FRACTURES DES OS DE LA MAIN
Les remarques générales que j'ai faites sur les fractures des os courts des membres (p. 685) me dispensent de traiter ici des fractures des os du carpe; je dirai seulement quelques mots sur celles des os du métacarpe et des phalanges.
A. Fractures des os du métacarpe — Les os du métacarpe sont assez rarement fracturés, parce qu’ils supportent ordinairement en commun la violence qui tendrait à les rompre; c’est pour la même raison que l'on voit souvent plusieurs de ces os brisés simultanément. Le cinquième métacarpien est celui dont on observe le plus souvent la fracture isolée.
Une percussion directe est la cause ordinaire de ces fractures, qui sont fréquemment accompagnées d’une contusion des parties moiles voisines.
Les fragmens éprouvent peu ou point de déplacement ; cependant Ast. Cooper dit que si la tête d’un os métacarpien est séparée de son corps, cette extrémité s’affaisse vers la paume de la main et simule une luxation du doigt. A moins qu'il n'existe un engorgement considérabie ;
AFFÉCTIONS DES OS. 719 suite ordinaire d’une violente contusion , il est ‘ordinairement facile de reconnaître ces fractures, en explorant successivement chacun des os métacarpiens.
S'il existait un déplacement ane la première indication serait de replacer les fragmens dans leurs rapports normaux, à l’aide de pressions bien dirigées. Les manœuvres de réduction pourront surtout être utiles dans les fractures des cinquième et premier métacarpiens, qui sont plus isolés que les trois autres, et sur lesquels par conséquent on a plus de prise; mais le plus souvent on n’a autre chose à faire qu’à condamner toute [a main à l’immobilité ; une bande amidonnée ou en— duite de dexirine remplit parfaitement cette indication. Dans la fracture de la tête des métacarpiens, A. Cooper conseille, pour opérer la réduction, de placer dans la paume de la main une boule assez volumineuse , et de l’y maintenir à l’aide d’une bande.
B. Dans les fractures des phalanges, on réduit, s’il y a lieu, et l’on entoure avec une bande roulée le doigt fracturé et les deux doigts voisins , qui servent ainsi d’attelles et s'opposent aux déplacemens latéraux ; - on pourrait en outre appliquer deux petites plaques de carton sur les faces dorsale et palmaire du doigt , s’il y avait une tendance marquée au déplacement.
Lorsque les doigts sont écrasés, et qu’il existe en même temps une plaie contuse des parties molles, que les articulations des phalanges sont ouvertes , quelques chirurgiens sont d’avis qu'il faut pratiquer l'amputetion du doigt au-dessus du point où est située la blessure ; d’autres, tels que MM. À. Bérard, Blandin, etc., préfèrent attendre, et laisser tomber spontanément les parties dans lesquelles la vie n’a pu s’entretenir. Cette conduite a pour avantage : 1° d'éviter les douleurs d’une amputation : 2° de conserver une partie du doigt que l’on serait obligé de sacrifier en amputant au-dessus du mal; 3 enfin l'expérience à appris qu'il n’est pas très rare de voir se développer les accidens les plus graves après des amputations pratiquées dans ces circonstances, la mort même en être la suite, et que ces accidens sont plus rares lorsque l’on abandonne l'élimination des parties mortes aux seules forces de la nature. Quelquefois alors, contre toute espérance, on voit des parties que l'on croyait vouées à une mort certaine continuer à vivre, les lambeaux se régulariser, s’agglutiner entre eux , recouvrir les os, et enfin les désordres être presque complétement réparés.