ARTICLE V
De la Distinction des Maladies , relativement aux causes qui les produisent.
Les maladies qui se montrent dans des conditions semblables , ou qui offrent entr’elles quelque point de contact sous le rapport de leurs causes, ont été réunies et ont donné lieu à quelques rapprochemens qui ne sont pas sans intérêt : les principaux groupes auxquels cette division étiologique a donné lieu sont ceux des maladies innées et acquises , des maladies sporadiques , endémiques et épidémiques.
On entend par maladies innées ou congénitales {morbi cognati, congeniti) celles que l'enfant apporte en naissant. Les maladies innées ne sont pas toutes héréditaires ; de même que les maladies héréditaires ne se montrent pas toutes au moment de la naissance. Celles-ci ont existé ou existent encore chez les parens, et cette circonstance ne se trouve pas nécessairement dans les autres. Toutefois la même affection peut être héréditaire et innée.
On comprend , sous le nom de maladies acquises (morbi TRE adventitii) , celles qui ne commencent qu'après la naissance et qui ne dépendent point d’une disposition héréditaire. Toutes les maladies peuvent appartenir à cette série, à l’exception des vices de confermation.
120 DE L'ÉTIOLOGIE.
On nomme sporadiques (morbi sporadici) (x) les maladies qui n’attaquent qu’un seul individu à la fois, ou quelques individus isolément. Elles sont dues particulièrement à l’action des causes prédisposantes ; Car on ne donne point cette épithète aux affections produites par des causes spécifiques. On ne dit point d’une plaie, d’une fracture, de l’asphyxie, qu’elles sont sporadiques : ce mot ne S'applique qu'aux maladies dont le développement paraît spontané. Les maladies sporadiques sont les plus fréquentes de toutess elles paraissent dans toutes les saisons, à tous 46 âges , sous tous les climats, par l'effet des causes individuelles. | |
Les maladies qui attaquent beaucoup d'individus à la fois ont été désignées sous le titre de maladies pandémiques (mror0E populares ); on les a subdivisées en plusieurs séries, relativement à quelquesunes des circonstances qui accompagnent leur développement. On a donné le nom d’annuelles (morbi annui, GLS UrE) à à celles qui reparaissent chaque année vers le même temps; de siationnaires (morbi stationnari) à celles qui se montrent sans interruption pendant plusieurs saisons , pendant une ou plusieurs années ; d'intercurrentes ( morbi intercurrentes ) à celles qui surviennent dans différens temps de l’année, et qui sont seulement modifiées par les maladies régnantes. Ces dénominations sont aujourd’hui généralement abandonnées, et l’on n’admet plus que deux ordres de maladies populai-
(1) Zrépo, je disperse, je sème çà et là.
DE L'ÉTIOLOGIE, 121 res , les maladies endémiques et les maladies épidémiques. : |
On appelle endémiques (1) (morbi endemici) les affections produites par un concours de causes qui agissent continuellement ou périodiquement dans certains lieux , de sorte que les maladies qui en résultent s’y montrént sans interruption jou du moins y reparaissent à des époques fixes, en frappant, dans tous les cas , une plus ou moins grande proportion des habitans : tels sont le goître et le crétinisme dans les gorges du Valais, les fièvres intermittentes dans la plupart des endroits marécageux.
Les maladies épidémiques (2) (morbi epidemici), qui, comme les précédentes , attaquent à la fois un grand nombre d'individus, ou deviennent beaucoup plus fréquentes qu’elles ne le sont communément, n'ont qu'une durée limitée, et ne reparaissent point à des intervailes réguliers. Les causes qui produisent les maladies épidémiques ont été de tout temps l’objet des recherches des médecins observateurs. Presque tous se sont accordés à reconnaître que la plupart des épidémies ne dépendent pas seulement des circonstances dans lesquelles se trouvent actuellement les habitans du lieu où elles règnent ; que leur apparition est, en quelque sorte, préparée par une succession de causes qui ont agi dant un temps plus ou moins long, et ont produit une prédisposition que les causes actuelles
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(1) Év, dans; et duos, peuple.
(2) Ent, sur; däuos, peuple.
152 , BE L'ÉTIOLOGIE.
ne font que développer ou augmenter. Aussi 0b— serve-t-on, dans beaucoup d’épidémies, que les personnes qui habitent depuis peu de temps le lieu où elles règnent n’en sont point atteintes, et qu’elles frappent en particulier sur les anciens habitans. Quelques médecins ont cru trouŸer, dans les alimens judans les boissons, mais surtout dans les qualités sensibles de l'atmosphère, les causes de toutes les épidémies. D’autres ayant remarqué que les changemens qui surviennent quelquefois dans l'atmosphère , pendant le cours de l'épidémie, n’ont pas toujours sur elle une influence marquée, en ont déduit cette conclusion, que les causes qui provoquent l'apparition des maladies régnantes et qui les entretiennent , né consistent point dans les qualités appréciables de Y'air. Ils ont été ainsi amenés à admettre dans ce fluide des qualités cachées , auxquelles ils attribuaient les maladies dont la production’ ne pouvait pas être expliquée par les changemens sensibles de latmosphère. De là est née la doctrine des causes occultes , admises sous des noms Variés par beaucoup de médecins très-célèbres et trés-judicieux , depuis Æippocrate jusqu'à Sydenham et Mertens.
Rien n’était plus propre à fournir des lumières sur cette question que les nombreuses constitutions médicales publiées depuis deux siècles. Il semblait qu'en comparant avec soin, pendant un grand nombre d'années , d’une part, les conditions variées de l'atmosphère et les autres causes morbifiques générales; de l’autre, les maladies qui se seraient développées sous leur infltence (et tel est l’objet des
| DE L'ÉTIOLOGIE. “493 constitutions médicales), on parviendrait à reconnaître un rapport constant entre les épidémies et les conditions dans lesquelles elles se montrent. Toutefois, le résultat n’a point répondu à l'espoir, en apparence bien fondé, qu'avait donné ce genre de travail, soit que les constitutions médicales n'aient pas été convenablement observées et décrites , soit que les épidémies dépendent de causes qui échappent jusqu'ici à nos moyens d'investigation.
Sans prononcer d’une manière positive sur une question aussi obscure, nous ferons remarquer que, parmi les épidémies décrites jusqu’à ce jour, il en est quelques-unes dont les causes appréciables paraissent avoir été bien constatées : telles sont les épidémies de Lausanne, de Modène; mais qu'il en est un bien plus grand nombre dont les causes sont restées inconnues malgré le soin extrême que beaucoup de médecins ont mis à indiquer toutes les circonstances qui ont précédé et accompagné leur développement.
Parmi les maladies qui attaquent à la fois un grand nombre de personnes, il en est quelquesunes qui sont dues à la contagion, et qu'il importe bien de ne pas confondre avec les autres, quoique Ja plupart des auteurs les aient comprises sous la dénomination commune de maladies épidémiques. |
Il n’est pas toujours facile de déterminer si une maladie qui attaque à la fois un grand nombre de personnes est due aux causes prédisposantes gé— nérales ; ou si elle dépend d’un principe conta-