‹ Élémens de pathologie générale (volume 3)Chapitre 56 sur 62 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

De la Nature ou de V Essence des maladies.

JM ous avons passé en revue les principaux points de pathologie , en laissant de côté tout ce qu'elle présente d'hypothétique , et en nous bornant exclusivement à ce qu'il y a de positif, nous dirons presque de matériel , dans les maladies; il nous reste à parler de leur nature intime ou de leur essence.

Les médecins de tous les temps ont fait de grands eiï'orts pour parvenir à connaître la nature intime des maladies : quelques-uns ont suivi dans ces tentatives épineuses une marche assez m.éthodique , en procédant du connu à l'inconnu. Ils pensaient qu'en considérant avec attention : i°. les causes qui préparent la maladie ; :2°. les phénomènes qui la signalent , 5°. les circonstances qui influent sur sa marche , 4°* l'altération organique qu'elle détermine , ils pourraient connaître le mode d'action intermédiaire aux effets et aux causes. Mais parmi les hommes qui se sont lancés dans ces recherches sans fin, tous n'ont pas à beaucoup près suivi la m.ême vole. Au lieu de déduire leurs opinions des faits observés, plusieurs n'ont pas craint de faire plier les faits devant leurs hypothèses , et de bouleverser la thérapeutique pour la soum.ettre à leurs théories : ils étaient doublement nuisibles pour leurs

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prosélytes , en les éloignant du sentier de robser-= vation , et en leur enseignant des méthodes de traitement erronées et dangereuses. Toutefois, il s'est trouvé en même temps des liommes doués d'un jugement solide^ d'une sagacité profonde, qui n'ont pas seulement donné à leurs travaux sur la nature des maladies une direction plus régulière , mais qui ont eux-mêmes apprécié la valeur de leurs propres conjectures : ils semblent n'avoir fait autre chose en les proposant que de payer au goût de leurs contemporains un tribut nécessaire , et sans lequel peut - être leurs ouvrages n'eussent point été accueillis. C'est ainsi.c[ue, par un retour sur lui-mênie , Sydenham. reconnaît l'insuffisance de sa théorie , en ajoutant cpïh l'égard de la pratique ^ il n'a rien avancé que de vrai , rien proposé dont il n'ait constaté les avantages. « J'ai dirigé tonsmes efforts, » ajoute-t-il plus loin , pour éclairer le traitement » des maladies, bien persuadé que celui qui donnerait j) le moyen de guérir la plus légère affection méj) riterait bien m.ieux de ses semblables €[ue celui » qui se ferait remarquer par l'éclat de ses rai-= 31 sonnem.ens , et par ces pompeuses subtilités qui » ne servent pas plus aum.édecin, dans la cure des » maladies , cpie la musique à un architecte dans » la construction d'un édifice. » (i)

Ce serait avoir une idée inexacte de la maladie que de penser qu'elle consiste dans les phénomènes qui décèlent sa présence. Ces phénomènes sont liés à une lésion intime des fonctions et par conséquent

(0 S\i>E^um ^ Opéra omrtia /tom. r, pag. 77,

ÎVÂTURE DES maladies; SqS

des organes. H y a plus, l'essence des maladies est distincte de la lésion organique qu'on reconnaît à l'examen du cadavre , à moins que celle-ci ne soit l'effet d'un agent physique ou chimique. Entre riiépatisation du poumon , par exemple , et les causes qui la provoquent , il se passe quelque chose qui nous échappe; il en est de même de toutes les lésions qu'on rencontre à l'ouverture des corps : loin d'être la cause première de tous les phénomènes qu'on a observés , elles sont elles-mêmes l'effet d'uu trouble particulier dans l'action intime des organes : or, cette action intime se soustrait à tous nos moyens, d'investigation.

Des recherches entreprises sur un objet dont la connaissance ne pouvait être acquise ont conduit et devaient conduire à des résultats bien différons : il ne faut pas être étonné de la diversité des hy-^ pothèses proposées sur la nature intime des maladies ; il serait au contraire fort surprenant qu'elles se fussent rapprochées . Parmi ces hypothèses, les unes ont surtout été fondées sur les altérations des humeurs , les autres sur celles des parties solides ^ en sorte qu'elles peuvent être rapportées à deux grandes divisions , l'humorisme et le solidisme , à chacune desquelles se rattachent presque autant d'opinions variées qu'il y a eu de sectateurs de l'une et de l'autre.

Les humoristes y qui faisaient consister V essence

de la maladie dans les altérations des liquides ,

•avaient donné à la plupart des affections àG^noms

conformes à leur théorie. Au lieu de dire d'une

maladie qu'eilç affectait le foie, ou les organes de

îfATUSE DES MALADIES.

la circulation sanguine ou lymphatique , ils disaieiîi

qu'elle avait son siège dans le sang , la bile ou la lymphe. Les causes miorbifiques agissaient toutes sur les liquides; les alimens, élaborés par l'estomac et convertis en chyle, modifiaient; les qualités du sang ; les poisons , les virus , agissaient de la même manière. Dans l'exposition des symptômes , leur langage était encore tout humoral ; la couleur et la consistance du sang, du mucus, des matières alvines , de l'urine , du pus , attiraient surtout leur attention : ils parlaient à peine des autres symptômes , ou les rattachaient , au moyen de noms collectifs , à leur nomenclature favorite. C'était d'après Faltération des hunieurs qu'ils expliauaient la liaison des symptômes et leur succession. Us désignaient sous le nom. de crudité ^ d,e eoctioUy à' évacuation y les trois principales périodes des maladies , à raison de l'état de la m.atière morbijîque. Dans la première période , cette matière , douée de toute sa puissance délétère , n'ayant yjas subi d'altération de la part des organes, avait encore toute sa crudité ; dans la seconde , où la coction s'opérait ; la nature prenait par degrés le dessus, et enfin dans la troisième, le principe m^atériel rendu mobile était évacué par les urines , les sueurs, les matières fécales ou par quelqu'^autre voie , et l'équilibre se rétablissait. Lorsqu'aucun phénomène lie se manifestait , ils jugeaient que la matière iiîorbifique , après une élaboration convenable , avait été assimilée aux humeurs naturelles, et que dès-lors elle avait cessé d'être nuisible; la coction pouvait être pai^faite ou imparfaite, et la transfor-^

mation d'une maladie dans une autre s'expliquait facilement au moyen du transport ou de V émigration de l'humeur morbiilque. C'était surtout d'après l'inspection des liquides évacués qu'ils portaient un jugement sur la term^inaison et la durée des maladies; l'urine en particulier^ comme nous l'avons vu, leur fournissait k cet égard des signes auxquels ils attachaient beaucoup d'importance. L'om^ertiire des corps les confirmait dans leur opinion : dans la rougeur et le gonflement des parti s enflammées, ils voyaient l'accumulation du sang ; dans les hy~ dropisies^ la dissolution de ce liquide : la dégénérescence tuberculeuse n'était que l'épaississem^ent de la lymphe , et la plupart des autres altérations organiques, des obstructions produites par la consistance ou la coagulation des liquides. Les indications thérapeutiques étaient en harmonie avec les autres points de la doctrine humorale. On saignait pour renouveler le sang, diminuer sa viscosité ou enlever une portion de la matière moi^bifique qui lui était mêlée; on purgeait , on faisait suer , on provoquait le cours de l'urine dans un but analogue ; en un mot, toutes les indications consistaient a changer la quantité ou la qualité des liquides, ou à déterminer leur afflux vers tel ou tel oigane.

Les solidistes considèrent les mên^ies objets sous un point de vue tout opposé : selon eux , les liquides ne jouent qu'un rôle passif dans les phérïOinènes de la vie; prrv^ des forces vitales , de sensibilité etdecontractillté, ils sont entièrement subordonnés à l'action des organes sensibles et contractiles qui les contiennent. La maladie, par conséquent, réside

BqQ ]N^ATURE DES MALADIES,

essentiellement dans les solides , qui seuls peuvent recevoir l'impression des causes morbifiques , et aui seuls fournissent des sjmptômes importans. La sj^mpathie, qui a pour organe le système nerveux, explique d'une manière satisfaisante la connexion des symptômes et le trouble général qui accompagne Faffection de telle ou telle partie. Les -métastases ^ les crises , sont , selon eux , plus favorables à leur système qu'à celui des humoristes. «En effet, l'écoulement d'une petite quantité de sang, d'urine, de matières fécales, de sueur, est insuffisant pour expliquer le passage de la m.aladie à la santé, d'autant que la présence de ces liquides dans l'économie est incapable de déranger la régularité des fonctions ; il y a ici transport &ac^ tion (i) ou à' irritation (2) , et non pas de liquide; il est beaucoup plus facile à la nature , ajoutent-ils , de transporter l'une que l'autre. Les organes , dans l'état de maladie , conservent ou acquièrent entre eux des rapports en vertu desquels ils «e transmettent leurs impressions ; Firritation c[ui occupe depuis plusieurs jours un organe peut ainsi se porter sur un autre : le premier reprend ses fonctions , €t si l'affection transmise au second est légère , la santé se rétablit; si elle est sérieuse , elle forme une métastase. La preuve la plus convaincante qu'il y a seulement transport d'irritation , c'est qu'on voit des niTO^tases et des crises qui consistent seulement *• dans le transport de la douleur ou de quelqu'autre

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(f) $pnEKGEL; Pathol. génér.

(2) Mâî^aisdeX:, Thcse ^ur les Irritations,

KiTURE DES MALADIES/ 5gj

pîiënomène nerveux , sans exiialation d'aucun liquide , comme on le voit dans les névroses et les affections rhumatismales. Enfin, dans les cas où ii y a afflux de liquide vers un organe , on observe dans les qualités de ce liquide la plus grande varie'lë ; la seule chose constante est une irritation qui le précède et qui est caractérisée par le prurit ^ la douleur , la chaleur, le gonflement, la rougeur ou quelqu'autre changement analogue dans ly)artie où doit s'opérer la crise ou la métastase. )) ^uant aux signes diagnostiques et prognostiques offerts par les liquides , ils n'ont jamais cju'une importance secondaire, et les résultats de l'ouverture des corps ^ qui montrent d'une manière si évidente les altérations des solides , prouvent combien était peu fondée la pathologie humorale. Enfin , les indications les plus précises naissent des changemens survenus dans l'habitude extérieure, les mouvemens, la chaleur, dans les organes digestifs, respiratoires, et dans ceux de la circulation ; tous ces sjmptômes sont évidemment fournis par les solides , auxquels ces fonctions sont départies»

Tels sont les principaux points de la doctrine des humoristes et des solidistes : nous avons voulu en présenter l'ensemble^ sans y mêler aucune réflexion,

L'humorisme exclusif a été si fortement attaqué dans ces derniers temps, et si généralement abantlonné, qu'il serait superflu de chercher à en combattre les principes. 11 en est tout autrement du solidisme , cpii compte aujourd'hui un très-grancl nombre de sectateurs, et vers lequel inclinent, au moins d'mie manière très-prononcée , beaucoup

SgS NATURE DES MALADIES.

de médecins qui ne l'adoptent pas ouvertement..

Une des causes cjui ont fait rejeter entièrem^ent î'humorisme, c'est que la plupart des fauteurs de ce système ne se sont pas contentes d'admettre des altérations dans les liumieurs , mais qu'ils ont youIu encore les spécifier et les assimiler à celles qu'éprouveraient les mêmes liquides dans des vases inertes : lis ont vu la putréfaction et les diverses espèces de fermentation là où certainement elles ne sauraient avoiir^lieu. Mais de ce qu'il n'y a ni fermentation ni putréfaction dans les liquides de l'économie y s' ensuit-il qu'il ne puisse y avoir d'autres altérations? aucun liomme raisonnable n'admettra une sem- Llable conséquence.

Rien ne dém.ontre jusqu'ici que Igs liquides vi- "vans soient à l'abri de toute altération dans leur nature , et beaucoup de circonstances portent à croire qu'ils ne le sont pas : i"^. l'analogie conduit à penser que si les solides offrent des cliangemens clans leur organisation , les li(|uides doivent éprouver quelque chose de semblable ; 2°. l'observation des malades nous montre dans les fluides excrétés des altérations aussi notables, et quelquefois même plus évidentes que celles des solides : dans le scorbut, par exemple, en même temps que les gencives se boursoufflent, que les fibres musculaires deviennent ilascpies et perdent en quelque sorte Ja faculté de se contracter, on voit survenir des altérations au moins aussi remarquables dans les liquides, et surtout dans le sang, qui s'échappe tantôt par un point, tantôt par plusieurs, avec des caractères physiques fort diUérens de ceux qui lui sont

5ÎATURE DES MALADIES. OQg

propres dans l'ëtat sain ; 5°. l'ouverture des cadavres confirme encore ce qui vient d'être dit : elle montre des altérations ou des congestions notables de plusieurs liquides , avec ou sans lésion dans les solides : telle est la concrétion de la bile dans le conduit hépatique et ses raniuscules , la formation de calculs dans la vessie, l'accumulation de sérosité dans les grandes cavités , sans lésion appréciable des membranes et des parties C[u' elles enveloppent. /{. Enfin , les expériences chimiques , bien qu'elles soient souvent insuffisantes pour apprécier les qualités des corps organisés (i) , démontrent , suivant MM. Parmentier et Dejeux , des changemens sensibles dans l'albumine du sang , qui , chez rhom.me malade^ (m'a plus la consistance et » la continuité qui lui sont propres dans l'état de j) santé. ^) Des recherches p découvrir la présence de la b ictériques , et une altération s ture de l'urine chez les individus atteints du diabètes : ce fluide contient alors en assez grande proportion une matière sucrée, plusieurs de ses principes constituans ont disparu ^ bien que la structure des reins ne soit pas sensiblement altérée.

Mais, objectera-t-on , dans tous ces cas l'altération des liquides est subséquente à celle des solides; comme ceux-ci jouissent de la vie à un degré beaucoup plus grand , et reçoivent toujours les premiers

us récentes ont fait le dans le sang des nsulière dans la na-

(î) MM. Paimeututr et Dejeujc ^ dans Iciir Mémoire sur îe sang j admettent eux-mêmes dans ce liquide des altérations y insensibles pour le chimiste , mais bien sensibles par leurs fj^ets dans V économie animale.

600 INATURE DES MALADIES.

rinipresslon des causes morbifiques, iîssont d^aborcî seuls affectes , jet l'altëration qui survient dans les liquides n'est jamais que Feffet de la première. S'il arrive qu'à l'ouverture des corps les solides ne présentent aucune altération appréciable aux sens , cette altération n'existe pas moins ; elle est ^ dit-on ^ înanifestée par le trouble même des fonctions. On peut répondre à cela que ce n'est point par des assertions nouvelles, mais par des faits , qu'on soutient une première assertion ; que si Ton admet dans les solides des cliangemens inappréciables aux sens , on perd le droit de nier l'existence de lésions semblables dans les liquides, et l'on autorise les humoristes à voir des maladies humorales là où. leurs adversaires voient aujourd'hui des affections nerveuses. Tous les cas dans lesquels on n'observe après îa mort aucune lésion , ne peuvent servir d'appui ni à un systèm^e ni à l'autre; c'est uniquement sur des lésions sensibles qu'on doit s'appuyer : or , ces lésions pouvant être bornées aux liquides comme aux solides , on doit admettre c[ue les uns et les autres peuvent être le siège primitif des maladies. On est encore confirmé dans cette opinion par la manière dont agissent les causes morbifiques, dont les unes ^ telles que l'air, lesalimens, les boissons, sont transmises par absorption dans la lymphe et dans le sang, tandis que d'autres semblent porter spécialement sur les organes solides : tels sont tous les agens des impressions morales et physiques. Enfin, si l'on a égard à la composition du fœtus , qui ne contient dans les premiers temps de son existence aucun organe solide ; si Ton fait attention que la vie est d'autant plus ae-

ÎJATURE DES BIÀLADIES. 6oi

tlve et la susceptibilité aux maladies cVautaiit plus grande que les individus sont plus jeunes et la prédominance des liquides plus considérable, on sera conyaincu c[ue le système des solidistes n'est pas mieux fondé que celui des humoristes. En envisageant ainsi la question sous toutes ses faces, et surtout en conside'rant le concours intime et indispensable des liquides et des solides dans tous les actes de la "vie, on ne peut s'empêcher d'accorder aux uns et aux autres une importance égale , et de rejeter entièrement l'humorisme et le solidisme exclusifs.

Nous ne doutons point que le solidisme , qui semble régner encore aujourd'hui dans les écoles, ne soit tôt ou tard abandonné pour faire place à une opinion moins exclusive. Mais il était difficile de renverser rhumorism.e sans être entraîné audelà du but qu'on se proposait d'atteindre; l'esprit humain passe presque toujours d'un extrême à l'autre ; ce n'est qu'après plusieurs oscillations opposées qu'il peut revenir à ce juste milieu cju'ii est si difficile et si important de conserver.

Nous ne suivrons pas les humoristes et les soli- ♦distes dans les nombreuses altérations qu'ils ont supposées pour expliquer l'essence des maladies; ici, comme dans beaucoup d'autres choses, il faut savoir ignorer ce qu'il n'est pas donné d'apprendre. Toute discussion sur des questions insolubles est inutile et dangereuse; inutile, parce qu'elle ne peut conduire à aucun résultat satisfaisant; dangereuse, parce qu'elle entraîne presque toujours à l'erreur. Quand une fois on s'est lancé dans le domaine des hypothèses et des théories ^ on n'est jamais sûr de

6o2 NATURE DES MALADIES.

pouvoir s'arrêter, et si l'on revient ensuite à Fe'tude des choses positives, elles sont tellement froides.à côte des spéculations séduisantes auxquelles on s'est livré, qu'elles ne sauraient offrir d'intérêt : la vérité n'a plus de charmes pour l'homme à qui l'erreur a su plaire.

Quoiqu'il soit démontré que la nature intime des choses est au-dessus de notre intelligence , quoique cette vérité ait été proclamée dans notre siècle plus hautement qu'elle ne l'avait été jusqu'ici, cependant quelques hommes d'un vrai mérite se flattent encore d'expliquer les secrets de la nature , et trouvent un certain nombre de prosélytes. On cessera de s'en étonner si l'on jette un coup-d'œil sur l'histoire delà médecine : l'esprit humain est toujours le même, et l'on peut juger de ce qu'il sera par ce qu'il a été. De tout temps on a créé des systèmes ; on ne cessera point d'éîi créer : ces systèmes ont trouvé des admirateurs , ils en trouveront encore; on les oubliera, comme on les a oubliés (i).

(i) Le système de V irritation y qui compte aujourd'hui un trop grand nombre de partisans ; repose comme les autres sur dépures suppositions.

ff La santé et la maladie sont^ dit M. Broussais , des effets varie's qui se rattachent à un même principe , et ce principe est Firri talion.

» Quand la santé s'altère ^ c'est toujours parce que les stimulans extérieurs destinés à entretenir les fonctions ont cuinuié l'excitation ou l'irritation dans quelque partie^ ou parce <]u'ils ont manqué à l'économie.

» Les fonctions peuvent être troublées de deux manières : clle^ s'exercent avec trop ou trop peu d'énergie.

» L'irritation est donc la cause première ou le point de dé-

NATURE DES M.4LiVDIES 6o5

Mais, objectera-t-on , comment traiter une maladie si Ton ignore la cause intime qui la produit?

part de tous les dëran^emeiis qui surviennenL dans la saïué : les phiegraasies^ les héinorrhagies , les névroses, les df5générescences de toute espèce, n'en sont que les etïels , et Ton ne doit pas les considérer comme des maladies, ou bien il faudra voir aussi dans la suppuration une affection idiopalhique. 3)

Examinons succinctement cette the'orie, et voyons jusqu'à quel point elle est fondée.

Il est géns'ralement reconnu, et il est, je crois , incontestable , que les maladies de tout genre sont dues à un changement dans Faction de nos organes; ce changement intime pre'cède et produit toutes les altérations de lissir ; en sorte que, à proprement parler, tout ce que nous appelons maladie est conse'cuiif à ce changement. IMais , comme ce changement intime échappe à tous nos moyens dinvesligation, et comme nous ignorons même la structure naturelle des parties infiniment déliées dans lesquelles se passent ces premiers phénomènes , la raison veut que cette première vérité reconnue, nous dirigions notre élude et notre observation vers les phénomènes appréciables. C'est en suivant celte marche que la jiiédecine a fait des progrès réels ; elle a rétrogradé toutes les fois qu'on a voulu la faire remonter vers les causes premières : premier vice de la théorie de l'irritation.

Un au're vice non moins remarquable, est de restreindre à deux modes ce changement d'action, qui est la source de tous nos maux. Suivant JM. Broussais , les slimulans ont été ou trop forts ou trop faibles , et l'action des organes a été ou augmentée ou affaiblie: or, s'il était permis de raisonner sur une matière à la connaissance de laquelle il ne nous est pas donné de parvenir , je demanderais s'il n'est pas vraisemblable qu'outre celte diminution et ce!ie augmentation d'énergie , il faut admettre une perversion daciion susceptible elle -même de se montrer sous des foriues variées à Tinfini. Si les effetsde ce changemenl priiuilif d'aclwn se montrent avec des mo-

5o4 NATURE DEÉ MALADIES.

On pourrait d'abord , comme le dit SjdenJiam (i)^ répondre à ceux qui raisonnent ainsi , que tous les actes de la nature sont enveloppés de la même obscurité , et que l'Intelligence qui a coordonné l'univers s'est, réservé à elle seule la connaissance des ressorts qui en maintiennent l'harmonie ; mais en outre , comme le remarque ce célèbre praticien , ce n'est pas sur la connaissance des causes premières que repose la thérapeutique, niais bien sur l'observation et l'expérience, qui seules peuvent et doivent guider le médecin dans l'exercice de son art.

Nous aurions pu nous dispenser de faire un chapitre sur la nature des maladies , pour arriver à ce résultat, qu'acné est inconnue, et qu'on doit même s'abstenir de diriger vers ce but inaccessible d'impuissans efforts; mais il n'importe guère moins, dans l'étude des sciences , de signaler des erreurs dangereuses que de montrer des vérités utiles.

dificalicns sans nombre , comme le prouvent les alléralions organiques ; infiniment variées , qui ont lieu dans Félat de maladie , n'est - il pas naturel de croire que les causes qui nous échappent varient comme les effets qui tombent sous nos sens ?

Ces considérations me paraissent plus que sufîisanles pour démontrer combien sont incertains et fragiles les fondemens de là doctrine de Firritation. Si c'était ici le lieu d^examiner ce système, la fausseté des conséquences nous fournirait de nouvelles preuves de la fausseté du principe.

(ï) 0/3em ow«i^j tom. I; pag. 66,

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