ARTICLE IV
De l'Action des Causes morbifiques.
Les divers organes du corps humain ne sont pas tous également exposés à l’action des causes morbifiques ; ; quelques-uns , tels que le canal intestinal , les poumons et la peau, ayant avec les objets extérieurs des rapports beaucoup plus nombreux que les autres, sont plus sujets à en recevoir l’impression nuisible. Æufeland, dans sa Pathogénie (1), lesa, par ce motif, désignés sous le nom d'atria morborum, portes des maladies. On doit leur adjoindre lé cerveau et les nerfs, qui, chez l’homme civilisé surtout, sont immédiatement exposés à l’action d’un ordre très-nombreux de causes morbifiques.
Parmi les agens qui troublent la santé, les uns pénètrent dans le tissu même des organes, à l’aide d’une impulsion plus ou moins forte, qui leur est communiquée, ou en vertu de leurs Hotte chimiques : ils ont une actioft peut physique ou chimique ; ils produwraient le même effet sur le cadavre. D’autres, au contraire, n’ont d'influence que sur les tissus vivans, et ce n’est qu’en vertu des lois de la vie qu’ils peuvent agir : tels sont les végétaux
(1) Héfos, maladie; yivouxr, je nais,
102. DE L'ÉTIOLOGIES âcres , rubéfians , qui portent leur action sur la peau et les membranes muqueuses avec lesquelles ils sont immédiatement en contact : tels sont les alimens, les boissons, peut-être les virus et certains miasmes, qui pénètrent dans l’économie par la voie des vaisseaux absorbans , et qui peuvent porter leur action morbifiqué fort loin du lieu où ils ont été primitivement déposés : telles sont enfin les passions, les sensations , les actes intellectuels qui n’agissent que par l’intermède du système nerveux.
Nous n’étendrons pas plus loin ces réflexions sur là manière dont pénètrent dans l’économie les causes morbifiques : nous allons exposer le mode
d'action des trois ordres de causes que nous avons admis. Ÿ
S EL. L'action des causes spécifiques est en général évidente, bien qu’elle ne soit pas toujours facile à expliquer , €t que dans beaucoup de cas même elle soit entièrement inexplicable. | “Lorsqu’ un corps vulnérant pénètre dans quelque par tie, fracture un os, mtéresse un tendon ou uné
artère , nous jugeons que la force qui a divisé ces
organes était supérieure à celle qui en Soutenait le tissu ; nous pouvons également nous rendre compte du désordre des mouvemens et de l’écoulement du Sang qui résultent de cette lésion. La présence d’un corps étranger dans la trachée -artère ou dans la vessie TUE encore des effets que nous expliquons facilement, parce que son action est toutà-fait mécanique. Il en est de même de l’intercep-
tion du cours des, matières alimentaires produite
par une cause physique. Nous comprenons de même.
DE L'ÉTIOLOGIE # 163 comment une violente contraction des muscles peut déterminer la formation d’une hernie, la luxation d’un os, la fracture de la rotule, ou la ruptured'un tendon; mais. la plupart des causes que nous venons d’énumérer, en même temps qu’elles ont une action mécanique sur les organes vivans, produisent d’autres effets qui sont subordonnés aux lois de la vie. Ainsi les parties-qui ont élé divisées ou déplaz cées deviennent rouges, chaudes; douloureuses êt tuméfées ; une exhalation nouvelle s’y établit, etc: Ces phénomènes n’ont rien qui nous étonne, parce que nous sommes aceoutumés à les observer. Cependant si nous voulons les approfondir et chercher à connaître la cause intime qui les produit, nous sommes obligés de convenir le notre ignorance , à moins que mous ne voulions la remplacer par des erreurs ou la voiler sous un langage qui nous en impose à nous-même, On doit, malgré les progris de la chimie moderne, en dire autant de l’action des gaz qui produisent l’asphyxie. Nous savons que les uns déterminent peu à peu, les autres tout-àcoup, la suspension des, phénomènes de la vie; MaIs nous ignorons , au moins en grande partie , comment ils causent cet effet. L'action des poisons sur l'économie.est également démontrée , mais tout aussi inexplicable. Comment le poison narcotique produit-il une sorte de coma ; le poison âcre ; l'inflammation de l’estomac et des intestins ; le poison septique, la gangrène de diverses parties ? Voilà autant de questions qu'il est impossible de réso udre. Les eflets du feu et des caustiques semblent être plus faciles à concevoir | parce qu’ils sont en partie
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les mêmes sur tous les corps organisés ; mais leur action intime est également au - ets de notre pénétration:
La manière d'agir “#ù principes contagieux est au moins aussi obscure. Nous connaissons jusqu’à un certain point les autres agens dont nous venons de parler : nous pouvons apprécier les propriétés physiques et chimiques des gaz non-respirables et délétères , des caustiques ,-des poisons. Il n’en est pes de même des principes contagieux , puisqu'ils échappent à nos sens ; et que ce n’est qu’à l’aide du raisonnement que nous en admettons l'existence. Beaucoup d'auteurs ont comparé le développement des maladies contagieuses à celui des végétaux, et assimilé les principes contagieux aux semences végétales. Si l’on se rappelle ce qui a été dit précédemment sur la contagion, on pourra facilement entrevoir les principaux points d’analogie qu'ils ont entre eux: mais la ressemblance est loin d’être complète. Les végétaux et les semences qui les produisent sont des êtres dont l'existence est manifeste et ne peut être révoquée en doute. Celle des prinpes contagieux , au contraire , est assez obscure pour ne devoir être admise qu'avec restriction; et les maladies qu’ils produisent ne sont autre chose que des modifications dans les fonctions ou dans les organes, dont on ne peut. concevoir ni admettre l'existence isolée. |
L'action des principes contagieux présente encore de l’obscurité sous plusieurs autres rapports : agissent-ils directement sur les nerfs de la partie avec laquelle ils sont mis en contact, ou sont-ils portés
DE L'ÉTIOLOGIE, 105 par l’absorption dans le reste de l’économie ? Ces deux opinions ont été appuyées par des argumens assez plausibles.
L'efficacité de la cautérisation faite quinze à vingt jours après la morsure d’un animal enragé porte à croire que le virus n’a point été absorbé et qu'il a seulement agi d’une manière spécifique sur les par-ties divisées, et spécialement sur les nerfs. Mais d’un autre côté, la douleur, le gonflement et la rougeur qui surviennent dans le trajet des vaisseaux et des glandes, lymphatiques après l’inoculation de certains virus rend l'absorption très - probable , malgré l'opinion de quelques auteurs qui ont attribué ces phénomènes à la sympathie. Si l’on admet avec le plus grand nombre l'absorption , quelle est, si ces virus sont volatils, la surface qui les absorbe? Est-ce la peau? est-ce la membrane muqueuse des. bronches, où ils sont portés avec l'air? est-ce celle du canal digestif, où ils parviennent mêlés aux alimens ou à la salive? Quelques auteurs ont pensé que les principes contagieux ne pouvaient pas agir sur la membrane de l'estomac, parce que toutes Les substances qui sont portées dans ce viscère ii sont digérées et pau conséquent altérées. Cette opinion est assez ingénieuse ; mais si l'on se rappelle qu’on a inoculé la variole, en mêlant quelques croûtes desséchées aux alimens ou aux boissons, on conviendra que cette prétendue décomposition des virus par l’action de l’estomac ou par le suc gastrique; est encore fort douteuse. D'autres ont: pretendu que les principes contagieux ne pouvaient être absorhés que par les orgaries sur
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lesquels leurs symptômes se manifestent ; qu'ainst. la variole , la scarlatine, étaient contractées par la peau, la syphilis par les bancs muqueuses , etc. Mais c’est là une simple assertion , contre e laquelle s'élève ün trop grand nombre de: faits. pour qu'il soit nécessaire de la discuter. Dans l’état actuel de nos connaissances, il est plus rationnel d'admettre que les agens de la contagion peuvent être absorbés par toutes les surfaces avec lesquelles ils sont en rapport, et qu'une fois introduits dans l’économie is portent leur action sur l'organe qui semble être affecté à chacun d’eux.
: Avant de terminer ces considérations sur la ma nière d’agir des causes spécifiques , nous ferons remarquer que, parmi les affections produites par ce genre de causes, il en est quelques-unes qui doivent; dans tous les cas, leur développement à une seule cause spécifique : telles sont la syphilis, la variole ; la peste, qui, au moins dans notre climat, sont dues exclusivement à l’action du principe con tagieux. D'autres affections peuvent être produites par des causes spécifiques très-variées. L’asphyxie , par exemple, est tantôt le résultat de la. privation d'air , comme cela a lieu dans la suspension, dans. la submersion , dans certaines angines ; tantôt'elle. est due à l'introduction de gaz non respirables où. délétères, etc. L’inflammation de l'estomac peut être déterminée par le cohtact d’un corps très chaud ; par un acide ou un alcali concentré, par des poisons végétaux , par l’action d'un corps vul: nérant, etc. he. D causes ; qui produisent
lasphyxie ou la gastrite, n’est päs moins causé
DE L'ÉTIOLOGIE. Ù 107 spécifique de ces maladies, par cela qu'elle Les détermine constamment.
& IL. La plupart des maladies, et surtout des maladies internes , se développent sans causes évidentes ou spécifiques , sous l’influence de certaines conditions , dont laction est plus ou moins difficile à apprécier, comme l’est celle de toutes les causes prédisposantes.
L'influence des causes prédisposantes , dans le développement des maladies , est souvent obscure, par cela même que ces causes ont agi pendant long-temps sans produire de dérangement notable dans l'exercice des fonctions. Leur action, néanmoins ne saurait être révoquée en doute lorsqu'on réunit une grande masse de faits et qu'on en déduit des conclusions générales. Si, par exemple, on rassemble toutes les observations relatives à telle ou telle affection, et qu’on reconnaisse dans tous les cas particuliers , ou du moins dans le plus grand nombre , que la maladie s’est manifestée dans telle saison , sous tel climat, à telle élévation du sol, à tel âge, dans tel tempérament, on ne pourra refuser d’admettre que ces circonstances forment autant de conditions favorables ou même nécessaires à la production decette maladie. A la vérité, quand on descend des conclusions générales aux applications particulières , l’action des causes prédisposantes devient plus obscure; ainsi, de ce que telle maladie attaque plus généralement les enfans que les adultes, le tempérament lymphatique que les autres , il ne s'ensuit point rigoureusement que toutes les fois que la maladie se développe à cet âge