DE LA CARIE
Le nom de cxrie était donné autrefois à plusieurs maladies du tissu osseux ; on pourrait même dire qu’il servait à désigner presque toutes les maladies organiques de ce tissu. C’est ainsi que la nécrose, les diverses espèces d’exostoses, le cancer, l'affection tuberculeuse des os, la destruction de ces organes par certaines tumeurs, telles que les anévrismes , les fongus de la dure-mère , etc., étaient décrits sous le nom de carie. Mais une étude plus attentive de ces maladies, et surtout les progrès qu’a faits depuis un demi-siècle l'anatomie pathologique , nous ont permis de voir les différences capitales qui existent entre ces diverses affections, et de donner pour plusieurs d’entre elles une description spéciale qui fit ressortir ce que chacune présente de particulier.
Cependant, il faut le dire, quoique beaucoup plus restreint dans son acception, le mot de carie n’est point encore maintenant employé par tous les auteurs pour désigner une seulé et même affection ; on trouve
encore, dans les ouvrages les plus modernes, la carie confondue avec l'ostéite simple terminée par la suppuration, et avec une des variétés de l'affection tuberculeuse. Nous aurons donc soin, dans cet article, d'indiquer les différences qui existent entre les deux premières affections que je viens de citer, c’est-à-dire la carie et lostéite suppurée. Quant aux caractères propres à l'affection tuberculeuse, ils seront suffisamment exposés dans l’histoire particulière de cette maladie.
Nous croyons pouvoir définir la carie, une affection caractérisée par 4° l'augmentation de vascularité, 2° la raréfaction, 3° le ramollissement, L° la suppuration du tissu osseux. Gette définition n’est certainement pas à l'abri de tout reproche, car la plupart des caractères que je viens de donner se retrouvent dans l’ostéite terminée par suppuration ; mais dans la carie, ces altérations du tissu sont portées à un degré bien plus avancé , et c’est précisément ce qui donne à la maladie une physionomie particulière. ne |
ANATOMIE PATHOLOGIQUE. — Quelques auteurs ont avancé que la carie est une affection propre au tissu spongieux des os ; mais on sait maintenant qu’elle attaque également le tissu compacte. Cependant il faut remarquer, à cet égard, que la carie ne se montre dans le tissu compacte qu'après une raréfaction préalable , de sorte que l'opinion que nous venons de rappeler exprime au fond une idée vraie, c’est-àdire que la carie ne se développe que dans un tissu aréolaire. Dans quelques cas à la vérité, surtout lorsque la carie est superficielle, la raréfaction de tissu peut échapper à une première observation, vu le pet d’épaisseur de la couche raréfiée; mais un examen attentif fera facilement reconnaître la modification qu’a subie le tissu de los.
Lorsqu'on examine une portion d’es affectée de carie, on trouve un tissu mollasse, spongieux, érodé à sa surface, qui est recouverte de fongosités saignantes ; sa coupe présente un tissu rougeâtre, violacé, abreuvé de sang et de sanie purulente, que l’on fait sourdre par un grand nombre d'orifices, lorsqu'on comprime l'os dépouillé de son périoste.
L'analyse anatomique démontre, ainsi que nous venons de le dire, dans la partie affectée , une augmentation remarquable de vascularité ; l'ampliation des vaisseaux n’est point bornée à la partie cariée , elle s’étend à une distance plus ou moins grande dans la trame osseuse ellemême et dans les parties molles adjacentes ; dans le tissu osseux , elle se montre avec les caractères que nous avons exposés à l’occasion de l'ostéite (p. 587). Si l’on fait macérer l'os, on constate que les lamelles, qui forment par leur entrecroisement les aréoles du tissu affecté, sont très amincies , qu’elles sont réduites à des filamens très ténus ct d'une extrême fragilité; la capacité des cellules s’est nécessairement accrue, et, dans certains cas même, les lamelles osseuses ayant été ré-
sorbées ou éliminées en totalité, l'os a subi une perte de substance plus ou moins considérable, et l’on trouve une cavité comblée par le tissu médullaire en suppuration. Outre cette altération , qui ne porte que sur le volume des cloisons osseuses, on en trouve une autre qui semble indiquer une modification profonde de leur tissu ; je veux parler du ramollissement. Ce ramollissement est surtout très marqué vers le centre du foyer de la carie; si l’on s'éloigne de ce point, le tissu osseux semble reprendre peu à peu sa consistance normale.
Le tissu médullaire qui remplit les cellules, ou les canalicules osseux, est extrêmement vasculaire ; il présente une couleur lie de vin , quel que soit d’ailleurs l'os affecté. Lorsque celui-ci est érodé à sa surface, ce tissu sort des cellules, et vient, en s’épanouissant à l'extérieur, former ces végétations fongueuses que nous avons indiquées. Nous n'avons jamais eu occasion de constater le gonflement du tissu osseux affecté de carie ; ici, comme dans l’ostéite simple, on voit ordinairement se développer , sur les confins de la partie altérée, de ces couches osseuses de nouvelle formatiou, et ce sont elles qui font croire à la tuméfaction des os. Le périoste est moins adhérent que dans l’état normal, plus vasculaire, épaissi, doublé à l'extérieur parune couche de tissu cellulaire induré, qui, dans certains cas, prend une apparence cartilagineuse, ainsi que cela s’observe, surtout dans le voisinage des cavités séreuses, où il forme une sorte de cloison protectrice, qui empêche le pus de s’épancher dans leur intérieur. Si la carie occupe l’épiphyse d’un os long , le cartilage articulaire est détruit. Telles sont les altérations qui appartiennent en propre à la carie ; on voit qu’elles sont toujours accompagnées d’une inflammation du tissu osseux circonvoisin. Ajoutons que dans certaines circonstances on trouve Concurremment divers états pathologiques des os , tels que, une exostose, une dégénérescence cancéreuse, tuberculeuse, la nécrose , affections sur lesquelles nous aurons occasion de revenir.
Pouget, Bérard de Montpellier, et après eux Sanson , ont analysé des os cariés, dans le but surtout de trouver un caractère distinctif entre la carie et la nécrose. Suivant ces auteurs, la carie transformerait d’abord la substance organique des os en une matière grasse qui serait peu à peu éliminée, de manière à laisser à nu la matière calcaire ; tandis que dans la nécrose, la trame gélatineuse du tissu osseux resterait combinée au principe terreux ou inorganique. Sanson n'ayant pu répéter les expériences de Pouget et Bérard sur des pièces fraîches, analysa du tissu osseux à l’état sec; il prit une portion de côte de trois pouces de long, cariée profondément, et desséchée, la divisa en trois portions , dont la moyenne, plus complétement altérée, présentait à la loupe «un aspect salin, à granulations très fines, faiblement agré- » gées, sans trame organique sensible, Ces parties salines, réduites en
» poudre grossière, et traitées par l'acide acétique faible, ne don- » nèrent aucun résidu, et furent totalement dissoutes. L'une des extré- » mités, seulement cariée dans une partie de sa substance , traitée par » l'acide hydrochlorique affaibli, Gonna, au bout de dix-huit heures, une » petite masse gélatineuse , non en rapport avec le volume du fragment » d'os qui l'avait fournie, très peu abondante , surtout dans le bout cor- » respondant à la maladie. L'autre extrémité a fourni Ie même résultat. » De cette analyse, il crut pouvoir tirer cette conclusion : « que la carie » est une affection de l'élément organique des os, affection dont les con- » séquences sont la destruction et l'isolement du principe inorganique. »
Cependant, malgré l'appui que lui a prêté Sanson, cette idée sur la nature de la carie compte maintenant peu de partisans. M. Mouret, interne en pharmacie des hôpitaux de Paris, l’a surtout attaquée. Ayant traité par les acides plusieurs fragmens d’os cariés, il reconnut que ceux-ci contenaient une proportion de gélatine au moins égale, et plusieurs fois même supérieure à celle qui entre dans la composition des os | sains. Des résultats semblables, obtenus par MM. Gerdy et Barruel, sont venus renverser définitivement cette doctrine. J’ajouterai que ce résultat aurait pu être annoncé à priori + car la matière saline n'est pas dans les os à l’état de dépôt, mais bien à l’état de combinaison avec la gélatine; de sorte qu’on ne saurait admettre qu'un seul des-élémens du tissu osseux fût affecté , l’autre restant intact.
ÉTIOLOGIE. — La carie peut être produite par un grand nombre de causes très différentes : cependant , suivant la remarque de Sanson, la manière d'agir de toutes ces causes est identique : aucune d'elles ne peut produire directement la carie, toutes ont besoin de l'intervention de l’infflammation.
Ces causes sont locales ou générales. Parmi les causes locales , il faut d'abord noter toutes les violences extérieures exercées sur le tissu osseux , telles que : les contusions , les plaies, les fractures, la dénudation des os , la présence de corps étrangers implantés dans leur tissu , le contact du pus, en un mottoutes les causes de l’ostéite. Cependant il faut remarquer que les violences extérieures produisent plus souvent l'ostéite simple ou la nécrose, que la carie ; il semble que le tissu osseux, pour être affecté de carie, doive être préalablement modifié par un travail phlegmasique de longue durée; c’est pourquoi on observe si souvent: cette maladie à la suite des affections chroniques des articulations. Voici comment les choses se passent : toutes les parties molles qui entrent dans la composition de l'articulation s’enflamment ; les ligamens, les membranes synoviales, les cartilages sont d’abord plus ou moins profondément affectés ou détruits; pendant ce temps, les os ne restent point indifférens au travail pathologique qui s’accompht dans les issus contigus ; ils s’injectent, se
AFFECTIONS DES OS. 6ut rarélient, se ramollissent même quelquefois, et si l’inflammation suppurative s'étend jusqu'au tissu spongieux de l’épiphyse articulaire, ce n’est plus une ostéite simple que l’on voit alors se développer, mais bien une carie , C'est-à-dire une suppuration ulcéreuse sans tendance à la cicatrisation. La comparaison suivante est bien propre à faire comprendre toute ma pensée : que l’on fasse une plaie à une partie du corps qui ne présente aucune altération, cette plaie pourra se cicatriser par première intention ou après suppuration; mais dans tous les cas, elle tendra vers la cicatrisation ; que la même plaie soit faite sur un membre variqueux, œdématié et enflammeé, elle aura la plus grande tendance à se convertir en un ulcère.
Outre les violences extérieures, il faut encore citer, parmi les causes locales , certaines altérations organiques du tissu osseux, telles que les tubercules , le cancer, la nécrose, l’exostose, qui peuvent également faire naître une inflammation dans le tissu osseux circonvoisin, et par suite une carie,
Les causes générales de la carie sont : le vice scrofuleux, rhumatismal, la goutte, le scorbut, la syphilis , certaines métastases varioleuses, morbilleuses, etc. Le mode d’action de toutes ces causes est identique, c'est-à-dire qu’elles produisent toutes une inflammation , soit du périoste , soit des tissus circonvoisins, soit de l'os lui-même.
On à pensé que la masturbation et les excès vénériens pouvaient produire la carie; et on était conduit à cette idée par cette raison, que ces mêmes causes produisent souvent le mal vertébral de Pott, que l’on croyait alors être une carie de la colonne vertébrale ; or, on sait maintenant que , dans l'immense majorité des cas, cette affection est de nature tuberculeuse. L'influence de ces causes sur la production de la carie peut donc être regardée comme douteuse.
Toutes les pièces du squelette peuvent être affectées de carie: les cartilages ossifiés n’en sont point exempts , ainsi que le prouvent les exemples assez fréquens de carie des cartilages du larynx et des cartilages costaux ; mais tous les os n’y sont point également exposés. La carie est rare dans le tissu compacte ; elle est plus commune dans les os courts des pieds et des mains, dans les extrémités articulaires que dans les os du tronc. Tout ce que l’on a dit de Ja carie des os du crâne se rapporte plutôt à l'ostéite ct à la nécrose qu’à la carie propreinent dite, Les prétendues caries des 05 du nez ne sont le plus souvent que des nécroses. |
Gette affection est plus commune chez les enfans que chez les adultes et. les vieillards ; et cela se comprend facilement, lorsqu'on considère l’extréme vascularité du tissu spongieux chez les enfans.
SYMPTOMATOLOGIE, — Les svmptômes de la carie ressemblent sous
beaucoup de rapports à ceux de l’ostéite : ainsi, dans l’un et l’autre cas,on observe une tuméfaction , un engorgement de la partie où est situé l'os affecté ; les douleurs ont le même caractère que dans l’ostéite simple; c'est principalement pendant la nuit qu’elles se font sentir ; le pus fourni par la partie cariée s’accumule d’abord au niveau du point affecté , où il forme une collection qui, en général, se développe très lentement , mais qui s'accroît d’une manière incessante jusqu’à ce qu’elle parvienne au-dessous des tégumens. L’abcès s’ouvre spontanément, ou bien le chirurgien y pratique une ouverture artificielle qui peut bien se refermer momentanément, mais qui finit toujours par rester fistuleuse, et qui fournit alors un pus mal élaboré, séreux, sanieux, et qui contient quelquefois des fragmens d’os gros comme des grains de sable, dont on reconnaît facilement la présence lorsque l’on prend une goutte de ce pus entre les doigts et qu’on les frotte l’un contre l’autre. Ces détritus osseux s’observent cependant plusrarement dans la carie proprement dite que dans l’infiltration tuberculeuse.
Si l’on vient à sonder un des trajets fistuleux, le stylet pénètre dans la substance de l’os sans rencontrer beaucoup de résistance, et l’on éprouve une sensation particulière, que l’on a comparée à celle que don neraient plusieurs petites fractures produites par cet instrument. Cette exploration détermine toujours la sortie d’une certaine quantité de sang fournie par les fongosités dont nous avons parlé.
La carie est une affection essentiellement chronique: elle peut exister pendant un temps extrêmement long, sans paraître exercer aucune influence fâcheuse sur toute l’économie ; cela s’observe principalement lorsque l’ulcération n’occupe point une grande étendue, et que lestrajets fistuleux ne fournissent que peu de pus. Dans le cas contraire, la maladie peut déterminer la mort , qui succède ordinairement à une suppuration abondante et aux symptômes de la résorption putride. On conçoit que si Ja carie se développe dans le voisinage de certains organes , la suppuration qui en résulte peut donner lieu à des accidens variés, C’est ainsi que la carie des os du crâne entraîne la mort par suite de méningite , d’encéphalite, ou de ja compression du cerveau.
On admet généralement que la carie peut s’arrêter spontanément, que les fongosités saignantes qui végètent sur l'os altéré peuvent prendre peu à peu les caractères des bourgeons charnus de bonne nature, et qu'une cicatrice solide peut alors se faire à la surface de l'os. Sans oser prétendre que ce mode de guérison spontanée ne s’observe point lorsque l'os a subi les modifications profondes que nous avons données comme les caractères essentiels de la carie, nous croyons pouvoir affirmer que cette terminaison est excessivement rare. La guérison sponta-
née d’une carie s'opère par un mécanisme différent de celui que nous
AFFECTIONS DES OS. 603 venons d'exposer ; toute la partie altérée est frappée de mort, convertie en un séquestre qui est éliminé par une série de phénomènes que nous exposerons dans l’article nécrose , et c’est alors seulement que la cicatrisation s'opère. Le séquestre qui succède à une carie est poreux, léger, fragile, ainsi qu'on aurait pu le présumer d’après ce que nous avons dit des modifications éprouvées par le tissu osseux affecté de carie. Ajoutons que cette heureuse terminaison est également assez rare , parce quela mortification nes’étend point ordinairement à toute la partie altérée.
On s’est beaucoup occupé de la question de savoir quelle était la nature de la carie. Les auteurs anciens avaient un moyen facile de trancher cette question ; leurs théories humorales leur montraient partout des fermens, des levains qui attaquaient le tissu des os. A une époque plus rapprochée de nous, nous voyons encore des hommes dont le nom fait autorité dans la science, reproduire ces théories en les adaptant aux doctrines médicales régnantes ; et l’on serait étonné de voir qu’un esprit éclairé comme celui de Duverney ait pu se complaire à développer toutes ces hypothèses ridicules sur l’action des alcalis, des acides arsenicaux, des levains, etc., qui corrodent les os, si l’on ne savait où peut nous conduire Je désir de tout expliquer. A. Monro, qui admettait sept espèces de caries, reproduisit l’idée de Galien, qui considérait la carie comme un ulcère du tissu ôsseux ; les développemens qu’il donna à cette idée lui concilièrent Ge nombreux partisans. Mais si l’on cherche à pénétrer le fond de cette doctrine , on voit avec regret qu’elle se résume pour ainsi dire dans la création du seul mot, ulcère des os. C’est sans doute ce qui a fait dire à Boyer que la carie est au nombre des inaladies qui nous sont entièrement inconnues.
Cependant, si l'on a égard aux caractères anatomiques que nous avons donnés, on verra qu'ils se rapportent tous à l’inflammation ; les causes sont encore celles de l’inflammation, et elles ne produisent la carie qu’après avoir préalablement déterminé une ostéite. Les symptômes sont ceux que présentent ordinairement les phlegmasies terminées par suppuration. Nous croyons donc devoir considérer , avec la plupart des auteurs modernes (Michon , Malgaigne , Sanson ) la carie conime ne constituant au fond qu’une phlegmasie du tissu osseux : seule ment il faut reconnaître que cette phlegmasie présente quelque chose de particulier dans sa marche qui la rapproche des phlegmasies ulcéreuses. Toute la difficulté consisterait à résoudre cette question : En quoi la carie diffère-t-elle de l’ostéite simple terminée par suppuration? Or, on a pu voir quelle était notre pensée à cet égard ; pour nous, la carie n’est qu'une ostéite développée dans un tissu préalablement raréfié, ramolli, vascularisé; ce ne serait pour ainsi dire qu’une ostéite aiguë entée sur une ostéite chronique, | |
LE
Avant d'abandonner ce sujet, je mentionnerai seulement une opinion qui m'a été suggérée par quelques faits que j'ai eu l’occasion d'observer: il m’a semblé que, dans certains cas où la maladie s'était présentée avec tous les caractères de la carie, il y avait nécrose du tissu osseux, avec inflammation et suppuration du tissu médullaire , qui remplit les aréoles du tissu spongieux. En effet, si l’on considère que ce tissu est formé de deux parties essentiellement différentes au point de vue de leur organisation et de leur vitalité , on concevra facilement que la même cause qui produit la mortification de la trame osseuse pourra ne produire qu'une inflammation du tissu médullaire, On comprendrait alors pourquoi la suppuration est intarissable, car le tissu vivant est traversé dans tous les sens par les lamelles osseuses mortifiées, qui sont autant de corps étrangers dont l'élimination est unpossible , à cause de la pénétration réciproque des deux tissus. Mais, je le répète, de nouvelles recherches sont nécessaires avant que l’on, puisse produire cette idée dans la science autrement que comme une hypothèse probable , et surtout avant de la proposer comme une théorie générale de la carie.
Ontrouvera, à l’occasion de la nécrose, le développement de cette idée, que la carie ne saurait être considérée comme une nécrose moléculaire , et que l’une et l’autre affection diffèrent essentiellement.
DIAGNOSTIC. — La carie peut être confondue avec une ostéite simple terminée par suppuration, avec l’infiltration tuberculeuse, la nécrose et l’exostose. On la distinguera de l’ostéite suppurée par la marche plus rapide de la maladie , par les circonstances qui l'ont précédée ; mais on ne peut avoir de certitude absolue que lorsque l’on a touché directement l'os à l’aide d’un stylet, et que l’on a reconnu sa dénudation, sa mollesse et la fragilité des lamelles qui le composent. Après avoir constaté l'existence de la carie, il faut en outre rechereher quelle en est la cause. Tient-elle au vice scrofuleux , à la syphilis, à une affection rhumatismale ou goutteuse ? L'examen de la constitution , les affections concomitantes, et celles qui ont précédé le développement de la carie, pourront éclairer ces diverses questions relatives au diagnostic.
Je n'ai parlé jusqu’à présent que du cas où l'os affecté est accessible aux moyens d'exploration directe; mais, dans le cas contraire, on est souvent réduit à des conjectures plus ou moins probables, fondées sur l'examen de quelques signes rationnels , de la constitution du sujet, et sur la connaissance des maladies antérieures.
Pour ce qui concerne le diagnostic de la carie , de la nécrose, de l'affection tuberculeuse et de l’exostose, voyez Nécrose, Exostose, etc.
PRONOSTIC. — Toutes choses égales d’ailleurs, la carie est une maladie grave, Nous avons dit, en effet, que la guérison spontanée est exces-
AFFECTIONS DFS OS. 605
sivement rare ; tout ce que l’on a dit de la curabilité de la carie doit, on effet, s'entendre de l’une des variétés de l'affection tuberculeuse. Pour notre part, nous n'avons jamais vu un os dans lequel pénétrait facilement un stylet, en rompant les cloisons du tissu spongieux , se recouvrir d’une cicatrice durable. Est-il besoin de dire que la gravité de l’affection sera en rapport avec l'étendue de l’altération osseuse, l'abondance de la suppuration qu’elle fournit, les rapports, les usages de l'os affecté, l’âge, la constitution du sujet, la nature de la cause qui a produit le mal, etc. ?
TRAITEMENT. — On a préconisé contre la carie un grand nombre de moyens curatifs tant internes qu'externes. Les moyens internes avaient pour but de combattre la cause générale sous l'influence de laquelle la carie s'était développée ; telles sont les médications antiscrofuleuses , antivénériennes, antiscorbutiques, etc. Nous croyons que ces divers
moyens doivent être employés, sinon pour combattre directement la carie, au moins pour s’opposer à ce qu'elle fasse des progrès ultérieurs. { Voir, pour le détail de ces médications , les articles Scrofules, Syphilis, Scorbut. ) = On a encore conseillé, soit empiriquement , soit par suite de théories toutes chimiques, beaucoup d’autres moyens dont l'efficacité est plus que douteuse (Sanson) ; tels sont l'assa-fœtida, la ciguë, la racine de garance, les semences de phellandrium aquaticum , la racine de calamus aromaticus , la belladone, la sabine , le mercure, l'acide phosphorique , le chlorhydrate de baryte, l’eau de chaux, diverses préparations d’iode, l'huile de foie de morue, etc.
Parmi les moyens externes, les uns sont destinés à imprimer au tissu malade une modification qui le dispose à la cicatrisation ; les autres doivent déterminer la mortification des parties cariées , transformer, en un mot, la carie en une nécrose. Les premiers comprennent d’abord toute la série des agens antiphlogistiques locaux, sangsues, cataplasmes, bains, etc. , applicables surtout pour combattre l’ostéite concomitante ; viennent ensuite les révulsifs cutanés, tels que les vésicatoires, les cautères , les moxas, la cautérisation transcurrente. |
D’après ce que nous avons dit des terminaisons de la carie, on doit présumer que nous n’espérons point, à l’aide de ces moyens, faire rétrograder le mal dans la partie cariée elle-même ; cependant nous croyons qu'ils peuvent être utiles en combattant l'inflammation sur les confins de la portion cariée.
Si l'os est dénudé, on a conseillé l'usage de lotions faites avec divers liquides légèrement excitans, tels que les décoctions aromatiques ou astringentes (décoction de quinquina, de feuilles de noyer), où avec
des solutions salines, acides, alcalines, sulfureuses, les douches avec les mêmes substances, ou les eaux minérales thermales.
Mais le seul traitement véritablement curatif de la carie consiste à déterminer la nécrose de la partie affectée : la cautérisation est le moyen qui a été le plus employé pour atteindre ce but; elle a été pratiquée avec les caustiques et avec le cautère actuel porté directement sur le tissu altéré. Le fer rouge est ici préférable au caustique, parce qu’il est plus facile de limiter son action, et en outre parce qu’il excite une réaction franche , d’où résulte une prompte séparation de la partie escarrifiée et la production de granulations pyogéniques de bonne nature. Est-il besoin de dire que ce moyen sera surtout applicable si l'os n’est point recouvert par une couche de parties molles très épaisse, et que son action doit être bornée à la partie que l’on veut détruire ? On protégera donc les parties voisines en les recouvrant avec des compresses mouillées, ou si le cautère doit agir profondément, on l’introduira dans l'intérieur d’une canule qui servira de conducteur. Quelquefois il est nécessaire de pratiquer des débridemens pour découvrir toute l'étendue du mal.
Mais ces opérations ne peuvent convenir que si la carie occupe une étendue peu considérable, et si elle ne s’étend point à une grande profondeur dans le tissu de l'os : la résection ou l’amputation peut seule être pratiquée utilement dans ce cas.
Les abcès symptomatiques de la carie exigent une attention particulière ; nous nous bornerons à dire ici qu’il ne faut en général en pratiquer l'ouverture que quand on à quelque raison de croire que l’on pourra ensuite agir directement sur l’os affecté pour tarir leur source ; dans le cas contraire, il faut le plus souvent s'abstenir de toute opération. Ce point très important de la thérapeutique chirurgicale sera traité avec tous les développemens qu’il réclame à l’occasion des abcès symptomatiques provenant d’une affection de la colonne vertébrale.
ARTICLE ZI