ARTICLE IL
Des Causes prédisposantes.
D'après la marche qu’on est convenu de suivre dans l’étude méthodique de toutes les sciences , nous avons dû parler d’abord des causes les plus évidentes des maladies : nous allons maintenant nous occuper de celles qui le sont moins.
Parmi les causes prédisposantes , les unes étendent à la fois leur action sur un grand nombre d’individus , sur tous les habitans d’une ville, d’une province, d'un empire, par exemple ; quelquefois sur les grands rassemblemens d'hommes, dans les camps , dans les armées navales, dans les hôpitaux, dans les prisons ; elles préparent le développement
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d'affections semblables ou analogues chez tous ceux qui sont soumis à leur influence : nous les nommons causes prédisposantes générales. Les autres n'agissent que sur des individus isolés : nous Les nommons causes prédisposantes individuelles. Nous allons exposer succinctement les principales causes morbifiques qui appartiennent à ces deux séries.
SECTION PREMIÈRE
Des Causes prédisposantes générales.
La plupart des causes prédisposantes générales se trouvent répandues dans l'atmosphère , ou dépen- ‘dent du lieu qu’on habite.
A. Circumfusa. L'air a une influence très-marquée sur le corps humain : cette influence à toutefois des bornes, et il s’en faut bien que la disposition de l’économie soit entièrement subordonnée à l'état de l'atmosphère, comme l'avaient prétendu quelques médecins (1).
Les variations fréquentes de l'air sont des causes occasionelles des maladies plutôt que des causes prédisposantes. Cest surtout lorsqu’ il offre longtemps les mêmes conditions que l'air imprime au corps humain des modifications d’où résultent diverses prédispositions aux maladies. L'air froid et sec prédispose aux phlegmasies profondes , aux hémorrhagies actives , et imprime à la plupart des affec-
C ) Talis :e sanguinis ‘disposilio , qualis est aër queïn inspiramnus . Ramazzini, de Constitutione anni 1691.
| | DE: L'ÉTIOLOGIE. bi 63 tions aiguës qui se développent le caractére, ou ce qu'onanommé le génie inflammatoire. Un air chaud et sec prépare le développement des phlegmasies superficielles, de l’érysipèle, desexanthèmes, et donne un caractère bilieux à presque toutes les maladies aiguës. Sous l'influence d’un air chaud et humide, on voit régner les affections muqueuses et adynamiques : les catarrhes, le scorbut , le rhumatisme sont très-communs ace l'air est resté long-temps humide et froid.
Les vents du noi et de l’est coïncident presque tou ours, dans notre climat, avec un air sec et froid; le vent sud-est, avec un air sec et chaud ; le sud-ouest, avec une température chaude ethumide; le nord-oûest, avec le froid et l'humidité. L’in-
fluence de ces vents, dans la production des mala-
dies , est la même que celle des diverses qualités de l'air qui leur ampendens
Les vents, qu’on a fort ingénieusement appelés les flots de l'air , lui communiquent sans cesse un mouvement favorable. Lorsque ce mouvement vient à être suspendu , l'air ne tarde point à se corrompre, comme on le remarque dans les endroits fermés, etsurtout dans les cachots, dans lessouterrains. L’homme ne peut y demeurer impunément : il éprouve bientôt les funestes effets de l’insalubrité de l'air qu’il respire. La stagnation de ce fluide parait être aussi, d’après les recherches de M. Fodéré, la cause principale qui rend les goîtres si fréquens dans les gorges du Valais.
La privation de lumière dispose à lhydropisie , au scorbut, aux scrophules, et donne lieu dans tous
“+ Li CM ve L’ÉTIOLOGIE les cas à unit d’étiolement comparable à celui que la même cause produit sur les végétaux.
Le fluide électrique répandu dans l’atmosphère concourt-il à préparer le développement des maladies, ainsi que l’ont prétendu quelques physiologistes modernes ? Peut-onadmettre un fluide nerveux dont la manière d’être serait analogue à celle du fluide galvanique ? S'ensuivrait-il que la force vitale serait augmentée lorsque l'électricité positive est en excès; qu’elle serait diminuée quand l'électricité négative est plus abondante , dans les lieux bas et humides, avant les tempêtes, dans les saisons chaudes, et quand le vent $buffle de l’ouest ? Ces opinions , étant Phennent hypothétiques » ne doivent pas être discutées ici.
Toutes les maladies, comme l’a remarqué Æippocrate, peuvent semontrer dans tous les temps de Vaunée :néanmoins les changemens naturels quisurviennent dans l'atmosphère, par lasuccession dessaisons, ont une grande influence sur le développement de beaucoup d’entr'elles. Cette influence, reconnue dès l'origine de l’art, a été confirmée par les médecins de tous léssiècles. Aippocrate avait remarqué entre toutes les maldies de l'été un caractère uniforme ; il avait également observé quelque chose d’analogue entre celles de l'hiver (x), et il avait réuni aux premières celles de la dernière moitié du printemps et de la première moitié de l'automne, et aux se-
condes celles de la fin de l’automne et di commen: cementdu pri ntemps. Dans notre climat, on a trouvé
(+) Aphor., lib. XIE. | | di 1
fi rs DE L'ÉTIOLOGIE,
| Nu 665 plus de ressemblance entre les aaladtéfdu printemps et celles des mois qui précèdent et suivent cette saison qu'entre celles de l'été et des mois voisins; la même observation a été faite pour les maladies de l'automne et de l'hiver, et l'on a réuni ensemble les maladies du printemps d’une part, et celles de l’automne de l’autre. Les premières ont une marche plus rapide, une terminaison plus franche, une durée beaucoup moins longue ; elles sont moins sujettes à récidiver , et cèdent plus facilement aux remèdes. Les autres se développent avec plus de lenteur , ont une durée beaucoup plus longue, laissent souvent à leur suite des phénomènes facheux ou opiniâtres ; elles résistent aux moyens thérapeutiques , et se reproduisent facilement après une suspension momentanée. Les premières sont souvent accompagnées des phénomènes de la fièvre inflammatoire; les secondes de ceux de la fièvre bilieuse.
Outre ces grandes différences que produisent dans les maladies.ces deux époques opposées, on a observé encore .que Chaque saison a, sous le même rapport, une influence moins prononcée, il est Vrai, mais pourtant incontestable.
Avant d'indiquer les maladies auxquelles dispose chaquesaison, il west pas inutile de faire remarquer que l'année médicale n’est pas distribuée de lamême manière que l’année vulgaire. Le printemps commence le 12 février, l'été en mai, l'automne vers le milieu d'août, et l'hiver le r2 novembre. C’est sans doute à raison des changemens qu'ils ont vu
“survenir à Ces quatre époques dans les maladies “a N 5
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régnanteslque quelques médecins ont été conduits : À proposer ou à adopter cette division. | | L'hiver prédispose, en général, aux maladies in- flammatoires , aux hémorrhagies actives, lorsqu'il est sec ; aux affections muqueuses , aux écoulemens chroniques lorsqu'il est humide. Dans Vété, on ‘voit régner les maladies bilieuses , les exanthèmes cutanés) le cholera morbus, les vésanies et plusieurs autres névroses. L'automne parait concourir au développement des affections muqueuses , rhu- ‘matismales ét vermineuses, des dysenteries , dés efiivres intérmittentes, qui sont plus fréquentes “dans cétte saison que dans toutes les autres. Le. printemps est presque toujours fécond en‘phleg- “masies de la gorge, de la poitrine, en fièvres in- *flammatoires , en hémorrhagies , etc.
influence de la lune et des étoiles fixes sur le ‘développement des maladies a été pour les médecins un fréquent sujet de discussions. "Si ces astres ont aucune action sur la température et l’humidité dé Pair, il est très-vraisemblable qu'ils n’en exercent aucune sur l’économie animale. Mais si, comme l'ont prétendu beaucoup de physiciens , le flux et le reflux de lamer, les tempêtes , la direc- : tion des vents , étaient soumis aux phases lunaires , il serait possible que cet astre eût une influence directe sur l'économie; il serait démontré qu'il pour- “rait agir indirectement sur elle.
ILn’est aucun endroit de la terre où l’homme ne “puisse habiter. Mais s'il peut habiter tous les lieux , il n’est pas à Pabri de l'influence ‘qu'ils exercent
eur sa constitution ‘et de certaines modifications
DE L'ÉTIOLOGIE. 67 . qu'ils lui: impriment. Dans les climats méridionaux, on voit régner le tétanos , la fièvre jaune, et ii sieurs maladies entièrement inconnues aux climats septentrionaux ; dans ces derniers, les affections inflammatoires sont très-fréquéntes ; dans les climats tempérés, on observe une plus grande variété dans les maladies. Dans les pays secs et élevés, les hommes sont très-sujets à toutes les affections aigués ; les affections chroniques, au contraire , règnent dans. les pays bas et humides. I est Do de vérifier cette influence de l'élévation du sol dans certaines villes disposées en parties haute et basse. Dans la partie élevée , les maladies sont rares et ont une marche très-aigué; dans la partie basse, au contraire, les maladies sont fréquentes et ont le plus souvént une marche chronique.
L'exposition au nord et à l’est, au sudet à l’ouest, exerce une influence notable Fr le développement des maladies. Cette remarque a été faite par Aippocrate,, dans son Traité de l'Air, des Eaux et des Lieux ; une longue expérience en a confirmé la justesse. Cette influence est la même que celle des vents qui soufflent dans chacune de ces directions.
L'habitation dans les villes et dans les campagnes dispose à des affections itrès-différentes. Les affections nerveuses, les scrophules, le-rachitis , da phthisie pulmonaire, sont beaucoup plus fréquens chez les-habitans des villes que.chez ceux des campagnes: ces derniers sont plus exposés aux maladies aiguës, et plus rarement atteints de maladies chroniques. Enfin le séjour dans les hôpitaux, des prisons , des vaisseaux, les casernes ,
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paraît prédisposer à la dysenterie, au scorbut , à l'hydropisie.
Le changement d'habitation devient aussi une cause prédisposante générale pour les matelots et les soldats transportés loin de leur patrie. Lind a comparé les hommes qui s’éloignent du lieu de leur naissance à des végétaux transplantés dans un . sol étranger : ils ne peuvent s’accoutumer aux nouvelles conditions dans lesquelles ils sont placés sans que leur santé ou leur vigueur en soient altérées, au moins momentanément. Les changemens artificiels opérés dans certains lieux par la destruction des forêts, par la formation de canaux, y deviennent quelquefois aussi des causes morbifiques.
Il est encore quelques causes prédisposantes de maladies qui peuvent agir à la fois sur un grand nombre d'individus ; mais comme elles n’agissent le plus souvent que sur des individus isolés, il convient mieux d'en parler en traitant des causes prédisposantes individuelles. Nous nous bornerons à les indiquer ici, sans entrer dans aucun détail. :
Les vêétemens humides, conservés sur le corps , sont une des principales causes du scorbut dans les vaisseaux, du rhumatisme et de la dysenterie dans les armées. Les alimens putréfiés, les viandes salées, le manque de farine, de végétaux frais, les eaux corrompues, sont pour les habitans d’une ville, pour les hommes rassemblés dans une flotte, dans un camp , des causes générales de maladies.
Les affections morales, qui sont les mêmes pour
toute une armée et quelquefois pour tous les habi= d,
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tans d’une ville , d’un empire , peuvent être considérées , dans quelques cas, comme causes prédisposantes générales. L'influence des affections morales sur la santé des soldats a été bien démontrée dans les désastreuses campagnes de 1813 et 1814 : le nombre des maladies a augmenté dans une proportion effrayante à mesure que la fortune s'est éloignée de nos drapeaux.