionnellement produites par une jarretière trop serrée au-dessous du genou, on voit les veines se dilater plus au-dessus qu’au-dessous de l’étranglement.

3° Lorsqu'on pratique soit la ligature , soit l’excision d’une veine variqueuse, on voit les groupes variqueux placés au-dessous s’affaisser, se ramollir et disparaître, tandis que les varices de la même veine piacées au-dessus restent stationnaires ou bien augmentent, ce qui ne devrait pas avoir lieu si le sang du même vaisseau marchait de bas en haut, comme dans l’état normal.

h° L’anatomie pathologique viendrait encore , » dit- il, confirmer sa manière de voir.

DIAGNOSTIC. — On pourrait les confondre, dans certaines régions, avec des hernies réductibles ( crurale). Il suffit alors, pour éviter l’erreur, d'appliquer un bandage ; la tumeur, réduite, reparaît au-dessous de la pelote du bandage, et s'accroît par la pression faite au-dessus d’elle. |

Anévrismes. — Tous les deux sont réductibles; mais, après la réduction, les anévrismes se tendent tout-à-coup et par saccades isochrones au pouls. Du reste, les varices ne présentent aucun battement, à moins qu'elles ne soient soulevées par une artère placée au-dessous d'elles.

Varice anévrismale. — Bruissement ou sifflement particulier appréciable au toucher et à l’ouïe, avec pulsations isochrones à celles du pouls. 1! n’y aura pas de doute sur la nature de la varice anévrismale, si aux signes précédens s'ajoutent la disparition des battemens quand on comprime entre la tumeur et le cœur, et leur augmentation par la compression exercée au-dessous d’elle : les antécédens ici sont en outre d’un très grand poids.

PRONOSTIC. — Les varices ne constituent pas une maladie dangereuse, en ce sens qu'elles ne compromettent pas la vie de celui qui les porte : non seulement elles sont compatibles avec la santé, mais souvent elles ne causent aucun malaise.

Toutefois les incommodités qui en résultent sont quelquefois très graves ; elles sont telles que les gens du peuple se voient forcés quelquefois de renoncer à leurs occupations. Ajoutons que, si l’on veut en

AFFECTIONS DES VEINES. | 597 tenter la guérison radicale, le succès devient très problématique; et

l'épreuve à subir est loin d’être innocente, car la mort peut en être le résultat.

il n’est pas besoin de dire que là maladie augmente de gravité en raison directe de son ancienneté, du nombre des veines affectées et des complications.

Une fois qu’elles ont acquis une certaine dimension, les varices ontelles de la tendance à persister ? Oui. Beaucoup de personnes , en effet, les gardent toute leur vie. Ce n’est pourtant pas à dire pour cela que la nature ne se livre point à certains efforts de guérison ; on en a observé de spontanées. Voici comment elles s'expliquent :

Le sang circule le plus souvent dans la veine, bien qu’il y existe des caillots; ceux-ci ne l’obstruent pas alors entièrement, Dans quelques circonstances, ce caillot vient à augmenter, de facon qu’il amène enfin l'oblitération du vaisseau , son imperméabilité et la guérison. Et l’on conçoit que celle-ci arrivera surtout quand il y aura inflammation de la veine. Il se passe ici ce qui a lieu dans les artères oblitérées : les parois reviennent sur elles-mêmes, et le caillot se résorbant , elles finissent par adhérer. Cette guérison , malheureusement, n’est pas complète et radicale ; car les anastomoses qui n'étaient pas variqueuses le deviennent, et voilà la maladie reproduite.

TRAITEMENT. — Il peut être curatif ou simplement palliatif.

À. Traitement palliatif. — C’est le plus fréquemment employé, et le seul , suivant nous, auquel on devrait avoir recours.

L'on doit recommander au malade une position horizontale, la cessation de tout travail pénible ; en même temps pratiquer une compression circulaire, régulière, uniforme, soit à l’aide de bandes exactement appliquées , qui partant de la pointe du pied se termineraient à la cuisse, soit à l’aide de bas lacés, en coutil, ou en toile, où, comme les préférait J.-L. Petit, en peau de chien, ou bien encore avec des bandelettes agglutinatives se recouvrant les unes les autres.

Gette compression est comme une aponévrose qui agit sur les veines superficielles de là même manière que la véritable aponévrose agit sur les veines profondes. Elle fait cesser la distension de la peau qui recouvre les varices, en prévenant un nouvel épanchement de sérosité dans le tissu cellulaire et provoquant l'absorption du liquide déjà épanché. La compression amène aussi [a résolution de l’inflammation chronique de la peau , et prévient souvent son ulcération. Quand elle est bien faite, elle empêche la circulation collatérale de s'établir, elle soutient toutes les veines, les force à recevoir une quantité de sang égale, uniforme, proportionnée à leur calibre, et oblige l’excédant du sang à passer dans les veines profondes. Enfin, elle prévient égaleinent l’inflammation des va-

rices elles-mêmes , les abcès et les ulcères variqueux qui pourraient et résulter.

Quoique parfaitement innocente par elle-même, la compression n’est pas sans offrir quelques Imconvéniens. Souvent elle ne peut être maintenue d'une manière constamment égale et invariable à cause de la profession ou de l'indocilité des malades, ou parce que le moyen compressif se relâche et que les parties molles diminuent de volume après son application, En outre, elle gêne et fatigue considérablement, cause dans quelques cas des excoriations, des suintemens, qui obligent à renouveler fréquemment l'appareil, sous peine de le voir s’imprégner de sueur, de la matière de ce suintement, etc., et de produire un érysipèle. Quelquefois, à la suite de marches forcées, de travaux pénibles, les parties se tuméfient else trouvent trop serrées : on en est quitte alors pour desserrer l'appareil.

La compression des varices est quelquefois dangereuse aux femmes pendant la gestation. On cite dans les auteurs qu’une jeune fille pouvait se faire avorter en comprimant ses varicés.

Le membre longtemps comprimé s’atrophie et perd une grande partie de sa force.

Si les veines sont trop tendues , trop douloureuses pour supporter l’action d’un bandage compressif, on peut faire précéder la compression de moyens résolutifs, calmans, employer les antiphlogistiques locaux, même les sangsues. C'est l'avis de Boyer et de S. Cooper.

Si le malade est mou, d’un tempérament lymphatique, on fera bien de lui administrer à l'intérieur des astringens, des toniques, etc.

Il est encore un palliatif puissant , que J.-L. Petit a surtout vanté. — Je veux parler de la ponction. 4

Lorsque les varices sont enflammées, tendues, douloureuses, gorgées de sang liquide ou plus ou moins solide, qu’elles menacent de se rompre sous la peau ou avec la peau, quand on à eu vainement recours à une compression légère, et, préalablement à la compression , aux antiphlogistiques locaux, la ponction de la veine est indiquée; on lui fait une ouverture assez grande pour faire évacuer le sang liquide, voire même le sang Coagulé. Quand une ouverture n’était pas suffisante, J.-L. Petit en pratiquait plusieurs.

Ces saignées font en général cesser les accidens comme par enchantement. Il ne paraît pas que J.-L. Petit et les autres chirurgiens q ont pratiquées aient jamais eu à s’en repentir,

Traitement curatif. — Employé dès Ja plus haute antiquité, il se compose d'opérations faites pour débarrasser définitivement le malade de ses varices.

Parmi ces opérations, les unes se pratiquent

ui les

sur Îe lieu malade lui-

AFFECTIONS DES VEINES. 929 même , les autres loin du lieu malade. De là un partage naturel à faire entre les premières et les secondes.

1° Opérations dé La Première section. — a. Ponction. Nous en avons déjà parlé. Elle n’est qu’un moyen palliatif, le bien qu'on en retire n'étant que momentané.

b. Excision, ablation des varices. On peut pratiquer cette opération de plusieurs manières. On incise la peau, on découvre la veine, et, après l'avoir disséquée, on la coupe au-dessus et au-dessous du point dilaté. Si la peau se trouvait adhérente à la veine , On ferait une incision elliptique, et on enlèverait avec les varices le lambeau de peau altéré.

Gette opération est extrêmement douloureuse ; elle peut être suivie des accidens les plus graves, tels que hémorragie, phlébite, phlegmon, etc. On cite partout l'exemple de Marius, qui après l'avoir supportée sur un de ses membres, n’eut pas le courage de livrer l’autre au chirurgien, Boyer l’a pratiquée avec un plein succès, mais seulement pour un paquet de veines variqueuses agglomérées, et en quelque sorte isolées, c'est-à-dire n'ayant que très peu de communications avec le système veineux principal du membre. Cette pratique serait à imiter dans un cas semblable, :

c. Encision longitudinale de la veine. Elle consiste en une longue incision de la peau et des varices, avec ou sans ligature de la veine audessus et au-dessous de la tumeur, Après avoir fait cette incision, on remplit la plaie de charpie et on applique un bandage roulé. Pratiquée surtout par Richerand dans le but de vider, d’enflammer et d’oblitérer la veine, cette opération serait un excellent moyen curatif si les va rices étaient bien circonscrites et réunies en une ou deux tumeurs ; mais on à à craindre la phlébite générale, et la longueur de la plaie faite aux légumens n'est pas non plus sans danger,

d. Section transversale de la veine. Elle peut être faite sur la partie dilatée ou sur ses limites. L’on panse ensuite avec de la charpie, et l’on exerce une Compression circulaire. Béclard, M. Velpeau, Pont pratiquée après avoir mis la veine à découvert.

La phlébite et les érysipèles phlegmoneux sont les accidens à craindre à la suite de cette opération.

Pour éviter le contact de l’air et des corps étrangers qu’il considère comme la cause de la phlébite, Brodie plongeait d’abord à plat un bistouri très étroit sous les tégumens, entre la peau et la veine; puis, arrivé au côté opposé de cette dernière, tournait le tranchant vers la veine qu'il divisait en retirant le bistouri.

Pour la même raison, MM. Lisfranc et Ricord ont conseillé de joindre à la section de la veine, l’excision d’une portion de ses extrémités, afin

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