CHAPITRE XVII
Du Prognostic.
Le prognostic (1) est le jugement que l’on porte d'avance sur les changemens qui doivent survenir pendant le cours d’une maladie,
La science du prognostic est celle qui fait le plus honneur à l’homme de l’art vis-à-vis des personnes du monde, qui nesont point en état de distinguer la justesse du diagnostic, mais qui peuvent toujours vérifier celle du jugement porté sur la terminaison et la durée des maladies : aussi rien n’est-il plus propre à concilier au médecin la confiance du malade et des personnes qui l'entourent, que la confirmation du prognostic par les événemens, et rien n'est-il plus nuisible pour lui que les erreurs du même genre. |
Le prognostic ne consiste pas seulement à annoncer que telle maladie fera ou ne fera pas succomber le malade : il conduit encore à reconnaître, parmi les affections qui ne doivent pas entraîner la mort, celles qui se termineront par le rétablissement complet de la santé, celles qui resteront stationnaires , celles qui diminueront ou augmenteront par degrés pendant tout le cours de la vie, à des époques qu’il est quélquefois possible de dé-
(1) Hpoproots: Too, avant; Jwocxw, je connais.
478 ut PROGNOSTIC.
terminer. Le prognostic s’applique aussi aux symptômes accidentels qui peuvent survenir, tels que le délire , les convulsions ; à l’époque à laquelle la terminaison aura lieu, quelquefois même aux phé-: nomènes critiques et consécutifs, au danger des rechutes et des récidives. |
S Er. Les conditions nécessaires de la part du médecin et du malade, pour que le prognostic soit établi avec la plus grande certitude possible, sont les mêmes qui ont été indiquées par le diagnostic,
& IL. On comprend sous le nom de signes prognostiques tout ce qui peut éclairer le jugement du médecin sur la marche ultérieure de la maladie : ces signes sont extrêmement nombreux.
Les principaux signes prognostiques sont fournis par le genre et l'espèce de la maladie, sa tendance naturelle vers telle ou telle espèce de termimaison, et la puissance de Part pour en modifier la marche. Les conditions particulières relatives à J'âge, ausexe, à la constitution du sujet , aux causes de la maladie, aux phénomènes qui l'ont précédée, à la manière dont elle a débuté, à sa marche, à sa durée, à l’eflét obtenu des premiers remèdes, four nissent encore des signes toujours utiles et souvent indispensables. Enfin l'intensité de la maladie en général, et des divers symptômes en particulier ; | éclaire aussi le prognostic.
1°, Le genre de la maladie et son espèce sont les. prémières conditions sur lesquelles on peut établir le prognostic. La péripneumonie est une maladie toujours dangereuse ; la péritonite est le plus sou-
PROGNOSTIC. 479 , vent mortelle; l'érysipèle simple ne l’est jamais, à moins qu'il n’ait son siége à la tête; le cancer des organes intérieurs l’est constamment. La paralysie qui succède à l’apoplexie diminue ordinairement par degrés à mesure que l’épanchement est résorbé ; la surdité sénile fait, au contraire, des progrès continuels. L’amaurose qui dure depuis longtemps est stationnaire pour toute la vie. Les sym— ptômes adynamiques ou ataxiques qui accompagnent les phlegmasies les rendent toujours graves et souvent mortelles.
2°. La puissance de la nature et de Part sont beaucoup à considérer dans le prognostic. Il est un grand nombre de maladies chroniques liées à une lésion profonde du tissu des organes , qui résistent à tous les efforts de la nature et de l’art : telles sont les affections organiques. Il en est d’autres dans lesquelles la nature seule est impuissante, comme la cataracte , le calcul vésical, la syphilis, les fièvres intermittentes pernicieuses, et dans lesquelles les secours de l’art peuvent procurer la guérison. Enfin il en est d’autres où le concours de la nature et de l’art peut, dans la plupart des cas, mais non pas constamment, conduire les malades à la santé, comme on le voit dans les fièvres graves et dans les inflammations des viscères.
Les conditions particulières dans lesquelles se trouve le malade, comme l’âge, le sexe, la constitution, sont aussi d’une certaine importance dans le prognostic.
Les maladies aiguës des enfans sont plus communément mortelles que celles des adultes; mais,
480 PROGNOSTIC. | EU d'un autre côté, les enfans résistentquelquefois à des maladies beaucoup plus graves : c'est surtout chez eux qu'il y a de l'espoir tant que la vie existe, ubi vita, ibi spes, et il n’est pas très-rare de les voir en quelque sorte renaître à la vie après qu'on les a considérés comme n’existant plus. Un âge trèsavancé rend toujours le prognostic fâcheux , même dans les affections qui seraient sans danger à une autre époque de la vie: c’est dire Fe à sont funestes les maladies graves qui surviennent chez les vieillards. — Dans la jeunesse et l’âge adulte, toutes choses égales d’ailleurs, les ad: se terminent plus souvent d’une manière favorable : cependant :il en est quelques-unes qui sont moins fächeuses dans l'enfance ou dans la vieillesse que
vers le milieu de la vie : les fièvres éruptives, par
exemple, offrent moins de danger chez les en fans,
et les tumeurs squirrheuses restent plus souvent
stationnaires chez les vieillards.
Il est une disposition héréditaire qui rend certaines maladies beaucoup plus graves ou constam— ment mortelles. Cette observation, faite par Weara, peut être confirmée par l’histoire de la variole, qui a souvent été mortelle chez presque tous les individus d’une même famille (x).
Les maladies qui se développent chez les femmes à l’époque de la menstruation, et surtout pendant la grossesse, sont beaucoup plus graves. Dans le premier Cas, 1] survient quelquefois des hémor-
(1) Morbus iste (variolæ) nonnullis familiès ipsä peste non minus exitialis est. Morton ; de Variolis, cap. vi.
PROGNOSTIC AS rhagies utérines ; dans le second, lavortèment a souvent heu ;et cette circonstance, qui presque toujours détermine la mort de l'enfant, aggrave: sous tous les rapports et L rend souvent mortel létat de la mère... | 4 | Les mêmes alidics sont KA ER plus dues gereuses : chez. les personnes nerveuses :etifaibles, que chez. celles qui: sont d'un tempérament sanguin.et d’une forte constitution. care L'intempérance habituelleajoute infiniment ce queales maladies peuvent : offrir ide fâcheux. Plusieurs médecins ont observé: que les: affections ai guës qui surviennent chezles ivrognes sont presque constamment mortelles. : Des: excès habituels dans les ahimens: ajoutent. aussi au: ‘danger; “mais non pas à un degré semblable::Les maladies’ qui ‘Succèdent -àrune longue: disette ,: à l'usage: d'alimens de mauvaise qualité où qui::ne sont pas/suffisamment nutritifs, ont ordinairement une terminaison . funester. les, personnes pieuses qui ont fait un -üsage exclusif d’alimens. végétaux, pendant le. temps ‘du carême, surviÿent rarement-aux maladies aiguës dont. ebles::viennent à:'être:. Sgen ne .Cêtte dongue abstinence. ; :::20#gox7 0! rascré ré dus évacuations ‘excessivés / une Sxtihlé lnsidée rable «et prolongée ;: les: exeës:idans les plaisirsode . Jamour; l'habitude de lamaëturbation, lesveiles, des travaüx:opiniâtres de l'esprit les chagtins pro- Jongés, sontautant,de circonstances qüuiimpriment presque toujours aux maladies ine-:marche fuñeste. Nous avons vu un assez:grand:nombre d’afféctigns graves se développer :chezodes-individus:qni ve-
Le
naient de perdre un emploi sur lesquels ils avaient fondé leurs moyens d'existence : tous y ont suc combé: | | Sa en)
Un état habituel de mauvaise santé, une maladie chronique qui précèdent une affection aiguë ; rendent aussi le prognostic plus fâcheux : une fièvre adynamique qui survient chez un paralytique contraint de rester habituellement au lit ,chez un homme atteint d’une affection des voies uriñaires , est presque toujours mortelle. TT
4°. Les phénomènes précurseurs: onb peu de valeur pour le prognostic : toutefois; lorsqu'une maladie est précédée d'un amaigrissement qui a augmenté progressivement pendant plusieurs mois, il est certain qu'elle:sera-très-grave, et “très-vrai= | semblable: qu’elle se terminera par la mort: :
5°. La:manière dont une maladie débute mérite aussi quelque attention: celle qui offre à l'invasion une alternative de frissons violens et de chaleur , pendant un ou plusieurs jours, présente conistärmnment le caractère adynamique ou ataxiqué ; et: a presque toujours une terminaison fatale |
Go. La marche dela maladie est d’une certaine importance pour le prognostic, surtout Jorsqu’elle est régulière. Quand lés symptômes" augmentent progressivement d'intensité , et que rien n’annonce ané terminaison prochaine, le prognosticiest:fàcheux: il'est favorable, au contraire ;/si-de jouren jour leur:violence diminue > il est prestçue toujours incertain lorsque la marche de la maladierest irrégulière. Un changement subit, : soit en bien, soit enmal, est beaucoup moins important sous le
rapport du prognostic que celui qui a lieu lente ment, Ce dernier annonce presque toujours d’une manière certaine la terminaison heureuse ou funeste de la maladie ; tandis qu'une amélioration subite est constamment suspecte, de même qu'une exaspération qui a lieu tout-à-coup et sans cause appréciable est plus effrayante que dangereuse. 7°. La durée de la maladie influe aussi surle prognostic : une dartre, une névralgie qui persiste depuis un grand nombre d'années, une fracture ancienue et non consolidée, une luxation qui date de quelques mois, sont des maladies presque toujours incurables, au lieu qu'il n’en est pas de même lorsqu'elles sont récentes.
6°. L'influence des moyens précédemment employés mérite beaucoup d'attention : si l'emploi des remèdes , bien ou mal ordonnés , a été suivi d’une amélioration notable , le prognostic est favorable ; mais si, malgré les remèdes et surtout malgré les remeèdes les mieux indiqués , la maladie a continué à faire des progrès, elle est au moins très-grave, bien. qu’elle ne soit pas pour cela nécessairement incurable ou mortelle. | 9°: Dans le cas où uneaffection attaque à la fois beaucoup de personnes , le prognostic est plus ou mois grave chez chaque malade, selon que l'épidémie est plus ou moins dangereuse. Il en est quel ques-unes dans lesquelles les hab itans sontmoins fortement frappés que les étrangers , les femmes que les hommes , les enfans que les adultes, les. personnes faibles que les gens robustes , etrécipro- Quement : toutes ces circonstances doivent être ap-
préciées avec soin. Il importe également dé suivre la marche de l'épidémie; elle a en général une période d’accroissément pendant laquelle le nombre des malades devient de jour en jour plus - considérable , et la maladie progressivement plus grave ; elle a une période de violence pendant laquelle le danger est extrême , et une période de déclin où le nombre des malades et l'intensité de la maladie diminuent simultanément: On a aussi "observé dans certaines épidémies que le mal avait en quelque sorte un foyer où 1l se montrait avéc toute son énergie, et qu'à mesure qu'on s'éloignait de ce lieu, il devenait plus léger, soit à l'égard du nombre de personnes qu'il atteignait soit par rapport au danger dont il était accompagné. On doit tenir compte de chacune de ces circonstances dans le jugement que l'on porte chez chaque malade dans le cours. d’une épidémie.
“10% L'intensité de la maladie en général, et la gravité de chacun des symptômes en particulier, im
portent beaucoup aussi pour le prognostic: Personne, ne doute que de prognostic ne varie dans la même
affection ; à raison de sa violence. Quant aux sym-
A 0 Ps é h ? 4 4 ? ° 0 ! e | ptômes examinés isolément , ils ont bien moins de.
valeur ‘pour le prognostic que quand qn Îles considère
dans leur énsémble. Ilenestau reste des signes fourmis par chacun des symptômes comme des autres si-
gnes prognostiques : Ja plupart n'ont de valeur
qu’autant qu'ils sont joints à plusieurs autres ; le
signe le plus fâcheux quise manifesteraitseul, tous les autres étant favorables, ne serait d'aucun poids. Nous ne devons pas exposer ici , comme dans les
PROGNOSTIG.- 482 traités de séméiotique ; les signes fâcheux ou favorables qui peuvent survenir dans le cours de chaque maladie en particulier : nous nous bornerons à présenter ceux qui peuvent se montrer dans presque toutes les maladies , et qui , par ce motif, rentrent dans le domaine de la pathologie générale.
L'habitude extérieure fournit des signes br tans. Un changement continuel de pos tion n’est pas inquiétantau début desmaladies aiguës ; mais il l’est presque toujours quand il persiste après le troisième jour. C'est un signe bien plus fächeux encore que le malade gardesanscesse lamême position, qu'ilreste, par exemple, constammentcouchésur le dos, comme on le voit dans les fièvres putrides; c’est également un signe grave qu'il soit obligé de rester toujours - assis dans son lit, comme cela a lieu dans quelques affections thoraciques. Lorsque la jactation succède à limmobilité dans une affection aiguë ; c’est un signe-mortel, surtout si le malade se découvre et s’il fait des efforts inutiles pour se lever. — L'amaigrissement progressif qui survient dans les maladies aigués est de peu d'importance ; mais dans les ma= ladies chroniques , il doit faire craindre: un mort d'autant plus prochaine; qu'il est plus rapide. — L’infiltration oœdémateuse quisurvientpendantleur cours est également du plus mauvais augure. Il'en est presque toujours de même de l’œdème qui se montre vers la fin des maladies aiguës : cependant, comme nous l'avons vu précédemment, il a paru en juger favorablement quelques - unes. — Quant aux escarrhes qui, se forment sur diverses parties du corps, mais spécialement sur les endroits où les
os sont peu éloignés des tégumens, elles sont constamment fâcheuses dans les maladies chroniques, et presque toujours aussi dans les maladies aigues.
Es physionomie est d’un grand poids pour le prognostic; mais elle ne parle, s'il est permis de s’exprimer ainsi, qu à des yeux accoutumés à l’observer. C’est toujours un signe très-favorable qu’elle conserve son expression naturelle. Une altération remarquable de la physionomie, dès les premiers jours d’une maladie aiguë, fait connaître que plus “tard, du cinquième au neuvième Jour, il survien-
dra des symptômes adynamiques ou ataxiques. Aune
époque avancée des affections aiguës ou chroniques,
une altération profonde et subite de la physiono-
mie annonce la mort prochaine des malades (1). H est rare que ceux chez lesquels on l’'observe vivent
plus de trois jours; le plus souvent ils succombent
dans un temps plus court encore. L'élongation-raide qui a lieu chez les jeunes sujets dans le cours d'une maladie aiguë est encore un signe presque constamment funeste, Le tremblement , la roideur et les soubresauts , marquent toujours du danger; les convulsions et la carphologie sont ordinairement mortelles dans les maladies fébriles.
Gi) Il importe de ne pas confondre cette altération de la
physionomie avec la pâleur de la face, qui marque Îa cessation de la maladie ‘et le commencement de la convalescence. L'une et l’autre diffèrent beaucoup par elles-mêmes et par les phé+ nomenes opposés qui les accompagnent.
PROGNOSFIC. | 487
Il en est de même des mouvemens désordonnés des jambes, que le malade cherche sans cesse à découvrir, quoiqu elles soient froides. Le trismus,, le rire sardonique, l£ strabisme, annoncent aussi presque:toujours la mort. Un autre signe plus funeste encore est le mouvement presque automatique par lequel lemalade cherche sans cesse à rapprocher son bras du tronc, pendant quele médecin le tient hors du lit pour examiner le pouls : nous avéns toujours vu succomber les malades qui ont présenté ce signe, dont très-peu d'auteurs ont parlé. La facilité dans les mouvemens est un signe favorable ; leur faiblesse, portée à ‘un’‘certain degré , fait toujours craindre une terminaison funeste dans les mala-dies aiguës. |
L’aphonie est un des signes les plus fâcheux qu'on
. puisse observer dans les maladies aiguës. Toutefois,
dans uneépidémie detyphus ; observée Presbourg , en 1683, et décrite par Zæw, plusieurs des malades qui ont offert ce symptôme n'ont pas succombé. ‘ | L'intensité de la douleur est, engénéral, de peu d'importance pour le prognostic. Une douleur très-violente ajoute rarement au danger, et une douleur légère ne doit pas rassurer le médecin. ba douleur profonde est plusfächeuse que celle qui est superficielle; cellequiest fixe l'est davantageque celle qui.est mobile. Des douleurs très-fortes qui se font sentir dans les membres au début d'une maladie annoncent qu’elle sera grave ; celles qui paraissent au déclin d’une affection aiguë sont de bon augure, Dans les phlegmasies ; la cessation subite de la dou. A SE À
485 | PROCNOSTIC 4
leur, jointe à altération: profonde de la physiono-
amie , a rhiqee une mort prochaine : il est, rare AUS l’on trouvé , à l'ouverture du cadavre ; la :gangrène annoncée par la plupart des auteurs ; 4 partie enflammée est ordinairement'en suppuration , comme ont pu, facilement s’en: convaincre tous les médecins quiseliveent à des recherches d'anatomie pathologique. (
Les troubles varies auxquels sont exposés les or ganes des sensations fournissent rarement des signes prognostiques de quelque importance relativement à la terminaison dela maladie : la plupart de ces signes annoncent seulement Île délire , le coma ou quelque autre accident.
La surdité seule fait exception : la plupart.desauteurs ont pensé que ce symptôme méritait une attention particulière sous le rapport du prognostic ; mais les uns l'ont considéré:comme un bon:signe , les autres comme un signe facheux. Dans. ces derniers temps’ , on s’est généralement accordé à:regarder comme favorable la surdité qui paraît vers la fin de la maladie, et comme nuisible celle a a lieu dès le début.
Des passions douces et modérées, l'oétéialeel la gaité, sont généralement des signes très-avanta-
Sgeux'dans toutes les maladies. Les passions'triôtes, au contraire, comme la haine, la jalousie; le dé-
couragement , le désespoir, sont du plus: sinistre #4
présage. Il est rare que les malades surviventà |
une affection aiguë à ne eg ils ontla persuasion |
qu’ils: doivent succomber ,: à moins :qu'ilsneséient
hypochondriaques : dans ce cas, Je.découragement te | ; sie
PROGNOSTIOS à | 489
n’est: pas ‘un signe aussi défavorable. Nous avons eu occasion de nous en convaincre dans plusieurs circonstances ; et particulièrement chez un jeune homme niélabplioe qui fut atteint d’un typhus ) dans lequel mous lui avons donné des soins. Il avaitodès les prémiers jours, mis ordre à ses L'affaires: ‘et composé pour son père une lettre fort pathétique : l’idée de la mort le poursuivit sans | cesse jusqu’à l’époque où le délire parut. Souvent alors , quand on lui demandait comment il se
“trouvait, il répondait brusquement , érès- bien ; signe que Tissot à indiqué comme toujours mortel : néanmoins la maladie se termina heureuse- “ment le quatorzième jour, et le rétablissement a été complet. |
La sécurité ne doit être confondue n1 avec le
“calme affecté de quelques malades, ni avec ce
“trouble des facultés intellectuelles qui Ôte à l’imdi-
| vidu le sentiment de sa position, et par conséquent du danger qui! ‘le menace. La sécurité, qui est tou-
à jours d’un bon augure dans les maladies aiguës, ne peut pas rassurer dans les maladies chroniques : elle a souvent lieu ne au dernier moment chez les phthisiques.
Le délire est un signe Bcheix dans toutes les af-
fections fébriles , particulièrémentichez les adultes
ét les vieillards ; , oil est plus rare. Le délire doux . ést un Signé moins funeste que le délire violent, au moins. dans les maladies aiguës ; car dans la manie, le délire tranquille indique communément une af- “fection plus rebelle. +
L'exaltation de la sensibilité MONS obrdes L
490 PROGNOSTIC+ : "0 cultés intellectuelles, qui succède au délire, : an nonce une mort prochaine. LOTO a
Le sommeil prolongé n’est pas inquiétant dans le cours des maladies fébriles , lorsque les malades: s’éveillent facilement pour boire et pour répondre aux questions qu’on leur adresse ; mais lorsqu'il faut les secouer ou crier avec force pour les:réveil-, ler, le cas est toujours grave. | sql
Lorsque le sommeil n'est pas tout-h-fait aussi profond, il faut , pour juger la valeur de ce signe, avoir égard, comme le recommande Piquer (x); auxautres sympiômes : s’ils sont dangereux, le som- | meil l’est aussi; s'ils ne le sont pas, le sommeil n'a rien de grave. //ermocratés (2) offrit un exemple. du premiergenre,etlefils de Python du deuxième(3). Le coma, la léthargie, le carus, sont des signes presque toujours mortels.
Les vertiges sont moins graves. Les défaillances et les syncopes sont toujours très-dangereuses: lorsqu’elles ont lieu spontanément dans une maladie aiguë ; elles lé sont beaucoup moins si elles ont lieu seulement quand le malade se lève ou s’asseoit.
L’inappétence n'a rien de fâcheux dans les maladies aiguës , non plus que la dimimution de l'appétit dans les maladies chroniques ; dans ces dernières, le dégoût est un mauvais signé. L’appétit vorace qui survient tout-à-coup dans la violence d’une maladie aiguë ou même d’une maladie chro-
Ce
(1) Traité des Fièvres , pag 285.
(2) Epid. , lib. FIT, ægrot. 2. ane (3) Epid. , lib: VII, num: EVT, Linden. |
nique, sans diminution des autres symptômes, annonce la mort pour le lendemain, suivant Baglivi : nous avons vu constamment la mort succéder à ce symptôme, comme l’a observé ce médecin ; mais quelques-uns des malades offerts à notre observation ont vécu jusqu au second jour, et même jusqu'au troisième. C’est particulièrement dans la pneumonie que nous avons rencontré ce signe.
La soif vive qui persiste pendant tout le cours de là maladie est un signe fâcheux; l'absence de soif, jointe à la sécheresse de la bouche, est un signe plus fâcheux encore ; la sécheresse , la dureté ligneuse ; le rapetissement de la langue , son tremblement, la difficulté que le malade éprouve à la pousser hors de la bouche, indiquent un grand danger. Les conditions opposées sont toujours favorables.
La gène de la déglutition est du plus funeste présage dans les maladies qui n’ont pas leur siége dans les organes de cette fonction, particulièrement dans les fièvres putrides ou malignes et dans Papoplexie. Lorsque les liquides traversent l'oœ- Sophage comme un tube inerte, et tombent avec bruit dans Festomac, la mort est prochaine. de Les régurgitations et les nausées continuelles
sont d’un très-fâcheux augure dans les maladies aigués ; il en est de même du vomissement opiniätre lorsqu'il n’est pas suivi de quelque soulagement. “ Les matières rejetées par le vomissement fournissent peu de signes prognostiques importans : celles qui sont noires sont ordinairement mortelles, ainsi que celles qui sont brunes et liquides , ou pultacées et de la couleur du chocolat.
Le météorisme du ventre est toujours un signe grave; il est presque constamment mortel Qu 1 est joint à un dévoiement considérable.
Le dévoiement est communément plus : à: craindre! que la constipation dans les maladies aiguës et chro- | niques, soit parce qu'il produit des effets plus fa ï cheux, soit parce qu’il est plus difficile à suspendre : à deux ou trois selles chaque jour sont regardées \ comme une circonstance favorable dans les mala- | dies aiguës. La couleur noire et la fetidité des ma= | tières excrétées sont d’un mauvais augure: Si l’'o-* deur des matières est cadavéreuse , la mort est” peu éloignée. L’excrétion involontaire est un signe très-dangereux , surtout dans les maladies fébriles Suivant: Pi. la présence des vers dans les ma. tières excrétées serait facheuse au début des mala-" s dies et favorable à leur déclin (1). ;
Les signes fournis par la Fe doivent être rangés parmi ceux qui trompent le moins. Lorsque, é la respiration est médiocrement grande , égale A Ji bre , non précipitée, exempte de douleur et d'op- H pression ; IoRsGue l'intervalle entre l'expiration et À inspiration n’est pas trop long , et que le malade respire bien dans toutes les positions , tous ces signes” promettent une. heureuse terminaison. Au con traire , si la respiration est inégale ou plaintive, à on doit craindre le délire ou les convulsions. Le danger est imminent lorsqu elle est stertoreuse surtout si dans le même temps le malade Jume. la pipe, comme on le voit dans l'apoplexie. La respi=
he Ge
(1) Piquer, Traité des Fièvres , pag. 386.
ps
/ PROGNOSTIC, ï 493 ration stertoreuse est moins grave dans les phlesmasies du poumon, surtout lorsque V expectoration n'est pas interrompue.
«La respiration courte et accélérée, c’est-à-dire formée d’inspirations et d’expirations petites et qui se succèdent promptement, est du plus mauvais présage , lors même que tous les autres signes paraissent favorables : aussi, disait Stoll, toutes les fois que dans les fièvres putrides ou malignes, et même dans les inflammations de poitrine, je ne vois pas cette. espèce de respiration, je ne désespère point ; mais je nai jamais vu guérir aucun des malades chez lesquels je l'ai observée (1). »
Le hoquet est un signe très-fàcheux vers la fin des maladies, lorsqu'il n’est pas accompagné d’un amendement notable des symptômes.
*. Les crachats fournissent peu de signes prognostiques importans. Dans la péripneumonie, lorsqu'ils sont rougeâtres , séreux où semblables à une “dissolution claire de gomme arabique, et recouverts d’une mousse légère, nous avons vu con- Stämment la maladie se terminer par la mort, lors même qu'elle offrait #son début une bénignité apparente. Chez les phthisiques , lorsque les crachats, après avoir été mêélés plus où moins long-temps de pituite diffluente, deviennent tout-à-fait puru- “id la mort est généralement peu éloignée. |
* Le pouls fournit peu de signes prognostiques cerhe dans le cours des maladies. Si vers leur dé- “clin il devient très-fréquent , s’il bat, par exemple,
DE
(:) Srozr, Rat. Med,,tom. tm, pag. 62.
494 PROGNOSTIC+ : ; au-delà de cent cinquante fois par minute ; s’ilest confus, irrégulier‘, inégal, intermittent, insensible , la mort aura lieu très-prochainement, Quel-, quefois l'irrégularité du pouls précède et annonce, une crise favorable. | Une chaleur douce et halitueuse est un bon signe; | une chaleur sèche et âcre est un signe fâcheux. Un sentiment de chaleur brülante dans une partie“ doit faire craindre qu’il ne s’y développe une gan-, grène spontanée ; le-froid des parties extérieures ,. joint à la chaleur vive des parties intérieures , in dique un grand danger. | La suppression de l'exhalation cutanée, qu'on reconnaît à la sécheresse de la peau, est en général un signe, sinon dangereux, au moins défavora=. ble; la souplesse de la peau accompagnée d’une! douce moiteur, est au contraire une circonstance toujours heureuse. ass Les sueurs abondantes sont nuisibles où tout au moins inutiles au début des maladies; elles sont quelquefois favorables à leur déclin. Des sueurs continuelles dans le cours d’une affection arguë produisent souvent un aff blissement funeste, comme Cotugno l'a observé dans la fiévre tabide de Naples. Les sueurs froides qui surviennent au déclin des maladies sont presque toujours fàcheus ses ; nous les avons vu former néanmoins une Crise favorable chez un enfant de six ans, au septième jour d’une péripneumonie fort grave : une: amélioration prompte des symptômes locaux et généraux succéda à cette sueur froide , dont les parens avaient été avec raison très-vivement alarmés.
Les hémorrhagies qui ont lieu au débnt des maladies annoncent généralement qu’elles séront fort graves; celles qui surviennent: dans la dernière période sont rarement indifférentes : quelquefois elles paraissent augmenter et le plus souvent dissiper les symptômes préexistans. L'épistaxis , le flux hémorrhoïdal et la métrorrhagie sont souvent favorables : les hémorrhagies des poumons et des intestins sont ordinairement fâcheuses : celle des voies ‘urinaires eSt presque constamment mortelle.
L'urine, à l'examen de laquelle un grand nombre de médecins ont attaché beaucoup trop d’importance, nefournit que des signes équivoques sous le rapport du prognostic comme du diagnostic dans la plupart des maladies. L’urine transparente et crue imdique lalongueur.de la maladie ; une suspension qui s’y forme par le refroidissement annonce là fin de la maladie pour une époque plus ou moins éloi- gnée; le sédiment, une terminaison prochaine , etc. Ces divers signes : sont peu certains. — La couleur noire de l’urine est du plus ficheux augure; lexcrétion mvolontaire de ce hante high un grand danger. | |
+ Certains épiphénomènes qui se onttreut dans le cours des maladies peuvent être de quelqu'importance pour le prognostic : telles sont en particuher les parotides dans les fièvres graves et dans letyphus. Cesigne, ainsi que beaucoup d’autres , a été regardé comme heureux parles uns, comme Aa dns par les autres. Æildenbrand , d’ ABSES un grand nombre d'observations, a été conduit à sFegarder comme favorables Les arHte qui surviepnent au déclin de
496 | PROENOSTIC..
Ja maladie, et comme nuisibles celles qui se montrentau début. Quelle que soit l’époque à laquelle paraît ce gonilement , il est toujours nuisible, lorsqu'il est porté au point de gêner la déglutition. et surtout la respiration. |
L'aspect des plaies chez les blessés , et des surfaces .
sur lesquelles on a appliqué des : topiqués vésicans | ou rubéfians, fournit aussi des signes prognostiques. tu 3 4
Lorsque «les plaies ont ‘une couleur vive , :eb
donnent un pus épais et homogène; c’est un andice : favorables c'enest un fächeux au contraire lors- .
cu’élles sont brunes, livides, noires, sèches, où
Le
qu’elles exhalent du sang ou une sanie putride:,
Lorsque les vésicatoires et les smapismes ne pro-
duisent aucunefiet sur la partie oùonles applique c’est un signe; très-fàcheux et presque toujours mor- | tel (x). C’est encore un mauvais signe que le derme
se décoile des parties sous—tacentes dans les endroits ;
où les sangsues ont été apphquées; nous avons VU constamment la mort succéder: à ce:signe en appas
rence peu important. 38e e outrelt L'état des forces est aussi d'uné grande importancé
pour Île prognostic. Toute aflection dans laquelle léur diminution-est considérable est: toujours-très-| dangereusé* leur perversion rest généralement. ii +540 . PRO oréef rt 00 core
ve Mie ré Hrarresel o 0 eg tas RSR (4) EL arrive très-souvent que les-sinapismes et les vésicatoires ne produisent aucun eflet , même chez des malades qui he sont pas en danger. Cela peut tenir à la mauvaise qualité de la farine de moutarde’ou de la poudre de œantharides , et étre indépendañt de l'état dussujet. : Lena 10%
moins.
Tels sont les principaux signes À l'aide desquels on peut porter un Jugement sur les changemens qui doivent survenir dans le cours des maladies. Ces signes, nous le répétons, n'ont de valeur que par l'appui réciproque qu’ils se prêtent. Un seul signe, quelqu'important qu’il soit par lui-même, n’a de force que par le concours de plusieurs autres ; le signe leplus fâcheux peut se présenter isolément
dans les affections nerveuses , sans annoncer aucun
danger. Les convulsions, la carphologie, l’insensibilité générale, l'horreur des liquides , le météorisme , les excrétions involontaires, l’'aphonie, etc. sont des signes presqu’indifférens dans les attaques d'hystérie, et presque toujours mortels dans les maladies fébriles. C’est donc uniquement par la comparaison de tous les signes que le médecin peut s'élever à la connaissance des événemens à venir.
[n'est pas toujours permis au médécin le plus
consommé dans son art d’annoncer quelle sera la
terminaison d’une maladie. Il est queltues affec= queiq
tions dans lesquelles il peut prédire avec certitude
l'événement ; il en est d’autres dans lesquelles il
ne peut que s'élever à une grande probabilité ; il envest d’autres enfin où il ne peut qu'annoncer le danger sans déterminer l'issue de la maladie ,
comme dans les fièvres graves en particulier.
ne
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