ES = A
| DES SYMPTÔMES. 209 trois individus offrant des symptômes de scorbut , joints à des signes de pléthore générale chez deux d’entre eux, et à une douleur de côté chez le troisième ; 3°. sur le sang d’un certain nombre de ma-
lades atteints d’affections vaguement désignées sous
le nom de fébriles putrides, dans plusieurs desquelles il n’est pas survenu de puiridité.
Supposons un instant que les résultats des observations et des expériences faites sur ce petit nom bre de malades aient tous été contraires à la doctrine précédemment admise, suffisaient-ils pour la renverser ? Non, sans aucun doute; et nous ne craignons pas de dire qu'une opinion qui a traversé tant de siècles, tant de systèmes ou de théories sou-
vent opposés , méritait qu’on l’examinät d’une autre
manière avant de l’abandonner entièrement. Rien qu'une grande masse de faits, et de faits bien observés et bien décrits, ne devait la faire rejeter. Or, le Mémoire sur iequel on s’est fondé pour la proscrire ne contient qu'un seul fait, et ce fait est favorable à l'opinion qu'il combat. Les autres expériences entreprises dans des cas de scorbut exigeant la saïignée, de maladies fébriles putrides dont plusieurs n’ont point eu ce caractere , n'offrent pas les conditions nécessaires pour servir de base à des conclusions rigoureuses.
Passons maintenant au résultat de ces expériences. 1°. L’analyse chimique n’a offert aucune diffé-
rence entre le sang d'un péripneumonique et d’un
scorbutique; mais, sans parler ici d'une sorte d'incertitude inhérente aux analyses chimiques qui donnent des résultats variés à mesure que lascience
3090 DES SYMPTÔMES. | fait quelques progrès, nous rappellerons qu'il est beaucoup de corps de la nature , et surtout de corps - organisés , qui sont très-distincts les uns des autres par leurs propriétés physiques et par leur action sur l’économie, bien que les réactifs chimiques n’y signalent aucune différence. Cette remarque, dont la vérité est de toute évidence, doit suffire pour mettre en garde contre l’application de la chimie aux corps organisés : le sang des scorbutiques et celui d'individus atteints d’une maladie inflammatoire peuvent ofirir à l'analyse chimique des résultats semblables , bien qu’en réalité il puisse y avoir | entre eux autant de différence qu'entre telle substance salubre et telle matière vénéneuse que la chimie ne distingue point l'une de l’autre, qu'entre le pus Roi tue et le pus d’un Hhiestsb el par exemple,quisont cependant susceptibles de produire des effets très-différens sur l’économie. 2°. Quant aux propriétés physiques du sang, à sa consistance , à la formation de la couenne, MM. Parmentier et Deyeux ont observé qu’elles n'étaient pas constamment les mêmes dans des affections semblables , et qu'elles étaient quelquefois pareilles dans desmaladies opposées. Si l’on se rappelle la manière peu précise dont les maladies ont été caractérisées dans ce Mémoire , on devra être, au moins, très-réservé sur les nb qu'on peut déduire de ces résultats.
Nous n'avons point eu d’autre but, en paraissant attaquer ce Mémoire, que de combattre les conséquences qu'on en a tirées, et qui seraient peut-être désavouées par Les auteurs eux-mêmes. Ils ont,
DES. SYMPTOMES. 5o1 avec raison , appelé Le doute sur une opinion qu’on n'avait point assez pesée avant eux, et ils ue sont pas responsables d'erreurs qu’ils n’ont point enseignées. Nous n'avons pas non plus prétendu soutenir l'opinion contraire à celle qu'ils ont émise ; nous nous sommes seulement proposé de ramener la question à ce qu’elle doit être, et d'appeler l’attention des bons observateurs sur un objet trop légèrement abandonné. En attendant que de nouveaux faits aient répandu plus de jour sur ce point obscur de la pathologie, nous exposerons ce qu’il offre de moins incertain.
Tant que le sang circule dans ses vaisseaux, il échappe à nos sens, et ne peut être l’objet d'aucun examen ; c’est seulement lorsqu'il s'écoule “au dehors que ses qualités physiques peuvent être étudiées. | | ILest rare qu'on puisse bien apprécier les qualités du sang dans les hémorrhagies spontanées. Celiquide, en s’écoulant goutte à goute, se coagule par petites masses , et dès-lors on ne peut apprécier que sa couleur et sa consistance : encore arrive - t-il souvent qu'il est mêlé à des matières qui rendent ce jugement difficile. Ce n’est guère que dans les saignées, où une certaine quantité de ce hiquide sort rapidement d’un vais- “seau de moyen diamètre, qu'on peut apprécier “toutes ses qualités. — La force avec laquelle le sang s'échappe dans l'opération de la phlébotomie mérite quelque attention , surtout dans ses deux extrêmes. — Le prétendu bruit qu'il fait “en sortant de la veine, et la quantité d’écume
dont il se couvre en tombant dans la palette, n’en méritent aucune. — Sa couleur ne peut être bien counue qu’au moment où 1} coule ; son contactavec l'air, et surtout la séparation qui s'opère entre ses différentes parties, y produisent plus tard des chan: gemens toujours marqués. Il est plus rouge dans les maladies inflammatoires que dans les affections adynamiqques et ie scorbut, oùilest noirâtre, que dans les maladies de langueur , comme la chlorose et l'hydropisie , où il est généralement plus pâle. Quelques médecins assurent avoir observé, au moment où il sort de la veine, une odeur /étide du sang chez des sujets atteints de fièvres putrides; mais de telles assertions ont besoin d’être confirmées. Le sang, mis en repos pendant quelques heures, se sépare ordinairement en deux parties, le sérum et l'insula ou caïllot. La proportion varie, entre le cailot et la sérosité, à raison de diverses circonstances, dont. quelques-unes seulement nous sont connues. En général, au début des fièvres inflammatoires et des phlegmasies, le sérum est peu abondant , quelquefois même il manque entierement ; mais dans le cours ultérieur de la maladie, on voit, dans la plupart des cas, le caïllot devenir proportionnément plus petit et le sérum plus copieux ; à mesure qu'on répète un plus grand nombre de fois la saignée ; quelquefois aussi une par= ie du sérum reste dans le caillot, comme l'ont constaté MM. Parmentier et Deyeux, et ce west qu’en Le déchirant qu'on peut l’exprimer. | La sérosité devient jaunâtre ou verdâtre dans diverses affections. Elle offre une couleur jaune-très
marquée chez les sujets atteints de fièvre bilieuse, et plus prononcée encore chez les ictériques. Cette
partie du sang a Jusqu'ici beaucoup moins attiré l'attention des médecins que le caillot.
Celxi-ci présente des variétés relatives à sa forme, à sa consistance et à l'aspect particulier de sa surface. Àl a ordinairement la forme du vase dans lequel on reçoit le sang, celle d’un disque dont la
face supérieure est plate, tandis que l’inferieure est
convexe. Dans quelques cas, sa face supérieure devient concave par le renversement de ses bords : on dit alors qu'il est en champignon : c'est particulièrement lorsque le caillot est petit qu'il présente cette forme; c'est presque toujours aussi dans la
deuxième période des inflammations et après que la
saignée a été répétée plusieurs fois. On attache beau-
coup d'importance à la consistance du caillot. Il est
généralement plus ferme dans les maladies inflammatoires, plus mou dans les autres affections. À une époque où l’on employait la saignée dans le scorbut et les maladies réellement adynamiques, on à reconnu quil était presque constamment d’une mollesse remarquable, et cétte observation est confirmée de nos jours par la nature du sang qui s'écoule spontanément das ces affections.
La surface du caillot n’a pas ordinairement le même aspect que le reste de sa masse ; elle est d’une couleur et même d’une nature différentes, dans une épaisseur plus ou moins considérable.
Dans l’état de santé, et dans plusieurs maladies,
cette surface offre seulement une couleur rosée ou vermeille, dans une épaisseur d’une demi-ligne
ou d’une ligne. Dans les inflammations , et particu= lièremént dans celles qui durent depuis plusieurs jours, le sang se couvre presque constamment d’une … croûte plus ou moins épaisse et solide , souvent lardacée , à laquelle on a donné le nom de couenne in flammatoire (crusta inflammatoria ). Cette couenne est si fréquente dans les phlegmasies de la poitrine, que beaucoup d'auteurs l'ont désignée sous le nom de couenne pleurétique (crusta pleuritica); on la trouve moins souvent dans la pléthore et la fièvre inflammatoire sans phlegmasie locale; on ne la rencontre que très-rarement dans les autres maladies. :
Cette couenne est généralement d'autant plus épaisse et plus ferme que l’inflammation est, plus vive et le sujet plus robuste. Sa couleur est presque toujours d’un blanc grisâtre : elle paraît rosée lorsqu’elle est mince, et jaune lorsque la sérosité qui la surnage présente cette couleur. La pression qu'exerce sur elle un instrument qui la soulève en fait suinter des gouttelettes d’une sérosité qui semble être enveloppée par un réseau très-délié. |
Telles sont les principales altérations fournies par le sang chez l’homme malade ; ces altérations , nous le répétons, ne sont pas constantes : elles ont lieu seulement dans la plupart des cas. Ici, plus encore qu'ailleurs, la règle générale offre des exceptions nombreuses. A
S IL. Circulation de la lymphe.— est rarement possible d'apprécier les phénomènes qui se passent dans les vaisseaux lymphatiques. La rougeur qui survient dans quelques cas sur leur trajet, les no-
dosités qui s’y forment, peuvent faire Soupcon— ner quelque changement dans leur disposition
naturélle; mais on n’est pas bien certain que ces
Vaisseaux soient réellement le siége des phénomènes qu'on observe alors.
- Les glandes lymphatiques qui concourent avec les vaisseaux du même nom à la circulation et à
l'élaboration de la lymphe, présentent des Sym
ptômes moins obscurs. Leur volume augmente dans
quelques circonstances et leur sensibilité devient
plus vive. Cet effet a lieu particulièrement lorsqu'un virus ou quelque substance âcre est ap
pliquée sur les parties d’où naissent les vaisseaux Iymphatiques qui se rendent dans ces glandes. On l’observe aussi dans beaucoup d’affections cutanées , comme les dartres, la teigne ; l’érysi-
pèle : lengorgement chronique de ces glandes
accompagne les scrophules, lé cancer, ‘ete. Un
Symplôme particulier que présentent les glandes lymphatiques à la suite de la suppu:ation, ou des
biessures de leur tissu, est un écoulement de
Jymphe incolore , qui persiste quelquefois pen dant un temps fort long, comme on l'a observé
à la suite de quelques inflammations syphilitiques des glandes inguinales. - :
Quelques médecins ont admis le cours rétrograde
dé la lymphe pour expliquer comment certaines
boissons peuvent passer rapidement de l'estomac
» clans la vessie; mais cette hypothèse füt-elle d'ail.
leurs satisfaisante , jamais le besoin d'expliquer ne devra faire admettre des phénomènes de pure sup
Position, surtout quand ces phénomènes sont -en-
ki
à \ 506 DES SYMPTÔÜMES Lièrement opposés à ce qu'on sait de plus positif sur le même objet. |
Quant aux altérations de la lymphe, son épais sissement, Son acrimonie, etc., ils n'ont jamais
ty? . A 4 ] LA. pe éte ni pu être constatés d’une maniere precise : le
raisonnement nous porte à croire que ce fluide est susceptible, comme toutes les autres parties du corps, de certains changemens; mais jusqu'ici ces
changemens ne sont point appréciables h nos sens. .
SECTION IVe
Des Symptômes fournis par lu chaleur.
La faculté qu'a le corps humain de conserver,
dans l'état de santé, un degré de chaleur à-peu-près égal, quelle que soit la température des milieux dans lesquels il est placé, devient plus. remarquable encore dans l’état de maladie. Constamment ; en elfet , chez l'homme sain ; la chaleur s'élève de quelques degrés dans des milieux très-chauds ; elle s’abaisse dans les conditions opposées. Chez l’homme malade, au contraire , on voit dans quelques cas
un froid violent s'établir malgré l'application de
corps chauds ; on voit de même la chaleur devenir
brülante sans que ni l'ingestion des boissons fraiches ni l'éloignement des vêtemens puissent la cal-
mer. Dans d’autres circonstances ; les personnes malades sont beaucoup plus sensibles au froid et
à la chaleur extérieurs qu’elles ne J'étaient en santé. L’appréciation de la chaleur morbide, comme
de beaucoup d'autres symptômes, exige de la part du médecin une grande habitude, et celle-ci suppose une observation attentive, et des comparaisons fréquentes entre la chaleur de l’homme sain et celle de l’homme malade , dans les diverses con ditions de la santé et de la maladie. Le meilleur, je dirai même le seul instrument que le médecin puisse employer, est sa main. Le thermomètre ne lui donnerait qu'une idée imparfaite de l'élévation méme de la chaleur , et serait tout-à-fait impropre à faire apprécier les autres modifications qu'elle présente. Pour les bien juger, le médecin doit
- avoir actuellement une chaleur modérée à la main
qu'il porte sur le malade ; il doit l'appliquer successivement sur diverses parties, et principalement sur les extrémités des membres , sur la face, sur la poitrine ou le ventre, et sur la région qui parait être le siége de la maladie ou des symptômes pré dominans ; il doit la laisser quelque temps, douze à quinze secondes, par exemple, sur chacune de ces parties , afin de connaître si la sensation qui lui est transmise reste la même, ou devient différente par le contact prolongé. (a
Les principales modifications qu'offre la tha=leur chez l’homme malade se rapportent à quatre ponts : elle est augmentée, diminuée, abolie ou Harventies |e - |
À. L'augmentation de la chaleur pert offrir de nombreux degrés, soit dans des maladies diverses, soit dans la même à des époques. différentes. Entre la chaleur légère, qui a lieu dans beaucoup d’affections bénignes , et la chaleur brûlante, qu'on
DES SYMPTÔMES. Bot:
observe dans Îles maladies fébriles les plus intenses ;
il ÿ a une multitude de nuances.
- Tantôt cette chaleur n’est sensible que pour le
malade, tantôt le médecin peut, la reconnaitre par le toucher, et quelquefois même la mesurer à l’aide du
thermomètre. Quelques expérimentatenrs assurent avoir ainsi reconnu une élévation de plusieurs degrés; mais Pemploi de cet instrument n'ayant en-
core fourniaucune application utile, son usage n'a
point été adopté par les médecins.
La chaleur peut être générale ou partielle; dans
le premier cas, elle peut être répartie également dans tout le COrps ou être se élevée dans quelques.
régions , ce qui.est plus ordinaire. Lorsque la cha- Li est bornée à une région, c’est tantôt dans l’organe même qui .est affecté qu'elle a son siége , tantôt dans une partie qui en est plus ou moins éloignée, à la tête, pe exemple, dans certaines affections de l'estomac ; à la paume de la main , dans
quelques maladies des. poumons. La peau qui re—
couvre un phlegmon est presque toujours trés.
chaude ; et souvent dans la céphalalgie, le front est également le siège d’une chaleur plus ou moins élevée. Ona avancé qu'il en était des tégumens du
ventre et du thorax, dans les cé des vis-
cères qui y sont Contenus, comme de la peau du
front dans quelques affections cérébrales; mais ici
l'analogie est trompeuse. Dans la plupart des maladies et surtout des maladies fébriles , la chaleur, examinée comparativement dans les diverses régions, est plus élevée à Ja poitrine et au ventre qu'aux extrémités : cette différence existe dans Îles