‹ Élémens de pathologie générale (volume 2)Chapitre 18 sur 94 · SECTION IE · texte numérisé non relu

SECTION IE

Des Causes prédisposantes. individuelles.

Les causes prédisposantes individuelles sont bien plus nombreuses que les causes prédisposantes générales, parce qu’il est une multitude de circonstances qui peuvent agir sur des individus.isolés , et qui ne peuvent point être communes à un grand nombre ; tandis que toutes lescauses prédisposantes générales , comme le site, lhabitation , etc., peuvent devenir causes re cle

Ces causes étant très-nombreuses, nous les distribuerons en deux séries. Dans la première, nous placerons les diverses conditions propres à chaque individu , comme l’ origine , l’âge, le sexe, le tem- KR la constitution, les habitudes, la profession , la fortune, l’état de santé parfaite, de convalescence et de maladie. Nous rangerons dans la seconde série , selon l’ordre, adopté , les. autres causes pr édisposantes individuelles,

SE. À. L'origine de parens,atteints de certaines malaclies est une condition qui prédispose éminem-

70 à 21° L'ÉTIOLOGIE ; ment à être atteint d'une affection semblable. « On » hérite, a dit Baillou, des maux de ses parens » comme on hérite de leurs biens, et ce funeste » héritage se transmet d’une manière plus sûre » encore que l'autre. » On nomme héréditaires les maladies qui passent ainsi des pères aux enfans. Quelquefois elles sautent, comme on dit, une génération , et passent aux petits-fils. Elles peuvent se présenter chez tous les enfans ; mais le plus ordinairement elles ne se montrent que chez quelquesuns. Elles peuvent également être transmises par le père et la mère. Cullen a plusieurs fois observé que les enfans sont plus exposés aux maladies de celui de leurs parens auquel ils ressemblent davan- ‘age. | F Les affections héréditaires sont en très-grand nombre. Quelques-unes consistent en un vice manifeste de conformation, comme une diminution où une augmentation dans le nombre des organes; d’autres en un simple trouble des fonctions sans lésion appréciable de tissu, comme la cécité ou la surdité. Les unes existent au moment de la naissance, comme on l’a vu quelquefois pour la syphilis et Les dartres , etc. ; les autres, et c’est le plus grand nombre , ne se montrent que plus ou moins long-temps après cette époque : le rachiis, vers l’âge de deux à trois ans; la phthisie pulmonaire, à la puberté; la goutte, dans l’âge adulte; l’apoplexie, plus tard encore. Dans quelques familles , c’est constamment au même âge que se développent et quelquefois même que se terminent les maladies héréditaires. Montaigne, dont.

| à DE L'ÉTIOLOGIEs | TI les ancètres avaient été affectés de "gravelle HET fut atteint au même âge que son père.

Toutes les maladies ne sont.pas également susceptibles d’être transmises des pères aux enfans. Quelques : médecins ont pensé que les affections chroniques étaient seules dans ce cas. Néanmoins la goutte et le rhumatisme sont ordinairement des ao le Be aiguës , au moins dans leurs premières attaques ; et tout le monde reconnaît qu'ils sont héréditaires. On a observé aussi, dans, quelques familles, une disposition à la pléthore, à certaines inflammations. Ainsi l’on ne peut pas refuser d'admettre que les pères. transmettent quelquefois à leurs enfans une disposihiomatene ou telle espèce de maladie aigué.

IL est quelques maladies dont la transmission héréditaire est incertaine : le cancer est dans ce cas : au jugement des hommes qui n'adoptent pas lésèrement une opinion, les faits ne sont pas encore assez nombreux pour que la question puisse être décidée. |

Les maladies que les enfans apportent en naissant ne. sont pas toujours héréditaires; ceux qui sont affectés d’hydrocéphale ou d’hydrorachis succombent presque toujours en peu de temps ; ils ne peuvent pas, par conséquent , transmettre cette maladie, et par le même motif ils ne peuvent pas l'avoir reçue. On a encore remarqué que, dans quelques cas, tous les enfans ou la plupart d’entre eux ont été atteints d’une maladie dont leurs parens n’ont jamais été ni pu être attaqués : telle a été, entre autres, la stérilité observée chez toutes les

72 F DE L'ÉTIOLOGIE.

files nées des mêmes parens. Les dartres, les scrophules se manifestent quelquefois aussi chez tous tes enfans nés d’un même père et d’une même mère, bien que ceux-ci n'’arent peint été affectés: de ces maladies. On doit done admettre, comme l'a fait le professeur Portal, des maladies de famille, qui, sans doute, dépendent de la constitution des parens , mais qui, ne s'étant pas montrées: chez eux, ne sont pas des maladies héréditaires.

Nous n’entrerons dans aucun détail sur les diverses opinions qui ont été émises relativement à la transmission des maladies des pères aux enfans. Cette transmission est, comme celle de l'habitude extérieure , un phénomène bien constaté, mais tout aussi inexplicable. On peut voir, dans le petié ouvrage de Méara, les diverses hypothèses proposées à ce sujet (r). Ceux qui préféreront les faits aux explications iront avec beaucoup plus d'intérêt les Considérations de M. Portal sur les maladies hé— réditaires et de famille, où ce savant médecin à réuni tout ce qu'il y a de plus utile et de plus curieux sur ce point de pathologie (2).

B. Ages. Beaucoup d’affections peuvent sedévelopper à toutes les époques de la vie, depuis celle-

où ke fœtus est encore contenw dans la matrice

(1) Pathologia hereditaria generalis sive de morbis hære= ditariis tractatus spagyrica-dogmaticus. ( Authore, Derm. Méara; Bablin, 1610.)

(2) Considérations sur La nature et le traitement des Maladies de famille et des Maladies héréditaires , par Ant. Portal. 1814. Paris. de

DE L'ÉTIOLOGIE. 75 jusqu’à la vieillesse la plus avancée. On a vu des enfans naître avec une fièvre intermittente, avecune éruption varioleuse, affections qui ont été observées dans tous les autres âges. Néanmoins chaque âge a des maladies qui lui sont propres, 6u du moins qui se montrent plus fréquemment pendant sa durée. L’hydrecéphale et l’hydrorachis se développent pendant que le fœtus est encore contenu dans l'utérus. À l’époque de la naissance, les maladies les plus fréquentes sont l’asphyxie dite des zouveau-nés , l'ictère et l’endurcissement du tissu cellulaire. Be la première à la septième année, l'enfant est exposé surtout aux fièvres éruptives ,; aux douleurs de la dentition , aux feux volages, à l’épistaxis, au croup, à la coqueluche , à la teigne , au rachitis , aux scrophules, aux convulsions et aux/affections vermineuses. L’adolescence devient, pour les jeunes filles, une cause de diverses maladies, parmi lesquelles la première apparition des menstrues joue le principal rôle ; dans les deux sexes , la rapidité de F’accroissement prépare quelquefois l’économie à des affections graves. La pléthore , les maladies inflammatoires , l’hémoptysie, l’'angine, la pneumonie, la phthisie pulmonaire sont plus fréquentes dans la jeunesse qu'aux autres époques de la vie.

C'est dans l’âge mûr que se montrent l’hypochondrie , le flux hémorrhoïdal , le cancer et la plupart des maladies organiques , à l'exception des scrophules. Dans la vieillesse, le ramollissement et l’hémorrhagie du cerveau, la démence, la surdité, la cataracte , les affections des voies urinaires, etc., sont plus communes qu'aux autres âges.

4 DE L'ÉTIOLOGIE.

C. Les anciens pensaient qu’il: était dans la vie certaines années fixes où les-maladies. se dévelop paient plus fréquemment, et où la mortalité était” plusgrande. [ls les avaient n ommées années climaiériques, du mot zwx, inclinaison, ou de paré, qui signifie échelle on degrés. Ils comparaient ces. années climatériques à des nœuds qui joindraient: entr'’elles les diverses périodes de la vie et donneraient à l’économie une direction nouvelle. Cette doctrine , qui, dit-on, a été puisée par Pythagore dans les institutions des Chaldéens, a long-temps joui d’une grande faveur dans les écoles. La plupart de ceux qui ont admis des années climatériques les. ont placées de sept en sept ans : ils ont indiqué la quatorzième et la vingt-unièmeannées comme pleines de danger. D’autres les ont séparées par des intervalles desneuf ans. Quelques-uns ont adopté un terme mixte, et la soixante-troisième année, formée des nombres sept et neuf, leur a paru la plus fé: conde en maladies , et surtout en maladies mortelles ; ils l'ont même désignée par un nom qui exprime cette idée. D’autres enfin avaient préféré Lx révolution ternaire. Les uns et les autres pensaient que la période qu'ils avaient fixée était nécessaire pour lentier renouvellement des parties dont le corps est composé : de sorte qu’au bout de trois, sept ou neuf ans, il ne devait plus rester dans l’economie aucune des parties qui la constituaient au- . paravant. Ce changement complet dans la-constitution une fois admis , un changement analogue dans la santé leur en paraissait la conséquence presque nécessaire. Il est bien certain que ; dans un

DE L'ÉTIOLOGIE. 75 temps indéterminé, variable selon l'âge et plusieurs autres circonstances, le corps se renouvelle, et qu'il

‘ne s'y retrouve presque aucune des parties qui le

constituaient ; mais ce changement n’est pas subit : ila lieu sans interruption , et produit dans la composition des corps des modifications journalières. Il n’est pas plus sensible à la septième ou à la neuvième année que dans chacun des jours qui composent les périodes climatériques. C'est avec raison qu'on a rejeté ces vaines spéculations, qui ne sont propres qu'à tourmenter l’imagination des malades (x).

D. Les deux sexes sont à-peu-près également prédisposés à la plupart des maladies : jé fièvres , les phlegmasies, les névroses et les affections organiques attaquent indistinctement les hommes et les femmes. S'il y a quelque diversité entre les maladies des uns et des autres, elles tiennent moins à la différence du sexe qu'à celle du genre de vie. Si l’homme est plus exposé aux plaies , aux contusions, aux fractures , aux affections rhumatismales , au typhus, c’est parce qu’il s'expose davantage aux causes propres à les produire. C'est par une raison $emMblable que dans les villes les femmes sont plus sou-

ee EE

(1) Quelques auteurs ont attaché au mot climatérique un sens différent : ils ont désigné sous ce nom les époques de la vie où il survient de grands changemens , indépendamment de l’ordre numérique des années : telle est l'époque de la puberté dans les deux sexes , celle de la cessation des régles, ou temps.critique, chez les femmes. Il n’est personne qui ne convienne de l'influence de ces époques climatériques sur la constilution et la santé.

76 DE L'ÉTIOLOGIE.

vent que les hommes affectées. de maladies nerveuses. Mais si l’on prend les exemples dans des. circonstances opposées ;, si l’on compare la femme. qui se livre aux travaux des champs à l’homme: des. villes qui mène une vie molleet inactive, on. verra la première exposée aux mêmes maladies | que l’homme dont elle partage les occupations, et. le second sujet à toutes les affections nerveuses, qu'on a considérées comme propres aux femmes.

Il est toutefois un certain nombre de maladies qui sont à-peu-près exclusivement départies à chacun. des sexes : sans parler de celles des organes géni-. taux et de leurs annexes, comme l’hydrocèle et le sarcocèle chez l'homme , le squirrhe et Pinflammation de l'utérus chez la femme, nous citerons. le calcul de la vessie et la rétention d'urine, qut n’attaquent presque jamais que les hommes ; la. hernte crurale, l’hystérie, Le cancer de la mamelle , qui n’ont communément lieu que chez la femme.

E. Le tempérament prédispose à diverses affec— tions et imprime à celles qui se développent une couleur particulière. Dans le tempérament sanguin , il y a disposition à la pléthore, aux phlegmasies profondes , aux hémorrhagies , etc., et la plupart des maladies aiguës qui se développent sont. accompagnées des phénomènes propres à la fièvre inflammatoire. Le tempérament bilieux prédispose. aux fièvres bilieuses, aux exanthèmes, aux phlegmasies membraneuses, aux maladies organiques , eten particulier à la dégénérescence cancéreuse: Les individus d’un tempérament lymphatique sont perticulièrement exposés aux affections catarrha—

| | R (DE L'ÉTIOLOGIE. 7 les, aux écoulemens chroniques, à l'hydropisie, aux scrophules, au scorbut , et la plupart des maladies aiguës dont ils sont atteints offrent une réaction faible et une marche fente. Le tempérament nerveux prédispose particulièrement à lhystérie, à l'hypochondrie, aux convulsions , au trouble des sensations et des facultés intellectuelles, à la mélancolie, à la manie, etc.; une partie de ces phénomènes se joint aux maladies aiguës, les modifie d’une manière remarquable, en rend la marche irrégulière et la terminaison moins certaine. Les tempéramens mixtes disposent à la fois, mais en général avec moins d'énergie, aux affections propres à chacun des tempéramens réunis chez le même individu. | F. Une constitution très-forte semble être plutôt un préservatif pour toutes les maladies qu'une prédisposition à quelques-unes. Néanmoins on a observé que les individus qui en sont doués sont plus sujets que les autres aux maladies aigués et aux mflammations violentes en particulier. Ceux qui sont d’uue constitution faible, au contraire , sont exposés à des maladies fréquentes et légères, à des imdispositions habituelles , et la plupart d’entr'eux succombent à des maladies chroniques. On a encore fait cette remarque, quinest pas établie sur des données aussi précises , que les personnes très-grasses sont sujettes à lapoplexie,

et qu'elles sont presque à l'abri des inflammations de poitrine (x).

(1} Obesa corpora minès pleuritidi et peripneumoniæ sunt

78 DE L'ÉTIOLOGIEs

La disposition de chaque partie du corps parait aussi favoriser le développement de telle ou telle maladie. Le volume considérable de la tête doit faire craindre l’hydrocéphale chez l'enfant, l’apoplexie chez le vieillard. La largeur remarquable de la poitrine porte à croire que les viscères qu'elle contient offrent un volume qui n’est pas en proportion avec celui des autres; et cette disposition est comme le premier degré de l’anévrysme du cœur. Les hommes qui ont toutes les cavités larges, ou , pour nous servir de l'expression d’Aippocrate , ceux qui ont de grands viscères, sont, au rapport de ce prince de la médecine, sujets à l’arthritis. La faiblesse des aponévroses qui répondent aux ouvertures naturelles de l'abdomen est la principale cause prédisposante des hernies. Lastructure des os, chez les enfans,

facilite le décollement de leurs épiphyses et leur

courbure vicieuse; dans l'adulte, les angles que forment le col du fémur avéc l'os qui le supporte ,.et

la branche de la mâchoire inférieure avec le corps

de cet os, favorisent la fracture de l’un et la luxation de l’autre. ;

G.. Les habitudes qui naissent de la fréquente répétition des mêmes actes dans un temps donné sont

généralement nuisibles à ceux qui s’y astreignent ,

et c’est avec raison qu’elles sont placées parmi les

EEE en nnne)

obnoxia, ut adnimadvertit æquè diligens ac eruditus medicus

Trillerus. Quod cüm omnes peripneumonicos à me ViSOS alt

curatos memorid repelo , verum esse intelligo ; et ipse poteris,. perleciis eorum qui à Valsalva itemque à me dissecti fuerunt historiis cunctis, duobus exceptis , facilè cognoscere. ( Moncaex, de Sed. et Caus, morb., EpisL. XX L'arl, 10:

dr L'ÉTIOLOGIE. 1660 1 <auses qui prédisposent aux maladies. La force de l'ha- da bitude et, par conséquent, le danger de la suspendre M! Vu sont proportionnés à son-ancienneté et au nombre d d'actes qui ont eu lieu dans un temps donné. Cette | force est telle, comme l’a dit Cabanis, qu'on ne y “passerait pas sans danger du plus mauvais régime | ‘au régime le plus sage et le meilleur. Or, comme il -n'est point d'habitude qu’on puisse. être certain de -satisfaire toutesa vie , ilest prudent de ne s’astrein- | dre à aucune sans une nécessité absolue. Beaucoup | d'habitudes :sont nuisibles à la santé dès qu’on les ‘a contractées : toutes peuvent le devenir.si on les

anterrompt.

H. Les :professions peuvent prédisposer à di- -verses maladies ; par le concours de :circonstan- -ces dans lesquelles se trouvent placés les individus -qui les exercent. Les hommes de lettres sont sujets. à la céphalalgie, à l’insomnie , aux hémorrhoïdes ; l’'a- :poplexie en fait pérvir un grand nombre. Les portesfaix sont exposés aux hernies , les hommes de rivière ‘aux ulcères des jambes, les cavaliers à lhémopty-

sie, à lhématurie, au varicocèle.

T. A est facile de constater, surtout dans les gran-

des villes, où les extrêmes dans tous les genresse ‘trouvent réunis, quelles aftections sont plus commu-

nes parmi les pauvres ét les riches, et par conséquent quelle est l'influence des diverses conditions -sur le développement. des maladies. Dans la classe indigente , on voit régnerle scorbut, les scrophules,

la teigne et quelques autres maladies exanthémati- -cjues ; dans la classe riche , les maladies inflamma- ‘toires et nerveuses sont les plus fréquentes. Il arrive

80 DE L'ÉTIOLOGIE.

néanmoins quelquefois que les mêmes affections ; telles que les catarrhes , l’érysipèle règnent paroi les uns et les autres, sans leur être transmises par la contagion.

J. L'état de santé, de convalescence ou de maladie, influe aussi sur la facilité avec laquelle se développe telle ou telle affection. 11 serait absurde de placer la santé parfaite parmi les causes qui préparent le développement des maladies. Nous voulons seulement dire qu’il est quelques affections qui n’attaquent que lesgens parfaitement sains : telle est la fièvre éphémère produite par une cause externe évidente. La même causeaurait provoqué , chez un | autre sujet, le développement d’une maladie plus sérieuse , etc. On lit aussi quelques descriptions d'épidémies dans lesquelles la maladie régnante attaquait presque tous les individus sains, et n'épargnait que les personnes faibles et mal portantes. Mais on a presque toujours observe le contraire , et *état de maladie doit être cons'déré comme une cause qui favorise le développement des maladies régnantes et prédispose à diverses affections. Diemerbroek rapporte que, dans la peste de Nimègue, tous ceux qui étaient pris d’une maladie quelconque furent, presque aussitôt après, frappés par la contagion. Dans beaucoup d’épidémies on a fait la même remarque. Quant à l’état de convalescence, il est accompagné d’une faiblesse et d’une susceptibilité qui favorisent beaucoup l’action des causes morbifiques. N

K. L'état de grossesse est aussi une cause prédisposante de maladie. La plupart des femmes éprou=

hi ; | DE L'ÉTIOLOGIES ; 8i vent , pendant ce laps de temps, quelque affection nerveuse , Comme des vomissemens , la dépravation de l'appétit, des mouvemens convulsifs > où quelques accidens pléthoriques » tels que la céphalalgie * les étourdissemens , qui cèdent à la saignée, ete. Après l’accouchement , elles sont bien plus susceptibles encore d’être atteintes par les causes morbifques les plus légères : elles sont particulièrement exposées alors à l’inflammation du péritoine. Pen dant le temps qu’elles allaitent et après avoir sevré , elles sont très-sensibles À l’action des causes qui produisent le rhumatisme : elles en sont assez fréquemmen atteintes » et le désignent vulgairement sous le.nom de douleurs laiteuses. rs $ IL. Après avoir indiqué.les diverses conditions qui peuvent prédisposer à la maladie, nous allons examiner succinciement les causes prédisposantes individuelles qui appartiennent à la seconde série. A. Parmi les circumfusa » ON ne trouve guère que des causes générales ; toutefois il en est quélquesunes qui. agissent sur des individus isolés ': telles sont la fréquentation des amphithéâtres. de dissecton, qui dispose aux maladies adynamiques ; des visites fréquentes et assidues dans les hôpitaux, qui préparent aussi le développement des mêmes affections; l'habitation dans un lieu étroit, bien clos. et bien chauffé, qui rend le corps plus sensible ‘au froid extérieur et plus susceptible d’être affecté par cette dernière cause. | Le changement d'habitation, qui est une cause prédisposante générale pour les soldats transportés dans les colonies , est plus fréquemment cause pré-

$2 DE L'ÉTIOMOGIE. " disposante individuelle. L’habitant de fa campa- R gne , transporté dans les villes, y éproûve presque toujours quelque maladie, telle que la diarrhée dans les premiers jours , ou une fièvre grave après un séjour de plusieurs mois. La plupart tes hommes qui se retirent à la &ampagne, après avoir passé dans les villes la première partie de leur vie, ne tardent guère à y être atteints de quelque affection à laquelle ils succombent le plus souvent. Mais il faut observer que dans tous ces cas, bien d’autres changemens concourent avec ce changement d’habitation au résultat qu'on observe.

B. Ontrouve, dans la classe des applicata, un certain nombre de causes prédisposantes individuelles. L'usage de vêtemens trop légers favorise Paction des causes qui produisent les affections catarrhales et rhumatismales, Des vêtemens trop chauds déterminent indirectement un effet à-peu-près semblable , en augmentant la susceptibilité de Pindividu. La forme des vêtemens, qui varie selon la mode et les goûts, dans les diverses classes de la société , n’est pas indifférente sous lerapport de la santé. Plusieurs médecins pensent que le costume adopté depuis la révolution française a beaucoup contribué à rendre plus communs la phthisie pulmonaire parmi les femmes, et le croup parmi les enfans : la nudité du cou, des bras et de la partie supérieure de la portrime a paru rendre compte de la fréquence de ces maladies. On assure aussi que les Grecs ét les Romains, qui avaient les jambes habituellement dé- 4 couvertes , étaient beaucoup plus sujets que nous à l'érysipèle sur ces parties. +

| DE L'ÉTIOLOGIE. 85

Parmi les agens morbifiques qui appartiennent à la série des applicata, ceux qui agissent par compression sont peut-être ceux qui produisent les effets les plus remarquables.

L'effet immédiat de toute compression est de diminuer le volume des partrés comprimées, et presque toujours de gêner l’action des organes, de retarder le cours des liquides, et particulièrement du sang dans les veines et même dans les artères. Dans ce cas la compression peut agir d’une manière rapide et très-manifeste, comme les causes spécifiques : la gangrène d’une tumeur, entourée à sa base d’un lien circulaire, l’asphyxie produite par la compression de la trachée-artère en sont des exemples; mais dans le plus grand nombre des cas, les effets produits par la compression ne surviennent qu'avec lenteur, comme ceux qui résultent de l'action des causes prédisposantes.

Ces effets, qui sont extrêmement variés, dépendent à la fois de la nature des agens qui compriment, de la structure des parties qui sont comprimées, du temps pendant lequel la compression est soutenue , de l'étendue sur laquelle elle a lieu et de la L avec laquelle elle est exercée. |

. Les agens susceptibles d’exercer la compres- Fa sont très-nombreux : les uns s'appliquent à la surface du corps, comme les vêtemens et particulièrement les corses, les jarretières , les bandes ; les autres, qui agissent à l’intérieur, sont ou des corps étrangers ou des productions morbides , telles que les tumeurs , les épanchemens de fluides liquides et gazeux, qui, par la compression qu’ils exercent sur

84 BE L'ÉTIOLOGIÉ-

les parties voisines, deviennent la véritable cause de divers désordres secondaires.

L'usage des corsets élastiques , dont se servent la plupart me femmes, est certainement une des causes qui contribuent le plus puissamment au développement des maladies organiques des poumons et du cœur, surtout à l’époque où l'accroissement n’est pas achevé, et pendant la gestation , temps auquel la poitrine doit encore s’agrandir. Dans cette dernière circonstance , ils ont bien d’autres inconvéniens encore : la compression qu'ils exercent sur l'abdomen gêne le développement de l’utérus, tend à lui faire prendre une inclinaison Vi cieuse , et peul enfin contribuer à provoquer l’avortement. Son action sur les mamelles n’est pas non plus indifférente :.elle nuit à l'augmentation de volume que ces organes doivent acquérir , détermine l'aplatissement du 'mamelon et rend l’allaitement difficile ou impossible. L’estomac et les intestins, comprimés par ces vétemens, prennent quelquefois une position vicieuse; dans tous les cas, ils sont gênés dans l'exercice de leurs fonctions.

La compression , même légère, mais long-temps continuée, produite par un appareil ou par la simple bande destinée au pansement d’un exutoire, détermine une diminution considérable dans le

volume de la partie comprimée. Celle qui est exercée sur les membres inférieurs par des jarretières très-serrées donne lieu à des accidens d’un autre genre, à la dilatation variqueuse des veines et à l'oœdème des pieds. Des chaussures très - étroites produisent dans l’enfanceet la jeunesse la diffor-

DE L'ÉTIOLOGIE. 85 mité des orteils , et, à tous les âges, l’épaississement de la peau et la formation de tumeurs dures et. douloureuses, connues sous le nom de cors ; mais ici le frottement agit avec la compression.

La compression exercée à l’intérieur de nos organes par une tumeur a des effets variés. Ces effets sont peu remarquables quand la tumeur est placée sous la peau, ou entre les muscles, parce que lil ya peu de résistance et par conséquent peu de compression. Il en est encore à-peu-près de mème quand la tumeur occupe le ventre, dont la paroi antérieure est facilement susceptible d’une extension considérable. Mais il en est autrement dans le crâne et dans le thorax, dans les sinus des fosses nasales, et même dans la paroi inférieure de la bouche.

Les D développées dans l’intérieur du crane ont pot Premier effet de comprimer l'hémisphère cérébral qui leur correspond , et d’en- : trainer la paralysie plus ou moins complète des muscles du côté opposé. Si la tumeur est voisine de la voûte osseuse du crane ; il arrive souvent qu'elle en diminue peu à peu l'épaisseur , et quelquefois qu'elle finit par la percer entièrement et 5e faire jour au dehors : les tumeurs appelées fongueuses de la dure-mère ont souvent présenté cette série de phénomènes. Dans la poitrine , des effets analogues ont lieu : trouble dans les fonctions des organes, usure des parois de cette cavité.

Si l'agent de la compression est fluide, il n'a d'autre effet que de gêner l’action des organes et de distendre leurs enveloppes, comme on l’observe constamment dans le ventre, souvent dans le tho-

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rax, et quelquefois dans la tête des sujets dont X ossification n'est pas encore achevée; mais jamais on n’observe l'usure. des parois osseuses que produisent fréquemment les tumeurs solides.

2°. La structure des parties comprimées a une influence très-remarquable dans les phénomènes de la compression. Cette influence est facile à apprécier dans la poitrine, où se. trouvent contenus des organes très-différens les uns des autres par leur texture, et dont les parois elles-mêmes sont formées de PATHÉ dures et de parties molles. Or, voici ce qu’on, observe : plus les partiés sont molles et flexibles , moins elles sont altérées dans leur texture par les tumeurs qui les compriment ; plus elles sont. dures au contraire, plus elles ressentent les effets de la compression. Ainsi une tumeur anévrysmale du commencement de l'aorte use efffavant le sternum , les cartilages des côtes ; en arrière, les vertebres , et ne fait pendant long-temps que déplacer le cœur et diminuer le volume des poumons. Si la compression porte sur la trachée, les anneaux cartilagineux sont les premiers détruits ; la membrane qui les unitrésiste long-temps encore, comme les muscles intercostaux lorsque les côtes ouleurs cartilages sont déjà.usés. Dans les casoù la tumeur s’ouvre dans les bronches, dans l'œsophage, dans la plèvre ou. dansle péricarde, l'examen, comparatif des diverses.parties prouve que la lésion des parties dures est. beaucoup plus grande, et;sans doute aussi qu’elle a précédé . celledes parties molles. Il est seulement à observer qu'ici la compression a quelque chose de spécial à raison des battemens dont les tumeurs anévrys=

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