‹ Élémens de pathologie générale (volume 2)Chapitre 23 sur 94 · DE L'ÉTIOLOGIE · texte numérisé non relu

DE L'ÉTIOLOGIE

et dans ce tempérament, ces deux conditions aient concouru à la produire ; mais il n’en est pas moins. démontré, en général, que le tempérament lymphatique et l'enfance sont des conditions favorables au développement de cette affection.

Bien que difficile à constater, l’action des causes prédisposantes est quelquefois susceptible d’être expliquée d’une manière assez satisfaisante. Le développement de certaines maladies par l'usage de vêtemens trop serrés, comme le trouble des digestions, l’avortement, par l’emploi de corsets trop étroits, est facile à concevoir. On peut également rendre compie de la disposition pléthorique qui succède : à l'usage d’alimens succulens , et de la disposition opposée «produite par l’abstinence ou par un mauvais régime. On explique aussi l'influence débilitante des évacuations excessives et la diathèse inflammatoire qui succède à la suppression! d’éva-

cuations habituelles. On conçoit de même l'effet d’un repos habituel , ou de fatigues excessives sur. la santé. Le développement des maladies nerveuses, chez les personnes qui ont des inquiétudes ou des chagrins prolongés, chez celles qui se livrent exclusivement au travail du cabinet, se lie assez naturellement aux causes qui ilisen: ces affections. L'influence de l'air et de l'habitation sur la! produc- | tion des maladies est généralement plus obscure ; celle des âges, des tempéramens, l’est davantage | encore. ‘ :

Les causes prédisposantes n’ont pas toutes une influence égale dans la production des maladies ; par exemple, l'usage d’alimens succulens, de vins

DE L'ÉTIOLOGIFS 109 généreux, uné diminution sensible dans l'exercice accoutumé, dans les évacuations ordinaires; sont autant de causes qui agissent avec plus où moins d'énergie pour amener la pléthore ; chacune de ces causes, portée à un certain degré, aurait pu produire l'effet auquel toutes ont concouru. L'âge; au contraire, le sexe, sont plutôt des conditions qui ne s'opposent point au développement de telle ou telle maladie, que dés circonstances qui concourent activement à la produire.

Il ne faut pas confondre les causes prédisposantes avec les prédispositions : celles-ci sont l'effet des premières, mais elles n'en sont pas leffet constant. Les mêmes causes prédisposantes n’agissent point d’une manière uniforme chez tous les individus, etl'on ne saurait mesurer avec exactitude la prédisposition à la maladie d’après l'énergie absolue des causes qui l’ont préparée. Chez telle personne une cause prédisposante légère déterminera une prédisposition très-forte ; chez telle autre, au contraire, plusieurs causes prédisposantes , beaucoup plus énergiques, agiront pendant un temps plus long sans produire un effet aussi marqué , Où MÊME sans en produire aucun. Dans un assez grand nombre de cas , on esforcé de reconnaître une prédisposition très-prononcée à telle ou telle maladie, chez des sujets qui n’ont été exposés à aucune. des causes regardées comme propres à la développer.

Toutes les fois qu'une maladie se montre sans

cause évidente, et c'est ce qui a lieu dans la plupart des cas qui sont du ressort de la pathologie interné , on est obligé , pour en concevoir la produc-

‘1 110 DE L'ÉTIOLOGIE. k | tion, de recourir à une prédisposition INCONNUE ÿ, qui elle - même semble devoir consister en une, modification spéciale , soit de toute l’économie, soi) d’une ou plusieurs des parties qui la constituent. #

L'observation a fait connaître que chez un certain nombre d'individus, un organe est beaucoup plus fréquemment affecté que les autres , ou même est le siége exclusif de presque toutes les maladies qui se montrent pendant le cours de la vie : chez. l'un, c’est le poumon; chez l’autre, c’est l’esto- | mac ou les intestins ; chez un troisième, c’est le. cerveau qui, suivant l'expression vulgaire , est l'or gane faible, c’est-à-dire, le plus disposé à rece voir l’action des causes morbifiques. Les partisans. de la doctrine de l’irritation ont proposé de dési= gner, par le mot diathèse (1), cette disposition d’un organe à être affecté de maladies quelconques, et. ils ont admis ainsi des diathèses pulmonaire , gastrique, cérébrale, utérine, etc.; mais, dans les écrits de la plupart des médecins et dans le langage usuel de la science, ce mot a une acception différente. La diathèse est une disposition en vertu de. laquelle plusieurs organes ou plusieurs points de

l’économie sont à la fois ou successivement le siége d’affections identiques dans leur nature, lors même qu'elles se présentent sous des apparences diverses. On doit, en conséquence , admettre autant de dia= thèses qu’il y a de maladies susceptibles de se mon= | trer dans plusieurs parties à la fois ou successive ment, sous l'influence d’uné cause commune : cette

à (1) Aukdsos, disposition. DA ii | |

DE L'ÉTIOLOGIE. T1HE dernière condition est de rigueur. En effet, si plusieurs phlegmasies, une péritonite, par exémple,

une pneumonie et une ophthalmie se montrent simultanément chez un même sujet, et si chacune d'elles est produite par une cause extérieure manifeste, iln’y a point À de diathèse; mais si les mêmes affections viennent à se développer sans causes évidentes , on dit alors qu’elles sont dues à une dispo- -sition commune , à une diathèse qu’on nomme in= flammatoire. — On a admis de mème des diathèses rhumatismalé, goutteuse, tuberculeuse , cancéreuse , gangréneuse, dartreuse, scorbutique , syphilitique ; on doit y joindre les diathèses hémorrhagique , mélanée , ulcéreuse, granuleuse. Quelques auteurs ont encore admis des diathèses purulente ;;, hydropique , nerveuse et même bilieuse ou muqueuse. Ces deux dernières ne sauraient être reconnues : elles n’offrent rien ‘que de vague. + Il'existe, chez un petit nombre d'individus, une disposition particulière qui détermine, soit dans l'exercice de quelqu'une de leurs fonctions, soit dans l'impression produite sur eux par les agens extérieurs , des phénomènes tout - à- fait différens de ceux qui ont lieu chez la plupart des autres . hommes, dans des circonstances semblables : telles sont les syncopes qui résultent de la vue de certains objets; de la position à genoux gardée pendant quelque temps ; telle est l’éruption ortiée qui se développe chez quelques personnes toutes les fois qu'elles mangent une espèce particulière d’alimens, comme les fraises, les coquiHages. Il en est d’autres chez lesquelles l’exposition À l'air extérieur dans les

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saisons froides produit constamment le même effet," Le professeur PBourdier a vu, à l'Hôtel-Dieu de Paris, 4 un homme de quarante ans chez qui, plusieurs fois , l'introduction de soudes élastiques dans ’u- … rètre donna immédiatement lieu au développement | d’une fièvre intermittente (1). On est forcé d’admettre dans tous ces cas une prédisposition particu-lièreen vertu de laquelle une cause aussi légère produit constamment un effet aussi remarquable: Cette prédisposition est une idiosyncrasie morbifique.

Les causes prédisposantes générales et indivi= duelles peuvent agir concurremment dans la production des maladies ; elles peuvent agir aussi d'une manière isolée. Leur énergie est d'autant plus grande qu'elles se prêtent mutuellement appui, | c'est-à-dire qu’elles tendent à imprimer à l’écono= mie une même modification.

Comme les prédispositions individuelles d'une grande réunion d'hommes ne sauraient être en harmonie avec les prédispositions générales , il en résulte que presque jamais une maladie n'attaque | simultanément tous les habitans d’un même lieu,

à moins qu'elle ne soit due à un principe contagieux , c’est-à-dire, à une cause spécifique qui agit ! presque indépendamment des causes prédispo= santes. Une affection qui se développe uniquement sous l'influence de ces dernières n’attaque presque jamais plus du tiers ou du quart des habitans, le plus souvent elle n’en frappe qu'un dixième, un

(1) Thèses de la Faculté de Médecine de Paris, année 1009: 1°::17. | à

; -DE L'ÉTIOLOGIE. . 113

vingtième , OU même une proportion beaucoup plus petite. Il est quelquefois possiblé de constater que les individus atteints par la maladie régnante sont précisément ceux en qui les causes prédisposantes individuelles ont rendu plus active l'influence des causes prédisposantes générales. Lorsque , par exemple, les fièvres bilieuses sont très-com— munes, les personnes d’un tempérament bilieux, celles qui font un usage exclusif de substances animales, etc., sont plus généralement frappées par la maladie, tandis que celles qui sont douées d'un tempérament sanguin ou lymphatique éprouvent moins fortement l'impression des causes prédisposantes générales ; étirouvent, dans leur constitutien même, une sorte de résistance à en être affectées. Aussi, toutes choses égales d’ailleurs , les unes sont-elles plus rarement et plus légèrement atteintes , tandis que les autres sont attaquées plus généralement et avec plus de violence et de promptitude. Toutefois celte règle présente des exceptions nombreuses :

1°. Les causes prédisposantes individuelles suffisent seules pour produire le plus grand nombre des maladies. En effet, il n’est aucune affection qui ne se développe çà et là chez quelques individus isolés , indépendamment des causes prédisposantes générales. L’angine , la paeumonie, par exemple , bien qu'elles soient plus fréquentes dans quelques saisons, peuvent néanmoins se montrer dans toutes, par le seul effet des canses prédisposantes individuelles. Souvent même, dans le temps où l’on voit réguer , par l'effet des causes générales, des mala-

114 DE L'ÉTIOLOGIE. “x dies de tel ou tel genre, les causes prédisposantes individuelles produisent des affections d'un genre tout opposé. C'est ainsi que des maladies inflammatoires peuvent se développer chez quelques personnes , dans les lieux où les hydropisies et le scorbut sont endémiques. |

2°. D'un autre côté, les causes prédisposantes générales, lorsqu'elles ont une grande activité , peuvent agir sans le concours des causes prédisposantes individuelles , et même malgré la résistance qu'elles opposent. C’est ainsi que dans les calamités publiques, pendant les disettes , les siéges, etc., les maladies qui se développent frappent presqu'indistinctement toutes les classes de la société, tous les tempéramens, tous les âges , etc., comme on l’a observé dans’ plusieurs épidémies, dans celles de Modène (r) et de Naples en particulier (2).

Ainsi, selon leur degré relatif d'énergie, les causes prédisposantes générales peuvent neutraliser l'effet des causes individuelles, et déterminer des maladies tout-à-fait opposées à ces dernières, et les causes particulières produire le même effet à l'égard des causes générales. D AUNE

Avant de terminer ce qui concerne les causes prédisposantes , nous ferons remarquer que, s'il est un certain nombre de conditions qui disposent à la maladie, il en est aussi plusieurs qui tendent à en préserver. Sans parler ici de cette puissance inconnue qu'on nomme force vitale , et qui, comme

(1) Ramazzini, 1690 — gù, (2) SARCONE , 1764.

DE L'ÉTIOLOGIE. 115 on l’a dit, paraît lutter sans cesse avec les agens de destruction qui nous entourent, il est des conditions qui nous mettent à l'abri de certaines affections + telle est, en particulier, l'habitude. Elle ôte en partie aux alimens les plus indigestes ce qu’ils ont de nuisible ; elle détruit, comme on sait, l’énergie pernicieuse des poisons les plus subtils : Les Turcs font impunément usage de l’opium, et Mithridate, au rapport des historiens , ne connaissait plus de poisons. Il ne faudrait pas croire, néanmoins; que l'usage habituel de substances délétères n’eût aucun-effet nuisible sur l'économie; l’habitude ne met pas entièrement à l'abri de leur action : seulement elle la change et l’affaiblit beaucoup.

L'influence préservative de l'habitude paraît Éga- ‘lement émousser la force de quelques ‘principes contagieux. Dans les lieux où la fièvre ‘jaune est | endémique , les habitans n’en sont point atteints, à Ja Havane, à Vera-Cruz, par exemple. Les Turcs qui habitent Constantinople semblent être familiarisésavec le principe de la peste, qui se montre presque continuellement dans quelques parties de cette”ville, comme ils le sont avec Popium par l'usage journalier qu'ils en font. [l'est également permis de croire que, si les médecins des hôpitaux ne sont pas plus fréquemment victimes du typhus, dans les grandes épidémies, c’est qu’ils sont ‘déjà accoutumés à l’action du principe contagieux, avant qu'ilait acquis toute sa force.

La puissance de d'habitude s'étend ji loin encore, quand. elle Ôte.aux agens chimiques euxmêmes une partie de leur influence sur les üssus

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vivans.. On voit des hommes manier impunément des corps dont la température est très-élevée , des charbons enflammés, par exemple, ou des barres de fer dont l’extrémité Rrpusde est incandescente ; on en a vu d’autres qui s'étaient accoutumes à avaler des liquides bouillans sans en être sensiblement incommodés, etc.

Il est à peine nécessaire d'ajouter que l'âge nie sexe, le tempérament, sont autant de conditions qu HERERR aussi être considérées comme propies à préserver de telle ou telle affection. On n’a jamais

observé de cancer ou d'añéreysmé primitif dans

l'enfance; on ne cite qu'un seul exemple de croup dans la vieillesse.

Nous avons vu précéderiiment qu'il est quelques

maladies contagieuses qui n ‘attaquent qu’une fois la même personne ; celles qui en ont été atteintes eu sont, par conséquent, à l'abri. Un phénomène bien extraordinaire, quoique très-connu, est la “propriété réciproquement préservative de la variole à l'égard de la vaccine, et de la vaccine à l'égard de la variole. Ce fait, unique dans l'histoire des maladies contagieuses ; conduit naturellement à soupçonner quelque chose d'identique dans l’origine de ces deux affections.

Enfin, ilest une heureuse disposition, inconnue dans sa nature, mais appréciable dans ses ‘effets, | qui met à l'abri de telle ou telle maladie. On voit des individus qui ne sont point aptes à recevoir la contagion de la variole ou dé la vaccine. On en “voit d'autres s’exposer impunément, chaque jour , à contracter la syphilis. Dans toutes les épidémies de

DE L'ÉTIOLOGIE, 117 typhus, de fièvre jaune ,il est quelques personnes qui bravent la contagion et n’en sont point atteintes. Dans la peste de Marseille , lé vénérable Belzunce, patriarche de cette ville, ne contracta point la maladie, quoiqu'il fût presque continuellement au milieu des pestiférés , leur prodiguant toute espèce de secours. Dans la peste noire qui, en 1347, ravagea le midi de la France, on observa un autre fait non moins remarquable : de trente-cinq relisieux qui habitaient la chartreuse de Mont-Rieux, un seul échappa à la contagion : c'était le frère du célèbre Pétrarque, le moine Gérard, qui soigna tous ses frères, et les ensevelit après leur mort.

S'IL. Nous avons considéré la manière d’agir des causes spécifiques et prédisposantes dans le developpement des maladies : il nous reste à dire quel. que chose sur l’action des causes occasion elles. Cellesci n’ont pas, à beaucoup près, la même influence ; elles ne peuvent agir qu’autant qu'il y a prédisposition. Aussi observe-t-on que, sur dix personnes ; par exemple, qui feront un excès de table, qui s’exposeront au froid, etc., il y en aura tout au plus ‘une ou deux dont la santé sera troublée , et quelquefois sur un nombre plus grand , il n’y en aura aucune. Outre cela, ces causes n’ont point d'influence sur l’espèce d'affection qui se développe ; la même cause occasionelle peut, comme nous lavons vu, provoquer toute espèce de maladie, et la même maladie peut indifféremment être le résultat de toute cause occasionelle. Celle-ci n’est en quelque sorte qu’une secousse imprimée à l'économie ; elle n’a aucun résultat chez l’homme qui

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est dans un état de santé stable ; elle peut -développer, chez les autres, toute espèce d'affection.

. Telle est la manière d'agir de chacun des genres de causes morbifiques. Il est un certain nombre de maladies à la production desquelles concourent évidemment des causes de ces trois genres; il en est d’autres où la maladie est produite exclusivement par une cause spécifique, ou par une ou plusieurs causes prédisposantes. L’asphyxieest toujours due à des causes spécifiques ; le typhus exige, dans la plupart des cas, le concours de quelque cause prédisposante; et quelquefois une cause occasionelle, comme la terreur ou-un excès de régime en provoque l'invasion : la pléthore et les fièvres inflammatoires sont presque toujours produites exclusivement Han des causes prédispasantes : aucune affection n’est due uniquement à une cause occasionélle.

Il n’est pas toujours possible de remonter, aa les cas particuliers, à la connaissance des causes. Lorsque la maladie est due à des causes spécifiques, il est communément facile de les apprécier ; mais les causes prédisposantes, qui sont presque toujours obscures , échappent fréquemment à la sagacité du médecin. À la vérité , dans quelques cas, l'espèce de maladie qui se Ad dtonté peut faire soupconner les causes qui l'ont produite et guider dans leur recherche; mais dans beaucoup d’autres, les causes qui ont préparé le développement restent incertaines ou même inconnues. Quant aux causes occasionelles , comme elles précèdent immédiatement la maladie, elles attirent davantage l’at-

DE L'ÉTIOLOGIE. 11 tention du malade, qui ne manque guère d’en instruire le médecin ; mais leur connaissance est en

général peu importante , et beaucoup de maladies débuteut d’ailleurs sans causes occasionelles.

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