‹ Élémens de pathologie générale (volume 2)Chapitre 57 sur 94 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

De la Terminaison des Maladies (x).

ARTICLE PREMIER

Des divers Modes de terminaison ( morborum evenlus ).

Ïc est quelques affections qui durent autant que la vie, et qui n’entraînent point la mort des malades. Telles sont certaines paralysies et quelques rhumatismes chroniques. Ces affections n’ont pas, à proprement parler , de terminaison ; mais il n'en est

pas de même du plus grand nombre des maladies,

qui se terminent , soit par le retour à la santé, soit par la mort, soit par quelqu’autre maladie.

A. Le retour à la santé ou la guérison ( morbi sanatio) est marqué par le rétablissement complet de toutes lés fonctions. Les phénomènes qui l’accom- Dur sont extrêmement variés, comme les ma ladies à la suite desquelles on l’observe. Ne pouvant pas ici les exposer tous , nous sommes réduits à les envisager d'une manière générale, en passant des cas les plus simples aux plus composés.

(1) Nous réunissons dans ce chapitre, aux différentes termi-

naisons des maladies et aux principales formes qu’elles peuvent

offrir, quelques considérations sur 4 phénomènes et sur les jours critiques,

1°. Parmi les maladies bornées à une partié, les hémorrhagies et les douleurs nerveuses sont celles dont la terminaison est la plus simple : le sang s'arrête par degrés ou tout-à-coup, la doulètté cesse de se faire sentir, et la maladie est terminée. Il en est à-peu-près de même de plusieurs autres affections qui ne sont caractérisées que par un seul symptôme, telles que l'ictère , le vomissement, la nyctalopie : la diminution progressive ou subite de ce symRpIOTRE est le seul phénomène que présente le retour à la santé. Dans la guérison des phlegmasies, les phénomènes sont plus variés et plus nombreux. Prenons pour exemple l’inflammation du tissu cellulaire sous-cutané. Tantôt la douleur , le gonflement , la rougeur et la chaleur se dissipent par degrés, soit l’un après l'autre , soit simultanément, et la partie malade reprend peu à peu le même état qu'elle offrait auparavant : cest la résolution. Tantôt il y a exhalation de pus dans la partie enflammée; le liquide se fait ordinairement jour au travers des tégumens amincis : c’est la suppuration. Chez d’autres, la tumeur, quelle que soit l’époque de son dévelop= pement, sans excepter celle où elle offre une fluctuation manifeste, disparaît tout-à-coup, et ne laisse d’autres traces de sa présence que la flacciditéet les rides des tégumens : c’est la délitescence , terminaison favorable dans les inflammations produites par des causes externes évidentes, dans les brûlures, dans les contusions, par exemple ; mais dangereuse dans celles qui sont dues à des causes internes. La gangrène est quelquefois aussi la terminaison de

TERMINAISONS DES MALADIES4 583 ces maladies , comme on le voit dans les furoncies , et dans certames brûlures : dans le premier cas, il s'échappe avec le pus une escarrhe arrondie, un bourbiilon , formé entièrement aux dépens du tissu cellulaire ; dans le second il se détache une portion plus ou moins étendue des tégumens ; dans l’un et l'autre cas , la partie gangrénée est séparée des partes vivantes par le pus qui se forme entre ces dernières et l’escarrhe. La cicatrisation s'opère ensuite avec perte de substance, comme dans les plaies. «

2°. Dans les affections générales de l’économie, telles que les fièvres continues, les maladies pes= tlentielles , les convulsions, le tétanos , etc. , le retour à la santé peut être subit, il peut avoir lieu progressivement ou par plusieurs améliorations successives. |

Lorsque le retour à la santé est subit, on voit tout-à-coup survenir, au milieu des symptômes les plus violens, le calme qui annonce la fin de la ma ladie. — Dans le cas où le retour à la santé est pro gressif, les fonctions $e rapprochent peu à peu de l’état naturel ; la physionomie commence à repren— dre son expression propre, les évacuations se rétablissent, la peau s’humecte, les mouvemens sont plus faciles , et le malade éprouve un sentiment de

bien-être qui est plus marqué de jour en jour, à mesure que le rétablissement des fonctions devient pluscomplet., Lorsque la guérison a lieu par plusieurs améliorations successives: et distinctes, on voit le malade éprouver dans l’espace de quelques heures, et souvent à la suite de quelque phénomène qui

364 TERNINAISON DES MALADIES. A Ai n'avait pas eu lieu précédemment ; après une sueur, une évacuation alvine, par exemple, un soulagement qui semble indiquer le commencement de la convalescence ; mais les symptômes, après s'être adoucis, persistent au même degré pendant plu sieurs jours, jusqu à ce qu'une nouvelle amélioration ait lieu : ordinairement la seconde amélioration dissipe complètement la maladie ; quelquefois on l’a vu persister encore avec des symptômes plus légers, et ne disparaître qu'après un troisième où un quatrième effort. | Les affections générales dont la marche est pé= riodique ; telles que les fièvres intermittentes , et les maladies connues sous le nom de fièvres larvées; cessent quelquefois tout-i-coup; mais le plus sou verit leurs accès deviennent irréguliers et incom= plets, et c'est peu à peu que la maladie se dissipe entierement.

3e, Dans les maladies locales qui déterminent un trouble général des fonctions, en observe simulta= nément , à leur déclin, les mêmes phénomènes que dans les maladies locales et dans celles de toute Féconomie. D'une part, il survient des changemens particuliers dans l'organe affecté; de Fautte ; dans les fonctions dont le trouble était sympathiques, Dans l'inflammation du poumon ; par exemple; Ka douleur de côté cesse, la respiration devient plus libre, la toux moins fréquente ; les crachats ; qui étaient sanguinolens, sont simplement muqueux ; et le côté du thorax qui rendait à la percussio® un son mat, reprend sa sonorité naturelle ; en même temps la figure cesse d’être animée ; la soif et la fré=

* TERMINAISON DES MALADIES. | 585 quence du pouls diminuent, la chaleur est modérée, la peau est douce au toucher » Souvent humide; l'urine coule en plus grande quantité , l’appétit et les forces reviennent, etc. : tels sont les principaux phénomènes qui accompagnent le retour à la santé dans les maladies aiguës,

Dans les maladies chroniques, cette terminaison est presque toujours probressive : les symptômes, après avoir augmenté pendant un certain temps, diminuent peu à peu, en sorte que le passage de là maladie à la santé, comme celui de la santé à la maladie , est ordinairement insensible : c’est ce qu'on observe dans les écoulémens et les catarrhes chroniques , dans les anciens ulcères, dans le scorbut, etc. On voit, à la vérité, dans quelques cas, les maladies chroniques se terminer presque toutà-coup, d'anciennes dartres disparaître, les flueurs blanches cesser, un ulcère se cicatriser promptement; mais ces guérisons subites des maladies chroniques sont fort rares, et ne laissent jamais sans inquiétude sur les suites qu'elles peuvent avoir. |

B. La terminaison par la mort se montre aussi sous plusieurs formes dans les maladies aiguës et chroniques. — Dans les premières , elle a quelquefois lieu tout-à-coup , soit avec un affaiblissement rapide, comme dans les grandes hémorrhagies , soit avant que la faiblesse parvienne au plus haut degré, comme on le voit dans quelcyues fièvres ataxiques et dans certaines inflammations de poitrine; ailleurs , au milieu des convulsions ou dans un état comateux: — D’autres fois la mort survient

Ve LE

peu.à pen, précédée d'une altération profonde dans la physionomie , d’une extrême faiblesse dans les mouvemens et dans la voix; la langue devient sèche ou livide, la déglutition est bruyante , gènée, impossible ; la respiration fréquente ; inégale et râleuse ; le pouls petit, faible, intermittent ;, insensible ; la chaleur s'éteint par degrés des extré— mités vers le tronc ; le corps exhale une odeur cadavéreuse , il est couvert partiellement d’une sueur gluante et froide; les excrétions sont invo— lontaires , lés sensations éteintes ; le malade ne diffère plus d'un cadavre que par les mouvemens de la respiration, qui ont lieu encore par intervalles, jusqu’à ce qu'ils cessent complètement avec la vie. Cet état, qu'on désigne sous le nom d’agonie (1), peut ne durer qu'un petit nombre d'heures, où se prolonger pendant plusieurs jours ou même plusieurs septénaires ; sa durée ordinaire est de douze à vingt-quatre heures. — Dans d’autres cas, plusieurs exaspérations successives dans les symptômes précèdent et déterminent la mort. C'est surtout dans les fièvres intermittentes pernicieuses qu'on observe cette exaspération des symptômes

dans chacun des accès qui se succèdent.

Dans les maladies chroniques, la terminaison par la mort na presque jamais lieu d'une manière subite ; quelquefois néanmoins elle a été obcervée dans les anévrysmes du cœur ou des gros vaisseaux artériels, dans le cancer de l'utérus et dans la phthisie pulmonaire , lorsqu'il survient

| (1) Ayov, combat.

TERMINAISON DES MALADIES. Ç 387 une hémorrhagie considérable; dans la pleurésie chronique, lorsque le pus se fait jour dans les divisions des bronches , et qu'il y est versé toutà-coup en assez grande quantité pour produire la

suffocation ; dans le scorbut enfin , par une aug-

mentation subite de la faiblesse. Mais le plus souvent la mort a lieu par l’affaiblissement progressif du sujet, qui tantôt est réduit au dernier degré du marasme, et tantôt augmente de volume par l’accumulation de sérosité dans le tissu cellulaire souscutané. Beaucoup de ces malades conservent leurs facultés intellectuelles et leur appétit jusqu'aux derniers momens : les uns s'éteignent peu à peu sans douleur et sans inquiétude sur leur sort; les autres, au milieu des souffrances les plus atroces et du désespoir le plus affreux. La plupart offrent , trois ou quatre jours avant de succomber, une altération remarquable dans la physionomie, un co/lapsus et une pâleur terne qui annoncent au médecin leur fin prochaine. NM:

C. La terminaison par une autre maladie à été désignée par les médecins grecs sous le nom de metaschematismos (1) , expression presque barbare

pour nous. On a encore proposé des dénomina=

üons particulières, selon que la maladie se transforme véritablement en une autre, ou qu'elle ne fait que changer de siége ou de forme. Dans le premier Cas, on a nommé diadoche ( diado-

(1) Meracynuariouos ; transformalion ou changement de forme, de cyñux, forme, et de usr, qui indique un changement. (

xis ) (1), dans le second, métastase (2) (metastasis ), le changement survenu dans le genre ow la forme de la maladie; le mot métaptose ou métastose (3), a été employé dans le premier sens par les uns , dans le second par les autres. Le mot métastase est resté seul dans notre langage , les autres sont tombés en désuétude. On désigne donc aujourd’hui sous le nom de métastase toute espèce de transformation de maladie ; on ajoute l'épithète fécheuse ou favorable selon que l'affec— tion qui survient est plus ou moins grave que l'autre.

La métastase a lieu assez fréquemment dans les maladies aiguës ; elle est plus rare dans les ma ladies chroniques. Le rhumatisme se termine sou— vent en se transportant de la partie qu'il occupait sur une autre, et quelquefois sur les organes intérieurs ; les hémorrhagies se remplacent aussi de Ja même manière : c’est la métastase proprement dite, c’est-à-dire, le simple changement de siége ou de forme , la maladie étant la même ; tandis que si un abcès termine une fièvre, si une éruption succède à une inflammation de poitrine , c’est une maladie tout-à-fait différente qui remplace la première, c’est le diadoxis des anciens.

. Quant aux affections chroniques , on les voit, dans quelques cas , cesser à l’époque où une dartre, une fièvre continue ou intermittente viennent à se PH GPA MRUR + scout, dit CS () Auxdoyh , succession ; dadéyouxt , je succède.

(2) Merdcucrs , de peruçäw , je transfère.

(3) Merérroou, changement d'événement ; de zréw, jarrive; et de perà, qui indique un changement.

TERMINAISON DES MALADIES. 389 développer. Une même affection peut passer de Vétat chronique à l’état aigu et réciproquement. Mais n'est-ce pas là un simple changement dans la marche de la maladie plutôt qu'une maladie qui se termine par une autre ? |

Les maladies dues à des causes internes ou externes peuvent également se terminer par la mort ou la guérison ; mais la terminaison par métastase est, en quelque manière, propre aux maladies produites par des causes internes; celles qui sont produites par des causes externes, et qui sont exclusivement du domaine de la chirurgie , semblent ne pouvoir pas se terminer de cette manière.

Fels sont les trois modes de terminaison que peuvent offrir les maladies. 1] n’y a, sur cet objet, aucun dissentiment entre les gens de l’art; il en est autrement sur lamanière de concevoiret d'expliquer le passage de la maladie à la santé. Ici nous entrons dans le domaine des conjectures , et, dès-lors, nous devons nous attendre à rencontrer les opinions leg plus opposées.

ARTICLE If.

De la Doctrine des Crises.

$ I: Le mot crise (1) n’a pas été employé par

les médecins dans un sens rigoureusement semblable. Il y a crise, dit Æippocrate, dans une mala-

(1) Est vox hæœc crisis, judicium , &rô roû xprvéodau, desumpla à foro judiciali ,quia inter spem: vitæ metumque mortès « . Vite . . Q x = ?; US Wei D 3 ancipiles tunc ægre trepidant, veluti rei coräm judice; incérte

die lorsqu'elle augmente on diminue considéra= blement , lorsqu'elle dégénère en une autre, où ; lorsqu'elle cesse entièrement (1). Quelques auteurs n’ont employé le mot crisequedans un sens favora— ble ; plusieurs nel’ontappliqué qu'aux changemens en bien ou en mal qui surviennent pendant l'état ou seconde période de la maladie; d’autres n’en ont fait usage que pour exprimer un changement rapide et favorable qui est joint à quelque évacuation nouvelle, ou à tout autre phénomène remarquable ; d’autres enfin ont donné ce nom aux phénomènes qui accompagnent le changement, et non pas au changement lui-même. C’est dans l’une ou l’autre de ces deux dernières acceptions que la plupart des médecins emploient aujourd’hui le mot crise, qui se trouve ainsi fort éloigné du sens qu Aippocrate lui avait donné.

Ona distingué plusieurs espècesde crises ; on en a admis de salutaires et demortelles , derégulières et d'irrégulières, de complètes et d’incomplètes. Les crises salutaires sont celles quiconduisent le malade à la guérison : lorsqu'elles sont promptes et précédées d'un accroissement dans l'intensité des symptômes, elles portent, le nom de crises proprement dites. On les nomme /ysis (2), solutio, lorsqu'elles sont lentes et qu’elles ne sont pas annoncées par une €Xxaspération préalable. Les crises régulières sont celles

LU Dee dus cha Qi mn orne DUR GUls L HORE ee RS RS planè , utrèm crimine absolvendi sint, an morte damnandi. (Prælect. Ant. Dehaen in Boerhaave. /nst. Path. , tom. W, pag: 287.) | |

(1) Lib. de Affection. Linden. w, pag. 162.

(2) Aÿots, solution ; de vw, je délie. .

TERMINAISON DES MALADIES. 591 qui sont annoncées par des signes précurseurs, qui arrivent aux jours prévus , et sont accompagnées de phénomènes critiques ; les crises sont irrégulières lorsqu'elles n’offrent pas ces conditions. Les crises complètes sont celles qui jugent entièrement la mar ladie, soit par la guérison , soit par lamort; les crises incomplètes laissent le malade dansun état douteux.

Ce n’est point, à proprement parler, sur l’existence des crises, «mais bien sur celle des phénomènes critiques, qu'ont roulé les discussions des médecins. Il n’en est aucun qui n’admette dans les maladies des changemens soit en bien, soit en mal, et la transformation d’une maladie en une autre : or, comme on Pa vu, c’est là ce qu'{fippocrate appelait crise ou Jugement. Mais il en est autrement sous le rapport des phénomènes qui accompagnent les crises; on est loin d’être d'accord relativement à leur fréquence et à leur influence sur la terminaison de la maladie.

Relativement à leur fréquence, les uns prétendent que les phénomènes critiques sont très-rares ; les autres, qu'ils ont lieu presque constamment lorsque l’art ou une constitution détériorée n°y mettent pas d’obstacle. Les autorités et les raisonnemens ont été entassés de part et d'autre pour résoudre une question que les faits seuls pouvaient décider. Aussi les nombreux écrits qui ont été pu bliés sur cette matière, loinde l’éclaircir, n’ont-ils fait qu'éloiguer du butqu'onse proposait d'attei ndre,

Eu attendant qu'on ait réuni, dans cette intention, une grande masse de faits, on peui trouver dans les écrits des médecins observateurs quelques

matériaux utiles. Sur quarante-deux observations de maladies signes » Consignées dans les ouvrages d'Aippocrate, il s’en trouve dix-sept dans lesquelles il a observé des phénomènes critiques ; ; et sur quarante-huit fièvres graves, Forestus a vu dixneuf fois survenir au déclin quelques phénomènes remarquables. Nous pensons qu’on peut, jusqu’à ce qu'on ait obtenu des résultats plus. concluans , admettre, d’une manière approximative , que dans le tiers ou la moitié des cas environ, on observe, au déclin des maladies, des évacuations ou quelqu'autre phénomène qui n'existait pas auparavent; toutefois nous parlons seulement ici des maladies aiguës produites par des causes internes, car ces phénomènes sont beaucoup plus rares dans les maladies chroniques et dans les affections chirurgicales. Û

Cette première question n’est pas aussi difficile à résoudre que la seconde : en effet, il suffit d’observer avec impartialité un grand nombre de malades pour connaître la fréquence des phénomènes critiques, tandis que l’influence de ces phénomènes sur les changemens qui ont lieu dans le temps où ils paraissent, est et sera toujours enveloppée de la plus grande obscurité.

La plupart des anciens médecins avaient pensé que les phénomènes critiques étaient la cause du rétablissement des fonctions (1); que la matière morbifique , convenablement élaborée, était trans- !

(1) Les phénomènes critiques peuvent aussi correspondre à une exaspération des symptômes, ou méme à la mert des

TERMINAISON DES MALADIES. 593 mise au dehors avec l’urine, la sueur, les matières fécales, etc., et que la maladie cessait ainsi par l'élimination de l'agent qui l'avait produite et entretenue. Cette opinion a été combattue, dans les temps modernes, par des hommes d’un très-grand mérite, qui n’ont considéré les phénomènes qui surviennent alors que comme l'effet du rétablissement des fonctions précédemment troublées ou suspendues. Nous allons indiquer les principales raisons sur lesquelles ces deux conjectures ont été appuyées. |

Ceux qui ont vu dans les phénomènes et surtout

dans les évacuations critiques, la cause du rétablissement de la santé, présentent, à l'appui de leur opinion, des argumens assez nombreux: 1°. époque à laquelle se montrent ces phénomènes prouve, selon eux, qu’ils sont réellement la cause du retour à la santé, puisque souvent ils précèdent l’amélioration, et qu'ils sont même, dans beaucoup de . Cas, annoncés par des signes particuliers, pendant que la maladie est encore dans toute sa violence. 2°. Le soulagement qui succède à ces phénomènes critiques , la réapparition de la maladie: par leur suppression intempestive, militent fortement en faveur de cette opinion. 3°. Ces phénomènes ne peuvent être considérés comme l'effet du rétablissement des fonctions, s’il est reconnu qu'ils diffèrent beaucoup des phénomènes qui ont lieu dans la santé : or, les matières évacuées au déclin des M MO ET OR me malades ; mais, en général , on n'emploie ce mot que dans un sens favorahle,

maladies ne sont jamais semblables à ce qu'elles

sont chez l'homme sain : l'urine est sédimenteuse; . les sueurs abondantes, générales, exhalent une.

odeur particulière; les excrémens sont abondans, pultacés, etc. 4°. Peut-on considérer comme le simple effet du rétablissement des fonctions les hémorrhagies , les abcès, les pustules , les aphthes qui surviennent au déclin des maladies aiguës ? assurément il y a là autre chose que la cessation des phénomènes morbides. 5°, Si ces diverses preuves rassemblées ne suffisaient pas encore, on ne pourrait nier que l’éruption des règles dans la fièvre qui précède leur première apparition, que la

sécrétion du lait dans celle qui suit l’'accouche-

ment, ne soient incontestablement la cause qui fait cesser le trouble des fonctions. 6°. Si, dans quelques cas, la marche de la nature est obscure, ont ajouté les partisans de cette doctrine, ce n’est pas là qu'il faut l'étudier : c’est, au contraire ,; dans les circonstances où le voile qui la couvre est moins épais qu'on peut interpréter ses opérations,

Ceux qui ont considéré les phénomènes qui sur-

viennent .au déclin des maladies comme l'effet et non comme la cause du retour à la santé, peuvent

établir leur opinion sur des argumens presque aussi

plausibles : 59. les phénomènes qu'on nomme Cri-

tiques n’ont lieu que dans une-seule classe de malas

dies, celle des maladies aiguës : encore arrive-t-il le plns souvent qu'ils manquent, comme le prouvent les relevés même d’Æippocrate et de Forestus,

ge À °

sl » F . + 2 ciles par les partisans des crises : 07, Si CES phéno-.

mènes étaient nécessaires à la terminaison de la

LA

TERMINAISON DES MALADIES. 595 maladie ,‘n’auraient-ils pas lieu constamment ? 2. Ces phénomènes qu'on nomme critiques ne surviennent pas toujours avant l'amélioration où en même temps quelle; souvent ils la suivent, et dès - lors ils ne peuvent être considérés que comme effet et non comme cause du changement survenu. Quant aux signes précurseurs qui les annoncent, outre quils sont fort rares, ils ne prouvent point que ces phénomènes soient réellement critiques; le délire, qui n’est qu’un symptôme de la maladie, n’a-t-il pas aussi ses signes précurseurs ? 3°. Le même phénomène que l’on considère comme nuisible ou favorable dans un cas, est regardé comme indifférent dans un autre, ou chez le même individu à des époques diverses : les sueurs, par exemple, qui ont lieu pendant tout le cours de la maladie, sont considérées comme fâcheuses pendant l'accroissement , comme indifférentes pendant l'état, comme utiles au déclin; n'est-il pas plus naturel d'admettre qu’elles ne sont, dans toutes les périodes, qu’un des symptômes de la maladie, et non un phénomène distinct des autres et capable d'en modifier la marche? 4°. la plupart des évacuatons critiques diffèrent peu des évacuations natürelles : si quelques-unes s’en éloignent davantage, c’est sans doute à la maladie antérieure qu'il faut attribuer cette différence, et au trouble encore existant des fonctions , qui ne reprennent pas toutà-coup, mais peu à peu, leur parfaite régularite. 5°. Quant aux maladies qui se montrent au moment où d’autres cessent; comme les hémorrhagies m50lites, les exanthèmes, etc., ilpeut se faire, ou bien

que l’apparition des unes et la cessation des autres

ne fassent que coïncicer, ou bien que le premier : de ces phénomènes soit la cause du second. Dans cette dernière supposition , il serait démontré qu'une maladie pourrait en suspendre une autre ; mais Cela prouverait-il que la sueur ; l’urine sédimenteuse , etc., produisent un effet semblable ? 6°. Sil’apparition des évacuations critiques est suivie de soulagement, si leur suppression produit l’exas-

pération ou le retour des symptômes, cela ne

prouve pas qu’elles soient la cause de ce change. ment. La suppression des évacuations naturelles provoque chez l’homme sain le développement de toute espèce de maladie ; faut-il s'étonner que la même cause produise un effetanalogue chez l’hommeaffaibli, et rappelle une affection qui vient de se terminer ?

En examinant ainsi avec impartialité toutes les . circonstances favorables à ces deux opinions oppo= sées, on voit combien il est difficile, quand on ne se décide pas légèrement, d'adopter l’une et de re- : jeter l’autre. Les partisans des phénomènes critiques citeront toujours, à l'appui de leur doctrine, la sécrétion du lait, l'apparition des premières menstrues, qui, selon toute probabilité, sont réellement les causes qui font cesser la fièvre qui les, précède ; ; mais si l’on considère ensuite la série de raisonnemens et de faits sur lesquels est appuyée l'opinion. contraire, il sera bien dificile de la re M À ter entièrement.

L’insuffisance de chacune der ces théories conduira peut-être à les concilier, bien qu’elles soient op-

FERMINAISON DES MALADIES. 597 posées l’uné à l’autre. Si l’on examine combien la nature est variée dans ses moyens , et combien il est rare qu’elle s’astreigne à une marche parfaitement uniforme , on sera conduit à penser que les mêmes phénomènes peuvent être tantôt l'effet et

tantôt la cause du rétablissement des fonctions. IL

n'est même pas impossible que ces phénomènes qui surviennent au déclin des maladies n’aient encore avec ceux qui les précèdent et les suivent d’autres rapports qui nous échappent. Nous ne de-

vons pas nous hâter de tirer des conclusions géné

rales de quelques faits isolés, et moins encore d’assigner des bornes à la puissance de la nature.

Nous nous résumons :

Les crises n'étant autre chose que des changemens remarquables , soit en bien , soit en mal ,qui surviennent pendant le cours des maladies, leur existence ne peut être révoquée en doute,

Il en ét autrement des phénomènes critiques dont la fréquence n’est pas encore bien connue, et dont l'influence sur la terminaison de la maladie est et sera toujours enveloppée d’une grande obscurité.

Dans un petit nombre de cas, ces phénomènes sont évidemment la cause qui fait cesser la maladie : l’'analogie porte à croire qu’il en est de même

dans plusieurs autres où leur influence est moins:

certaine.

. Îl'est vraisemblable aussi que, dans beaucoup de maladies aiguës, les phénomènes dont il s’agit ne

ont que l'effet et non la cause du changement

qui s’opère dans la maladie, En conséquence nous nommerons critiques tous

398 TERMINAISON DES MALADIES. ns les phénomènes qui ont lieu en même temps qu'il . survient un changement notable dans l'intensité de … la maladie, sans tenir compte des rapports, presque . toujours incertains, qu'ils peuvent avoir avec ce changement lui-même.

S I. Après avoir indiqué ce qu'on entend par phénomènes critiques, nous allons faire l’'énumération succincte de ces phénomènes, exposer les signes qui les précèdent et les accompagnent , et les circonstances favorables à leur production. |

A. Les phénomènes critiques peuvent avoir leur siége dans diverses parties. Les membranes muqueuses sont celles où on les observe le plus souvent; la peau occupe le second rang , et les glandes Le troisième ; viennent ensuite le tissu cellulaire et. les membranes séreuses : quelques-uns de ces phé=. nomènes se montrent aussi dans le système ner< VEUX. ; 1. Les membranes muqueuses offrent des exhalations et des éruptions critiques. g

Les exhalations critiques qui ont lieu sur les, membranes muqueuses sont de plusieurs espèces 2) tantôt l’exhalation naturelle est augmentée ) tantôt il se fait une exhalation accidentelle de sang ou de fluide aqueux. L’exhalation de mucus dans les: fosses nasales, le pharynx et les bronches, est: fréquente au déclin des maladies ; on a vu vers le même temps" des selles muqueuses et quelquefois des vomissemens glaireux; il n'est pas raresque l'urine dépose alors un sédiment semblable, — Les hémorrhagies muqueuses se montrent souveñt au déclin des maladies ; le saignement de nez, le cra=

TERMINAISON DES MALADIES. 309 chement et le misent de sang , l'écoulement hémorrhoïdal , l’'hématurie et HERO à utérine ont été plusieurs fois observés à cette époque.

Quant à l’exhalation d'un fluide aqueux par les

membranes muqueuses, c’est un phénomène rare;

on a vu quelquefois un vomissement aqueux joe à

l'hydropisie.

On n’a observé qu'une espèce d’éruption critique sur les membranes muqueuses : c'est l’éruption d'aphthes qui survient quelquefois au déclin des maladies aiguës, particulièrement chez les enfans.

2. La peau offre également des exhalations et des éruptions critiques. Au déclin de beaucoup de maladies aiguës, il survient une sueur générale, d'autant plus remarquable que la peau reste souvent sèche dans les deux premières périodes ; d’autres fois on observe une simple moiteur. — Les éruptions qui se manifestent à la peau, vers la fin des maladies aiguës ou chroniques , sont extrême ment nombreuses. Les principales sont l’érysipèle, la miliaire et les dartres : on a vu quelquefois aussi le pemphygus et la gale survenir à la même époque : Siorck (1) et Morgagni (2) en ont rapporté des exemples très-remarquables. On peut joindre à ces phénomènes l’exhalation abondante de pus fournie

(x). Annus Medicus w, pag. 112. — « Unicus fuit æger in » quo hæc materies intrà scapulas colligebatur , et ficbat .cbt » {umor qui nas onttudine caput virile excessit ; aperto tu- » more, novemn re sert flavi viscidi effluxerunt. ».

(2) De Sedib. et Caus. , Gb. IV, art. 7.

400 TERMINAISON DES (MATADIES. a par les vésicatoires ; on ya joint encore l'ictère cri, tique, qui trouverait mieux sa place ailleurs.

3. Les’phénomènes critiques que présentent les organes glanduleux consistent tantôt dans une augmentation de sécrétion , et tantôt dans le gonflement des glandes elles-mêmes. Sydenhkam a vu l'écoulement abondant de la salive juger quelques affections ; les selles bilieuses et l’urine abondante avec sédiment , sont des phénomènes très-frequens au déclin des maladies. La sécrétion du lait juge, comme nous l'avons vu précédemment, la fièvre des femmes nouvellement accouchées. — Le gon- : flement des parotides survient assez fréquemment au déclin des fièvres graves; celui des testicules et des glandes mammaires remplace souvent les oreillons. Le gonflement des glandes conglobées de l’aîne ou de Vaisselle a été mA vas comme critiquepar. plusieurs des médecins qui ont observé et décrit é Wie s . Le tissu cellulaire peut offrir également une “ss et un gonflement critiques. — L’odematie de ce tissu et la cessation des fièvres internitientes ont quelquefois coïncidé, comme l'a observé Sydenham (1 1). Des abcès qui s’y sont formés ont également paru juger quelques maladies. — Le simple gonflement inflammatoire du tissu cellu= laire a été critique dans quelques cas, bien que. la suppuration n’ait point eu lieu : ailleurs même ôn a vu survenir, au déclin des fièvres, une sorte de tuméfaction des extrémités, du visage, ou même

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