‹ Élémens de pathologie générale (volume 2)Chapitre 14 sur 94 · CHAPITRE VY · texte numérisé non relu

CHAPITRE VY

De l’Etiologie (1), ou des Causes des Maladies.

L érrorocrr a pour objet la connaissance des causes morbifiques. On comprend sous ce nom tout ce qui produit ou concourt à produire les maladies.

Les causes des maladies existent partout, autour: de nous et en nous. Les choses les plus nécessaires. à notre existence, comme l'air que nous respirons , les alimens et les boissons qui réparent nos pertes journalières , lés produits de l’industrie humaine. destinés à rendre la vie plus commode et plus douce, deviennent quelquefois les agens des maux qui nous. frappent. Les différens organes dont l’ensemble constitue l’économie , et qui sont destinés à la conservation du tout dont ils font partie, peuvent dans. quelques circonstances en déranger l'harmonie. Des sensations vives , la forte contention de les— prit, des passions violentes ou profondes, ont sou- . vent produit cet effet; les muscles qui servent à nous transporter d’un lieu dans un autre ont quelquefois causé le déplacement des os , ou même leur fracture ; et les évacuations naturelles, au lieu de maintenir l’équilibre des fonctions, en troublent souvent la régularité. Les phénomènes de l’accrois-

(1) Ati, cause; A57oç, discours.

DE L'ÉTIOLOGIE. | 45 sement et acte de la reproduction peuvent aussi devenir des causes dé maladie.

Quand on voit ainsi, dans l’économie ét hors d'elle, les choses les plus indispensables à la vie de l'homme et à la conservation de son espèce devenir, dans quelques circonstances , les causes des maladies qui laffligent, on est tenté d'admettre, avec Testa, qu'iln'y à, à proprement parler , aucuné cause morbifique, rien de nuisible par soimême : « JVihil propriè morbificum , niñil noxium » naturd sud. » Mais cette assertion, bien que fondée relativement à la plupart des causes qui troublent la santé, cesse d’être juste lorsque, pas-

saht en revue toutes les causes des maladies, on

arrive aux principes contagieux qui sont certainement en eux-mêmes et indépendamment de toute espèce d'abus qu'on pourrait en faire, des agens morbifiques. | El

Les causes des maladies étant extrêmement nombreuses et variées, on a senti de tous temps la nécessité de les diviser : on les a distinguées en externes et en internes, en principales et en accessoires, en prochaines et en éloignées , en prédisposantes et en occasionelles , en positives et en négatives, en physiques , chimiques et physiologiques ; on a admis aussi des causes occultes. On a nommé causes externes celles qui sont placées hors de l'individu ; internes, celles qui existent en lui; principales, celles qui ont la plus grande part dans le développement des maladies ; accessoires, celles qui n'ont

que peu d'influence dans leur production ; éloi-

gnées , celles qui préparent ou déterminent lalté-

ANS DE L'ÉTIOLOGIF.

ration intime qui forme l'essence ou la cause Pro chaine de la maladie; prédisposantes, celles qui modifient peu à peu Pen e et la disposent à telle ou telle affection; occasionelles , celles quien provoquent le Done lot On à nommé causes physiques et chimiques celles qui agissent en vertu des lois de la physique et de la chimie ; physiologiques , celles qui supposent le concours d’une réaction vitale dans l’organe qui les recoit; négalives , celles qui consistent dans la soustraction des. choses nécessaires ; positives, celles qui ont une part active à la production des maladies. Enfin, comme il est un certain nombre de maladies qui surviennent sans cause appréciable , on a été forcé d'admettre des causes cachées ou occultes, terme sous lequel plusieurs auteurs ont désigné certaines qualités inappréciables de l'atmosphère , auxquelles. serait dû le développement des épidémies. Toutes ces divisions présentent des inconvéniens assez graves. La cause prochaine n’est autre chose que l'essence même de la maladie, et par conséquent ne peut pas être comptée parmi les causes qui la produisent. Sous le titre de causes occasionelles , on a compris des choses tout-à-fait différentes : l'impression du froid , par exemple, qui tantôt provoque le développement d’une pneumonie, tantôt détermine une anasarque, et Le plus. souvent ne produit aucune affection , est placée à côté de l'instrument vulnérant, du virus syphilitique, des poisons, qui produisent ; dans tous les cas, un même effet sur l’économie. Il n’est pas nécessaire d’insister sur les défauts de toutes ces divi-

DE L'ÉTIOLOGIE. A5 sions ; aucune d'elles n’a l'avantage de réunir les causes qui agissent d’une manière analogue, et c’est cependant cette circonstance qui semble devoir servir de base à la division la plus naturelle des causes morbifiques.

Parmi les causes des maladies, les unes agissent d'une manière évidente, et produisent constamment le même effet : nous les nommons causes determinantes ou spéci iques. Les autres, dont l’action est souvent incertaine , toujours obscure, peuvent être subdivisées en deux séries. Dans la premiere, nous plaçons tout ce qui imprime graduellement à l'économie des modifications particulières , tout ce qui la prépare à telle ou telle affection : ce sont les causes prédisposantes. Dans la seconde série, nous rangeons celles dont l’action instantanée ne fait que provoquer le développement d’une maladie à laquelle le sujet était prédisposé : nous conservons à ces dernières le nom de causes occasionelles ou excitantes. Ainsi nous admettons trois genres de causes , savoir : des causes spécifiques, des causes prédisposantes , et des causes occasionelles.

Nous ferons d’abord l’énumération des causes comprises dans chacun de ces trois genres, et nous présenterons ensuite quelques considérations générales sur leur manière d'agir dans la production des maladies.

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ARTICLE PREMIER

Des Causes spécifiques ou déterminantes.

Parmi les causes spécifiques des maladies, 1l en est quelques-unes qui ne peuvent pas être confondues avec les autres : ce sont celles qui donnent lieuauxmaladies contagieuses : elles ne développent pas seulement une série déterminée de phénomènes morbides , elles se reproduisent en outre dans

le corps qu’elles affectent, de manière à pouvoir |

être transmises aux individus sains qui ont quelque rapport avec les “malades. Nous traiterons des unes et des autres dans deux paragraphes distincts.

$ Ir. Les causes spécifiques ordinaires ou mon contagieuses peuvent être répandues dans l'atmo-

Be muses en contact avec notre corps, ou intro- |

duites dans nos organes; elles peuvent exister en nous et dépendre du trouble des évacuations, des

mouvemens ou des perceptions : nous les indique- |

rons selon cel ordre, qui est le plus généralement suivi, soit dans l'exposition de l’hygiène, soit dans

celle de la thérapeutique et de plusieurs autres bran-

ches de la pathologie.

À. Circumfusa(r). West certaines circonstances |

(1) Les agens morbifiques répandus dans l'atmosphère n’a-

gissent que par leur introduction dans nos organes ; el sous.

ce rapport , on devrait peut-être les placer parmi les ingesta ;

mais nous n'avons pas cru devoir nous éloigner de l’ordre gé-.

néralement adopté.

DE L'ÉTIOLOGIE. 47 dans lesquelles des gaz impropres à la respiration sont portés dans les voies aériennes ; le gaz azote, le gaz oxyde d’azote et l'hydrogène a été respirés par des chimistes qui ont voulu connaître leur effet sur l'économie animale. Ces gaz ont produit une asphyxie lente, bien différente de celle que déterminent les gaz délétères. Ceux-ci se trouvent quelquefois accumulés accidentellement dans certaims lieux où l'air extérieur ne pénètre que dificilement. Les gaz oxyde de carbone et hydrogène car- boné, qui se dégagent dans la combustion du charbon et de la braise, peuvent être mélés en assez grande proportion à à l'air pour asphyxier les personnes qui le respirent. Le gaz acide carbonique , accumulé dans la partie la plus déclive de quelques souterrains (dans la Grotte du Chien, par exemple ) , y forme une couche de plusieurs pui de hauteur ; l'homme qui y pénètre se trouve élevé au-dessus du gaz délétère ,; mais un enfant serait asphyxié comme le sont les animaux qu on y introduit dans ce but.

L'air atmosphérique chargé de vapeurs animales devient pernicieux pour ceux qui le respirent. On a vu des prisonniers, entassés dans un cachot étroit et fermé, succomber presque tous dans l’espace d'une nuit. Les vapeurs fournies par des hommes malades trop rapprochés les uns des autres deviennent aussi la cause déterminante d’une maladie connue sous les noms de typhus, de fièvre des hôpitaux ou des prisons. Les matières animales putréfiées donnent également naissance à des gaz Qui ne peuvent être respirés impunément. Des fièvres pu-

48 DE L'ÉTIOLOGIE.

trides et malignes ont plusieurs fois régné d'une manière ERA pendant M énetioN des ca davres : la ville de Dijon en a offert, en 1773, un funeste exemple. Sérac avait précédemment observé une épidémie de fièvre grangréneuse, produite

par l'infection de l'air à la suite d’une épizootie, dans laquelle les cadavres d’un grand nombre d’animaux restés sans sépulture avaient infecté l’atmosphère. Il se dégage aussi des matières animales , et particulièrement des excrémens en putréfaction, des gaz qui produisent subitement l'asphyxie ; cet accident, auquel sont exposés les ouvriers employés au travail des fosses d’aisances, est dû à un gaz longtemps désigné sous Le nom de plomb , et qui paraît être le plus souvent un hydro-sulfure d’ammoniaque.

Les émanations végétales sont quelquefois des causes spécifiques de maladies. Un air chargé du principe odorant de la jacinthe, du lis, de l’oranger, du narcisse, produit la céphalalgie, les nausées , Les vertiges, et quelquefois même les syncopes, surtout dans des appartemens étroits et chauds. Les matières végétales en putréfaction four ‘nissent rarement des gaz propres à déterminer l'asphy xie ; les miasmes qu’elles répandent paraissent être la principale cause des fièvres intermittentes. L'action de ces miasmes, dans la production des fièvres d’accès , est pas, il est vrai, aussi bien constatée que celle de la plupart des autres causes spécifiques dont il vient d’être question ; il est néanmoins de toute probabilité que c’est à cette cause qu'il faut attribuer les fièvres périodiques qu’on observe dans

(108 | PE DAMIOLOS MN de %9 les endroits marécageux. En effet > Si l’on considère que ces fièvres règnent endémiquement dans le voisinage de tous les marais, qu'elles paraissent surtout vers:la fin de l'été, à l’époque où la baisse des eaux met à découvert la vase formée principalement par les débris des plantes ; si l’on se rappelle qu'elles ont constamment disparu après le desséchement des marais, qu’elles se sont montrées momentanément dans la plupart des lieux où il s’est formé des étangs accidentels ; si l’on fait attention que ces fièvres, très-fréquentes et très-graves dans les lieux les plus voisins des eaux stagnantes, deviennent progressivement plus rares et plus légères à mesure qu'on s’en éloigne davantage; sil’ona égard enfin à l'influence qu’exercesur leurdéveloppement, dans tel ou tel lieu, la direction des vents (1), ilscra difficile de ne point admettre, au moins comme très probables , l’existence de ces miasmes et leur In— fluence spécifique dans le développement des fièvres.

Les vapeurs métalliques répandues dans l'air de- :

viennent, dans quelques cas, des causes spécifiques de maladies. On pense généralement que la colique des ouvriers qui travaillent le plomb ou le cuivre , et que le tremblement de ceux qui emploient le mercure peuvent être dus à ces métaux volatilisés dans l'air qu'ils respirent. | La température très-chaude ou très-froide de l’atmosphère est aussi la cause déterminante de plusieurs affections : lesexemples d’asphyxie par le froid Sont assez communs, et Ja congélation de quelque Re CR

(:) Consultez Lancisi, Sénac, Alibert.

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