‹ Élémens de pathologie générale (volume 3)Chapitre 30 sur 62 · SECTION IV · texte numérisé non relu

SECTION IV

Des Sjmptômes fournis par la chaleur,

La faculté qu'a le corps hunlain de conserver, dans l'état de santé , un degré de chaleur à-peu-près égal , quelle que soit la température des milieux dans lesquels il est placé , devient plus remarquable encore dans l'état de maladie. Constamment , en eliet , chez l'homme sain . la chaleur s'élève de quelques degrés dans des milieux très-chauds ; elle s'abaisse dans les conditions opposées. Chez l'homme malade , au contraire , on voit dans quelques cas un froid violent s'établir malgré l'application de corps chauds ; on voit de même la chaleur devenir brûlante sans que ni l'ingestion des boissons fraiches ni l'éloignement des vêlemens puissent la calmer. Dans d'autres circonstances , les personnes malades sont beaucoup plus sensibles au froid et à la chaleur extérieurs qu'elles ne l'étaient en santé.

L'appréciation de la chaleur morbide , comme

Ai

DES SYMPTOMES. jOn

de boaiicoup crauires symptômes, exige de la part du médecin une grande habitude , et celle-ci suppose une observation attentive , et des comparaisons fréquentes entre la chaleur de l'homme sain et celle de l'homme malade , dans les diverses conditions de la santé et de la maladie. Le m.eilleur , je dirai même le seul instrument que le médecin puisse employer, est sa main. Le thermomètre ne lui donnerait qu'une idée imparfaite de l'élévation même de la dialeur , et serait lout-à-fait impropre i\ faire apprécier les autres modifications qu'elle présente. Pour les bien juger , le médecin doit civon^ actuellement une chaleur modérée à la maiu qu'il porte sur le malade ; il doit l'appliquer successivement sur diverses parties, et principalement sur les extrémités des membres , sur la face, sur la poitrine ou le ventre, et sur la région qui paraît être le siège de la maladie ou des symptômes prédominans; il doit la laisser quelque temps, douze a quinze secondes, par exemple, sur chacune de ces parties, afin de connaître si la sensation qui lui €st transmise reste la même, ou devient différente par le contact prolongé.

Les principales modifications qu'offre la chaleur chez l'homme malade se rapportent à quatre points : elle est augmentée , diminuée , abolie ou pervertie.

A. L'augmentation de la chaleur peut offrir de nombreux degi'és , soit dans des maladies diverses, soit dans la même à des époques différentes. Entre la chaleur légiere , qui a lieu dans beaucoup d'affections bénignes, et la chaleur brûlante, qu'où

5o3 DES SyMPTOMËSi

observe dans les maladies fébriles les plus intenses^' il y a une multitude de luiaiices.

Tantôt cette chaleur n'est sensible que pour le malade , tantôt le médecin peut la reconnaître par le toucher^ et quelquefois même la mesurer a l'aide du tliermomètrc. Quelques expérimentateurs assurent avoir ainsi reconnu une élévation de plusieurs degrés; mais l'emploi de cet instrument n'ayant encore fovirni aucune application utile, son usage n'a point été adopté par les raiédecins.

La chaleur peut être générale ou partielle; dans le premier cas, elle peut être répartie également dans tout le corps ou être plus élevée dans quelques régions , ce Cjul est plus ordinaire. Lorsque la chaleur est bornée à une région , c'est tantôt dans l'organe même qui est affecté qu elle a son siège , tantôt dans luie partie qui en est plus ou moins éloignée, à la tête, par exemple, dans certaines affections de l'estomac ; à la paume de la main , dans quelques maladies des poumons. La peau qui recouvre un phlegmon est presque toujours trèschaude ; et souvent dans la céphalalgie , le front est également le siège d'une chaleur plus ou moins clevée. On a aA-ancé qu'il en était des tégumens du ventre et du thorax , dans les phlegmasies des viscères qui y sont contenus , comme de la peau du front dans quelques affections cérébrales; raiais ici î'analoûie est trompeuse. Dans la plupart des maladies, et surtout des maladies fébriles, la chaleur, examinée comparativement dans les diverses régions , est plus élevée à la poitrine et au ventre qu'aux extrémités : cette différence existe dans les

cas même où la maladie a son sië^e loin de ces deux, cavités; et dans les plileginasies du poumon, le& tegumens du ventre ne sont pas moins cliauds que ceux du thorax.

La chaleur oITre, relativement à son type, des variétés analogues : tantôt elle persiste sans interruption pendant tout le cours de la maladie , tantôt elle reparait périodiquement, comme dans les (lèvres intermittentes , ou à dos intervalles irréguliers et d'une manière passagère , comme on l'observe chez les femmes mal réglées et chez. les personnes nerveuses ; elle revient alors par houfiées , suivant re.vpression commune : c'est le plus souvent à la face (fue ces bouffées de chaleur ont lieu : elles sont accomuatrnées de lou-

geur de cette partie , et l'iéquemment suivies d'une sueur légère. Quel([ues auteurs ont appelé nerveuse ou erratique la chaleur partielle et passagère qui se fait sentir tantôt dans un point , tantôt dans un autre.

La chaleur olfre eiu^ore , chez l'homme malade , d'autres diiïérences relatives au caractère particulier qu'elle présente; quelquefois elle est semlilable a celle d'un individu bien portant qui a chaud : c'est la chaleur Jranche; lorsqu'elle est accompagnée de moiteur, et semblable à celle d'une personne qui soit d'un bain tiède, on la nomme ludi tueuse ; si la peau a perdu sa souplesse et l'espèce d'humidité qu'elle offre ordinairement, la chaleur est sèche ; elle est acre ou mo relie eu île y lorsfju'elle cause aux doigts une vSensation incommode, que cette épithèlc exprime assez bien, sensation qui ne diminue pas ^

5lO DES .«^^ymptômes.

qui augmente même, par un contact prolonge, et qui persiste pendant quelque temps après qire le contact a cessé. Quelques auteurs ont encore décrit d'autres variétés de la chaleur qu'ils ont appelées liée tique y ardente, septique ; mais il faudrait en admettre beaucoup d'autres qui trouvent mieux leur place dans l'histoire particulière de chaque maladie.

B. La diminution de la chaleur, ou le froid ^^ offre les mêmes variétés sous le rapport de Tintensité , du siège , du type et du caractère particulier qu'elle présente.

Le froid peut être appréciable pour le médecin , ou n'être sensible que pour le malade : dans l'ini et l'autre cas il peut olïVir une intensité variée. Ou ijommc refroidissement une simple sensation de froid ; liorripilation , relie c[ui est accompagnée de la saillie des bulbes des poils (chair de poule, chair d'oie); lorsqu'il s'y joint un tremblement involontaire , c'est le frisson. Le froid peut être général ou partiel , extérieur ou intérieur , se faire sentir dans une seule partie ou en parcourir plusieurs , être passager ou continuel , avec ou sans exacerbation. Relativement à son caractère particulier, il peut être piquant, glacial , ou semblable à celui qu'on éprouve en santé lorsqu'on s'expose à l'air froid.

Le froid partiel occupe presque toujours les extrémités des membres , le bout du nez, le dos et les lombes. 11 peut aussi, mais très-rarement, avoir son siéae dans l'orcane affecté , comme on Toh— serve dans quelques rhumatismes chroniques ;

mais dans riramense majorité des cas il se fait sentir loin delà. La chaleur locale, au contraire^ existe souvent dans l'endroit malade (i).

Dans un grand nombre de circonstances , le froid et la chaleur se montrent successivement chez le même individu; communément le froid a lieu le premier, et la chaleur vient ensuite; quelqueroiîi on observe le contraire. Souvent la diminution et l'augmentation tic la chaleur se succèdent un grai]d nombre de fois dans un espace de temps fort court.

C. L'abolition complète de la chaleur n'a lieu que dans fétat de congélation , cpii j)cut clr(i partielle ou générale : il est vraisemblable que la température approche beaucouj) de o", même dans les parties qui sont sus(('[)tibies encore de revenir à la vie. Toutefois nous ne connaissons aucun fait de ce genre dans lequel on ait mesuré la chaleur à l'aide du thermomètre.

D. La chaleur est pervertie dans tous les cas où le malade accuse une sensation de froid dans une j)artie évidemment chaude, ou une sensation de chaleur dans une autre qui est froide. Ce dernier j)liénomène a souvent lieu dans la iian.']^rène sèche d'un membre. Le malade accuse une ciialeur brûlante dans la partie affectée, tandis qu'elle est iroide pour lesassistans. On peut encore ra})portcr à ce trouble de la chaleur ces sensations simultanées

(i) Qnu cor/joris^parfc inesL calor j ibi. movbus est. Uirjfucn. , ;i|;li«jr. 13^^ secl. iv.

OI3 DCS SYMPTOMES.

d'un froid glacial à Textérieur et d'une chaleur brûlante à l'intérieur, et vice verset. Nous avons au a l'itôpital de la Charité , dans une des salles de M. Lerminier , un fait peut-être plus extraordinaire encore, chez un homme atteint depuis quelque temps d'une fièvre intermittente. Au moment iuême où il e'prouvait le rigor, c'est-à-dire inie sensation de froid avec tremblement général , sa peau devenait rouge, chaude, et se couvrait d'une sueur abondante. Ce phénomène bizarre s'est reproduit pendant un certain nombre d'accès.

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