‹ Élémens de pathologie générale (volume 3)Chapitre 55 sur 62 · SECTION II · texte numérisé non relu

SECTION II

Des Moyens généraux ou hygiéniques.

L'hygiène (i) est cette brandie delà médecine qui a pour objet de conserver la santé et de prévenir les maladies. On désigne sous la dénomination commune de moyens hygiéniques tout ce qui est propre à remplir ce but.

Si l'hygiène s'applique exclusivement à l'homme sain , il n'en est pas de même des moyens hygiéniques; ceux-ci sont nécessaires a l'homme malade, et lui sont même plus indispensables encore qu'à celui qui est en santé : ce dernier s'en affranchit quelquefois sans avoir lieu de s\ni repentir^ l'autre ne le fait jamais impunément.

Non-seulement les secours hygiéniques sontd'une grande utilité à l'homme malade , mais ils lui sont plus utiles encore que tous les médicamens pro- ])rcment dits. On a j)u avoir des doutes sur l'elHcacité des remèdes , personne ne pourrait en avoir sur celle des moyens liygiéniques. A Taide de ces seuls secours , et sans l'emploi de médicamens , ia plupart des maladies aiguës peuvent se terminer favorablement; sans leur concours, les médicamens les mieux indiqués seraient toujours insuffisans; et ce ji'est pas ici une simple supposition , c'est une vérité <jue des faits sans nombre ont confirmée et confirment encore chaque jour. Dans les endroits oii

(1} ïyiîia; tunîc.

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il n'y a puliit Je nicdeciiis , et où par consequeiiL les malades n'emploient pas de remèdes , ou font usage, comme cela arrive plus souvent encore, de remèdes contraires , la nature, aidée des moyens hygiéniques que fournit le simple bon sens, parvient, dans la plupart des cas, à surmonter non-seulement la maladie , mais encore les remèdes qui tendent à Faggraver. Dans des circonstances opposées , où les malades ne manquent ni de médicamens ni de médecins habiles pour les administrer, mais où ils sont privés de toute espèce de secours hygiéniques , on voit non -seulement les maladies graves se terminer presque sans exception par la mort , mais encore les plus légères se convertir en des affections mortelles. I/cntasscment des malades dans des lieux trop étroits ou mal aérés, la corruption de l'air par le défaut absolu de propreté , le m.anque de linge et de vêtemens , l'exposition au froid , à la pluie , les erreurs de régime , le découragement ^ etc. , ont constamment produit cet effet toutes les fois qu'ils ont agi concurremment : nous n'en avons eu que trop d'exemples dans les hôpitaux militaires pendant les dernières campagnes. Enfin, dans un grand nombre d'affections aiguës, dans certaines varioles , dans quelques typhus réguliers ,. le médecin sage se borne souvent a l'emploi des moyens généraux , et s'abstient avec raison de toute espèce de remède actif, parce qu'aucun n'est indiqué.

Nous avons insisté précédemment sur la nécessité de ne prescrire les remèdes actifs que seuls ou du moins qu'en petit nombre à la fois, ïl eti est tout

autrement des moyens liyglëniques ; il est en quelque sorte impossible de les trop uiultiplier dans le traitement des m.aladies aiguës et chroniques.

Ces moyens , sans être les mêmes dans toutes les maladies, offrent cependant assez d'analogie dans le plusgrand nombre des affections, soit aiguës , soit chroniques, pour que nous croyons pouvoir les cxj)oser succinctement Ici , comme constituant un point très-important de thérapeutique générale.

§ Y\ Soins généraux dans les Maladies aiguës,

A. Circuinjusa, Les malades atteints d'une affection aiguë doivent être places dans une chambre Aasle, bien peixëe , de manière à remlrc facile le icnouvellement de l'air. — La tem])érature doit y être douce; on l'abaisse pendant l'ëtë en empêchant les rayons solaires d'y pëiu^lrer, ou en y faisant des aspersions d'eau froide ; on f ëlève dans les saisons froides au moyen de foyers : la température doit d ailleurs varier suivant le caractère de la maladie et suivant félat de Ja chaleur chez le malade. — Lue lumière faible convient dans les maladies .iccompagnées d'augmentation des forces ; dans celles où elles sont diminuées , au contraire, une lumière vive est préférable. — L'exposition à l'ouest et au midi est meilleure dans le premier cas; l'exposition au nord et à Test dans le second. Lorscpie l'air du lieu (pi'habite le malade est corrompu , lorsque les miasmes qui s'échappent de son corps et les matières excrétées exhalent une odeur fétide,

et surtout lorsqu'il s'en dégage des principes contagieux, on doit^ pour le malade lui-même et pour ceux qui l'entourent , avoir recours aux fumigations ^ et particulièrement à celles de chlore : elles n'ont pas seulement Favantage de dissiper la mauvaise odeur , elles neutralisent encore ou brûlent , suivant les théories modernes , tous les miasmes et les virus répandus dans l'air. Si le malade est" dans une chambre étroite , humide y ou qui lui soit commune avec beaucoup d'au- ^ très , on doit ^ malgré les inconvéniens qui semblent attachés au transport , l'en retirer pour le placer dans un lieu plus convenable. Des exemples nombreux prouvent que des individus atteints de maladies très-graves ont été retirés des hôpitaux et transportés à une grande distance , non-seulem.ent sans que la maladie ait été exaspérée , mais avec une amélioration plus m^arquée de jour en jour : les observations de Lind , en particulier^ viennent à l'appui de cette assertion.

B. Applicata, Il est de la plus haute importance de tenir les malades atteints d'affections aiguës dans îa plus grande propreté, et par conséquent de changer fréquemment leur linge. Ce principe, généralement admis aujourd'hui, a long-temps été méconnu ; et ce qu'il y a de plus remarquable dans l'ancien préjugé qui le condamnait, c'est que c'était précisément dans les fièvres éruptives et contagieuses, dans la variole en particulier, où le linge reçoit le pus des boutons , et où le besoin d'en changer se fait sentir davantage , qu'on recommandait le plus de s'en abstenir. Le changement de linge.

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pourvu qu'on ne le répète pas trop souvent sans nécessité , et qu'il ne fatigue pas le malade , n'offre aucun inconvénient : on peut même le faire pendant la sueur avec les précautions convenables (i).

Les lits des malades méritent une certaine attention. Les matelas de laine sont les plus usités ; néanmoins le crin serait préférable si la chaleur était très* élevée : jamais on ne doit permettre découcher immédiatement sur la plume. Il est souvent nécessaire de garnir le lit de substances propres à recevoir les matières excrétées ou d'une toile imperméable, et quelquefois d'y placer des coussins pour prévenir la pression du corps sur les endroits oiielle serait nuisible. Il faut varier la forme des lits suivant les affections : si les malades doivent rester constamment dans la même position, il convient que le lit offre un plan horizontal ; chez ceux qui sont atteints ou menacés d'une congestion cérébrale, il faut, au contraire, donner au lit une inclinaison telle que la tête soit beaucoup plus élevée que le reste du corps.

On doit encore ranger parmi les soins généraux qui appartiennent à la même série l'application de linges très-chauds sur tout le corps ou sur quelque partie dans le refroidissement général ou partiel, l'usage des boules d'étain remplies d'eau chaude, etc.

(i) Diverses circonstances particulières conduisent à join* dre à la chemise; qui est le seul vêlement des malades dans la plupart des affections aiguës ; la camisole on la cravate; Lorsqu'il y a du de'lirc; le gilet de force est préférable à tous ies autres liens dont on fait usage.

C. Ingesta. L'emploi des alimens et des boissoii,s est d'une grande importance dans les maladies aiguës» Il est deux ioqonvëniens également fâclieux qu'il faut éviter avec le même soin : celui de nourrir trop et celui de ne pas nourrir assez., Ramazzini s'est ëlevë avec raison contre Fun et l'autre , lorsqu'il a dit que les pauvres succombaient souvent à leurs maladies pour avoir trop mangé , et les riches par la diète trop sévère.à laquelle ils étaient soumis. Hippocrate pensait qu'il y avait moins de danger à donner un peu au-delà de ce qui est nécessaire qu'à astreindre les malades à une abstinence trop complète. On doit^ dans les maladies aiguës, chercher à tenir un juste milieu^ proscrire toute espèce d'à» lim.ens solides, permettre quelques substances légères , de digestion facile , telles que les bouillons animaux , les fruits rouges ^ les gelées végétales , dont on varie la cjuantité à raison de l'intensité des symptôm.es , du besoin des malades , de leur régim.e habituel. Dans la première période des maladies aiguës , on peut permettre quelques alimens j afin de rompre m.oins subitement les habitudes delà santé, et parce qu'à cette époque le malade peut encore les digérer plus facilement : dans la violence des symptômes , la diète doit être plus sévère, et quelquefois même l'abstinence entière ; remploi intempestif des alimens , comme Fa dit un médecin célèbre, nourrit la maladie et non le malade. Au déclin , on doit revenir par degrés à leur usage.

Dans la plupart des maladies aiguës fébriles , on îie prescrit pas d'autres boissons que celles qui sont

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ïiidiqiiëes comme îïiédicameiîs; dans celles oii Fou accorde quelques alimeiis , on peut permettre aux malades une petite quantité de yIiî ou de bière convenablement étendue d'eau.

D. Excréta. Il est de la plus haute importance que les matières excrétées dans le coiu'S d'une affection aiguë soient promptement éloignées, des malades : la sueur ^ en se refroidissant sur le corps , a -de graves inconyéniensi les urines et les matières fécales, déjà altérées par la maladie et disposées à une prompte décomposition , donnent à l'air des qualités nuisibles ; les matières vomies ont de plus l'inconvénient de provoquer par leur aspect ou leur odeur de nouveaux efforts de vomissement. Lorsque l'urine et lesmatières fécales sont excrétées involontairement , leur contact avec le corps du malade a des suites encore plus fâclieuses : dJune part elles peuvent être absorbées par la peau , de l'autre elles déterminent rapidement des excoriations aux tégumens du sacrum , et provoquent la formation d'escarrlies toujours dangereuses et souvent mortelles.

E. Acta, On conseille généralement dans les maladies aiguës le repos et le séjour presque continuel au lit : toutefois il est utile que les malades soient levés journellement, et; placés, selon le degré de force qu'ils conservent , soit sur un autre lit , soit sur un siège , où ils restent jusqu'à ce cju'ils commencent à éprouver le malaise qui leur indique le besoin de reprendre la position liorizontale. SjdenhcunyojAnit qu'on levât chaque jour les malades; il considérait ce moyen comme très-propre à prévenir et à combattre

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le délire. Nous avons vu précédemment que le mouvement passif n'était pas aussi nuisible aux fëJ3ricitans qu'on pourrait le croire , et peut-être a-t-on généralement trop négligé ce moyen dont le hasard et la nécessité ont plus d'une fois démontré les avantages.

Il est de la plus haute importance de faire changer fréquemment de position aux malades que la faiblesse empêche de se retourner eux-mêmes ; la négligence de ce précepte entraînerait presque nécessairement la formation d'escarrhes aux endroits comprimés et tous les maux qui en résultent.

Le sommeil est généralement favorable dans les maladies aiguës; il faut, en conséquence, éloigner tout ce qui pourrait le troubler en agissant vivement sur les organes des sens ou sur le m.oral du mialade ; on doit se garder de l'interrompre sans nécessité , pour faire prendre des remèdes ou dans tout autre but, à moins qu'il ne soit très-prolongé. Lorsqu'il n'a pas lieu naturellement , on peut le favoriser en levant le malade quelques instans vers le soir et en faisant son lit; et quand ces moyens ne suffisent pas , en lui prescrivant , si rien ne s'y oppose, quelque m.édicament propre à le provoquer.

F. Percepta, Les sensations , les affections morales et les fonctions intellectuelles appellent d'une manière toute spéciale l'attention du médecin. Nous avons vu dans quels cas la lumière peut être contraire ou favorable : le bruit, et en particulier les conversations de toute espèce, sont presque toujours nuisibles dans la chambre des malades : à voix basse ^

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elles lui donnent souvent de F in quiétude; à liaute Toix, elles le fatiguent. Les odeurs vives et pénétrantes sont généralement dangereuses dans les maladies inflammatoires; elles peuvent être utiles dans les affections adynamiques et dans qvielques névroses.

L'influence des passions sur la marche des maladies est tellement puissante que le médecin doit ne rien négliger pour leur imprimer une direction favorable. Dans ce but , il doit employer tous les moyens propres à obtenir et à conserver la confiance entière du malade , et prendre garde sans cesse que rien dans ses actions comme dans ses paroles ne puisse l'altérer. C'est surtout en l'écoutant avec une grande attention , en lui témoignant un intérêt particulier qu'il parviendra à ce prem^ier résultat. Quelle que soit son opinion sur la terminaison de la maladie, il devra toujours porter devant le malade un prognostic favorable ; il aura soin de l'aborder avec sécurité et de paraître toujours calme auprès de lui^ lors même que tout concourt à lui inspirer les plus grandes inquiétudes; aucune parole inconsidérée , aucun geste irréfléchi, aucun changement dans sa figure ne doivent donner au malade le moindre soupçon du danger qui le menace. Il est également indispensable de recommander aux personnes qui l'entourent de ne laisser entrevoir aucune inquiétude; et, parle même motif, on doit taire le péril à celles qui n'auraient pas la force ou l'intelligence nécessaire pour le cacher. 11 est des malades qui pressent continuellement le médecin de leur faire connaître s'ils sont en danger^

en protestant qu'ils ne craignent pas îa mort ; mais cette assertion eîie-même et plus encore l'empressement qu'ils mettent à savoir quelle sera la terminaison de leur maladie , prouvent qu'ils sont loin d'être résignes : aussi le médecin ne doit-il pas céder à leurs instances. On a vu souvent des hommes accoutumés à braver la miort dans les circonstances où ils pouvaient périr avec gloire, n'avoir pas assez de force pour soutenir l'idée du péril qui les menaçait dans le cours d'une maladie , et moins encore pour entendre l'arrêt d'une mort inévitable. Une véritable philosophie ou une confiance entière dans les dogmes religieux , peuvent donner à quelques hommes la fermeté nécessaire pour apprendre avec calme que le terme de leur vie est proche ; mais Ces exceptions peu nombreuses ne détruisent pas la règle générale : la crainte delà mort ajoute toujours à la gravité d'une maladie sérieuse; et le médecin qui laisse soupçonner le danger diminue les chances de succès. Quant à celui qui ferait connaître à un malade que l'affection dont il est atteint est nécessairement mortelle , il aurait à se reprocher d'avoir abrégé des jours qu'il devait prolonger y et répandu l'amertume et le désespoir là où son devoir l^obligeait à porter la consolation et l'espérance.

Toute contention de l'esprit est nuisible dans le cours des affections aiguës : [on devrait , en conséquence, si cela était nécessaire, défendre aux malades de s'y livrer ; mais le plus souvent ils n'en ont ni le désir ni le pouvoir , et il suffit pour remplir cette indication de recommander aux personnes

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qui les approchent de ne point avoir avec eux de conversations suivies.

§ IL Soins généraux dans les maladies chroniques .

Les moyens hygiéniques sont également ici d'une utilité incontestable. Le changement d'habitation , les voyages sur terre et sur mer -, les frictions, les bains froids et chauds , la forme et le tissu des vête» mens, un choix particulier dans les alimens et les boissons, dont la quantité doit être fixée ^ non d'une manière absolue , m.ais relativement à celle dont le malade faisait usage dans l'état de santé ; l'exercice actif et passif, la marche , la course, l'équitation ^ les distractions de toute espèce , tels sont les principaux moyens hygiéniques dont on recommande l'usage, avec des modifications particulières, dans le cours des maladies chroniques.

Nous avons jeté d'abord un coup-d'œil sur les bases de la thérapeutique ; nous avons ensuite parlé des indications et des moyens de les remplir. Nous avons vu que les indications étaient souvent obscures , et que dans quelques cas néanmoins il pouvait devenir nécessaire de ne point rester inactif, surtout lorsque la maladie fait de jour en jour des progrès. Dans ces circonstances difficiles , le m.édecin doit, après avoir recueilli et comparé toutes les circonstances propres à l'éclairer , traiter ses r/ialades comme il voudrait c[u'on le traitât lui-même s'il était atteint de semblables affections. Sjdenham aimait à se rendre ce témoignage, qui le soutenait

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dans Texercice aussi pénible qu honorable de sa profession : « jT^grorum nemo à me alias trac-' ;) tatus est y quàin egomemet tractari cuperem , y) si mihi ex iisdem morhis œgrotare continge— » retÇi^ »

(^i) Sydenham^ Opéra ^ lom. i; pag, 77.

ÎIÀTURE DES MALADIES. SqI

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