VOIT
Si l'esprit d'observation était départr à tous d'une manière égale, 6n pourrait, comme le fait le vul-
gaire, juger de l’expérience d’après :les annees ;
mais ilest un si grand nombre d'hommes incapables de bien voir, et par conséquent d'acquérir de l'expérience ; que l’âge ne saurait en donner la mesure. Chaque année ajoute à expérience de celui qui est apte à en acquérir; mais, pour celui qui ne l'est pas, la plus longue carrière:ne saurait lui en donner.
L'expérience propre au médecin, avons-nous dit, meurt avec lui, parce qu'il est certaines choses dont il juge par instinct , et dont il ne peut se rendre compte à lui-même , lom de pouvoir les communiquer aux autres. Toutefois, le médecin expérimenté peut transmettre une partie de ce qui lui est propre à ceux qui le voient journellement agir. Cette.transmission directe forme ce qu’on appelle la médecine de tradition : e’est particulièrement de:cette manière, cest en suivant dans leurs visites des medecins habiles que ceux qui entrent dans la car-
‘rière peuvent acquérir de. l'expérience. On a dit
avec raison : « La médecine ne/s’apprend qu'avec » les médecins et les malades : on. ne se forme pas » tout seul; il faut un guide expérimenté, sans » quoi l’on s’égare dans les systèmes, ou l’on donne
» dans l’empirisme (1). » La tradition est d’une si grande importance pour l'exercice de la médecine , qu'il est sans exemple peut-être qu'un praticien habile n’ait pas été le disciple de quelque maître expérimenté. Il est dans la pratique de notre art, comme de tous les autres , une multitude de choses
plus où moins importantes qui sont transmises de |
celui qui fait à ceux qui voient faire, et quine pour-
raient pas être communiquées d’une autre manière. Lorsqu'un élève. intelligent et instruit a suivi pendant un certain temps les visites d’un médecin, il peut presque toujours , après avoir examiné un malade, annoncer non-seulement la méthode de traitement qu’il adoptera, mais encore jusqu'aux formules de remèdes qui seront prescrites. Dans quel ouvrage pourrait-on connaître d’une manière aussi exacte la pratique d’un médecin , etqui de nous pourrait se flatter de savoir ce que Fernel et Boerhaave auraient prescrit à tel ou tel malade ? La tra-
dition immédiate peut donc véritablement donner
à celui qui apprend une grande partie de cette expérience qu'on chercherait vainement dans les livres.
L'observation et l'expérience ne peuvent re le médecin dans le traitement des maladies qu'à Vaide du raisonnement. C’est par le raisonnement
qu’il reconnaît l'analogie qui existe entre telle et
telle affection , et qu'il est conduit à appliquer aux
cas qu'il observe les-moyens qui ont eu une in-
(1) Essai hisiorique sur la Médecine en France, 3; par F. B. L. Chomel. Paris, 1762,
: fluence salutaire dans des circonstances semblables. Le raisonnement ne peut donc pas être proscrit de la médecine, comme le recommande un empirisme aveugle (1); mais le seul qui doive être employé; selon la remarque judicieuse de Sydenham , est le raisonnement simple et naturel que fournit le bon sens, et qui sort immédiatement des phénomènes qu'on observe. Toutes les fois qu’on voudra agir en médecine d’après une série d’argumens enchaïinés d’une manière plus ou moins ingénieuse , on. tombera dans des erreurs aussi nuisibles au médecin qui s’y livre que dangereuses pour les malades. |
Quelques hommes ont essayé de substituer à la thérapeutique d’autres bases que l'observation et l'expérience aidées du raisonnement naturel; les théories brillantes de la chimie ont fait entrevoir à leurs partisans la possibilité d'établir sur des fondemens nouveaux le traitement des maladies. L’analyse exacte des liquides et des solides, dans l’état de maladie et de santé, comparée à celles des médi-
(1) « Un empirique en médecine est un homme qui, sans
» songer même aux opérations de la nature, aux signes , aux
» causes des maladies, aux indications, aux méthodes , et
» surtout aux découvertes des différens âges, demande le
» nom d’une maladie, administre ses drogues au hasard, ôù
» les distribue à la ronde, suit sa routine et méconnaît son
» art. L'expérience d’un empirique est toujours fausse, parce
-» que cet homme exerce son art sans le connaître, et suit les » recettes des autres sans en examiner les causes, l'esprit et
» la fin. » Zimmermann, Traité de l'Expérience, tome 1,
page 19.
camens , pourra-t- elle un, jour fournir quelques
indications utiles ? Nous ne voulons pas en nier la
possibilité , mais nous ferons remarquer que rien -ne l'annonce jusqu'ici. Quant à l'erreur des ghimistes qui,ont comparé le corps humain au vase inerte dans lequel ils séparent, précipitent ou dégagent les principes constitutifs des corps inorganiques ou des substances organisées qui ne sont plus
soumises à la vie, cette erreur est depuis trop long- |
temps signalée pour qu il soit nécessaire de la combattre.
Nous avons cherché à donner une idée précise #4 la thérapeutique; nous avons examiné les fondemens sur lesquels elle appuie ; nous allons maintenant la considérer dans son développement.
La thérapeutique se divise naturellementen deux branches : à l’une se rattachent les indications ; à l'autre, les moyens de les remplir.
ARTICLE PREMIER
Des Indications.
Lorsque l examen L atteité d’un malade à conduit :
le médecin à reconnaître le genre de l'affection , son caractère particulier , sa Rene sa tendance vers
CS
une terminaison favorable ou funeste, les causes ”
qui l'ont produite , son influence sur la sante, etc. ,.
l’ensemble de ces circonstances. fixe son jugement 7 sur la méthode de traitement qu'il doit suivre et
semble la lui i2diquer : c’est là ce qu'on nomme
indication ; on Va aussi définie la manifestation”
fournie par la maladie elle-même de ce qu'il con—
“vient de faire pour améliorer l’état du malade.
Les Indications ne doivent jamais être établies sur des théories ni sur des raisonnemens abstraits; elles doivent ressortir en quelque manière des phénomènes de la maladie, s'offrir d’elles-mêmes à celui qui-en connait toutes les circonstances. Il est rarement nécessaire et souvent dangereux de chercher des indications : celui qui en cherche voit presque toujours celles qu'il veut trouver, et méconnaît ordinairement celles qui existent; c’est seulement auprès du malade et à mesure que la maladie se dévelippe qu'on peut les connaître ; c’est dans ce sens qu'un praticien célèbre (1) a appliqué à la méde-
cine cet axiôme pris d’un.art tout opposé par son but, mais assez analogue dans ses principes : « c’est
» dans l’arène qu'il faut prendre une décision ».( consilium in arend sumere ) ».
Il est un certain nombre de circonstances qui peuvent fournir des indications chez l’homme malade. Les principales sont le genre à la maladie, sa, forme particulièré et son type. L'état des for-
ces, l'intensité de la maladie, les périodes, les symptômes prédominans , le siége, les compli-
cations , les causes, et certaines circonstances commémoratives , la tendance de la maladie vers telle ou telle terminaison , Vinfluence qu’elle peut exercer sur la constitution du sujet ou sur
quelques affections préexistantes, l'effet des moyens
déjà employés , soit chez le malade lui- même,
(1) Duuouuin. nt |
54d … : THÉRAPEUTIQUE soit chez d’autres dans le cas d'épidémie, fournissent aussi des indications qui ne doivent pas être négligées : nous allons les exposer brièvement. | A. De toutes les conditions propres à fournir des indications , celle qui tient le premier rang est le genre particulier de la maladie. Rapprocher les bords d’une plaie, maintenir en contact les extrémités des fragmens d’un os fracturé , ramener dans sa position naturelle un viscère déplacé, conserver dans un repos absolu une partie enflammée et éloiguer d'elle tout ce qui pourrait augmenter la douleur, faire des saignées dans la pneumonie ; administrer le quinquina dans les fièvres mtermittentes, Je mercure dans la syphilis ; voilà, sans contredit, dans chacune de ces maladies , la première comme la plus importante indication. L’anatomie pathologique, qui-fait connaître le siége d’un grand nombre de maladies et Paltération sÉéoitte qu elles produisent dans le ussu de nos organes; qui est si propre, comme nous l’avons vu, à en fixer le genre, concourt ainsi à fournir des BPM 1 très-précieuses. Toutefois , dans beaucoup de cas , d’autres
indications se présentent (1), qui non - seulement
(1) Je crois devoir transcrire ici Les réflexions très-judicieu-
ses faites à ce sujet par M. Laennec. « Je crois que l'étude des
re
» espèces anatomiques des maladies est la seule base des con- ‘4
» naissances positives en médecine ; et qu on pe doit jamais la perdre de vue , sous peine de poursuivre des chimères et « de se créer des fantômes pour les combattre. … Mais je
EX
» crois aussi qu’il est également dangereux d'appôbiet à Pé= !