‹ Élémens de pathologie générale (volume 3)Chapitre 54 sur 62 · JO TlItRAPEUTIQUt · texte numérisé non relu

JO TlItRAPEUTIQUt

soit chez d'auhes dans le cas d'ëpidëmie, fournissent aussi des indications qui ne doivent pas être négligées : nous allons les exposer brièvement.

A, De toutes les conditions propres à fournir des indications, celle qui tient le premier rang est le genre particulier de la maladie. Rapprocher les Lords d'une plaie, maintenir en contact les extrémités des fragmens d'un os fracture , ramener dans sa position naturelle un viscère déplacé , conserver dans un repos absolu une partie enllammée et éloigner d'elle tout ce qui pourrait augmenter la douleur, faire des saignées dans la pneumonie, administrer le quinquina dans les fièvres Intermittentes, le mercure dans la syj^Iillis; voilà , sans contredit, dans chacune de ces maladies, la première comme la plus Importante indication. L'anatomie pathologique, qui fait connaître le siège d'un grand nombre de maladies et l'altération spéciale cpi'cUes produisent dans le tissu de nos organes ; qui est si propre , comme nous l'avons vu, a en fixer le genre, concourt ainsi à fournir des indications très-précieuses. Toutefois , dans beaucoup de cas , d'autres indications se présentent (i), qui non -seulement

(i) Je crois devoir iranscrire ici les rf'flexions Ires-judicicrises faites à ce sujet par M. Lacnnec. v Je crois que l'élude i\es » espèces anatoiniques des maladies est la seule base des con- 3) naissances positives en me'decine ^ et qu'on ne doit jamais 5> la perdre de vue , sous peine de poursuivre des chimères et

« de se créer des fantômes pour les combattre Mais je

» crois aussi qu'il est égalemenl dangereux d'apporter à l'é- » lude des aiïecUons locales une attention tellement exclusive

ne doivent pas être négligées , mais peuvent même passer avant celles qui sont fournies par le genre particulier de la maladie.

B, Le caractère de la maladie est d'un trèsgrand poids dans le traitement. Il est beaucoup d'alFections algues (jui tendent toujours d'ellesmêmes, lorsqu'elles sont légitimes, à une terminaison favorable, cjui n'exigent par conséquent aucun traitement actif, à moins qu'elles ne présentent le caractère ii^aunuatoirc , bilieux, adynamique , etc. Dans ce cas, les inilirations princij)alcs naissent du caractère de l.i maladie , et le genre n'en foniiilt cpie de secondains. C'est ce ([u'on observe d.'Hi> Icrysipèleel la variole , dans l'éruption morbillcuse, (jui revêtent 1 un ou l'autre de ces caractères.

C. Le type en donne aussi de très-importantes. L'expérience ayant dc'montré que toutes les maladies régulièrement j)érlodi(jues sont susceptibles de cédera un îUfidc j)in ti( ului- d(» traitement, il est de la plus iiauk: luqxH l.incc de bien distinguer 1<î type intermittent lorscpiil existe*, et de ne pas négliger l'indHation prt-cieuse (jii'il foiuiiit. La vie du malade e^t (j uchjuefnis ici entre \r.<, mains ilu

>■ »|ii «llr |.i>v,. j,,i ,j; ,. (1,. ^ n,. I;, ciiilri cucM.' clfs caiist's dotil rllcs » peuvent depciuJre , ou , si Ton veut , «Je leur ^eiiie connu ou » cache. I/ificonve'nient nécessaire il'ftne manière de voiraussi » courte est de faire souvent prendre TelTel pour la cau^e, eC » de faire loniber d.ms la faille plus grave encore de con>i- » dérer comme idenli<{ues , el de trailer par les niènies nio^eni » les maladies dans lescpielies les seules alleralion.s visible* » sont dci lû'^ionî» f^rniMaMci iOU> le rapport aMaluinifjue. >»

54 a TULBAPtUTlQUE.

incticciii : s'il iiéglli;c l'indication qui se présente , la mort est à-peu-près certaine; s*il la remplit convenablement , il peut prescjue toujours rétablir la santé. Les dillérens types donnent lieu aussi à cpielques indications secondaires : plus rintervalle est court, plus il faut ai^ir fortement : cette nécessité est bien plus urgente encore lorsque les accès se rapprochent, et que le type teiul à devenir continu. Dans quelques maladies irrégulièrement intermittentes, on est parvenu, j)in' l'observation attiuitive des causes qui rejModuisaient les atta(|ues , a en réiiulariscr le retour et à combatlie avantageusement par les spécifiques des alFections contre ies(pielles ils auraient été sans elFets. Le professeur Dumas a pu, dans un cas de vr genre, guérir un épileptifjue par reuijiloi du ([uin(|uina.

D. L'indication fournie ])ar l'état des forces a reçu de quclrpics auteurs ri'j)ltliètc de vitale. Quels (pie soient le genre d'une allection, son espèce et son ty|)e, il iuq)orte autanè et même j)lus de soutenir la vie du malade, (pie de combattre la maladie : aussi est-il iiulispensable que le médecin ait toujours devant les yeux et compare avec attention la .longueur présumée et la violence de la maladie avec les forces du sujet (i). II doit (:*tre en garde contre la faiblesse, (pii ])eut, ou bien amener la mort du malade avant Tépof^ie où raffection se terminerait, ou entraver la série de phénomènes ou

(i) Galicn coniparnit l'Iiominr nlleiiil d'uno inaiadie à celui qui est chargé triiii fardeau, la maladie nu fardeau ; el sa dure'e au !rajet que doit parcourir l'homme qui en est cliargé.

TlIÉHArElTIQUE. 545

d'elVorls nécessaires au rétablissement des fonctions. Celte indication est ttllement urgente qu'elle doit passer avant toutes les autres, et faire recom^iraux moyens propres a relever les forces, dans les alVeclions même (|ui exigeraient des remèdes tout opposes, dans la péri])neumonie ou dans toute autre phlegmasie , par exemple.

L'évaluation des forces , cliez l'homme malade, forme donc un des |»oints les plus im])ortans de la mcilecine praticjue. La plupart des systèmes de tliérapeutifpie ont été basés sur la distinction des maladies en sthéniques et nstliénicjues , attiveset passives; et dans un assez grand nombre de circonstances en ellet , toute la (piestion se n'dult à savoir s'il faut traiter une alîection parles liiiii(|U(\s ou les dt'bilitans. 11 est done de la ]»lus haute Inijtorhincc de déterminer les signes d'après lescpu'ls on p( uL évaluer les forces, surtout dans les maladies aiguës, ou tout retard peut être dangereux , et oii Terreur aurait des consécjiuMices très-graves.

On doit rccoiniaiti*e daboid cpu* eettcî évaluation des forces est, dans bcaucouj» Ac (as, lu sdlllieile et très-incertaine : il sulliralt , pour en être convaincu, de jetci' un ( nup-d'dij sur les divisions établies pu Jlrown, et sur celles qui lui ont été substitue» s ]>.i les auteurs fjui ont conservé la même division en j^artant d'un piiiicij)e oj)posé. Les mêmes alFections se trouvent altei n.if ivenient ningées |)amii celles ou les forces sont en excès ou en defiut. La même obscurité existe au lif des malades , et il n'est pas sans exemple (juini uu'decin conseille le rjuincpiina au même sujet aucpu 1 \v\

544 tittrapeutique;

autre prescrirait une saignée. Toutefois il est juste de dire qu'un tel dissentiment est fort rare ])armi les hommes versés dans l'observation des maladies, et accoutumés à réunir tout ce ({ui peut éclairer leur jugement avant de le porter.

Il est beaucoup de médecins qui jugent de l'état des forces uniquement d'après le pouls : est-il plein et résistant, les forces, suivant eux, sont nécessairement en excès. Les partisans de la doctrine de l'irritation ont été plus loin encore : la fiéqucnce du pouls (pii , dans les maladies aignés , angniente avec la faiblesse, et n'est jamais plus grande que dans l'agonie, est à leurs yeuv un signe (pie les forces sont en excès, ou, ce (pii revient au même, une indication pour employer le traitement anti-pldngistique. D'autres ont adoj)té pour mesure l'énergie des mouvemens, ou la coloration de la face, ou reml)onj>oint du corj)s ; (piclf[ues-uns , la couleur ])aleou foncée de l'urine; plusieurs, l'état de la chaleur générale; d'autres enfin, l'énergie avec laquelle le cœur se contracte. Plusieurs de ces signes sans douie sont d une grande inq>ortance dans l'évaluation des forces; aucun d'eux n'est à négliger; mais mil doute aussi que chacun iVeux ne soit insullisant quand il est isolé des autres. S'il fallait Ô£S exemples j)our le prouver, nous citerions la petit^e du pouls dans quelques inflammations accompagnées irune douleur vive; le froid général au début des jjhlegmasies les plus aiguës, la violence des mouvemens convulsifs à la suite d'hémorrhagies abondantes. Mais il est inutile d'insister sur un point de doctrine sur lequel tous les esj)rits sages sont d'accord : c'est

THÉRAPEUTIQUL. 5/| '>

iVaprcs le degrc J'ënergie de tous les organes que Ivs lorces doivent être estimées.

Les forces peuvent être altérées de diverses manières chez riiomme malade : elles sont auiîmentées , diminuées, suspendues, perverties ou opprimées.— Elles peuvent aussi ne présenter aucun dérangement sensible, comme on l'observe dans la plupart des maladies bornées à un organe , et ciui 11 entiaîiient pas de trouble dans les autres.

l'fiiigrnentaiion des Jorces est caiactériséc par la couleur rouge et vermeille de la peau, par la rougeur et rintumescence de la lace, ]);«r la régularité < l Tassurance di-s mouvcmens, par la grandeui- do la rpspiiation , la force du pouls, {('{('vatlon de l.i fhaUur, la feiincté des chairs , une diminution notable dans la (|uantité des matières exciétées, de luiine et des matières fécales spécialement, et iamendeme-nt fpii survi«Mit dans \i:^ symptômes après les hémunhagies spontanées. Les phénomènes qui marquent raugmenlatioii des forces peuvent olli ir, sous le rap|)orldc leur intensité, des nuances très-variées , soit chez les divei*s sujets, soit chez h; même, et dans le cours d'une seule alléctiou : ils sr)nt , en général, beaucouj) plus fortement tlessinés ddiis le début de la maladie et dans les paroxysmes, que dans les rémissions et vci'S le déclin.

La diminution des Jorccs est maïquée par la pAb'ur de la peau, l'abattement des traits, la langueur dans l'attitude et les mouvemens, lesdélailiaticcs, la fré(pience et la petitesse de la respiration, la ftibicsse du pouls, la difninution de la ihaleur, [j. sensibilité au iroid; la iiiolless<{ des

546 TîlÉRAPîUTIQlfE.

chairs, ral)Onclancc et la ténuité des matières excrétées. Si des hémorrhagies ont lieu dans ces circonstances, elles rendent les autres signes plus manifestes encore. La diminution des forces se présente sous des formes variées : dans quelques maladies aiguës , elle peut devenir considérable eu peu de jours ; elle se montre alors par rabaissement delà ])liysiononiie, par la pâleur de la peau, la dilliculté extrême des mouvemcns , la diminution de la chaleur, les sueurs froides, les excrétions involontaires, quelquefois les défaillances et les syncopes. Ces signes sont ordinairement ])lus marqués dans la rémission ; ils sont, en quelque sorte, voilés dans les paroxysmes par l'excitation passagère qui les constitue : on observe par conséquent ici le oontraipe de ce qui arrive dans les maladies où les forces sont en excès, et où le caractère slhénique de la maladie devient plus tranché dans les redoublemens. Il est cependant quelfjues allections clans lesquelles la faiblesse devient plus prononcée dans les paroxysmes mêmes : c est ce qui a lieu dans quelques variétés des fièvres pernicieuses , dans les fièvres syncopale et algide , par exemple : la diminution des forces, à peine marquée dans l'intermission^ est portée au j)lus haut degré dans l'accès. Dans les maladies chroniques, la faiblesse ne survient qu'avec lenteur; les principaux traits qui la caractérisent sont la maigreur de tout le corps et de la face en particulier , la dilliculté croissante des mouvemens, la fatigue prématurée qui résulte de Texercice du corps et môme de l'occupation de l'esprit; la petitesse du pouls , la sensi-

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bilitë au froid extérieur, et quelquefois l'œdématie du tissu cellulaire, et Fexlialatiou passive de sang par divei^es voies : elle n'est j)resque jamais j)ortée au point d'empêcher les malades de se mouvoir dans leur lit, comme cela a lieu dansTîeaucoup de maladies aiguës.

L'inlerrupiion complète des phénomènes de la vie, dans la syncope, dans la congélation, dans rasj)hyxie , suj)|)Ose une sorte d\iùo!itio/i passagère ou de suspension des forces,

La perversion des forces est marquée par un désordre |)liis ou moins manifeste dans l ensemble ou la succession des j)hénnmèncs (pi(* Ton regarde comme propres à en donner la mesure : c'est lantôt 1 « xistcnce simnltanéf; de sym])tomes (jui géiu'ralemenl ne se montrent pas ensemble, laiitnt une succession rapide de |»lit*nomènes opj)osés les uns aux antres; tantôt enfui im liouble syiupathique tlans les fonctions du cerveau, et |)ai'hculièrement dans rint( lligrnee , les sensations , l'expression du visage, les gestes et les mouvemens. Du reste, la perversion des forces peut exister avec leur augmentation et leur diminution , romme elle peut n'être jointe ni à I'uih^ nia Tautre. De là la dil]i<:ulté extrême de saisir les indications dans ces cas épineux, et la dissidence des auteurs et de^ praticiens sur ce point important de la thérapeutique.

^oppression des forces est cet état daijs lecjuel il n'y a qu'une apparence de faiblesse avec la([uellc il serait bien dangereux de la confondre : l'erreur est d'autant plus facile, que l'oppression des forces

f>,|8 T11KR\PEUT1QUE.

3e iiionlre sous des traits à-peu-près semblables Ji ceux qui caractérisent leur diminution , tels que l'abattement de la physionomie , la couleur pâle ou livide du visage , la diflkulté des raouvemens, ren^ourdissement des sens et des fiicultes intellectuelles , la petitesse, quelquefois même rinogalitë du pouls , le froid des extrémités, etc. Il faut alors , ]>our a])précier le véritable decjrc des forces , remonter aux circonstances qui ont procédé. La l'ai- ])lesse réelle est presque toujours due à des causes înanifostes ; elle existe chez des sujefs naturellement débiles , ou débilités par des fatigues excessives du corps ou de Tesprit , par des chagrins prolongés , par la privation d'alimens , ou |)ar Tusagc d'alimens peu nutritifs , par des veilles , par l'abus des jouissances. L'oppression des forces , au contraire, a lieu particulièrement chez des sujets bien constitués, dans la force de IVige , adonnés a la bonne chère et à l'oisiveté : elle a lieu subitement, dès l'invasion, ou du moins dans la première période des maladies ; tandis que la vérital)lc faiblesse ne se montre, en général, que d'une manière progressive , et communément à inie époque plus avancée. Dans ces cas épineux ou rien de ce c[ui peut éclairer ne doit être négligé, la couleur , la consistance du sang fourni ])ar une hémorrhagie , ]>ar la saignée ou par l'application de sangsues ou de ventouses, l'aspect j)articulier des plaies des vésicatoires et les qualités du pus qu'ils exhalent, méritent aussi l'attention du médecin. Un autre moyen très-propre à éclairer sur l'état des forces est l'observation des chanee-

TniTxirEUTIQUE. 5 j9

mens survenus dans l'intensité de la maladie, soit par l'eiret des premiers remèdes, soit par quelques autres circonstances. Si les moyens dcbilitans , et particulièrement la sa'S^née , ont produit du soulagement ; si des hèmorrhagles ou des évacuations alvines spontanées ont paru diminuer la laiblesse; nul doute cju'ii n'y ait oppression des forces. Si , au contraire , les évacuations spontanées ou provo({uées sont nuisibles; si le vin et les cordiaux ont modt'ré l'intensiti' du ni;ii , Li tUminulion des forces n'est pas seulement apparente ; on doit la rei^arder comme réelle, et agir en conséquence. A tous ces siiines il convient d'en ioiiulre encore un autre au(juel !\ï. Lncuncc altin lie la plus fijrande iniportance : c'est le dei^rc de force avec lecpud le cœur se contracte. Suivant ce médecin , « toutes » les fois (jue les contractions du ventricule, e.xplow rées j)ar l'auscultation , ont de l'énerp^ie, on peut » saigner sans crainte; le pouls se relèvera; mais » si les contractions du cœur sont fTihlcs, le pouls » cùr-ll encore de la force, il faut se «lélii r de la » saignée. » .Nous pensons cpie , dans les cas obscurs, on ne devra pas négliger d'interroger ce phénomène, en ol)servanttoutei'oisque rexpérience n'en a pas encore assez bien lixé la valeur j*r)ur (pril soit possible de déterminer le rang qu'il doit occuper ])armi les autres signes propres à éclairer le médecin.

Telles sont les principales circonstances l\ l'aide descpiellcs on peut aj»précier l'état des forces chez riiommc malade; elles ne sauraient suflire pour résoudre toutes les questions auxquelles peut don-

55o . thérapeutique;

lier lieu ce point de médecine pratique; mais elles peuvent fixer Topinion des médecins dans la plupart des cas ordinaires , qui sont aussi ceux dont la connaissance est le plus utile. Nous ferons remarquer , en terminant cet article , que l'appréciation des forces est quelquefois si difficile , que le médecin le plus expérimenté est contraint de suspendre son jugement , poin- ne pas agir au hasard.

E, L'intensité de la maladie est aussi la source d'indications utiles. Ce n'est pas que la même affection puisse exiger des moyens opposés selon qu'elle est grave ou légère ; mais il y a une si grande différence entre les indications dans l'un et dans l'autre cas, que l'intensité d'une maladie est une des principales circonstances qui en modifient le traitement.

F, Les diverses périodes fournissent encore des indications variées. On ne traite pas une fièvre putride dans sa troisième comme dans sa première période, et les moyens qui conviennent au début d'une inflammation grave ne peuvent pas être également employés dans le second ou le troisième septénaire. Cette règle est applicable à presque toutes les maladies, quels que soient leur genre, leur marche et la cause qui les ait produites. Si des moyens débilitans sont indiqués, si des évacuations sont nécessaires , c'est au début et dans la première période qu'il faut y recourir : on doit ensuite en user d'autant plus sobrement qu'on s'éloigne de cette époque, après laquelle toutefois ils ne sont pas proscrits. Dans la dernière période des maladies aiguës et même chroniques, on doit surveiller

TIÎFRlPElïliQUE. 55 1

attciilivement les phénomènes qui surviennent, et lorsqu'on a reconnu la tendance de la nature , la favoriser s'il est nécessaire, ou se borner h éloigner ce qui pourrait la troubler lorsqu'elle se sufiit à ellemême. /

G. Les symptômes en particulier donnent lieu à des indications qui ne doivent pas être négligées. Les symptômes ne sont , il est vrai , que rcffct de la maladie, et ils cèdent le plus souvent au traitement qu'elle réclame ; mais dans certains cas, quelques-uns d'eux deviennent assez graves j)our ajouter beaucoup au danger de l'allection primitive, ou pour donner naissance à une aflection nouvelle. C'est ainsi que, dans le typhus , il j)cut survenir une hémorrh.igic nasale assez abondante pour compromettre imniédiatemcnt rexistence du malade et appeler momentanément toute l'attention du médecin. C'est donc avec raison qu'on regarde comme une grande partie du traitement le soin de combattre les symptômes prédominans, avec la précaution toutefois de ne pas considérer un phénomène plus que la maladie, et de ne pas négliger l'objet principal pour une circonstance secondaire (i).

Les indications fournies par les symptômes sont , dans quelque^ cas, d'une plus grande importance encore pour le médecin : c'est lorsque le diagnostic Wîst obscur : le genre de la maladie n'étant pas connu, ce sont les symptômes qui dirigent principalement le médecin. « Il ne s'agit point ici (2) de

(i) FnvNK, lipùo/nr. , fonio i.

552 thérâpeuttoue.

» cette médecine sjmptomatiqite erronée qui , )) sans règle et sans lumières, combat les syiii- >) ptômes indilférens, mais de cette médecine symj) ptomatique éclairée et ferme dans sa marche , » qui tantôt remédie a des s}iiiptômes alarmans , ); et tantôt traite la maladie d'après l'ensemble des :» symptômes qui la rapprochent le pins de telle )) ou telle afTection , jusqu'à ce qu'elle se dessine >j d'une manière plus prononcée. »

H, Les indications fournies par le siège des maladies méritent aussi une attention spéciale : celles qui occupent les membres inférieurs réclament en ï^énéral le séjour continuel au lit, ou du moins la situation horizontale; celles du ventre exigent plus de sévérité dans le régime ; dans celles de la poitrine , le silence est souvent nécessaire, comme le repos de l'esprit dans celles de la tête. La même maladie pouvant occuper diverses régions, fournit quelquefois ces indications variées.

/. Il en est aussi qui ont leur source dans les complications. Tantôt alors on néglige momentanément une des maladies pour ne*s'occuper que de l'autre; mais plus tard on revient à celle-là; tantôt, et ce cas est le plus fréquent , on dirige le traitement à raison des indications simultanées que fournissent les maladies coexistantes :, ainsi dans la complication de pneumonie et de péritonite, de rhumatisme articulaire et de syphilis, on peut satisfaire à la fois aux indications que présente chacune de ces affections.

/. Les causes qui ont produit ou préparé le développement des maladies sont encore d'une grande

THl':flAPF.UTIQUK. 555

importance relativement a la thérapeutique , et le médecin devrait chercher toujours à les connaître, lors même qu elles ne seraient pas utiles au diagnostic. Les causes spécifiques fournissent des indications très-rationnelles. Un homme est-il frappé d'asphyxie dans une atmosphère chars^ée de vapeurs nuisibles, la première indication est de f en retirer. Un corps étranger est-il resté dans une plaie, il faut l'en extraire. Un poison a-t-il été porté dans festomac il faut, s'il s'y trouve encore , provoquer le vomissement, ou allai hllr son action par une grande quantité de ll([uldc. Un venin ou un virus est-il déposé sur quchpie partie , il faut détruire par un agent chimique l'agent morbifique et la partie (|iii Ta vom. Dans tous ces cas, en enlevant la cause on peut espérer de détruire la maladie, suhlcitii causa, tolliiar cffcctus. Dans les maladies produites par rimaglnatlon , c'est spécialement sur le moral du malade (pi' il faut agir. Une jeune fdle ayant eu des convulsions en présence d'un grand nombre (rcnfins nourris comme elle dans rhopltal des pauvres de llarlcm , plusieurs furent atteints de convulsions semblables ; la j)lupart de ceux qui furent témoins de ces accidcns ne tardèrent point à en être atfeclés : les convulsions des uns semblaient rappeler celles des autres. Des remèdes sans nombre avaient été enqdoyés sans succès. BocrhaaK>e est appelé : Il ordonne que l'on apporte au milieu de la salle des fourneaux remplis de charbons ardens , et qu'on y fasse rougir des crochets de fer afin de percer le bras du premier ({ui aura des convulsions : elles ne reparurent plus.

552 DES SYMPTÔmÈsT

niatidii d'un viscère ,^ou dans toute antre maladie interne^ jetons seulement un coup-d'œii sur les pliënomènes qui dépendent de la sympathie spéciale ou particulière, c'est-à-dire, de celle qui établit entre tel et tel organe des rapports Cjui ne s'étendent pas aux autres i

Hunier a distribué ces pliénomènes nombreux et variés en trois séries , selon qu'ils surviennent dans des organes continus , contigus ou éloignés ;• cette division est plus simple et plus naturelle que celles qui ont été proposées depuis. A la sympathie de continuité se rattachent la douleur qui se fait sentir dans tout le trajet d'un nerf au moment où il est picjué ou contus; les convulsions générales et le tétanos par suite du déchirement de quelque lilet nerveux ^ le prurit des fosses nasales chez les personnes c[ui ont des vers dans les intestins, là douleur du gland chez les individus calculeux. Celle de contiguilé produit les vomissémens dans la péritonite, la dysuriedans le gonflement liémorrhoïdal, et le flux dysentérique , etc^ La sympathie éloignée agit tantôt sur des organes semblables ou associés aux mêmes fonctions, et tantôt sur des parties qui n'ont enîr'elles aucun rapport évident. L'inflammation d'un des reins suspend la sécrétion de l'urine dans l'autre. Dans i'amaurose complète d'un des yeux, on voit quelquefois les oscillations de l'iris se transmettre de l'œil sain à celui qui ne distingue pas la lumière , et dans l'inflammation d'un seul de ces organes, l'autre ne pouvoir pas supporter le jor.r. Ces divers phénomènes sont attribués à la similitude fie structure el de fonctions des organes dans les-

i)ES SYMPTÔMES, 555

quels on les observe. L'association des mamelles avec l'utërus , des muscles expirateurs avec les poumons, paraît, jusqu'à un certain point, rendre compte de l'affaissement ou du gonflement des mamelles dans certaines affections de la matrice , de la toux involontaire que provoque l'accumulation du înucus dans la tracliëe-artère. Quant aux exemples de sympathie éloignée: entre deux organes qui ne concourent pas aux mêmes fonctions , ils sont trèsnomLreux , et ne sauraient être expliques par les anastomoses nerveuses , ainsi que plusieurs physiologistes ont cherche à le faire pour quelques phénomènes sympathiques de cette espèce , et en particulier pour la douleur de l'épaule droite , qui ; a-t-on dit, accompagne l'inflammation du foie. La toux qu'on observe dans certaines affections de l'estomac, du foie , et même de l'utérus; le vomis- Sem.ent qui a lieu dans les maladies du cerveau, des poumons ^ des reins , de la matrice; le tremblement de la lèvre inférieure et le ptyalisme crui précèdent le vomissement, la dilatation de la pu-* pille dans les affections vermineuses , Finflammation du foie qui survient dans les plaies de tête , la douleur du genou dans la maladie de la hanche j, sont autant de phénomènes sympathiques, la plupart bien constatés, mais entièrement inexplicables.

Tels sont les principaux effets de la sympathie morbide, qui transmet, comme on Ta dit, à toute l'économie les irradiations de l'organe affecté.

§ IL Parmi les symptômes qui se montrent simultanémenl dans le cours d'une maladie quelcon-

556 TIIKH VPF.UTIorE.

iiisuflisantes pour la î>usjjeiKlre, et pourraient Taggraver l)eaucoup.

K. Il est quol([ues circonstances comnicraoratives qui n'appartiennent pas aux causes prédisposantes et ([ui fournissent aussi des indiiations particulières : telles sont certaities habitudes contractées loni:;-temps avant la maladie , et cjui n'ont pas concouru à son développement. Les Individus qui niani^rnt hcauronp, (^\\\ I)oivcnt chaque jour une grande quantité de vin et de rupu'ur s|)iritueusc ne peuvent pas rtre soumis à une diète aussi sévère que ceux qui vivent sobrement. Nous avons vu entrer a riiôjùtal de la (Jiaiiti-, au st^ptième jour d'une périj)neumoni(' , \\\\ liommr tns- robuste , adonné à Tusage des boissons i'crnuMiti'cs ; il avait pris ( hacjuc jnur ju'^fpu* là une pinte et demie de vin ; la maladit* s(! jugea JuMirrusi iu(^nt. Un homme de ti'('n(e-(jual\r ans, qui mangerait ]iar jour trois livres de pain et autant de viande, et qni ])uvait <[uin/x bouteilles de vin et quatre dVau-dc-vic , contracta la maladie véni^ricnne. AI. Ciillcricr ^ consulté par ce malade, lui pirmil de. jircndrc chaque jour pendant {a pcriodr in/Iumniafcn'rr ^ une livre et demie de pain, autant de viande, trois bouteilles de vin et une d'eau-de - vie (i). Cette méthode s'éloigne sans doute de celle qu'on suit communément; mais si l'on rétléchit que les ivrognes succombent presque sans exception aux maladies aiguës dont ils sont atteints , on sera au moins

(i) Tlicses de lEcole de Pari^^onn. iSoc) , n" 17.

Tnr.R\PEUTrQtTE/ 5f;-

podé à croire qu'une abstinence tiT>p sévère peut concourir à les aggraver (i).

II est une autre circonstance cominrniorative qui appelle également Fattention : on doit s'informer tUi mahule s'il a dcjlx éprouve une ou plusieurs fois quelque chose de semblable à ce qu'il ressent ; lui dcmanrler quels moyens ont ete employés, s'ils'ont ele les mt'm.\s dans toutes les attaques, et (piel a été leur ellct. Si le même moyen a ete constamment employé avec succès, iff.nit y recourir; si plusieurs ont ete essayes, il f,ui faire usage de celui qui a jKM Ml j.KKlmre le plus constamment un meilirui- rir, i ; SI , au contraire, tel ou t.l moyen <|ui paraîtrait indicpie par le genre de la maladie ou quelque autre circonstance a précédemment e((i nuisible , il faut s'en abstenir.

Il est généralement utile pour le mcJccin des'i'nfornier, avant i\v prescrire un remède, si le malade y a déjà eu recours (lan<; quelqu'autre affcf t ion , et de savoir quel elfel il eu a èpruuN,; , (jucUr niée favorable ou désavantageuse il y allai he. M est des pci-sonnes à (jui les ojiiaces , j)ai- exenipie, sont toujours nuisibles : il e.st iruportaiil de connaître celte particularité, afin dr ,,,• pas en prescrire; il €11 est d'autres (|ui ont une aversion décicb-e pour tel ou tel moyen : il faut, s'il est nécessaire (Vy recourir, remjiloyer sous une forme qui ne permette pas au malade de le reconnaître.

L. Lorscprune aliértioii diiie ilepuis plusit^urs jours, et <fue divers moyens ouf Ar\\ éf.- mis vn

(l) Xoufcnu J.>iirnj| Je M.,-.Jtcirje, Ioil». vn, pa-. ihi.

usage, leur iniliiencesur rintensitë des symptômes fournit des indications très-utiles ; celles-ci sont plus précieuses encore dans le cas où le genre de la maladie est inconnu , et dans ceuY où cette connaissance n'éclaire pas sur le traitement. Dans beaucoup de maladies chroniques, c'est cette circonstance qui dirige j)rincipalcment le médecin ; il agit alors, comme on ledit communément, à jia>aîiiibus et //rr/e/z///^/^^. Dans quelques maladies aiguës , où raj)préciation des forces est difllcile, reiiet des premiers remodes est très-important, comme nous l'avons vu , pour en distinguer le vrai caractère, et pour établir les indications. L'elîicacité ou Tinsullisance du soufre ou du mercure dans d'autres maladies fournit au bout d'un certain lem])s des indications nouvelles pour en* prolonger ou en suspendre l'usage , etc. Toute^ fois il ne faut pas perdre de vue que cpiclques maladies ollVent pendant plusieurs jours im accroissement constant, et que dans ce cas l'exaspération des symptômes, tant qu'elle est renfermée dans certaines limites ^ ne prouve point que les remèdes mis en usage ne fussent pas indiqués.

M. Dans le cas où une maladie règne éj)idémiquement , il est encore quelques autres circonstances qui fournissent des indications : i*'. la comparaison exacte des causes etdelaforme de l'épidémie actuelle avec celles des épidémies précédemment observées peut fournir des indications pour les premiers malades; 2"". lorsqu'on a observé un certain nombre de malades, et qu'on a suivi attentivement i'effet des remèdes employés ; ou peut en tirer des

inductions pour le traitement des autres. Toutefois , lorsque repidcmie se prolonge, il peut arriver que les indications ne soient pas semblables pendant toute sa durée, et que la méthode de traitement qui a réussi dans le principe soit insullisante ou nulsil)le vers la fm (i).

N, La tendance de la maladie vers telle ou telle terminaison aj)pelle aussi l'attention du médecin. Si elle marche vers une terminaison favorablr, il l.iiit se borner à éloigner toutes les circonstances (pii j)ourraient l'aggraver, satisfaire aux Midications secondaires (]ui peuvent exister ou survenir pendant sa durée et s'abstenir y\v luul niuèdc actif, à moins que la maladie ne se j)roloni;e ixaiiroup , et que Tart ne ])Ossèd(; quehpie mt)3en de la susj)endre ou de Tabri-ger. — Si la maladie tend à se terminer par la mort , il liuil rmj)l()yer les moyens les plus énergiques pour prév( uii;, s'il est possible, cette terminaison, mais l(»rs(prelle est inévitable, les indiiations se boriK ni à combattre les principaux svmptômes, ailn (lVI(>ii;nn le Imnc fatal. — Si le mal n'augmente pas et (pi il wv diininu(; point, comme dans la j)aralvsir, on a recours g('*néralement à ce (ju'on nomme la nu'thodc pcrlurhdlrice , qui ronsiste dans TenqihM des remèdes les plus propres \ produire une |)uihsanle diversion : toutefois, ces moyens seraient dangereux si la maladie, (jui est actuellement stationnalre, était de natme* à s'exaspérer par leur usaç;e : dans certains*

(0 liAMAZZiM . Kpidem. mulin. , ;inn. iG-ji , m Svi>r.Miv>n Of^rr , loin, n, pag. 38.

56o TIIKRAPKUTIQUE,'

scjuin lies de la mamelle , par exemple , 11 faudrait bien se garder d'employer des moyens actifs lorsque le mal est stationnaire, parce que tout changement ne peut être que nuisible. — Dans certaines maladies aiguës qui peuvent également se terminer par la mort ou par le retour à la santë , il faut employer une méthode active si les indications sont évidentes; mais il n'en est pas de même lorsqu'elles sont obscures : un traitement perturbateur ne convient pas , par exemple , dans toutes les fièvres malignes. Ces maladies, malgré le désordre apparent qui les accompagne, ne sont pas plus que les autres un état de confusion , mais bien un nouveau mode d'actions qui sont liées intimement entr'elles, et qui peuvent également conduire à une terminaison favorable ou funeste. Dans cette incertitude, fluit-il indistinctement et dans tous les cas chercher à troubler leur marche, ou se borner à remplir les indications précises qu'elles peuvent olFrir ? Nous n'hésitons pas u nous déclarer pour le dernier parti.

O. L'influence que peut exercer la maladie sur la constitution des individus et sur les affections antérieures éclaire aussi le médecin. Si la maladie dérange les fonctions des organes mêmes où elle n'a pas son siège , et en particulier les forces locomotrices et dlgestives ; si elle aggrave les affections préexistantes , on doit chercher à en suspendre le cours le plus promptement possible. Si , au contraire, après l'apparition d'une dartre ou l'invasion d'une fièvre intermittente , l'appétit devient meilleur, la digestion plus facile; si l'individuse sent

J)lus fort, si quelque malaise qu il éprouvait de-* puis long-temps vient à cesser complètem.ent , etc. , il faut respecter le cours de la maladie y éloigner tout ce qui pourrait l'interrompre , et chercher mtême à la rappeler si quelque chose la supprimait tout- à-coup. Autant elle est favorable , autant le remède serait contraire , inorbi boni y remédia niala (i). Il est donc des maladies qu'il serait dangereux de guérir, comme le prouve le recueil d'observations publié sur ce point important de la thérapeutique (2) : toutefois, leur nombre n'est pas très-grand, et l'on n'a plus besoin aujourd'hui, poiu' s'en convaincre, de lire la dissertation de IVcrlhof y de Umitandâ febris laude. Il faut même se reporter à l'époque oii cet ouvrage a été écrit pour ne pas être étonné quon ait cherché sérieusement à établir une semblable proposition.

Telles sont les principales circonstances qui fournissent les indications dans le traitement des maladies. Elles n'ont pas toutes une importance égale; mais aucune d'elles ne pourrait être négligée sans inconvénient. On voit, d'après cet aperçu, combien est erronée l'opinion de ceux qui croient qu'il existe un remède poui' chaque maladie , et combien une pratique basée sur rexpérleiice dilïère de l'empirisme ; on voit quelles miodifications doivent apporter au traitement ces indications nombreuses qui se combinent ensemble et forment

(1) VEr.LHOFF , Dissert, de Umitandâ fchris lande. Oper.

(OIU. II.

(2) Traité des Maladies qu'il est dangereux de guérir j pnr Dom. Rajrnond.

en quelque sorte de chaque maladie , sous le rapport du traitement comme sous celui des symptômes , une affection différente de toutes celles qui lui ressemblent le plus. Ce n'est pas , comme on Fa dit fort judicieusement, Yhjdropisie ou la péripneu" monie que Ton traite, mais celle de telle ou telle personne, qui diffèrent d'âge, de sexe, de tempérament, de manière de vivre, etc. (i). C'est ce grand nombre de circonstances qu'il faut comparer entre elles pour s'élever aux indications , qui rend si difficile l'art de les bien saisir.

Il est peu de cas dans lesquels une seule indication se présente : dans presque toutes les maladies, il s'en offre plusieurs. Ces indications sim.ultanées peuvent être analogues et rentrer dans une même m.éthode de traitement : telles sont les saignées générales, l'abstinence, les topiques émoUiens qui doivent être combinés dans cei^taines phlegmasies. Mais il n'en est pas toujours ainsi, et en même temps que quelques circonstances indiquent tel moyen de traitement, d'autres éloignent d'y recourir. Ces indications contraires forment ce qu'on appelle des contre-indications . C'est ainsi que dans la pleurésie adynamique on voit d'une part une inflammation qui réclame la méthode débilitante , et de l'autre un état de faiblesse qui appelle des moyens tout opposés. On ne peut se dissimuler

(i) Nec pneumoniam generatim y nec hjdropem curamus y sed pneumoniam Sempronii aiit Tullise, sexu y œtatty wctûs génère y oui temperamenio diffcrentiiim. — Sprekgel , PU' ihol. gêner, j pag. 72.

que ces cas ne soient fort einbarrassans pour le médecin : s'il combat l'inflammation, il augmente la débilite; s'il emploie les toniques, il exaspère les phénomènes inflammatoires. C'est surtout alors qu'il a besoin d'un tact exercé pour apprécier exactement la valeur relative des indications opposées , et satisfaire aux plus urgentes , avec la mesure convenable et en se renfermant dans de telles limites, que les moyens qu'il emploie soient favorables à l'une des indications fsans être nuisibles à l'autre , ou du moins que les inconvéniens qu'ils peuvent offrir sous un rapport soient compensés de l'autre par des avantages beaucoup plus

grands.

Ce n'est pas seulement lorsque la maladie présente des indications opposées que le médecin peut être embarrassé sur ce qu'il doit faire. Il arrive quelquefois aussi qu'une maladie aiguë ou chronique se montre avec des symptômes plus ou moins sérieux sans offrir aucune indication précise. Faut-il alors tenter des moyens actifs^ obéir à une sorte d'instinct qui porte à soupçonner telle ou telle indication dont on ne se rend pas bien compte ? Quelques médecins très-recommandablcs agissent ainsi, mais nous avouerons que nous n'oserions ni le faire ni le conseiller. C'est frapper en aveu^e que de médicamenter sans des indications évidentes. On ne doit pas craindre d'imiter dans ces circonstances la réserve judicieuse de Sjdejiham et de Morgcii^ni y tandis qu'on se repentirait souvent d'une conduite opposée, (f Je ne crois pas, dit le » premier; devoir rougir en avouant quC; dans la

)) cure des fièrres, je me suis plusieurs fois félicité » de n'avoir point agi quand je ne voyais rien pa- » raître qui m'indiquât ce qu'il y avait à faire : » pendant que je suivais ainsi d'un œil attentif la » marche de la maladie , pour l'attaquer au mo- )) ment favorable , ou la fièvre se passait d'elle- ;> même, ou elle prenait une forme qui me faisait » connaître avec quelles armes je devais la com- » battre (i)- » « Dans les maladies chroniques 3) dont la nature est douteuse , dit Morgagni ^ on ne » doit point agir avec témérité , mais se borner à » l'emploi de ces remèdes dont l'habitude a con- )) sacré l'usage , et qui , incapables de nuire , ap- ;) portent en général quelque soulagement (2). » Être utile n'est que la seconde règle de la thérapeutique ; la première est de ne pas nuire.

Toutefois , nous ne prétendons pas que dans les maladies aiguës ou chroniques , dans lesquelles les indications sont obscures, le médecin doive constamment s'abstenir de toute espèce de moyen actif; mais nous pensons qu'il ne doit les employer qu'avec la plus grande circonspection. C'est ainsi

(i) Neque piiclet Jateri j, me non seintl in curandisfthrl' bus y uhl nondum constaret quid milii agendum esset^ niliil prorsàs agendo et niihiet œgro consuluissc optùnc ; diim enini morbo invigilarem y qub eum opportuniiis confodere valereni ^ Jebris vel sponte sua sensiin evanuit, vel in eum se tjpuvt redegit y ut jàni mihi innotesceret quihus armis esset debellanda. (Sydenham, lom. i, pag. i58.)

(2) Temere nihil audendwn ^ sed iis qu(^ levarninis aliquid afferre hactenùs consuescunt j, innoxiis remediis uiendum. "^ De Sed, et Caus, morb.^ LXIV , 5.

THÉRÀPEUÎIQUE. 565

qu'il essaie avec prinlence le quinquina dans certaines maladies qui se rapproclicnt des lièvres intermittentes , et qu il tente l'emploi des mercuriaux dans quelques affections auxquelles il soupçonne une origine syphilitique. Ces moyens deviennent, comme on dit, la j)ierre de touche du médecin.

Il s'est trouve de tout temps quelques médecins qui se sont fait remarquer , soit par une prédilection dangereuse, soit par une antipathie presque aussi bhimaldc j)Our telle ou telle espèce d'iiulication. Ceux-ci voyaient, par exemple , dans toutes les maladies, l'indication de la saignée ou du vomissement ; ceux-là purgeaient régulièrement et sans exception, soit pcMidant le cours, soit a la suite de toute espèce d'affection , ou prescrivaient indistinctement le quinquina. D'aulrcs, cntiaînés dans un extrême opposé, prétendaient que ces indications n'exlslainil jamais , ri que la saignée, le quinquina , les purgatifs , étaient constamment nuisibles. Nous ne chi;rclierons pas à démontrer combien ces opinions sont erronées et dangereuses; il suffit de les oj^poser ainsi les unes aux autres ])Ourqu'ellesse détruisent récij)roquement. Il n'est j)oint de remède qui soit toujours utile, il n'en est point qui soit nuisible dans tous les cas ; la chose est si évidente que nous n'en aurions pas même ])arlé, si des noms célèbres ne se rattachaient à ces funestes erreurs.

Le médecin n'a pas seulement en vue de combattre la maladie, il doit chercher à préserver ceux fpi'elle menace, à hâter le rétablissement de ceux

qu'elle a atteints : il est ainsi des indicatians prophylactiques (i) ou préservatif es y il en est pour la convalescence et les phénomènes consé-* cutifs.

Les indications pre'servatives se pre'sentent dans plusieurs circonstances : i°. les personnes issues de parens atteints d'une affection qui se transmet par liërëditë doivent être l'objet de soins propres à modifier et à combattre cette flicheuse prëdispo- \sition. 2^. Lorsqu'un individu éprouve les signes avant-coureurs d'une maladie déterminée^ ces signes fournissent également une indication prophylactique a laquelle il est quelquefois très- urgent de satisfaire, dans l'apoplexie imminente, par exemple. 5°. Celui qui a été une ou plusieurs fois atteint d'une affection qui récidive fréquemment, comme le rhumatisme , la goutte , etc. , doit faire usage des moyens propres a en prévenir le retour. 4°« S'il règne une maladie épidémique, il se présente aussi des indications prophylactiques variées selon la forme de la maladie régnante, ses causes, etc. : elles reposent, dans tous ces cas, sur les mêmes bases que celles qui se présentent chez l'homme malade. 5°. Quand une maladie contagieuse paraît dans un lieu, il est une indication particulière pour en préserver les personnes qui l'habitent : c'est de leur défendre toute espèce de commun ica^ tion directe ou indirecte avec les malades : c'est de cette manière que l'hospice des Orphelins de Mos-

(i) npo'^uXàcxaw , je prévieus ; de ^uXâcraw ; je gardcj et de ffpci , avanto '

THERAPEUTIQUE. 56j

COU fut préservé (i) de la peste qui ravagea cette ville , et que les Hottentots se mirent à l'abri de la variole importée au Cap de Bonne-Espérance par un navire européen ; c'est de cette manière enfin que , dans beaucoup de maladies pestilentielles , quelques villes, quelques quartiers, quelques maisons ont été préservés des maladies contagieuses. Il est aussi, dans ces cas, des indications particulières pour les personnes qui, par leur profession ou parleurs devoirs, sont obligées de visiter les malades ou de rester auprès d'eux. 6°. Lorsqu'une maladie règne ou reparaît cndémiquement dans quelque lieu , elle fournit des indications d'un autre genre. Si le voisinage d'un marais détermine, tous les automnes , l'apparition de lièvres intermittentes , il faut, pour les prévenir, dessécher le marais ou donner à l'eau stagnante qu'il contient mi écoulement continuel. Une rivière portait dans toute une province , avec ses eaux fétides et corrompues, des maladies meurtrières : Empédoclcs , en joignant à ses eaux celles de deux autres rivières, augmenta la rapidité de son cours: ces maladies ne reparurent plus.

Les indications dans la convalescence sont, en grande partie , les mêmes que pendant la maladie qui l'a précédée : les moyens qui convenaient pour la combattre sont généralement utiles lorsqu'elle a cessé: seulement ils doivent être employés avec la réserve convenable, surtout quand ils sont débilitans : clans la supposition contraire, ils auraient

(i) Mertens , loin, i , png. 2o3. — Méad , Opcra j y. .'>o().

568 THERAPEUTIQUE,

peu d'incoiiTénieiis. Long-temps on a cru voir cliezi tous les convalescens l'indication commune des re^ mèdes purgatifs : si cette méthode dangereuse n'a plus guère de partisans aujourd'hui, peut-être ne s'est-on pas entièrement garanti de l'excès opposé. Le médecin sage n'adopte aucune de ces règles exclusives; il satisfait à l'indication de purger quand elle se présente, il s'y refuse lorsqu'elle n'existe pas (i).

Quant aux indications fournies par les phéno-r mènes consécutifs, elles varient à raison de la maladie qui a précédé et de ces phénomènes eux-^ mêmes; elles ne peuvent donner lieu à aucune considération générale.

Après avoir exposé les principales sources des indications, nous allons jeter un coup-d'œil su|^ les moyens d'y satisfaire.

ARTICLE IL Des Moyens thérapeutiques.

On comprend sous la dénomination générale de moyens thérapeutiques tout ce qui peut être em-^ ployé par le médecin pour rétablir la santé des malades. L'air, l'habitation, le régime, l'absti-

(î) ce Nec reconvalescens omnis aut iam sollicite ^ auttam » parch nutriendus y aut aho purgandus y aut demùm ro- 3) borandus y sed sua cuivis morho ^ suhjecto y œtati y etc. Re- 3) convalescentia est y quœ diœtam sibi propriam et medica- ?> menia interna , externa y aut 'varia aut nulla sibi expos-. » cit. » Frank ^ Epitome ^ i; 35,

thérapeutique; 569

nence, l'exercice, la dissipation, etc., sont des moyens thérapeutiques aussi-bien que les remèdes proprement dits.

D'après cet aperçu , il est facile de voir que leur nombre est infini. Tous les corps de la nature , toutes les combinaisons de l'art, tous les actes même de la vie deviennent autant de moyens propres à remplir les indications. Nous ne devons pas ici les exposer en détail , mais seulement les présenter en masse, et relativement à ce qu'ils offrent de commun. Nous les distinguerons, à cet effet, en deux classes : dans la première, nous placerons les moyens thérapeutiques proprement dits , et dans la seconde, les moyens généraux ouhj^ i^iéniques,

SECTION PREMIÈBE.

Des 3Ioj'c?is thérapeutiques proprement dlts^

Les moyens tjiérapcutiques proprement dits sont ceux qui concourent d'une manière active et évidente à la guérison des maladies : on les a divisés en externes ou chirurgicaux , et en médicinaux ou internes.

§ V\ Les moyens chirurgicaux ou externes ont été réunis en plusieurs séries : dans la première,' on a placé ceux qui agissent y^bv sjnthèse (i), c'està-dire , en réunissant des parties divisées , ou eii ramenant à leur situation première celles qui ont été déplacées : tels sont les bandages unissans et

(1) 0£w ^ Tt9>îfjtt, place 3 crv^ avec.

SjO THÉBAPEUTÎQUE.

les emplâtres agglutinatifs dans les plaies ; les attelles dans les fractures , le taxis dans les hernies, etc. Dans la seconde, diérèse (i) , on a rassemblé toutes les opérations qui consistent a diviser, à l'aide de la main, du fer ou des caustiques, les parties continues : toutes les incisions , depuis la simple piqûre de la veine jusqu'à la gastrotomie, appartiennent à la diérèse. Dans la troisième série {exérèse) (2), on a réuni tous les procédés qu'on emploie pour extraire les corps étrangers ou les substances nuisibles ; l'extraction du calcul vésical, la cautérisation des parties qui ont reçu un virus ou îin venin , appartiennent à cette série. La quatrième enfin {prothèse) (5) comprend tous les moyens mécaniques destinés à suppléer aux parties qui mianquent ou qui sont mal conformées. Cette division des procédés chirurgicaux n'est pas plus exempte d'imperfections que celle des moyens internes. La même opération nécessite quelquefois le concours de moyens qui appartiennent à ces quatre séries , et souvent les opérations les plus simples exigent l'emploi de plusieurs (4) : dans l'opération de la hernie étranglée, il faut diviser, réduire, ajouter un bandage pour suppléer à la faiblesse des parois abdominales , et quelquefois retrancher une partie de l'épiploon ou de l'intestin gangrené.

(i) Atatplwjje divise.

(a) È|, dehors 3 atpw, je relire.

(3) Qico , TÎÔ/îfxt , je raels^ ^rpô, à la place.

(4) Traité des Maladies chirurgicales et dés Opérations qui leur contiennent ; 'ptiT M. le baron Boyer. Paris ; i8i4-i^'i6.

THÉRAPEUTIQUE. 67 t

§ II. Il est bien plus difficile encore de classer méthodiquement les moyens qui sont du ressort de la pathologie interne. De toutes les divisions qui ont été proposées jusqu'à ce jour , aucune n'a généralement réuni les suffrages. L'ancienne division des remèdes en évacuans et en altérans est entièrement abandonnée aujourd'hui , et celles qu'on lui a substituées ne sont pas , à beaucoup près, satisfaisantes.

C'est uniquement d'après leur action sur l'économie que les remèdes peuvent être classés : or, cette action étant presque toujours complexe, souvent variable , quelquefois toute opposée selon les maladies et les individus, on sent combien il est difficile de les distribuer régulièrement : on est, d'après cela , oblige' de classer les remèdes plutôt encore d'après le but dans lequel on les emploie que d'après l'effet qu'ils produisent. Or , les principaux points qu'on se propose dans l'administration des remèdes sont d'augmenter ou de diminuer les évaouations, d'affaiblir ou de fortifier, de calmer ou de stimuler , et de combaltie directement une maladie par un moyen qui possède une action spéciale pour en suspendre la marche : on pourrait ainsi rapporter presque tous les médlcamens à sept classes principales , savoir : les évacuans et les as^ iringC7is ^ les dchllitans elles toniques , les caïmans et les stimulans , et enfui les spccijiqaes. Nous sommes les premiers à sentir les défauts de cette division; mais nous pensons qu'ils se retrouvent dans toutes les autres, qui ont encore rinconvénicnt d'être beaucoup plus com])llquécs. Nous savons que

Sj2 THliRAfEUTIQUEr

les ëvacuaiis ne produisent pas toujours d^ëvaCUations, et que les astrlngens les augmentent quelquefois , que tel moyen qu'on rapporte aux débilitans peut dans quelques circonstances augmenter les forces; nous n'ignorons pas que les caïmans et l'opium en particulier ont quelquefois produit tine stimulation véritable^ et , qu'à proprement parler, il n'y a point de spécifiques; mais si, comme on l'a très-sagement remarqué , l'absolu ne se trouve que dans l'imagination des hommes , s'il n'existe nulle part dans les actes de la nature , on ne peut pas l'exiger dans l'objet qui nous occupe (i), et des exceptions même nombreuses n'empêcheront pas qu'on ne doive, en thèse générale , considérer letartrate antimonié de potasse comme vomitif , la saignée comme débilitante , l'opium comme calmant, l'ammoniaque comme stimulante , le quinquina et le mercure comme des spécifiques (2) dans

(i) La plupart des remèdes ayant une action complexe , peuvent élrC; par cela même, rapportés à plusieurs classes. Les purgatifs sont de'bilitans et évacuans ; le quinquina est tonique et fébrifuge 5 parmi les diurétiques, les uns sont excilans ^ les autres ne le sont pas , etc. Cet inconvénient est inhérent à l'objet même } il se retrouve dans toutes les classifications.

(2) Le nombre des remèdes spécifiques est fort petit : le mercure, le quinquina et le soufre sont les seuls qui méritent cette dénomination ; on peut y joindre. la vaccine, dont Teffet est seulement préservatif. Il ne peut y avoir de remèdes spécifiques que contre les maladies qui sont produites exclusivement par une cause spécifique : la syphilis, la gale, la variole , les fièvres intermittentes sont jusqu'ici les seules affections contre lesquelles on connaisse des spécifi-

THl^RAi^EUTIQtJE. 67 S

le traitement des fièvres intermittentes et des maladies vénériennes.

Il est gënéralementtrès-difficile,mêmeàriiomme le plus exempt de prévention; d'apprécier avec justesse l'influence des médicamens internes sur les maladies : c'est tantôt l'irrégularité de leur marche qui induit en erreur et fait attribuer aux moyens employés des changemens qui en sont tout-à-fait indépendans , comme on l'a spécialement observé dans les affections rhumatismales et nerveuses dont la durée est toujours incertaine; tantôt , comme on l'a remarqué dans le déclin des épidémies de fièvres jaiuies, c'est une diminution progressive et spontanée de la maladie , qui en impose aux médecins; d'autres fois, c'est par une erreur de diagnostic qu'on a accordé h des remèdes une vertu qu'ils n'avaient pas : c'est ainsi qu'on peut expliquer comment le calcul vésical et la phthisie pulmonaire confirmée ont eu un si grand nombre de remèdes spécifiques (i).

Il est d'autres circonstances oii l'action des remèdes est bien évidente ; on ne saurait la nier dans le traitement de certaines affections qui persistent

ques : on peut regarder comme certain que si l'on de'couvre un jour de nouveaux spécifiques, ce sera dans des affections également dues à des causes uniques , telles que la rage , la scarlatine, la rougeole. LY'pilepsie, au contraire, qui dépend de causes variées, ne saurait en avoir.

(i) On en compte plus de trois cents pour chacune de ces fhatadies : c'est une chose fort remarquable que les affections qu'aucun remède ne guérit soient précisément celles qui ont eu le plus grand nombre de spécifiques.

574 TIIERAPEUTIQITK.

OU même s'aggravent continuellement lorsqu'on les abandonne aux seuls efforts de la nature, et qui cessent plus ou moins promptement par l'effet des remèdes : telle est l'action du mercure et du quinquina , dans les affections syphilitiques et dans les fièvres intermittentes.

Plus il est dillicile d'apprécier l'action des médicamens, plus il importe de ne point en employer un grand nombre simultanément. Autrefois un médecin ne pouvait guère se dispenser de charger ses prescriptions d'une multitude de remèdes dans les cas même où la maladie n'en exigeait aucun ; une potion qui n'aurait pas contenu au moins cinq espèces de substances eût été mal composée , et celui qui l'aurait écrite eût été taxé d'ignorance, ou au moins de distraction.

Le temps a fait justice de cette erreur, et la polypharmacie (i) ne compte plus que quelques prosélytes intéressés ou crédules dont le nombre diminue tous les jours. Les médecins ne sont pas les seuls qui la condamnent, et les gens dumonde eux-mêmes ont senti combien sont vaines et ridicules ces combinaisons monstrueuses de drogues de toute espèce, presque aussi dangereuses pour les malades que nuisibles aux progrès de l'art.

Cette grande réforme opérée dans la pratique de la médecine , et à laquelle a si puissamment concouru le professeur Pinel y a déjà produit des résultats précieux , et promet à la science des

(0 Polypharmacie; de tto^uç, beaucoup j et de cpapjxaxov, remède.

THÉRAPEUTIQUE. 5j5

avantages infinis. C'est en n'employant à la fols, dans la plupart des cas, qu'un seul remède qu'on pourra parvenir à en bien apprécier les effets sur Fëconomie, et par suite, à dissiper une purtie des ténèbres qui enveloppent encore la branche la plus importante de la médecine. Toutefois , en condamnant l'emploi simultané d'un grand nombre de moyens , nous parlons seulement des moyens acïijs , car , pour les autres, on peut les combiner sans aucun inconvénient, suivant les goûts et quelquefois même suivant les caprices des malades : faire prendre simultanément ou alternativement 1 infusion de fleurs de violettes ou de miauve , de buglose ou de bouillon blanc, c'est employer, si l'on veut, plusieurs remèdes, mais ce n'est pas varier le traitement , parce que faction de chacun de ces moyens n'est pas sensiblement différente (i). 11 est aussi des cas dans lesquels il est nécessaire d'associer plusieurs remèdes actifs , les saignées et les vomitifs, par exemple, le quinquina , le vin et les vésicatoires ; mais toutes les fois que la gravité ou fopiniàtreté des maladies ne l'exige pas , il faut ne faire usage que d'un seul médicament à la fois.

Les indications n'étant pas les mêmes pen-

(i) On ne Joit pas confondre , comme Ta remarqué M. Baylc , le trailement avec le remcde. Le traitement n'est n'est pas Temploi de tel remcde contre telle maladie , mais la manière de combattre celte maladie en remplissant , par tel moyen qu'on ju^^e convenable^ une indication donne'e. Les remèdes peuvent varier selon les licux^ le siècle où Ton vit, la mode, et le traileinenl être toujours le même.

S'jG THERAPEUTIQUE.

daiit tout le cours d'une maladie , il est ordinal-^ rement nécessaire de changer les remèdes. Les toniques peuvent être indiques dans la dernière période d'une maladie au début de laquelle la saignée a été nécessaire ; mais ces changemens ne doivent pas être brusques , et ce n'est jamais , ou presque jamais d'un jour à l'autre que des remèdes opposés peuvent être indiqués. Ainsi , dans une fièvre grave qui survient chez un jeune homme , les symptômes inflammatoires qui ont lieu au début exigent les moyens débilitans pendant les premiers jours ; ensuite la faiblesse qui commence à se m.ontrer nécessite l'addition de quelque remède légièrement tonique qu'on administre en petite quantité et seulement au moment de la rémission ; de jour en jour on en augmente la dose, on le fait prendre à de plus courts intervalles , et lorsque les symptômes adynamiques sont complètement développés , on a recours aux moyens fortifians les pliis énergiques y qu'on emploie avec une mesure telle qu'on puisse les rendre chaque jour plus actifs jusqu'à c6 que la maladie cesse de faire des progrès. Il y a dans ce cas opposition entre les moyens mis en usage ; mais on n'en peut rien conclure contre là Tuéthode de traitement , parce que la même opposition s'est présentée dans le caractère de la maladie. Il n'en est pas de même lorsqu'on emploie tour-à-tour ou simultanément dans une afïéctibii aiguë la saignée et le quinquina, lorsqu'on abandonne plusieurs fois les toniques pour revenir aux çlébilitans , et qu'on voit ainsi d'un jour à l'autre des indications toutes contraires. Quelque variées

THÉHAPEUTIQUE, 577

que soient les formes des maladies , elles ne sauraient autoriser une semblable vacillation , qui est toujours dans le médecin une preuve non équivoque d'inexpérience dans la pratique ou d'incertitude dans l'esprit.

Le nombre des remèdes étant infini et fcelui des indications borné , il en résulte que chacune d'elles peut être remplie par plusieurs remèdes entre lesquels le médecin choisit celui qu'il préfère, et l'administre sous une forme , et à une dose qui ne sauraient être déterminées pour tous les cas , et c[ui doivent varier suivant une multitude de circonstances. La thérapeutique est moins susceptible encore à cet égard , que toutes les autres branches de la médecine, d'une précision mathématique. Lorsque la saignée est indiquée, par exemple^ il est impossil>lc que tous les médecins se ra])portent sur le nombre de fois qu'on y aura recours et sur la quantité d'onces de sang qui sera tirée. Dans telle maladie où l'un prescrira l'infusion de quinquina , un autre préférera la décoction , la poudre , ou l'extrait; celui-ci emploiera la serpentaire de Virginie dans un cas oii celui-là ordonnera l'angélique ou la cascarille ; tous néanmoins traiteront de la même manière, ils verront la même indication; il n'y aura de variété que dans la manière d'y satisfaire.

Les formes sous lesquelles on administre les médicamens sont extrêmement variées. Les mis sont employés à l'état solide, les autres à l'état de ^az ou de vapeur ^ la plupart à l'étal liquide. Un les apivIirriK" rtnchni^Tni'^ ;i la ^luTr.rr. du rorns : li"

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plus souvent , on les porte à l'intérieur ; et particulièrement dans le canal digestif, d'où ils sont transmis par l'absorption dans le reste de l'économie.

Parmi les médicamens , les uns sont administrés seuls , les autres dans un état de combinaison avec diverses substances qui tantôt augmentent ou modifient leur action , et tantôt ne font que leur servir de véhicule. La préparation et la conservation des médicamens sont l'objet d'un art particulier qu'on nomme , par ce motif , pharmacie (i).

La dose des médicamens n'offre rien de constant. Elle varie à raison de leur activité, qui n'est pas constamment uniforme dans la même espèce de ' substance, à raison de l'âge dusujet^ de sa susceptibilité , du genre de la m.aladie , de l'effet qu'on veut obtenir ; elle doit varier encore relativement au temps depuis lequel le malade en fait usage : Thabitude émousse reÛicacité des médicamens , comme des causes morbifiques, et il est nécessaire, après un certain temps, d'en augmenter les doses dans une proportion illimitée , d'en changer le mode de prépaiation , ou même de prescrire d'autres remèdes , lorsque plusieui^s peuvent remplir la même indication.

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