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DES SYMPTOMES

reconnu qu'elle peut, dans l’état de maladie, se développer dans tous les autres, à l’exception de l’épiderme et doses productions. En vertu de cette faculté, diverses impressions sont transmises au sensorium commune; les unes, qu’on a nommées sensations intérieures, nous avertissent de certains phénomènes qui se passent dans notre corps lui-même ; les autres, qu’on désigne plus spécialement sous le nom de sensations, nous font connaître certaines conditions ou qualités des objets extérieurs qui sont en rapport avec nous. La faculté de sentir considérée en général, et les sensations intérieures et extérieures, offrent, dans l’état de maladie, des changemens nombreux que nous allons exposer.

§ îcr. — Les dérangemens qu’offre la sensibilité chez l’homme malade ont été considérés par quelques médecins comme l’effet d'une répartition inégale de cette faculté elle-même. Les douleurs excessives qui se font sentir dans une partie sont, à leurs jeux, le résultat d’une accumulation morbide de la sensibilité, accumulation qui pourrait avoir lieu constamment vers un même organe cliez quelques sujets, et se montrer chez d’autres successivement dans un grand nombre de parties différentes. Cette théorie nous paraît loin d’être d’accord avec les faits. S’il est quelques individus chez lesquels la sensibilité diminue dans le reste du corps quand elle augmente dans une partie, il s’en faut qu’il en soit ainsi chez le plus grand nombre. I.e plus souvent, en effet, comme on l’observe dans l'hypochondrie, dans l'hystérie, la sensibilité est augmentée ou diminuée dans tous les organes à la fois : elle est egalement exaltée dans tous les organes pendant la première période de quelques affections aiguës du cerveau ; elle diminue et s’éteint simultanément dans tous pendant la seconde et la troisième période de ces affections.

L’abolition de la sensibilité est souvent jointe à celle de la contractilité musculaire, surtout dans les cas qui entraînent la perte de connaissance : une même cause, telle que la compression d'un hémisphère du cerveau, peut produire ces deux effets. On dit alors qu’il y a paralysie du mouvement et du sentiment. Dans beaucoup de cas de compression cérébrale, où le mouvement

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est diminué ou suspendu , la faculté de sentir est conservée comme aussi dans quelques affections rares dont la cause matérielle n’est pas bien connue, les muscles conservent la liberté de leurs contractions, tandis que les tégumens qui les recouvrent sont privés de sentiment. Des recherches fort ingénieuses ont été entreprises dans ces derniers temps dans le but d'éclairer ce point de pathologie : elles ont conduit é penser que les faisceaux antérieurs et postérieurs qui naissent de la moelle allongée et de la moelle épinière étaient chargés exclusivement de transmettre, les premiers le mouvement, les seconds le sentiment, en sorte que les lésions bornées aux uns ou aux autres , ou aux parties dont ils naissent, ne devraient produire de dérangement que dans 1 une ou l’autre de ces deux fonctions, tandis que celles qui porteraient a la fois sur les cordons antérieurs et postérieurs, ou sur toute l’épaisseur delà moelle, produiraient le trouble simultané du mouvement et du sentiment. Quelques faits communiqués à 1 Académie de Médecine, ou publiés dans les recueils périodiques, viennent à l’appui de cette opinion ; mais ces faits, contredits d ailleurs par d'autres expérimentateurs , sont trop peu nombreux encore et demandent à être vérifiés de nouveau.

§ Les sensations intérieures , chez l’homme bien por-

tant , consistent surtout en des besoins qui se rattachent à l’exercice régulier des fonctions; chez l’homme malade, ces besoins sont troublés avec les fonctions dont ils dépendent ; il se manifeste, en outre, d'autres sensations qui appartiennent exclusivement à la maladie , et qui appellent toute l’attention du médecin : telles sont les di verses espèces de douleurs.

Tout le monde sait ce que c’est que la douleur ( do/or ) pour l'avoir éprouvée; il est inutile de chercher à la définir.

La douleur peut être produite par des causes très-variées que nous ne connaissons qu’en partie; elle peut, à sou tour, produire des effets divers qu'il nous est moins difficile d’apprécier ; elle

varie elle-même à raison de sa nature, de son intensité, de son type et de son siège.

Les causes qui produisent la douleur dans l'état de maladie

UES SYMPTOMES

sont : 1° dos altérations notables dans le tissu des parties qui en sont le siège, comme les plaies, les inflammations, les ulcérations, les affections organiques; 2° une action trop vive ou trop longtemps soutenue; 3° une modification tout-à-fait inexplicable dans le jeu des organes , qui deviennent primitivement ou sympathiquement douloureux , sans que rien puisse nous en faire connaître

la raison.

Les effets de la douleur sont, en général , plus évidcns : 1° elle trouble les fonctions de l’organe qu’elle occupe ; dans le muscle , elle gène ou empêche le mouvement ; dans la bouche , la mastication ; dans le thorax, la respiration, etc. ; 2° elle détermine aussi, dans quelques cas , un afflux de liquides, soit a la surface , soit dans le tissu même des organes ; 3° elle produit dans des parties éloignées des troubles sympathiques , comme le vomissement dans les douleurs de tête, les convulsions dans plusieurs especes de douleurs; 4° elle peut déterminer, quand elle est portée au plus haut degré, le désordre de presque toutes les fonctions, et même la

la mort , surtout si elle se prolonge.

La douleur se fait sentir avec des modifications variées : on a donné des noms particuliers aux principales : 1° celle qui consiste en un sentiment de distension a été nommée tensive : elle a lieu spécialement dans les inflammations phlegmoneuses ; 2° la douleur gravaine est un sentiment de pesanteur qui accompagne les collections de liquide dans les cavités naturelles ou accidentelles , et qui se montre aussi dans plusieurs autres affections ; 3° la douleur pulsalive est marquée par des pulsations qui sont toujours isochrones aux battemens du cœur; elle se fait sentir en particulier dans les tumeurs inflammatoires où la suppuration se pie-

pare :

; 4 « la douleur lancinante est caractérisée par des élancemens passagers qui ne répondent pas aux pulsations artérielles : celte espèce de douleur est propre au cancer et aux név ralgies ; 5° on a admis aussi une douleur icrèbrante, parce que les malades qui réprouvent la comparent à la sensation que produirait un \ilbrequin ou une x is qui pénétrerait, en tournant sur elle-même , dans la partie souffrante : elle a particulièrement lieu dans quel-

DES SYMPTOMES. J(J3

qnos rhumatismes ; G0 la douleur confusive est semblable à celle qui succède à la contusion : quelques malades l'expriment par le mot brisement : elle est fréquente dans le prodrome des maladies aiguës ; 7° la douleur qui se fait sentir dans le charbon , dans l'érysipèle gangréneux , est comparée par les malades à celle que produirait le contact d'un corps en ignition : c’est la douleur bridante; S° la douleur prurigineuse n’est autre chose que la démangeaison : elle a surtout lieu dans les maladies de la peau ; 9° une autre espèce de douleur a reçu le nom de fourmillement ( formicatio ), parce qu’elle est semblable à la sensation que produirait une multitude de fourmis qui s’agiteraient à la fois dans toute la partie souffrante. Enfin, la douleur est quelquefois déchirante, pongitive ou poignante. Quelques malades comparent celle qu’ils éprouvent à une plaie dont les bords seraient écartés ou dont la surface serait irritée par quelque agent mécanique ; d autres, à un lien, à une griffe de fer qui comprimerait quelque partie, à une barre qui pèserait sur elle, etc. La douleur peut changer de caractère pendant le cours d’une maladie : dans le phlegmon, par exemple, elle est tensive au début, pulsativo

dans la seconde période, et gravativc lorsque la suppuration est établie.

L 'intensité de la douleur offre beaucoup de degrés : on en juge par le rapport du malade , par le trouble qu’elle détermine dans sa physionomie et dans ses fonctions. Elle dépend à la fois de la cause qui la produit, du degré de sensibilité de l’individu en général , et de l’organe souffrant en particulier. Elle augmente et diminue dans diverses circonstances; tantôt elle est exaspérée parla chaleur et tantôt par le froid ; la pression extérieure excite 1 une et modère l’autre; celle-ci devient plus forte, celle-là plus faible par le mouvement prolongé. L’expression que la douleur imprime à la physionomie varie elle-même h raison de la constitution et du caractère des malades.

Le type de la douleur est tantôt continu avec ou sans exacerl'alion , tantôt intermittent avec ou sans régularité. Dans le premier cas , la douleur se fait sentir sans interruption avec une in-

tensité variée ou égale ; clans le second , elle cesse et reparaît a des intervalles semblables ou d’une manière irrégulière. 1 oute douleur qui se reproduit sans un des types propres aux fièvres intermittentes, et dont la durée dans chacune de ses réapparitions est à peu près celle d’un accès, mérite une attention spéciale, parce qu’elle est généralement due aux causes qui produisent les fiés i es intermittentes, et qu’elle cédera au même moyen.

Il est certaines douleurs qui se font sentir simultanément dans tout le corps : telles sont celles qui précèdent et accompagnent l’invasion de quelques maladies aiguës; mais, le plus souvent, elles sont partielles , et elles sont même bornées à une petite étendue. Tantôt elles restent constamment dans le même lieu, tantôt elles changent une ou plusieurs fois de siège; elles sont fixes dans le premier cas, mobiles ou vagues dans le second (1). Les douleurs fixes doivent toujours éveiller 1 attention du médecin, cai elles révèlent souvent des altérations plus ou moins piofondes dans les viscères. C’est ainsi qu’une céphalalgie vive, circonscrite

(1) La douleur a reçu des noms différens , à raison de la partie cpi elle occupe. On nomme céphalalgie («?« Mi, tète, 05)70;, douleur), celle qui a son siège à la tète ; hémicrânie (ï.tui tu;, demi . vpavLov, tête) ou migraine (i hemicrania , par corruption, migraine ), celle qui est bornée a un de ses côtés, etc. ; on donne à la céphalalgie l’épithète de frontale , de sus-or- Utaire , de syncipitale ou d 'occipitale, quand elle se fait sentir exclusivement dans l’une de ces régions. La douleur d’oreille se nomme otalgie (w;, «Tô;, oreille) ; celle des dents, odontalgie (oSoùç, oh-j-o;, dent). On désigne ordinairement sous le nom de point de côté celle qui occupe la partie latérale du thorax. La douleur qui a son siège dans la région épigastrique a reçu beaucoup de dénominations, telles que eardialgic (y.ap'h.a, orifice de l’estomac), cardiogmus (x*Pîi« '/{**« > ,lou~ leur du cardia), épigastralgie (m, sur, gy-rip, ventre). La douleur des intestins est connue sous le nom de colique (y.üïov, intestin colon). Celles des reins, du foie, du rachis ont été nommées par quelques auteurs néphr algie (v««ppoç, rein), hèpatglgie (map, foie), rachialgie (pz/i:, opine du dos). Un appelle névralgies (vêupov, nerf) toutes celles qui ont leur leur siège spécial dans quelque nerf, et douleurs ostéocopes (oViov, os, X&7VTW, je romps) celles qui se font sentir dans les os.

et continue qui survient chez un vieillard annonce souvent le commencement d’un ramollissement cérébral.

Il est encore quelques sensations pénibles qui ne sont pas précisément des douleurs, mais qui s’en rapprochent beaucoup : tels sont le malaise général et les inquiétudes des membres qui accompagnent diverses maladies; telle est \'anxiê/é, qui consiste en un malaise extrême, souvent plus pénible, plus difficile à supporter qu'une douleur aiguë, et qui , répandu en général dans tout le corps , semble néanmoins porter spécialement sur la région èpigastiique et oblige les malades changer presque continuellement de position; telle est encore Y angoisse, qui est le plus haut degré de 1 anxiété, et qui est ordinairement accompagnée de palpitations, de dyspnée , d'une altération profonde des traits et d’une respiration plaintive ; tels sont enfin ces mouvemens ultérieurs que les malades attribuent au déplacement de quelque viscère, à un corps étranger, et souvent à une boule, à un globe ( globus hy stencils), qui , s’élevant de l’hypogastrc ou du flanc gauche, semble monter jusqu au pharynx , où il détermine une suffocation imminente.

On pourrait rapporter à la même série de symptômes la sensation de froid et de chaud que quelques malades éprouvent dans tout le corps ou dans une partie; mais nous avons pensé que les altérations de la chaleur trouveraient plus naturellement leur place dans un autre endroit.

§ III. Sensations extérieures. — Dans l’état de santé, les organes des sens reçoivent l’impression des objets extérieurs, et la transmettent au cerveau avec promptitude et précision ; dans l’état de maladie, l'impression des objets extérieurs peut devenir fatigante, la perception confuse, irrégulière ou fausse. Le trouble des sensations est produit, tantôt par une affection qui a son siège dans l’organe même qui leur est propre, tantôt par la connexion

ou 1 association qui existe entre cet organe et la partie souffrante.

La vue , 1 ouïe, l’odorat, le goût, le toucher , peuvent offrir, <1CZ 1 ll01Ilme Inalade> les mêmes troubles que les autres fonc-

J (‘,6 DES SYMPTOMES

lions, l'exaltation, la diminution, l'abolition, et les diverses espèces de perversions, parmi lesquelles les auteurs ont rangé ks hallucinations et les illusions des sens. Mais , comme l’a observé avec raison M. Esquirol (l), dans les hallucinations , tout se passe dans l’intelligence; les hallucinés sont des gens qui rêvent tout éveillés, et dont le cerveau malade donne un corps et de l’actualité aux images que reproduit la mémoire ou qu enfante l’imagination sans l’intervention des sens. Dans les illusions, au contraire, les malades se trompent sur la nature et la cause de leurs sensations actuelles. Les illusions ne sont pas rares dans I état d intégrité du système nerveux et des organes des sens; mais la raison les apprécie et met en garde contre elles. Chez l'homme malade, au contraire, et surtout chez l'aliéné, celte rectilication manque souvent, et la sensation est acceptée comme réelle et vraie.

yj. L’exaltation de la vue a lieu dans 1 ophthalinic et dans 1 inflammation de la rétine et des méninges; la diminution, dans le typhus, etc.; l’abolition complète ou la cécité, dans 1 amaurose, la cataracte , et dans quelques affections nerveuses. La vue peut cire pervertie de plusieurs manières : 1° elle montre des objets qui n’existent point, comme des étincelles, des bluettes, des mouches qui voltigent dans 1 air, des réseaux délies, des ombres légères ( c’est la berlue ) ; 2° elle change la couleur, la forme , le nombre des objets places devant les yeux : dans la pléthore et 1 ophthalinic interne, tout ce qu’on voit est revêtu d'une teinte rougeâtre; les objets ont quelquefois paru colorés en jaune pendant les premiers jours d un ictère; dans quelques névroses et dans certaines amauroses ou cataractes commençantes , ils ne sont vus que dans la moitié ou dans une portion quelconque de leur étendue : c’est l’hémiopsic (2) (visas climidialus); d autres fois ils paraissent doubles : c’est la diplopie (3) ou vue double

(1) Esquirol , des Illusions chez les aliénés , mémoire lu à 1' Académie des Sciences, 1832.

(2) Hpiffvç, moitié; onro^xi. , je vois.

(3) Sixfoo:, double; wjq œil.

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(visus duplicatas), qui n a lieu ordinairement que quand les deux yeux sont ouverts, mais qui persiste quelquefois quand un des deux est fermé, comme Maurice Hoffmann en a rapporté un exemple ües-remarquablc (1). La diplopie n'existe presque jamais sans strabisme; si le désaccord des axes optiques n’est pas apparent de prime-abord , il suffit d’engager le malade à diriger successivement ses regards à droite et à gauche, en haut et en bas, pour que le strabisme devienne évident.

B. La (inesse de Yoiiie est augmentée dans quelques affections nerveuses, dans l'inflammation des méninges, etc.; diminuée dans le typhus et les fièvres graves, elle n’est tout-à-fait abolie que dans les maladies de l’oreille, les otites chroniques avec carie, perforation du tympan , lésions qui ne sont pas rares après la variole, les fièvres typhoïdes et dans les deux dernières périodes de la phthisie pulmonaire. L'ouïe peut être dépravée de deux manières : le malade croit entendre des sons qui ne sont pas produits, tels que des battemens, des tintemens, le bruit des cloches, du An‘t» J un ruisseau, d'un instrument de musique, des paroles, des discours même; ou bien il apprécie mal les sons qu’il entend, et qm lui paraissent plus aigus ou plus graves qu’ils ne le sont réellement ; il ne reconnaît pas la voix de ses amis.

C- L exaltation de Y odorat a été observée dans les névroses et quelques autres maladies. M. BaUy rapporte que, pendant le cours de la fièvre jaune dont il fut atteint à St-Domingue , il distinguait dans l’eau froide qu'il buvait le parfum des végétaux qui bordaient les rives du fleuve où elle était puisée. Il est beaucoup plus fréquent devoir l’odorat affaibli, comme cela a lieu dans le coma , l’ozène , et dans toutes les maladies aiguës où la membrane pituitaire perd son humidité naturelle. Si elle est complètement sèche, le sens de l’odorat est entièrement aboli. Quelques malades , dans le cours des fièvres ataxiques , ou dans de légères attaques d hystérie, se plaignent de sentir des odeurs qui ne sont

pas répandues dans l'air, ou trouvent aux substances une odeur dillerente de celle qui leur est propre.

Y f--pUem. Nalitr . Curies., vol. n, olis. 1.

1 (j 8 I)K. S SYMPTOMES.

D. Le goût est rarement exalté chez l’homme malade; on n’observe ce symptôme que dans les névroses. Il est diminué dans presque toutes les affections aiguës, souvent aboli dans la troisième période des fièvres graves, où l’on voit les malades mâcher, sans aucune répugnance, les mêmes remodes qui auparavant provoquaient en eux des envies de vomir, quoiqu ils ni' lissent que les avaler. Le goût offre aussi plusieurs anomalies : quelques malades trouvent une saveur acide, amère, salée, cuivreuse ou putride à toutes les boissons et à tous les alunens; d’autres trouvent à des substances dégoûtantes ou insipides une saveur délicieuse, tandis que les alimens les meilleurs ne leur inspirent que du dégoût. C’est particulièrement dans 1 hystérie qu’on observe ce symptôme.

E. L o toucher, pris dans l’acception la plus limitée, fournit rarement des symptômes' remarquables : il peut être diminué ou aboli : bien rarement il est dépravé. Sarcone a observé , dans l’épidémie de Naples, que de tous les sens celui-ci était le dernier

qui s’altérât.

Pris dans une acception plus étendue, le toucher peut être exalté dans toute la surface du corps, ou dans une partie seulement , dans les affections nerveuses générales , par exemple , et dans les pblegmasies locales. 11 offre une diminution plus ou moins marquée, ou une abolition complète dans 1 apoplexie, paralysie cia sentiment; il peut être perverti, soit que les malades apprécient mal des sensations réelles , soit qu’ils en éprouvent qui paraissent imaginaires , comme lorsqu'ils croient sentir une goutte d eau qui tombe sur quelque point des tégumens , une épingle qui pénètre dans la peau, un animal qui se meut dans quelque partie piofonde du corps; mais ces derniers phénomènes appartiennent aux hallucinations autant qu aux illusions des sens, et révèlent soment le désordre de l'intelligence.

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SECTION V

Symptômes fournis par les fonctions affectives.

Ces fonctions offrent, dans l’état do santé, la plus grande variété chez les divers individus.

L'état de maladie détermine presque toujours de la tristesse ou de 1 impatience, de l’ennui ou de l’inquiétude ; le plus souvent même il produit simultanément ou successivement tous ces effets ; mais dans beaucoup de cas les fonctions affectives sont dérangées d une manière plus notable. Quelquefois elles sont exaltées , comme on le voit chez les hypochondriaques : ces malades sont susceptibles à la fois d’un attachement plus fort et d’une haine plus profonde ; le moindre témoignage de bienveillance leur arrache des larmes de plaisir, et sur le plus léger indice ils forment les plus noirs soupçons. Chez d'autres sujets, on observe une disposition inverse : ils sont dans une sorte d indifférence sur leur propre sort et sur celui des personnes qu’ils affectionnent le plus; dans quelques cas de fièvre typhoïde et de manie, la sensibilité morale est presque entièrement abolie. Ailleurs on observe une perversion remarquable dans le caractère et les affections : on voit les personnes les plus douces dans l’état de santé être acariâtres lorsqu elles sont malades ; les hommes les plus impérieux et les plus obstinés devenir dociles; les plus fermes, pusillanimes; les plus timides, résignés et courageux. Cette observation n a point échappé aux personnes étrangères à la médecine, et l’on dit vulgairement que les gens les plus doux en santé sont les plus mauvais malades . Le désordre des affections morales est plus marqué encore chez quelques individus, qui prennent en aversion leurs amis les plus intimes, leurs parons les plus proches, pendant tout le cours de leur maladie ou pendant une partie de sa mu ce. Ce svmptome n est point rare dans I hypochondrie et dans la manie.

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SECTION VI

Symptômes fournis par les fondions intellectuelles.

Les fonctions intellectuelles se rapportent principalement à l'attention, à la mémoire, à l’imagination et au jugement ; elles offrent, chez les divers individus, dans l'état sain, des variétés infinies, et sont susceptibles , dans les maladies, d'altérations trèsnombreuses. Dans quelques cas , l’attention et la mémoire ne sont pas dérangées, tandis qu’il y a perversion du jugement et de l’imagination ; dans d’autres, la mémoire est seule en défaut ; mais le plus souvent toutes les fonctions intellectuelles sont troublées à la fois.

L’exaltation de l’intelligence est très-marquée chez quelques malades, et en particulier chez les mélancoliques. On a souvent admiré en eux la netteté de Ja mémoire, qui leur retrace avec une fidélité surprenante les choses oubliées depuis long-temps , la justesse et la précision du langage, la rapidité et la force du jugement, la fécondité de l'imagination, en un mot une mesure d’intelligence infiniment supérieure à celle qui leur était propre dans l’état de santé. 11 n’est point rare non plus d’observer le développement extraordinaire des fonctions intellectuelles, joint à l’exaltation de la sensibilité morale, vers le déclin des maladies aiguës qui tendent à une terminaison funeste. On a vu des moribonds parler avec une éloquence qui semblait leur être étrangère, et exprimer des sentimens qu’ils ne paraissaient pas susceptibles d'éprouver.

Les fonctions intellectuelles sont plus souvent affaiblies qu’exaltées chez l’homme malade. Cet affaiblissement a lieu dans la plupart des maladies , et plus particulièrement dans les maladies aiguës. Il est surtout très-remarquable dans le typhus : l'attention du malade est dilïicile à fixer ; il ne conçoit qu'avec peine les questions qu’on lui adresse, ne se rappelle qu'imparlaitement ce qui lui est arrivé, répond avec lenteur, n’a qu'une idée confuse de ce qui se passe autour vie lui, du lieu où il est, et de ses rapports

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avec les personnes qui l’environnent ; sa physionomie n’est point en harmonie avec les circonstances où il se trouve ; ses regards ne se dirigent pas vers les objets qui les appellent ; ses traits sont sans expression , et le corps reste indéfiniment dans la môme position.

Il y a absence complète des facultés intellectuelles dans l’idiotisme, et dans les maladies où toutes les fonctions de relation sont suspendues, comme l’apoplexie intense, l’attaque épileptique.

La perversion d'une ou de plusieurs facultés intellectuelles ou affectives constitue le délire (l).

Le délire survient plus facilement , et par des causes plus légéies, dans 1 enfance et la jeunesse qu’aux autres époques de la xic , et chez les sujets d une grande susccptibdilé nerveuse. II est quelques individus chez lesquels une simple indisposition, un mouvement fébrile à peine marqué, sont accompagnés de délire. Mais en général ce symptôme ne survient que dans les maladies aiguës qui offrent de la gravité, ou vers la fin des maladies chroniques dont la terminaison doit être funeste.

Le délire ne se montre pas seulement dans les affections du cerveau et de ses enveloppes; on l’observe bien plus souvent encore , comme phénomène sympathique, dans les phlegmasies thoraciques et abdominales, dans les maladies éruptives, dans les diverses espèces de typhus et dans la fièvre typhoïde. Il en est à ce sujet du cerveau comme du cœur : ces deux viscères s’associent aux souffrances de tous les autres , et le trouble de leurs fonctions est le plus souvent sympathique. Nous reviendrons sur ce point dans le chapitre consacré au diagnostic.

Le délire se présenté sous des formes très-variées : le plus souvent il se montre dans les rapports du malade avec les objets extérieurs, dans les gestes, les actions, les paroles, par lesquels il exprime la manière dont il est affecté par ce qui l’entoure; mais fréquemment aussi on observe un délire intérieur, qui dépend uniquement du désordre des fonctions cérébrales, et

.b Dcliiium , de, Lors; lira , sillon; hors du sillon ou do la voie

DES SYMPTOMES

n’est provoqué par aucune circonstance étrangère : il est caractérisé par le marmottement , la carphologie , les gestes automatiques, les conversations avec les personnes absentes, etc.

Il est un délire complet qui porte sur tout, et dans lequel l'ordre des pensées et des affections morales est entièrement interverti : le malade est continuellement et en toutes choses dans 1 erreur ; c’est ce qu’on observe dans la manie. 1) autres fois le délire roule exclusivement sur une idée : c’est surtout dans la monomanie (mélancolie de Pinel) qu’on observe cette dernière variété; le malade croit être dans un rang , dans un lieu , dans un temps différons de ceux où il se trouve ; il parle et agit en conséquence de cette erreur. Quelquefois, dans le délire complet , il y a aussi, comme dans le délire exclusif, une idée dominante qui se rattache presque toujours aux occupations habituelles des individus, comme on le voit en particulier chez les cochers, les commissionnaires, etc. On a remarqué qu’on général, lorsqu il V avait une idée dominante, il était fort difficile, ou même impossible, de l’éloigner et d’en exciter quelque autre.

Le délire est tantôt constant et tantôt passager ; dans ce dernier cas , il peut revenir à des intervalles égaux.

Les deux principales variétés du délire, et celles que les auteurs ont plus spécialement décrites , sont le délire doux ou tranquille , et le délire furieux.

Le délire doux (sub delirium') n’est quelquefois marqué que par un changement dans les gestes, dans les actions, dans le langage du malade ; il agite ses bras ou ses mains sans aucun but évident ; il cherche sans motif à descendre de son lit , ou bien il se découvre continuellement ; tantôt il reste dans un silence obstiné (taciturnitas ) , et tantôt il tient des propos incohorons (raniloquium ) , ou marmotte entre ses dents des mots inintelligibles. Nous avons vu un homme chez lequel le délire n était marqué tpie par d s cris plaintifs qu’il taisait entendre presque a chaque instant. 11 répondait fort juste à la plupart des questions qu’on lui adressait ; mais quand on lui demandait pour quelle raison il se plaignait de cette manière, il ne savait pas ce dont il était

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question. Le délire doux peut également se montrer par un changement plus ou moins prononcé dans l’expression de la physionomie, dans le sonde la voix, dans la manière de parler, affectueuse ou sévère, libre ou respectueuse, qui n’est point conforme aux habitudes des malades : il n’est pas rare de les voir parler avec dureté aux personnes qu’ils traitent communément avec bienveillance, et vice versa, et n’en conserver aucun souvenir après la maladie. Un jeune homme à qui nous donnions des soins dans le cours d’un typhus avait repris, vers le douzième jour, presque toute sa connaissance : le délire ne se manifestait plus que par le ton familier avec lequel il tutoyait un vieil ami de sa famille , pour qui il avait eu de tout temps le respect convenable. 11 ne faut pas confondre le délire tranquille avec les simples rêvasseries qui surviennent pendant le sommeil , et cessent quand on parle aux malades et qu’on redresse leurs idées.

Le délire furieux se présente sous une forme toute différente : le malade fait entendre des cris , des chants, des menaces ; il tient les propos les plus extravagans , les plus obscènes ; il s’emporte contre les personnes absentes ; il se débat et fait des efforts pour sortir de son lit ; il jette les objets qu’il a sous la main , crache sur les assistans, les frappe, etc. Le délire peut, chez le même malade , être alternativement tranquille et furieux. On a vu quelquefois aussi l’exaltation des affections morales alterner avec le délire. Dans l’épidémie de Naples , au rapport de Sarcone , le délire furieux cessait pendant la rémission; mais les malades s’a bandonnaient au plus affreux désespoir; ils tournaient leurs yeux d un air soupçonneux , et avec la crainte de lire sur le visage des assistans le malheureux sort dont ils se croyaient menacés ; le moindre signe d’affection les faisait pleurer et les jetait dans l’épouvante.

Le délire présente encore quelques variétés, à raison de la difficulté avec laquelle il peut être surmonté. Si le délire est léger, les malades s’en aperçoivent eux-mêmes et redressent leur jugement. Si 1 aberration est plus grande, ils ont encore le désir de la surmonter ; mais il leur est plus difficile d’y parvenir : à celte

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époque, le médecin peut redresser, au moins momentanément , les idées des malades , el en obtenir quelques réponses sensées ; mais l'amendement n’est que momentané, et bientôt le délire recommence. Dans un plus haut degré, rien ne peut suspendre ce symptôme, même pour quelques instans.

La durée du délire est très-variable : il peut cesser après quelques minutes-, il sc prolonge ailleurs pendant des semaines , des mois, des années.

Lorsque le délire est passé, les malades ne sc rappellent souvent rien de ce qui leur est arrivé, pas même les choses qu ils avaient faites avec l’apparence de la réflexion ; quelquefois ils ont un souvenir confus ou même assez net de ce qu ils ont éprouvé.

SECTION VII

Des Symptômes fournis par le sommeil.

Le sommeil, dans l’état de santé, a une durée a peu près uniforme chez chaque individu : il est tranquille et dissipe la fatigue du corps ; dans l’état de maladie , il peut être prolongé , diminué , suspendu ou troublé de diverses manières, et ne point réparer les forces.

Il est prolongé dans quelques maladies accompagnées d une légère congestion cérébrale, diminué dans presque toutes les alfections aiguës. La suspension complète du sommeil , V insomnie ou agrypnie (l) ( insomnia , pervigihum) peut avoir lieu dans un grand nombre de maladies et par des causes très-variées, telles que l’intensité des douleurs, les tintemens d’oreille et les bruits imaginaires , la dillicullé de respirer, la fréquence de la toux et des excrétions , le besoin continuel de changer de position , 1 agitation de l’esprit , les passions profondes ou vives , les paroxysmes nocturnes. La privation complète du sommeil est un des sympptômes principaux de la maladie connue sous le nom de delirium t remens; elle est aussi un des symptômes les plus remarquables de la fièvre typhoïde : car il n’est aucune autre maladie aiguë dans

(1) chasse; vîtvoc, sommeil.

DES SYMPTOMES. 175

laquelle I insomnie soit aussi complète et aussi constante. Le sommeil peut être troublé par le cauchemar, les songes, etc.

Le cauchemar, incube ou éphialte (incubus) (1), ephialles (2), oneirodynia (3), consiste en un sentiment de suiïocation qui survient pendant le sommeil, et produit, après une anxiété courte mais inexprimable, le réveil en sursaut et avec eiïroi. Il semble au malade qui éprouve ce symptôme qu’un poids énorme est placé sur sa poitrine, qu’un danger le menace, qu’un fantôme le poursuit; il fait des efforts inutiles pour s’y soustraire et pour crier ; son corps est souvent couvert de sueur lorsqu’il se réveille. C est particulièrement dans l'hypochondrie et dans l’anévrysme du cœur qu'on observe ce symptôme : une digestion laborieuse y donne quelquefois lieu.

Dans l’antiquité, la plupart des médecins ont mis une attention particulière à observer les songes; ils étaient persuadés que pendant le sommeil , c’est-à-dire au moment où aucune sensation extérieure ne distrait des sensations intérieures, la souffrance de l’organe affecté devait se faire sentir plus distinctement, et déterminer dans le sensorium commune une disposition à telle ou telle espèce de songes. Cette opinion est fondée à quelques égards. Dans les maladies accompagnées d’une grande gêne de la respiration, les malades rêvent quelquefois qu’un poids considérable s'oppose cà la ddatation de la poitrine. Galien parle d’un homme qui îèvait depuis quelque temps qu’une de ses jambes était de pierre ; peu après, ce membre devint paralytique : l’engourdissement passager qui précède souvent la paralysie explique assez bien ce phénomène. On conçoit mieux encore que les malades qui ne sont pas assez nourris imaginent dans leurs songes qu'ils mangent telle ou telle substance. On a prétendu que, dans la pléthore et les fièvres inflammatoires , les malades voyaient dans leurs rêves des corps colorés en rouge; que les hydropiques voyaient de

'1) Incubus, de incumbere, se coucher dessus. C-) , de é cpa), Àot/cu, je saule dessus.

Qôvcipo: , songe; <5rîûy»?, douleur.

1 70 DES SYMPTOMES

l'eau , des rivières , etc. ; mais ces assertions ne sont pas d accord avec l’observation.

En général , dans les maladies , les songes sont fatigans et pénibles; ils présentent à 1 imagination des obstacles , des précipices, des incendies , en un mot , des sujets d embarras ou d effroi ; ils produisent quelquefois le réveil subit ou en sursaut; du reste, ils n’offrent rien de constant sous le rapport de la séméiotique et du traitement.

On sait que les Égyptiens et les Grecs faisaient coucher les malades dans les temples , afin que les dieux leur lissent connaître, en songe, les remèdes propres à les guérir; aujourd hui que le règne de la superstition est passé, personne ne croit plus à ces songes salutaires envoyés par les dieux ; mais dos hommes, d ailleurs très-recommandables , ne craignent pas d accorder aux disciples de Mesmer le pouvoir de donner , avec la somnolence magique que provoquent leurs gestes , la connaissance de toutes les maladies et des remèdes qui leur conviennent.

Enfin le sommeil, dans l'état de maladie, ne répare pas les forces ; et môme dans quelques affections où les paroxysmes ont lieu la nuit , les malades se trouvent plus mal le matin , après un sommeil agité , qu’à la fin du jour, après douze ou quinze heures de veille.

La somnolence ou X assoupissement (. somnolent ia ) est un état qui , placé entre le sommeil et la veille , ne permet ni 1 un ni 1 autre. On l’observe fréquemment dans le cours de la fièvre typhoïde et dans un certain nombre d’affections cérébrales.

Le sopor ou cataphora (l) est un sommeil lourd et pesant, dont le réveil est difficile : ce phénomène a lieu dans les mômes maladies que la somnolence.

Le coma (2) est un sommeil plus profond encore et d où il est plus difficile de tirer les malades. On en distingue deux variétés: 1° le coma vigil ( coma agrypnodes) , qui est accompagné de dé-

(1) Karayopâ, chute ; zxTaoêoogsa , je lombe d Cl] liant.

(2) Kwg«, sommeil profond.

nrs symptômes. j77

liie; le malade a les yeux fermés, mais il les ouvre quand on l'appelle, el les referme aussitôt; il parle seul, il change fréquemment de position; 2° le coma somnolent uni , dans lequel le malade parle quand on le réveille, se tait et reste immobile dans les intervalles. Ces deux variétés de sommeil s’observent fréquemment dans I affection typhoïde.

La léthargie (l) ( lethargus , vetermts) est un sommeil plus profond encore et continuel , d’où il n’est pas impossible de tirer les malades; mais ils oublient ce qu’ils ont dit, ne savent ce qu ils disent , et retombent promptement dans le même état.

Le earits (2) enfin consiste en une insensibilité complète, d’où rien ne peut tirer le malade, pas même instantanément : ces divers symptômes ont spécialement lieu dans la dernière période dos maladies cérébrales, ou dans les cas de commotion et de compression subite du cerveau.

Le sopor, le coma, la léthargie et le carus ont quelque analogie avec le sommeil , dont ils ne sont en quelque sorte que l’exagération. C’est le motif qui nous a engagé à les placer dans cette section à la suite de la somnolence.

SECTION VIII

Il est encore trois autres symptômes dans lesquels les fonctions de relation sont spécialement affectées , et que nous devons indiquer avant de passer aux troubles des fonctions intérieures : ces symptômes sont la lipothymie, la syncope et les vertiges La lipothymie ( 3), lipopsychie (4) (lipoihymia, lipopsychia) , consiste dans la suspension presque complète de toutes les fonctions, avec décoloration du visage el résolution des membres. La respiration el la circulation continuent encore, mais elles sont

(1) AvJj'/i, Ollbli; cç, oisif, ou de àcpyo-, oubli prompt.

(2) Kipo;, sommeil très-profond.

(ô) Ain r«, je laisse ; j nui;, esprit.

(d) A !i7rw, id. ; âme.

a augmentatif,

prompt ,

presque insensibles Ce symptôme, lorsqu il est Irès-legei >P°Oe le nom de dcfadlnnce (cimmi dehqwurn).

La syncope (1 ) {syncope) présente les mêmes phénomènes, et de plus la suspension complète delà respiration et de la circulation. Les syncopes, les lipothymies et les défaillances ont lieu surtout après des douleurs aiguës, ou de vives émotions, a la suite de saignées copieuses ou de selles abondantes et douloureuses : la pénétration de l’air dans le système circulatoire pendant une opération peut déterminer une syncope mortelle. Il n’est pas rare enfin d’observer des syncopes au début des lièvres éruptives, ou dans le cours des lièvres pestilentielles, des affections gangréneuses et des vastes suppurations. Leur retour périodique constitue une des formes les plus graves des fièvres intermittentes pernicieuses. Elles ne sont pas rares à une période avancée des maladies chroniques*, leur apparition chez les sujets déjà trèsaffaiblis doit faire craindre une mort subite.

Le malade atteint de vertiges ( vertigines ) (2) croit voir tous les objets tourner autour de lui, ou être lui-même entraîné dans un mouvement de rotation ; des battemens de cœur et un sentiment de défaillance accompagnent presque toujours cet état. On nomme vertige ténébreux (ccipiiis omnubilatid) celui dans lequel les veux s’obscurcissent comme s’ils étaient couverts d'un nuage. Les vertiges ont lieu au début de plusieurs maladies aiguës graves ; ils se répètent pendant leur cours , particulièrement lorsque le malade exécute quelque mouvement , comme lorsqu il cherche à s’asseoir ou à se lever. Le vertige, aeccompagné d une perte subite de connaissance et suivi en général pendant plusieurs minutes de céphalalgie, d’un sentiment de torpeur et d hébétude, constitue une forme de 1 épilepsie, en apparence plus legèic , mais dans laquelle l’aliénation mentale survient plus fréquemment encore que dans 1 épdcpsic franche.

r I) XU7-/0-TM. je retranche'.

(2) fertire, tourner.

DES SYMPTOMES

ARTICLE IL

Des Symptômes fournis par les fondions intérieures ou assimilatrices.

Nous avons exposé les principaux dérangcmcns que présentent,* dans 1 état de maladie, les fonctions qui établissent les rapports de 1 homme avec les objets extérieurs. Nous allons examiner maintenant ceux qui sont fournis par les fonctions intérieures , la digestion , la respiration , la circulation , la calorification et les sécrétions.

SECTION PREMIÈRE

Des Symptômes fournis par la digestion.

Dans 1 état de santé, l'appétit se fait sentir à des intervalles réglés ; on mange avec plaisir , la soif est médiocre; la digestion stomacale s’opère librement , sans rapports et sans pesanteur ; les matières fécales sont liées, en quantité proportionnée avec les ali mens, et leur excrétion se fait sans douleur. Chacun des organes qui concourent à cette fonction offre un caractère de santé ; les dents sont blanches, lisses, solidement implantées dans leurs alvéolés; les gencives sont fermes, unies et d’un rouge pâle; la surlace interne de la bouche est humide, rosée; l’abdomen, qui contient la plupart des organes de la digestion , offre le volume et la souplesse qui lui sont naturels.

Dans 1 état de maladie, tous les actes de la digestion, et les organes qui concourent à son exercice, peuvent offrir des troubles plus ou moins remarquables : nous les exposerons selon l’ordre dans lequel ils se succèdent ou se présentent.

A. La faim, l 'appétit ou désir de prendre des alimens est rarement augmenté chez l’homme malade. Néanmoins on observe ce symptôme dans la manie et dans les affections vermineuses. Dans quelques cas, la faim est si pressante , qu’il sur- Menl des défaillances si l'on n’y satisfait point : c’est la boulimie

(bulirrms) (1), phénomène qui n est point rare chez les hyslei iques, mais qui sc montre bien plus fréquemment encore chez les femmes enceintes. D’autres fois, on mange avec voracité jusqu a ce que l’estomac se débarrasse par le vomissement du fardeau qui le surcharge: c’est la faim canine (famés canina) ( 2). Chez d'autres malades, les alimens dévorés avec promptitude sont presque aussitôt rejetés par l’anus: c’est ce qu’on a nomm à faim de loup (famés lupina ) (3). Ces deux derniers symptômes sont

très-rares.

La diminution de la faim (dysorexia) (4) accompagne au contraire presque toutes les maladies aiguës ou chroniques dont 1 intensité est médiocre.

Dans celles qui sont plus graves, et particulièrement dans les maladies aiguës accompagnées d'un mouvement fébrile violent , la faim est tout-à-fait perdue : c’est l’ inappétence on X anorexie (anorexia) (5). La perte complète et prolongée de 1 appétit , et le dépérissement progressif sont quelquefois les deux seuls symptômes par lesquels se révèle, dans l’âge mûr, l’existence d'une affection organique de l’estomac.

Dans un certain nombre de maladies chroniques, 1 appétit est inégal à un degré remarquable ; les malades offrent , d un jour a l'autre , ou même du matin au soir , des alternatives d une faim

difficile â satisfaire et d’une inappétence complète.

Chez d'autres, le besoin de prendre des alimens n’est pas réel : c’est, selon l’expression populaire , u ne fausse fa/m : a peine ont-ils goûté les alimens qu’ils avaient moment désirés, que leur appétit est déjà rassasié; c’est ce qu’on observe en particulier chez les phthisiques.

La faim peut être dépravée de deux manières: 1° U y a dé-

(1) BoO, particule augmcnlalivc ; luxie, faim.

(2) Canis , chien.

(5) De lapas, loup.

(4) X’jç, difficilement; opsçiî, appétit.

(5) A privatif, opeh;t appétit.

1)ES SYMPTOMES

goût (cibi fastidium , aposilia ) (1), c’est-à-dire aversion pour les alimcns. I.e dégoût ne doil pas être confondu avec l'anorexie : celle-ci consiste seulement dans le défaut d'appétit , au lieu (pie l'autre est une véritable répugnance pour les alimcns : celte répugnance est quelquefois telle qu'il sulïit au malade de les voir ou d’en entendre parler pour éprouver des envies de vomir. Le dégoût n a presque jamais lieu que dans les maladies graves, au lieu que 1 anorexie accompagne les affections les plus légères. 2° 11 est une autre dépravation de l’appétit dans laquelle à un dégoût presque général est joint un désir de telle ou telle substance en particulier : si cette substance est du nombre de celles qu on mange ordinairement , on donne à ce symptôme le nom de malacia (2); si au contraire cet appétit exclusif porte sur quelque substance inusitée ou nuisible, c’est le picci (3). Le pica et le malacia ont lieu assez fréquemment dans 1 hystérie et la manie; ils ne sont pas rares chez les femmes enceintes.

Nous placerons à la suite des troubles de l’appétit cette sensation d amertume , d empâtement , de sécheresse de la bouche , que les malades éprouvent dans beaucoup d’affections , et particulièrement dans les maladies fébriles et dans l’embarras gastrique.

B. La soi] est augmentée dans la plupart des maladies aiguës, dans 1 hydropisie, et surtout dans le diabète ou flux immodéré d urine. Elle est rarement diminuée, plus rarement encore abolie chez les malades qui conservent le libre usage de leurs facultés intellectuelles. Dans le désordre des idées et des sensations qui accompagne le délire, l’absence de soif et le refus de boire se confondent avec les autres phénomènes.

C. L’examen des diverses parties de la bouche fournit des symptômes très-importuns : nous avons précédemment exposé ceux que présentent les lèvres; nous allons énumérer ceux qu’of-

(1) cirîov, éloienement pour les alimcns.

(2) M 3c).zzîz, paresse d’estomac.

•>,' Pica ou Ki«7cr«, pie : scs co ilcnrs opposées tonnent un contraste analogue à celui qu’olfre l’uppélit dépravé, compare à l'appétit naturel.

DES SYMPTOMES

front, les dents, les gencives, la langue, la face interne des joues et de l’arrière-bouche.

Les symptômes fournis par les dénis , tantôt dépendent de quelque affection de ces organes eux-mômes, et tantôt sont liés à l’existence de quelque autre maladie.

Dans quelques affections aiguës où le produit de la sécrétion des membranes muqueuses acquiert une acidité remarquable, les dents deviennent le siège d’une sensation particulière, connue sous le nom d’ agacement ( dentium hebeiudo ) : ce phénomène a été observé dans certaines lièvres continues.

Les dents de la mâchoire inférieure, en glissant avec bruit contre les dents supérieures, produisent le grincement (stridor dentium), qui accompagne quelques affections aiguës du cerveau; d’autres fois les dents inférieures heurtent les autres avec bruit : c'est le claquement des dents ( dentium colhsus , ci epitus) qui a lieu dans le frisson des fièvres intermittentes. Au rapport de quelques auteurs (l), la force avec laquelle les dents se frappent aurait été quelquefois assez considérable pour briser ces organes. Les dents peuvent devenir branlantes dans les affections scorbutiques , dans la stomatite mercurielle, dans le simple engorgement chronique des gencives ■, elles sont même quelquclois iiloi s poussées peu à peu hors de leurs alvéoles. Lutin , dans les maladies chroniques, elles paraissent allongées : ce phénomène est dù surtout à l'affaissement des gencives qui survient avec 1 amaigrisse-

ment général.

L’examen des dents est important a bien faire, cai il y a plusieurs affections de la bouche qui sont souvent produites et en-

tretenues par une dent malade ou déviée. Nous citerons, eniie autres , la carie , la nécrose des os maxillaires , les (luxions des joues, certaines fistules de la face , l’engorgement des ganglions lymphatiques du cou, etc., qui ne reconnaissent pas d autre cause qu une carie dentaire. Il n'est pas rare non plus de voir des aphlhes , des ulcérations de la muqueuse buccale , et spécialement île la langue ,

(1) De liée on dit a Fcbr'% int. tum. remit., Naturel, p. 45.

m:s SYMPTOMES.

à bords durs cl renversés, à fond grisâtre ou fongueux , être produites par les inégalités d’une dent cassée, ou déviée.

Les gencives présentent quelques altérations importantes : elles sont gonflées dans la salivation mercurielle et dans le scorbut; elles sont, déplus, rouges dans le premier cas, noirâtres et mollasses dans le second; dans l’un et l’autre elles exhalent une odeur sui generis. M. Rostan a remarqué, à la Salpêtrière, que lorsque les dents sont tombées et que les gencives sont devenues calleuses par la mastication, elles ne se boursouflent plus dans le scorbut , à quelque degré qu’il parvienne; et même si l’une des mâchoires est dégarnie de dents, tandis que l’autre conserve les siennes, les gencives de cette dernière seule se gonflent et les autres conservent leur état habituel (1). Les gencives deviennent pâles dans les maladies de langueur , et spécialement dans les hydropisies passives; elles sont d’un rouge brun dans quelques angines.

L’état de la langue, dans les maladies, a , de tout temps et à juste titre, appelé l’attention des médecins. L importance des signes qu’elle fournit a été , il est vrai , singulièrement exagérée ; mais en les réduisant à leur juste valeur, la langue fournit encore à la séméiotique un grand nombre de faits intéressans.

Dans l’état de santé , la langue offre généralement une couleur rosée, une surface unie, légèrement grenue vers sa pointe et parsemée de villosités pointues et de glandules hémisphériques vers sa base; elle est humide dans toute sa surface, libre dans ses mouvemens, qui ont une grande part aux actes de la parole, do la mastication et de la déglutition. Dans les maladies chroniques , la langue conserve souvent son état naturel , dans celles même dont 1 estomac est le siège ; il en est quelquefois de même dans les maladies aiguës, et ce phénomène, qui est insignifiant dans le premier cas, est généralement un signe favorable dans le second , si toutelois les autres symptômes ne sont pas fâcheux. Les moddicalions que la langue présente dans l’état de maladie sont rela •

(1) Cours de mcd. clin. , t. i, p. 230.

DES SYMPTOMES

lires au voliuno, à la forme, aux mouvcmens , à la couleur , à rhumidité de cet organe, aux enduits, aux éruptions qui s y montrent quelquefois , enfin à sa température et à sa sensibilité tactile et gustative.

Le volume de la langue augmente rarement dans les affections dont elle n’est pas le siège spécial. Toutefois , dans quelques maladies aiguës , la langue devient assez volumineuse pour que, resserrée dans l’arcade dentaire inférieure , elle soit à toute sa périphérie comprimée entre les dents et en offre 1 impression et pour ainsi dire le moule. Ce phénomène doit conduire le médecin à s informer si le malade n’a pas fait récemment usage de quelque préparation mercurielle. D autres fois le gonflement de la langue survient dans le cours d’une angine violente; il est alors le résultat d’une stagnation du sang dans cet organe : ce symptôme indique toujours un grand danger.

Le rapetissement de la langue est un symptôme fréquent dans le typhus et les fièvres graves ; en général , elle est en même temps tremblante et sèche, conditions qui sont également fâcheuses.

Il est rare que, dans le marasme, la langue diminue sensiblement de volume. Jusqu’à présent la science ne possède qu’un seul exemple d’atrophie partielle de cet organe. Ce fait , rapporté dans le quarante-quatrième bulletin de la Société anatomique, est relatif à un homme chez lequel une moitié de la langue était pâle, décolorée, ridée, atrophiée, sans aucune altération de sensibilité. Le malade succomba avec des symptômes de paralysie, et à l’autopsie on trouva un kyste bydatique dans la fosse occipitale gauche comprimant le nerf glosso-pharyngien.

La forme de la langue, chez l'homme malade, offre quelques variétés remarquables : elle devient , dans quelques cas, conique; dans d’autres, pointue. Celle dernière modilication a été, dans ces derniers temps , signalée comme propre a déceler 1 inllammalion de l’estomac; mais celle assertion, liée à des idées systématiques, est loin d'èlre d’accord avec les résultats de l’expérience. Les formes tonique et pointue de la langue n indiquent rien te précis sur la nature et le siège de la maladie , non plus que sur son

DJ'S SVMl'TOMtiS.

danger. La forme pointue de la langue dépend uniquement d’un mode de contraction des muscles intrinsèques de l’organe.

La dilliculté des mouvemens de la langue, soit dans l’articulation des sons, soit dans l'action de la pousser hors de la bouche pour la montrer au médecin, est un symptôme fréquent dans le cours des lièvres graves; cet état de la langue constitue toujours un signe fâcheux.

Dans quelques hémiplégies , lorsque la langue est poussée hors la bouche, sa pointe paraît entraînée du côté paralysé; ce qu’on a essaye d expliquer par la paralysie d’un des muscles génio-glosse ou stylo-gloS'C. Mais cette déviation n’est le plus souvent qu'apparente; on croit la langue déviée parce qu’elle est plus rapprochée d une des commissures que de 1 autre; c’est la commissure qui est déviée et non la langue.

La paralysie de la langue, soit qu’elle consiste dans la déviation de sa pointe, ou qu elle s annonce par de la gène dans la prononciation et la mastication, constitue, dans tous les cas, un signe d’une grande valeur sous le point de vue du diagnostic , car elle est l’indice presque certain d’une lésion cérébrale.

La couleur de la langue peut être altérée, soit immédiatement et par un changement opéré dans la couleur de l’organe lui-même, soit médialement et par un enduit qui la couvre. La pâleur et la décoloration de la langue n’ont guère lieu que dans les cas de chlorose et d anémie. Dans les affections organiques du cœur elle partage la lividité des parties voisines.

Les enduits qui se forment sur la langue sont presque toujours bornés a la surface supérieure; ils peuvent offrir des nuances trèsvariées. Ceux qu on observe le plus communément sont les enduits blancs, jaunes, verdâtres, fuligineux et noirs. Ces enduits peuvent être minces ou épais, tenaces ou faciles à enlever, secs ou humides, uniformes ou inégalement étendus, quelquefois disposés en plaques ou offrant des ondulations analogues à celles qu'on observe sur les caries de géographie. Ces enduits paraissent avoir la même origine que le tartre dentaire , à en juger du moins par les snaly scs chimiques de I ' au'jueün , Laucjit r et de M . Denis.

DES SYMPTOMES

Suivant d’autres personnes, les enduits de la langue seraient formés par la dessieealion du lluide salivaire.

Toutes les fois que la langue présente à sa surlace I un des enduits que nous avons cités, il est à peu près constant qu d existe un état morbide quelconque. Je dis à peu près constant , parce qu’il est beaucoup de personnes ( liez lesquelles la seule abstinence donne lieu à un enduit blanc; et même chez quelques sujets, cet enduit existe constamment à toutes les époques de la journée , quoiqu’elles jouissent , sous tous les autres rapports , d une santé parfaite. 11 en est d’autres , comme je 1 ai précédemment indiqué, qui, par suite de l’étroitesse naturelle des fosses nasales, étant obligées de dormir la bouche ouverte , ont le matin , a leur réveil, la langue sèche et souvent sale. A ces exceptions près , les enduits de la langue dénotent un état de maladie. 11 est aussi quelques personnes chez lesquelles la face supérieure de la langue reçoit et conserve la couleur des alimens et des boissons, devient d un noii livide par le contact du vin rouge et des autres boissons et alimens colorés, comme les sirops préparés avec les fruits rouges, le < hocolat , etc. Mais cette aptitude de la langue à recevoir et à conserver les matières colorantes n a guère lieu que dans l étal de maladie: c’est alors surtout que les villosités de I organe s imprègnent des couleurs avec lesquelles elles sont mises en contact.

Faut-il croire avec les anciens médecins que l’état de la langue soit le miroir fidèle de 1 état de 1 estomac? Fst-il vrai que l’enduit jaune ou vert indique que 1 estomac est rempli de bile , que 1 enduit noir doit faire redouter dans les voies digestives la présence dune matière putride? enfin, doit- on croire avec Broussais que la rougeur de la langue est un s gne pathognomonique de gastrite? Une observation exacte a prouvé depuis long-temps que ces assertions diverses n étaient point daccoid avec les faits, ('/est ainsi qucM. Louis , analysant avec soin un grand nombre d observations , a trouvé, dans ses recbeicbes sut la phthisie, que la rougeur de la langue avait existé en nombiepioportionnellement égal chez les sujets dont 1 estomac lut tiouvc sain et chez ceux qui offraient une lésion grave de ce viscère.

DES SYMPTOMES

Los recherches «lu môme auteur sur la fièvre typhoïde l’ont conduit à un résultat à peu près semblable relativement à l’état de la langue dans le cours de cette affection. En effet, quel que fût l'aspect de la langue, il n’offrait pas le moindre rapport avec celui de l’estomac , le même état coïncidant avec une lésion plus ou moins profonde de la muqueuse gastrique dans un cas, avec son intégrité dans un autre. I) après I habile observateur que nous venons de citer, la couleur noirâtre, la rudesse, l’aspect fendillé île la langue se rattachent surtout à l’intensité et à la durée du mouvement fébrile, quel qu’en soit le point de départ.

La langue peut conserver son humidité et sa souplesse naturelles, bien que sa surface soit recouverte d’enduits blancs, jaunes ou verts. Mais elle est constamment sèche ou collante lorsque les enduits qui la recouvrent sont noirs ou bruns. La sécheresse de la langue est plus ou moins considérable; elle peut être aussi partielle ou générale. À son degré le plus faible, elle est seulement marquée par la sensation qu accuse le malade, par une sorte de bruit qui accompagne les mouvemens de la langue, et qui est dù au décollement de cet organe agglutiné aux autres points de la bouche, et notamment à la muqueuse du palais. Le doigt posé sur la langue du malade et retiré lentement semble être légèrement retenu par une matière collante. C’est une simple diminution d humidité plutôt qu un véritable état de sécheresse. A un degré plus avancé, l'enduit est plus visqueux ; on dit alors que la langue est poisseuse. Enfin, quand ce phénomène est plus prononcé encore , la langue est complètement privée d’humidité. La sécheresse n’a quelquefois lieu que pendant le sommeil; elle se dissipe peu après le réveil, ou quand le malade a bu; d’autres fois elle persiste pendant une partie de la journée ou même pendant plusieurs jours de suite. Dans ces derniers cas, non-seulement la langue est sèche, mais elle devient lisse , luisante et rouge, ou âpre, rugueuse et noirâtre. Cet état de la langue, dans les maladies aiguës, indique généralement du danger. S'il a lieu dans le cours d une maladie chronique, il annonce presque toujours une mort prochaine.

DES S'ÏMI'TOMUS.

11 est un phénomène qui a une grande importance en séméiotique, c’est l'existence de plaques ou de grains blancs et jaunâtres, souvent co n 11 uens , disposés tantôt sous lorme dune soi le de bouillie (enduil pullacê), tantôt en membranes minces et réticulées, ou épaisses et opaques , qui se détachent et se reproduisent alternativement, et occupent presque toujours à la lois ou successivement la face supérieure et les côtés de la langue , la face interne des joues, le voile du palais et les piliers. L appantion do ces plaques a peu d importance sous le rapport du diagnostic, cai elles n’appartiennent à aucune maladie en particulier ; mais elle en a beaucoup relativement au prognostic. Dans les manda s

chroniques, elle ôte presque tout espoir d’une heureuse terminaison, surtout lorsque l’éruption persiste au-delà de quelques jours, ou s’est reproduite plusieurs lois. Dans les maladies aiguës, sans offrir le même degré de gravité, elle ajoute encore a ce que les autres symptômes peuvent offrir d inquiétant. La même éiuption s’est manifestée momentanément chez des sujets, et particuliérement chez des vieillards , dont la santé n’oflrait aucun autic dé-

rangement j elle n’a pas alors la même \aleui séméiotique que quand elle survient chez un sujet sérieusement malade.

La face supérieure de la langue présente quelquefois, vers sa pointe surtout , de très-petites taches rouges que M. le professeur Roux considère comme un signe propre à déceler i existence

incertaine du virus syphilitique. Nous ne faisons qu’appeler 1 attention des observateurs sur ce signe dont nous n avons pu jusqu’ici apprécier la valeur. Les ulcérations grisâtres que présentent quelquefois les bords et la pointe de la langue , et qu il ne faut pas confondre avec celles que produisent quelquefois les inégalités des dents, sont d'origine syphilitique et révèlent clairement leur nature. Nous en dirons autant «les tumeurs plates, dures et circonscrites, rouges ou grises, d'une largeur de deux à cinq lignes, qui surviennent sur le mémo organe et sont dues a la même cause.

Enlin , les cicatrices transversales et souvent irrégulières que présente la surface de la langue doivent faire soupçonner que le

nr.S SYMPTOMES.

ISO

malade est sujet ;\ l’épilepsie, affection que l’on cache quehpiefois au médecin. Ce signe peut, par conséquent, être dans quelques cas d'une grande utilité.

Il est rare que la langue offre clans sa température des changemens assez remarquables pour appeler l'attention. Néanmoins , dans la dernière période des maladies aiguës ou chroniques , il est quelquefois arrivé de la trouver très-froide , signe qui annonce en général une mort prochaine. Dans le choléra, le froid de la langue était presque constant , et cependant beaucoup de malades qui avaient présenté ce symptôme ont guéri. Il est à peine nécessaire d’ajouter que ce phénomène serait sans valeur si le malade venait de prendre de la glace ou des boissons très-froides.

Dans le cours de certaines affections cérébrales , et dans les maladies qui affectent les nerfs qui se distribuent à la langue, cet organe peut éprouver une diminution dans sa sensibilité tactile ou gustative. D’après les expériences des physiologistes , confirmées d’ailleurs par quelques observations pathologiques , il paraîtrait que cette paralysie du sentiment serait le résultat d’une lésion matérielle du nerf lingual.

Des parties qui forment Y arrière-bouche sont aussi le siège de quelques sy mptômes appréciables à la vue ; elles peuvent être gonflées, rouges, sèches, ulcérées. Le voile du palais peut être déprimé par un abcès formé dans son épaisseur, ou par une tumeur développée dans les fosses nasales; il peut être détruit en partie ou perforé par un ulcère. On l’a vu dévié à droite ou à gauche dans quelques cas de paralysie faciale. La luette peut être déviée, pendante, infiltrée ou entièrement détruite. L’enduit brun ou noirâtre des autres parties de la bouche s’étend également sur celles-ci : il s'y manifeste fréquemment des aphlhcs; c’est aussi généralement sur le voile du palais, quelquefois sur la langue ou sur la membrane interne des joues , que se montrent, dans la dernière période des maladies chroniques , ces plaques blanchâtres qui annoncent presque inévitablement une terminaison fâcheuse.

D. La mastication est souvent difficile et douloureuse chez 1 homme malade ; l’odontalgic, la fluxion et les caries dentaires,

DES SYMPTOMES

le rhumatisme de l’articulation temporo-maxillaire , les fractures des os maxillaires, la luxation du maxillaire inférieur, sont autant de maladies qui peuvent rendre la mastication impossible. Il faut y joindre toutes les maladies de gencives, de la langue, des joues, dont l’intégrité est nécessaire à l'accomplissement de cette fonction.

E. La déglutition semble être accélérée dans quelques affections aiguës, où les malades vident presque en un instant les tasses de boisson qu’on leur présente; elle est ralentie et n’a lieu que difficilement dans presque toutes les maladies du pharynx et de 1 oesophage, comme l’angine, la parai) sie et le squirrhe ; le voisinage d’une tumeur comprimant le pharynx ou l’œsophage, la présence d'un corps étranger dans ces conduits, l'hystérie, les lièvres graves, les maladies du cerveau et, delà partie supérieure de la moelle, sont autant d’affections dans lesquelles la déglutition peut devenir dillicile. La gêne de la déglutition a été désignée sous le nom de dysphagie (dyphagia)( l). Elle présente plusieurs variétés assez remarquables : quelques malades peuvent avaler les liquides , et ne peuvent point avaler les substances solides : c’est ce qu on observe souvent dans l’angine , chez d’autres, comme on le voit dans la paralysie, la déglutition des solides est encore possible, mais celle des liquides ne peut plus avoir lieu. Ces phénomènes opposés ont été expliqués d’une manière assez satisfaisante : dans l’angine, la membrane muqueuse , enflammée , ne peut pas supporter le contact d un corps solide; et dans la paralysie incomplète, les muscles du pharynx , affaiblis dans leur action, ne peuvent pas se contracter assez exactement pour conduire les boissons de la bouche dans l’œsophage; mais ils peuvent encore y pousser un corps plus volumineux et plus consistant , comme le hol alimentaire proprement dit.

Morgagni (2), d'après une dissertation de Spies sur la déglutition, parle d’une singulière variété de dysphagie observée chez

(1) a-jç, difficilement; «pà-yw, je mange.

(2) De Sedibus cl Causis morb. , epist. xxyii, i , art. 14.

DES SYMPTOMES

un vieillard : loute espèce d'alimens pouvait être avalée, mais le dernier bol alimentaire restait dans l’oesophage jusqu’au repas suivant, à moins que, dans l'intervalle, il ne fut rejeté par la bouche , dans un effort de toux. Pour expliquer ce phénomène , Morgagni suppose que l’action seule des libres œsophagiennes était insuffisante pour porter du pharynx dans l’estomac le bol alimentaire, qui ne pouvait y parvenir qu’autant que le poids d’un autre bol se joignait à la contraction de l’œsophage. Il rapproche fort ingénieusement ce trouble de la déglutition d’une lésion à. peu près semblable que présente chez quelques vieillards l’excrétion de l’urine : la vessie peut encore expulser une portion de l’urine qu’elle contient, mais elle est incapable de se vider complètement.

La déglutition peut devenir impossible par des causes analogues à celles qui la rendent difficile.

L’impossibilité absolue d’avaler les liquides , jointe à l’horreur pour toute espèce de boissons, constitue l’ hydrophobie (1) , symptôme qui accompagne presque toujours la rage, et qui survient quelquefois dans les affections typhoïdes et l’hystérie. Lorsque ce symptôme existe, l’aspect de I eau ou de quelque corps brillant détermine souvent des convulsions presque tétaniques.

La déglutition peut être dépravée de deux manières : 1° il y a effort continuel pour avaler , et action successive des muscles destinés a cet usage, sans qu il y ait d’alimens dans la bouche : c’est ce qu’on observe dans l alongement de la luette et dans quelques affections nerveuses; 2° les alimens portés dans barrière-bouche, au lieu d’ôtre transmis dans l’œsophage , passent, soit dans les losses nasales , comme cela a été souvent observé dans les maladies du voile du palais, soit dans le larynx, ce qui est plus rare et beaucoup plus grave, et n’a guère lieu que dans les cas d ulcérations de l'ouverture supérieure du larynx (Archives, septembre 1839, mémoire de M. Barth), ou dans 1 agonie et chez les malades qui boivent malgré eux. Il est A peine nécessaire d ajouter que, dans les cas d ulcération, de rupture ou

(1) Y o o o y 1 de -jo/jip, eau; 'iMo;, crainte.

DES SYMPTOMES

de plaie de 1’œsophage, les alimens peuvent s'échapper ail dehors ou passer dans la cavité de la poitrine.

11 est encore un autre dérangement de la déglutition dans lequel les liquides versés dans la bouche traversent l'oesophage en vertu de la seule pesanteur, et produisent, par leur chute dans l'estomac , un bruit semblable à celui qu'ils détermineraient s ils étaient transmis par un tube inerte. Ce symptôme n'a lieu que chez les moribonds.

F. La digestion stomacale devient rarement plus active dans les maladies : cependant on voit quelques maniaques chez lesquels l’action de l’estomac parait véritablement s’exercer avec plus d’énergie que dans l’état de santé-, mais, chez le plus grand nombre des malades, elle est affaiblie , comme on peut le reconnaître à la pesanteur épigastrique, au malaise général qui suit le repas et ù l’exaspération qui survient alors dans les symptômes. Les malades même qui ne prennent point d’alimens éprouvent souvent divers phénomènes qui indiquent le trouble des tondions de l’estomac : telles sont les nausées, les vomituritions, les régurgitations , les vomissemens et la douleur épigastrique.

1° G. Les nausées Çnauseœ ) consistent dans un simple désir de vomir, les vomituritions ( vomituntio ) dans des efforts inutiles pour débarrasser l’estomac. Ces deux symptômes accompagnent beaucoup de maladies, et particulièrement celles des organes digestifs.

2° On a décrit aussi , sous le nom de soubresaut épigastrique (subsu/lus prœcordiorum'), un phénomène particulier qui consiste dans des secousses convulsives imprimées à l'estomac, qui ne peut ni admettre de nouvelles substances , ni expulser celles qu il contient, malgré les efforts que fait le malade pour s’en délivrer.

3° La régurgitation ( regurgitaho ) est l’acte par lequel certaines substances gazeuses ou liquides, rarement solides, remontent par gorgées de l'estomac ou de l’oesophage dans la bouche, sans être accompagnées dis efforts qui sont propres au vomissement. On donne le nom de renvois aux matières rejetées par la régurgitation. Celle-ci présente des variétés selon qu elle est complète ou

DES SYMPTOMES

incomplète, c’est-à-dire selon que les matières remontent jusque dans le pharynx et la bouche , ou bien qu’elles s’arrêtent dans quelque point de l’œsophage pour redescendre ensuite dans l’estomac; selon qu elle est rare ou frequente ; selon enfin qu elle soulage les malades ou qu’elle ajoute à l’intensité de leurs souffrances.

Les renvois ou substances rejetées par la régurgitation sont gazeux, liquides ou solides; les gaz ou rapports (ru et us) peuvent être inodores , comme on l’observe dans les maladies nerveuses ; exhaler l’odeur de l’hydrogène sulfuré (œufs pourris), celle des ahmens pris dans le dernier repas , ou avoir quelque chose de rance (ructus nidorosi) (1), comme dans les indigestions. — Les liquides qui reviennent par gorgées dans la bouche sont quelquefois insipides ; ils sont aigres dans le cancer stomacal , amers

dans 1 embarras bilieux , âcres et brùlans dans la pyrosis.

Quant aux matières solides rejetées par la régurgitation , ce sont presque toujours quelques résidus des digestions précédentes qui n’ont pas subi l’élaboration nécessaire. Le plus souvent, les rapports sont gazeux ou liquides; quelquefois, il y a simultanément régurgitation de liquides et de gaz. Les matières solides sont presque toujours accompagnées d’une certaine quantité de liquide.

On doit rapprocher du phénomène dont nous venons de parler, la rumination ou le mcrycisme (2), qui consiste dans l’action de mâcher une seconde fois les alimens ramenés dans la bouche en petite quantité, par l’effet d’une sorte de contraction antispéristaltique de l’estomac et de l’œsophage. Cette affection sur laquelle le docteur Ginlrac, de Bordeaux , a publié un mémoire fort intéressant, est le plus souvent congénitale. Toutefois, on l’a vue survenir accidentellement chez des vieillards atteints d affection cérébrale, chez lesquels il y avait à la fois

(C Le sens du mot nidoreux n’est pas bien déterminé : il indique dans son acception étymologique , l’odeur des matières animales en’ combustion ; mais la plupart des auteurs l’ont employé pour exprimer une odeur repoussante.

(2) Mnpuzto-po;, rumination.

194 »ES SYMI'TOMES.

mastication insuffisante et ingestion d une quantité trop giande d’alimens : peu après les repas, les alimens, remontant par gorgées jusque dans la bouche , étaient mâchés de nouveau et avalés une seconde lois, sans que ces vieillards parussent en être incommodés

ni contrariés en aucune manière.

4° Le vomissement (vomitus) est l’acte par lequel les substances liquides ou solides contenues dans 1 estomac sont rejetées par la

bouche avec effort et en certaine quantité.

Le vomissement a beu dans des circonstances très-diverses, et peut avoir son point de déport, soit dans 1 estomac lui-mème, soit dans des points plus ou moins éloignés de l’économie. On l’observe dans l’embarras gastrique, dans la simple indigestion, dans la gastrite, dans le ramollissement et dans le cancer de 1 estomac. Les affections des diverses parties contenues dans la cavité abdominale qui peuvent donner lieu au vomissement sont les inflammations et les lésions organiques du péritoine , des intestins , du foie, des reins, de la vessie, du tissu cellulaire des fosses iliaques, de l’utérus , les hernies intestinales et épiploïques, l'occlusion des intestins, quelles que soient les causes qui les produisent , les coliques hépatiques, néphrétiques et saturnines, 1 état de grossesse. Les phlegmasies thorachiques, et spécialement la bronchite aigue, la coqueluche, les tubercules, donnent souvent lieu, au milieu des quintes de toux , à des vomissemens opiniâtres ; quelques angines pharyngées et gutturales , la simple infiltration de la luette , produisent aussi des vomissemens sympathiques, qu’on observe également dans quelques affections du cerveau. On voit encore fréquemment les vomissemens survenir chez les sujets nerveux, par suite d’une secousse morale ou physique-, diverses maladies aigues et particulièrement les fièvres éruptives débutent par des vomissemens. On peut juger par la fréquence de ce symptôme, par la multitude d’affections dans lesquelles il a lieu, combien il importe au médecin d’en étudier toutes circonstances , pour remonter â la connaissance de la maladie à laquelle il appartient. Nous reviendrons sur ce point dans le chapitre consacré au diagnostic.

Les matières rejetées par le vomissement diffèrent â raison de

DES SYMPTOMES. 195

leur nature, de leur consistance, de leur quantité, de leur couleur et de leur odeur.

Les matières vomies sont tantôt des résidus de la digestion , comme dans I invasion des maladies aiguës ; tantôt des mucosités, de la bile jaune ou verdâtre, des médicamens de toute espèce, des substances vénéneuses dans les cas d’empoisonnement, etc! On voit des vomissemens 1° de sang liquide ou coagulé dans’ l’hémorrhagie presque toujours symptomatique de l’estomac; 2° de matière brune, noire, pultacée, semblable à du chocolat ou à du marc de café , dans le cancer de cet organe ; 3" de pus , lorsqu’un abcès se fait jour dans sa cavité; 4° de matières fécales, lorsqu'une cause quelconque détermine l’occlusion des intestins. Nous avons vu , à 1 Hôtel-Dieu, un homme atteint de rhumatisme articulaire, puis de dysenterie, rejeter, par le vomissement, des matières sanguinolentes et visqueuses ayant tout -à - fait l’aspect et le udume des crachats pneumoniques. Dans le choléra, les matières vomies ressemblaient à de l’eau de riz ou à du petit-lait ; nous les avons vues, dans un cas, ressembler exactement, pour la couleur et la consistance , à du lait véritable. On trouve quelquefois aussi , dans les matières rejetées par le vomissement, des vers lombricoïdes, des hydatides, des calculs biliaires ; on y a vu enfin des portions de kystes, des fausses membranes ou des tumeurs qui s’étaient détachées de la surface interne de 1 estomac, ou de quelque autre point peu éloigné du canal digestif.

La consistance des matières vomies est variable ; presque toujours elles sont liquides, tantôt claires et aqueuses, tantôt épaisses, visqueuses, semblables à de la pâte. Elles sont quelquefois mêlées a une certaine quantité de gaz ou de matières solides , comme cela a lieu dans l’indigestion. — La quantité de matières rejetees peut être très-différente ; il importe , dans beaucoup de cas , de la connaître assez exactement , surtout dans le vomissement de sang et de pus. Leur couleur et leur odeur sont ordinairement subordonnées à leur nature.

Chez quelques sujets, au milieu des efforts les plus violens de

J 96 DES SYMPTOMES

vomissement, l’estomac ne rejette que des gaz le plus souvent insipides et inodores , produit d’une simple exhalation. C’est ce qu’on observe spécialement dans le cours de certaines névroses, et , en particulier, chez les femmes hystériques. Dans le cas unique de choiera sec , observé par Sydenham dans 1 automne de 1669 , il y avait éruption de gaz par haut et par bas, sans autre

excrétion.

5° La douleur dont l’épigastre est le siège offre de grandes variétés sous le rapport du caractère , du type , de 1 intensité , et surtout des causes qui peuvent y donner heu. Les principales sont : l’ inflammation de l’estomac , la présence dans ce viscère < e substances indigestes ou de poisons, les diverses allections organiques dont il est le siège , le rhumatisme des muscles de cette région, le pincement d’une portion de l’épiploon dans un ecartement de la ligne blanche ; une inflammation du péritoine , une affection quelconque du foie ou du pancréas, une affection aigue ou chronique des poumons et du péricarde accompagnée d une toux fréquente , des (lueurs blanches , une pression habituelle exercée sur l’épigastre par des corsets trop étroits, une affection hystérique, etc. Cette énumération , tout incomplète qu’elle est, suffit pour faire voir combien était grande l’erreur de ceux pour qui toute douleur épigastrique était l'indice d’une inflammation de l’estomac. 11 n’est presque aucune maladie grave que la douleur

épigastrique ne puisse accompagner.

6* La douleur d’estomac se présente quelquefois avec un caractère particulier qui lui a fait donner alors une dénomination spéciale , celle de crampe d'esiomac : elle est comparée , par les malades , à la douleur que causent les crampes des muscles du mollet , et détermine ordinairement la flexion forcée du tronc en

avant pendant tout le temps qu elle dure.

7u II est encore un autre sy mptôme fourni par l’estomac et dont les auteurs n’ont pas parlé : c’est un bruit particulier, une soi te de gargouillement, que font entendre les boissons et les gaz contenus dans ce viscère, lorsqu’on imprime au tronc une secousse un peu forte, ou lorsqu’on exerce avec la main une pression îa-

DES SYMPTOMES

pille et plusieurs fois répétée sur la région épigastrique. Ce phénomène a surtout lieu dans les maladies qui sont accompagnées de distension des parois stomacales, et spécialement dans le cancer du pylore. On le rencontre quelquefois chez quelques individus bien portans.

G. Les symptômes fournis par le conduit intestinal sont moins nombreux et plus difficiles ù saisir. On peut y rapporter ces mouremens intérieurs qu’éprouvent les malades atteints de diarrhée , cette commotion et ces tortillemens que d’autres ressentent dans le début de la dysenterie ; ces douleurs variées , mobiles , plutôt sourdes qu’aiguës, donnant lieu quelquefois à des sueurs froides et à des défaillances, et qu’on désigne sous le nom de coliques intestinales , ou simplement de coliques , et qui ont lieu dans

I inflammation des diverses parties du conduit intestinal , et particulièrement du colon; enfin, ces iuméjaciions partielles du ventre produites par la distension gazeuse de quelque point du conduit intestinal, ou par l’agglutination des intestins entre eux , etc. Ces symptômes n’ont besoin que d’être énumérés.

II en est quelques autres qui doivent être exp'osés plus en détail : tels sont les borborygmes, ainsi que les divers cbangemens qui surviennent dans le cours et l’excrétion des matières et dans ces

matières elles-mêmes.

1° On donne le nom de borborygmes ( borborygmi ) (1) aux Inuits que produisent dans 1 abdomen, en changeant de place* les gaz qui y sont contenus. Ces bruits accompagnent l’embarras intestinal et l’bypochondrie ; dans l’état dosante parfaite, il n’est pas rare de les observer particulièrement ebez les femmes , et comme nous lavons dit ailleurs, la compression habituelle du ventre paraît en être la principale cause.

2° Il est un autre bruit intestinal qui a quelque analogie avec les borborygmes, mais qui en diffère parce qu’il est plus humide et ordinairement plus circonscrit : c’est le (gargouillement qui se lait entendre dans les hernies des intestins, particulièrement lors-

(1) Bo f>Sop\>qy.àç, de pop6opvÇw, je fais un bruit sourd.

DLS SYMPTOMES.

qu’on pratique le taxis pour en amener la réduction : il est produit ici, comme dans l’estomac, comme dans les cavernes des poumons, par le choc des matières liquides et gazeuses contenues dans une cavité. Un gargouillement analogue peut avoir lieu dans le rétrécissement squirrheux et dans l’étranglement interne d'un intestin, et aider au diagnostic. Mais c’est particulièrement dans la maladie typhoïde que le gargouillement borné à la région cœçale et accompagné ordinairement de douleur locale à la pression, devient un signe important et d’une application journalière. En effet , de toutes les affections aigues, la lièvre typhoïde est la seule dans laquelle ce gargouillement existe, et il s’y rencontre d’une manière presque constante , bien qu'à des degrés divers d'intensité et de permanence : il est dû à Y altération particulière dont la valvule iléo-cœcale est le siège, altération qui occupe la fin de 1 intestin grêle et qui est propre à cette maladie. Dans 1rs cas où le diagnostic est obscur, ce phénomène peut avoir beaucoup de valeur.

3° Le cours des matières alimentaires au travers du conduit intestinal peut être ralenti ou accéléré, comme nous le verrons plus bas, en parlant de leurs caractères. Dans quelques circonstances, par suite de lésions graves et rares survenues dans les intestins, les matières alimentaires peuvent parvenir vers la fin de ce conduit sans en avoir parcouru toute la longueur. .1 ai ouvert, à la Salpêtrière , le cadavre d’une femme très-avancée en âge , chez laquelle, par suite d'une maladie de la vésicule du fiel, une large communication permettait au doigt indicateur de passer du duodénum dans la vésicule agrandie, et de celle-ci dans le colon transverse; une bouillie jaunâtre, remplissant ces trois organes . montrait clairement la route que suivaient pendant la vie les matières alimentaires. On a vu plusieurs fois des perforations, établies entre deux anses intestinales contiguës, produire une disposition semblable. Ces malades sont dans des conditions analogues à celles que produit un anus contre nature.

■Y' L’excrétion alvine ou défécation ( alvina excreiio, defcecatio) est l'acte par lequel les matières contenues dans le rectum sont

DES SYMPTOMES

transmises nu dehors. Elle peut ùtre plus fréquente ou plus rare que dans l’état naturel ; ce qui constitue, dans un cas, le dcxoicment ( fl/n/5 cita), et dans l'autre la constipation (alvi obstipatio, air h s compressa).

Ces deux symptômes sont si fréquens, qu’il n'est presque pas de maladie sérieuse dans laquelle on n’observe l'un ou l'autre, et quelquefois les deux successivement. La constipation et le dévoiement sont , dans quelques cas , portés à un point qu’on a peine à croire : on a vu quelques malades être plusieurs mois sans aller à la selle; on en voit d'autres au contraire chez qui les excrétions sont tellement fréquentes, qu’il n’y a pour ainsi dire point d'intervalles entre elles. J'ai vu, à l’hôpital de la Charité, un malade qui fut obligé , pendant plusieurs jours , de conserver sans cesse un bassin sous lui : les excrétions étaient si fréquentes et si rapprochées qu’on avait à peine le temps de vider le vase qui recevait les matières.

La constipation , quand elle est habituelle , et qu’elle ne dépasse pas certaines limites, ne présente rien île sérieux, quelquefois môme rien de morbide. On voit des individus chez lesquels les selles n’ont lieu que tous les huit , dix et même quinze jours , sans que leur santé en éprouve d’ailleurs aucun trouble. Il en est autrement quand la constipation survient accidentellement et contrairement aux habitudes individuelles , surtout si elle est accompagnée d'autres dérangements dans la santé : elle tient alors, soit à un état de paresse des intestins, soit à quelque obstacle au cours des matières. Dans le plus haut degré de la constipation l’intestin distendu rejette par la bouche les matières qui ne peuvent plus être excrétées par l’anus. On désigne sous le nom d 'iléus ce phénomène complexe , marqué par l'interruption des évacuations alvines et les vomissements des substances contenues dans l’estomac et les intestins. L'ileus, que les anciens considéraient comme une maladie, mais qui n’est qu’un symptôme, peut être produit par toutes les causes qui déterminent l’occlusion des intestins, telles que 1 étranglement externe ou interne, l’invagination, le rétrécissement squirrheux , une tumeur développée hors de l’intestin ou dans sa

OES SYMPTOMES

cavité, un corps étranger, et quelquefois, surtout chez les vieillards, un amas de matières fécales très-volumineuses et très-dures. Cette dernière cause peut donner lieu à une sorte de fièvre hectique, qu’on a nommée stercorale, et entraîner la mort. Il importe que le médecin connaisse toutes les causes qui peuvent donner lieu h la constipation et à l'ileus , qui en est quelquefois la conséquence.

L’excrétion alvine peut être accompagnée de douleurs à l'anus ou dans l'abdomen : ces douleurs ont presque toujours lieu dans la constipation : elles manquent quelquefois dans le dévoiement commençant; mais elles surviennent souvent lorsque ce symptôme dure depuis quelques jours et que les excrétions ont été très-fréquentes. Dans quelques affections du rectum, l'excrétion des matières est extrêmement douloureuse. Quelquefois à cette douleur dans l'excrétion se joint un besoin continuel et inutile d’aller à la selle, avec chaleur et cuisson autour de l’anus : c’est ce qui constitue le ténesme ou les èpreintes ( tenesmus , clesidendi conatus ), symptôme propre à la dysenterie. Tantôt ces èpreintes n’amènent aucune excrétion , tantôt un peu de mucus sanguinolent est exprimé avec de violons efforts. On ne doit pas confondre le ténesme avec les douleurs que provoque l’excrétion des matières fécales chez les gens affectés d’hémorrhoïdes , de gerçure ou de rétrécissement à l’anus : dans tous ces cas , les matières excrétées sont liées , consistantes comme dans l’état de santé ; elles agissent mécaniquement sur la partie malade qu’elles irritent, mais le besoin d’aller à la selle ne se fait sentir qu’à des intervalles éloignés, et toute douleur cesse ou diminue beaucoup dans l’espace de temps qui sépare les excrétions. Dans le ténesme, au contraire, les douleurs et le besoin d'excréter sont continuels; il y a un changement remarquable dans les matières, ou même il n’y on a point d’excrétécs. Le ténesme n indique pas nécessairement une affection du gros intestin. Ce symptôme peut en effet dépendre quelquefois de la pression qu’exerce sur le rectum une tumeur du bassin ou l’utérus vers la fin de la gestation, (.liez l’homme, le ténesme peut aussi résulter de la présence d un calcul plus ou moins volumineux dans la \ossie.

DES SYMPTOMES

L’excrétion alvinc a lieu , dans quelques circonstances, sans la volonté du malade. Ce symptôme se présente sous plusieurs formes différentes : l°dans quelques diarrhées le malade, en croyant rendre des gaz, laisse échapper involontairement des matières fluides; le même phénomène a fréquemment lieu dans le squirrhe du rectum; 2° d’autres fois il éprouve un besoin très-pressant de rendre des matières, et l'excrétion a lieu malgré les efforts qu’il fait pour la retarder; 3° ailleurs l’excrétion se fait sans que le malade en ait été prévenu par aucune sensation , et quelquefois même il ne s aperçoit pas qu elle ait eu lieu : c’est ce qui arrive dans la violence des maladies aiguës et dans le déclin de quelques maladies chroniques. Cette incontinence des matières fécales a été observée aussi dans les affections de la moelle épinière ; l’excrétion involontaire de ces matières ou des gaz intestinaux est souvent en effet le premier indice de ces maladies.

Il est quelques cas dans lesquels l’excrétion des matières fécales ofire une autre espèce de désordre : les matières sont transmises au dehors avant d avoir parcouru toute la longueur du conduit intestinal. À la suite d’abcès ouverts dans les intestins ou d'une blessure de ces organes , et bien plus souvent après la gangrène d'une entérocèle étranglée, il s’établit, à l’endroit de la plaie ou de la tumeur herniaire, soit une petite ouverture par laquelle passe une partie des matières et qu’on nomme/i/a/e stercoi ale , soit un anus supplémentaire ou contre nature qui les transmet au dehors exclusivement et presque sans interruption.

Dans quelques cas où l’intestin s’ouvre dans la vessie, les matières fécales sont rejetées au dehors mêlées aux urines, mais elles trouvent là un sphincter qui les retient , et soustrait les individus qui sont atteints de ce mal à la dégoûtante condition des autres especes d’anus contre nature. Dans un cas fort remarquable , et peut-être unique dans les annales de la science, les matières fécales s’étaient frayées une route beaucoup plus extraordinaire. Lne vieille femme fut admise à l’ Hôtel-Dieu (service de M. le docteur îlusson), dans un état de faiblesse si grande qu’elle ne put do.rnei aucun renseignement sur sa maladie. On sut seulement

202 DUS SYMPTOMES

(juo son lit était continuellement sali par des matières diarrhéiques.

A l’ouverture du corps, on trouva les gros intestins entièrement remplis par des fœces volumineuses , dures comme la pierre , et qui devaient y être amassées depuis plusieurs mois. On reconnut ensuite que, par l’effet d’une perforation cancéreuse, une communication s’était établie entre l'intestin grêle et le fond de l’utérus; que les matières fécales passaient en totalité dans la cavité de ce dernier organe , traversaient le vagin et s’écoulaient par la vulve. Les pièces anatomiques m’ont été présentées par M. le docteur llusson tils, et j’en ai fait la démonstration aux élèves de la clinique, dans l’ amphithéâtre de l' Hôtel-Dieu.

4° Les matières excrétées ou excrèmens {fœces) offrent , dans l’état de maladie, des altérations très-nombreuses relatives à leur nature, à leur consistance , à leur quantité , à leur couleur, a leur odeur, à leur forme, aux corps étrangers qui s y trouvent.

Les matières peuvent être aqueuses , comme dans le flux intestinal dont fut atteint Morgagni, comme dans la diarrhée séreuse ; elles sont muqueuses, semblables à du blanc d’œuf ou a du frai de grenouilles dans quelques colites chroniques , bilieuses dans un grand nombre d affections ; leur mélange avec une certaine quantité de chyme constitue le Jlux cœliaque {fluxus cœliacits ) (1); elles offrent des alimens à demi digérés dans la hentene {, lienieria ) (2) ; on y voit quelques stries de sang dans certaines diarrhées où les selles sont très-fréquentes ; le sang est en quelque sorte fondu uniformément dans les mucosités des dysentériques ; du sang pur et liquide s’écoule par 1 anus, quand d vient du rectum , dans le flux hémorrhoïdal en particulier; il est noir et altéré quand il vient de l’estomac, comme on 1 observe souvent, a la suite d’une hématémèse, chez les sujets atteints du cancer stomacal. Le sang noirâtre, dissous, très-fétide, rendu en abondance par l’anus, dans le cours d’une fièvre continue, indique d’une manière à peu près certaine l'existence d ulcérations dans

(1) Koàta, ventre.

(2) Asisvt ma, de lisse, et de ïviepov, intestin.

DES SYMPTOMES

les glandes de Pcver, et devient dans quelques cas obscurs un signe diagnostique très-important; car de toutes les affections aiguës qu'on observe dans notre climat, la maladie typhoïde est la seule à laquelle appartiennent ces hémorrhagies. Enfin, un écoulement fréquent ou continuel , souvent involontaire, de matières sanieuses et stercorales, est un des signes caractéristiques du cancer rectal et de quelques fistules à l’anus. — Enfin , les matières peuvent être mêlées de pus dans l'inflammation chronique et dans l'ulcération des intestins; elles sont entièrement purulentes lorsqu'un abcès, contigu au conduit intestinal, s’y ouvre un passage et y verse le fluide qu’il renferme.

Los matières excrétées par l'anus peuvent être sous formes gazeuse, liquide ou solide. — La fétidité des gaz augmente dans l’embarras intestinal et les fièvres putrides; leur quantité devient plus considérable chez les hypochondriaques , qui se trouvent soulagés par leur sortie : cette excrétion est quelquefois suspendue dans la constipation opiniâtre; elfe est douloureuse dans l’inflammation des tumeurs hémorrhoïdalcs, dans la dysenterie, etc. — Les matières excrétées sont, dans quelques maladies, plus dures que dans 1 état de santé, dans le cancer stomacal, par exemple, et surtout dans la colique des plombiers : dans ce dernier cas , elles forment de petits globules noirs et très-consistans , semblables aux excrémens des brebis : en dit alors, par ce motif, que les matières sont ovillées (1). — Lorsqu’elles sont liquides, leur consistance peut varier depuis celle de l’eau jusqu’à celle de la bouillie : dans ce dernier cas, on dit quelles sont pullacêes (2).

La quantité des matières excrétées présente de grandes différences , soit dans chaque excrétion en particulier , soit relativement au nombre de fois que 1 excrétion a lieu dans un temps donné. Au début de la dysenterie, le mucus expulsé est en quantité si petite qu'il ressemble à un crachat, et que le linge qui le reçoit en est a peine taché. Dans certains dévoiemens qui succèdent à une constipation opiniâtre, dans le rétrécissement squirrheux des

(1) Ouïs, brebis.

(2) Pu(s,pultis, bouillie.

DES SYMPTOMES

intestins, par exemple, line seule excrétion fournit quelquefois plusieurs livres de matières. Lorsque les excrétions sont très-fréquentes, comme dans la dysenterie observée par Zimmermann , où quelques malades allaient jusqu’à deux cents fois à la selle eu douze heures, la quantité de matière excrétée finit ordinairement par être considérable.

La forme des matières fécales est quelquefois importante à connaître: c’est ainsi que dans certains cas de cancer du rectum non encore ulcéré, les matières évacuées sont alongées, souvent aplaties en manière de rubans, et comme passées à la filière; elles donnent en quelque façon la mesure et la forme du rétrécissement de l’intestin.

Les matières sont quelquefois pellucides et incolores , ordinairement troubles et colorées, le plus souvent jaunes, brunâtres ou verdâtres, quelquefois blanches, noires ou rouges. — La couleur jaunâtre plus ou moins foncée des selles dépend de la quantité de bile qu’elles contiennent. Le docteur Bright pense que leur couleur d'un jaune d’ocre dans l’affection typhoïde indique la période d ulcération des intestins. Cette opinion du pathologiste anglais n’a pas encore été vérifiée. Des matières alvines fluides où se trouvaient en plus ou moins grande quantité des grumeaux épais et blanchâtres, ou ressemblant à une décoction de riz ou à du petit-lait mal clarifié , étaient caractéristiques du choléra indien : des analyses chimiques faites à Moscou, à Varsovie, à Berlin, à Londres et à Paris, ont montré qu’une portion des élémens du sang, le sérum et les sels, étaient alors évacués par l’intestin , et que les flocons blancs étaient formés par de 1 albumine concrétée qui semblait être en excès chez les cholériques.

La couleur noir foncé ou noir d’encre des selles est généralement un indice qu elles contiennent du sang; la couleur d un xert sombre dépend de la présence de la bile. Quelquefois les matières excrétées ressemblent à du chocolat ou à du marc de café, ce qui indique alors qu’une exhalation sanguine s’est laite dans un point élevé du tube digestif, et spécialement dans 1 estomac : c’est du sang qui a subi un certain degré de digestion.

DES SYMPTOMES

La fétidité propre aux excrémens augmente souvent beaucoup dans l’état de maladie; on connaît l’odeur cadavéreuse qui leur est propre dans les lièvres ad) mimiques, et celle qui accompagne les ulcérations chroniques des intestins. Elles exhalent une odeur de macération anatomique dans certaines dysenteries malignes.

Les matières fécales peuvent contenir des corps étrangers, formés à l'intérieur ou venus du dehors. On a vu plusieurs fois, dans les matières excrétées , des pellicules ou lambeaux membraneux qui paraissaient être le résultat de la phlogose de la tunique muqueuse, ou le produit de l’ulcération ou de la gangrène de cette membrane; on y a même reconnu des portions d’intestins qui s’étaient séparées du reste de ce conduit par suite de la gangrène d’une anse intestinale invaginée; on y a trouvé des tumeurs , des calculs biliaires ou stercoraux , des vers de différentes espèces , etc.

Quant aux corps étrangers venus du dehors, ils offrent la plus grande variété : quelquefois ce sont des substances qui ne sont pas propres à nourrir; d’autres fois ce sont des matières alimentaires qui n’ont pas subi convenablement l’action des organes digestifs. On a vu des graines enveloppées de leur épiderme (1), des pois secs, par exemple, être rendus encore intacts au bout de plusieurs mois.

Les changemens qui surviennent, chez l’homme malade , dans la nature, la consistance, la quantité et la couleur des matières excrétées, ne dépendent pas seulement de la maladie ; ils peuvent être aussi l’effet des remèdes. Tout le monde connaît l’inlluence des purgatifs sur la fréquence des excrétions alvines et la consistance des matières excrétées. La rhubarbe leur donne une couleur jaune et quelquefois une teinte rouge semblable à celle de l’eau dans laquelle on a fait dissoudre quelques gouttes de sang. Les préparations ferrugineuses les colorent en noir , probablement par la formation d’un sulfure de fer; et le calomel, en vert très-foncé. Dans cette circonstance comme dans toutes les autres , il importe

(1) De Sedib. et Caus. morb., epist. xxxi, art. 27.

de ne pas confondre les phénomènes de la maladie avec ceux qui sont produits par les remèdes.

SECTION II

Dès Symptômes fournis par la respiration.

Dans l’état de santé, la respiration est facile, égale, sans hruit ; sa fréquence, c’est-à-dire le nombre d inspirations et d’expirations dans un temps donné , est relative à l’àgc et aux diverses conditions propres à chaque individu. Le nombre des respirations est en général de trente-cinq par minute dans la première année , de vingt-cinq dans la seconde, de vingt à la puberté, et de dix-huit dans l’âge adulte. 11 est un peu plus considérable chez la femme, chez les personnes vives et' d’une stature petite, que dans les conditions opposées; ce nombre augmente chez tous les sujets après les grands mouvemens , les efforts de déclamation , les émotions profondes, etc. La dilatation de la poitrine dans l’enfance a lieu principalement par le mouvement des côtes; dans la vieillesse, par celui du diaphragme; dans l’àge adulte, par 1 un et 1 autre a la fois.

Chez l’homme malade, la respiration offre un grand nombre de symptômes. Nous exposerons d’abord ceux qui appartiennent aux mouvemens alternatifs d inspiration et d expiration ; nous parlerons ensuite de ceux qui sont accidentels , comme la toux , l’éternument , etc.

§ I. — La respiration , considérée dans les mouvemens alternatifs d’inspiration et d’expiration , fournit un grand nombre de changemens relatifs, 1° à la fréquence de ces mouvemens, 2° à leur vitesse, 3° à la quantité d’air inspiré et expiré, 4° a la dilficullé de la respiration , 5° à ses inégalités , 6° au bruit qui 1 accompagne , 7° aux qualités de l’air expiré ; 8° enlin il faut joindre à ces phénomènes ceux que fournissent 1 auscultation , la succussion, la percussion, l’inspection et la mensuration de la poitrine.

Pour bien apprécier ces divers changcmens , le médecin doit faire en sorte que le malade soit assis, ou couché sur le dos; il doit attendre que l’émotion occasionnée par sa présence soit calmée , et ne point paraître alors examiner cette fonction , parce qu'elle est tellement sous l’influence de la volonté, quelle cesse de s'exercer suivant son rhythme ordinaire dés l’instant où la pensée du malade se fixe sur elle. Le moyen le plus simple pour arriver à ce but est de prendre le poids du malade pendant que l’on compte avec la montre à secondes le nombre des respirations qui a lieu dans une minute.

1° La respiration est frequente lorsque, dans un temps donné, dans une minute , par exemple , le nombre des inspirations et expirations est plus grand que dans l’état ordinaire ; elle est rare lorsque ce nombre est plus petit. Ce n’est guères que dans les affections cérébrales qu’on observe le ralentissement de la respiration. Sa fréquence, au contraire, est augmentée dans un grand nombre de maladies , et spécialement dans celles qui occupent les poumons et le cœur.

2° La respiration est vite lorsque les mouvemens d’inspiration et d’expiration s’exécutent avec rapidité; lente dans les conditions opposées. La vitesse et la fréquence, la lenteur et la rareté, existent simultanément dans la plupart des maladies dont le thorax est le siège. Néanmoins , dans quelques cas , dans la pleurésie , par exemple, la respiration est vite sans être fréquente , ou du moins sa vitesse surpasse de beaucoup sa fréquence; d’autres fois môme la respiration est vite et rare , comme on le voit souvent dans l’agonie, où le malade fait, à des intervalles éloignés, un effort rapide d’inspiration qu'il n’achève pas, et auquel succède un long repos.

3° La respiration est grande lorsque le volume d’air qui pénètre dans les poumons à chaque inspiration est plus considérable qu’à 1 ordinaire; elle est petite lorsque ce volume est moindre, comme dans la pleurésie et la péripneumonie.

La dilatation de la poitrine, et, par conséquent, la quantité d’air qui pénètre dans les poumons , 11’est pas toujours égale des deux

DES SYMPTOMES

côtés. Un épanchement pleurétique ou U hépatisation d’un poumon sont un obstacle plus ou moins complet à la pénétration de l’air dans le côté correspondant. Si l’on découvre la poitrine du malade, on reconnaît évidemment qu’un seul côté du thorax , celui qui est sain, offre, dans la proportion normale, les inouvcmens alternatifs d’expansion et de resserrement , et que l'autre reste immobile ou n’exécute que des inouvcmens bien plus bornés : c’est le côté malade. Si, au lieu d’examiner ces phénomènes par la vue seulement, on place en même temps une de ses mains sur chacun des côtés de la poitrine, au-dessous et en dehors des mamelles, on constate à la fois de deux manières ces différences, qui sont d’autant plus marquées que l'impuissance où est le malade de respirer avec les deux poumons l’entraîne à faire pénétrer dans celui qui est apte il remplir ses fonctions la plus grande quantité d’air possible.

4° La dyspnée ( dyspnœa ) (1), ou la difficulté de respirer, se présente sous plusieurs formes. La respiration est simplement laborieuse lorsque les efforts que fait le malade pour respirer ne l’obligent point à se tenir sur son séant. Souvent même cette dyspnée ne se révèle que lorsque les malades pressent leur marche, et surtout lorsqu'ils montent. Si la gêne de la respiration le force de rester assis , c’est X orthopnée (2) qu’on observe spécialement dans une période avancée des affections organiques du cœur, dans les accès de suffocation de l’emphysème pulmonaire et de l’asllune nerveux, dans I hydrothorax double et dans l’inflammation simultanée des deux poumons. Lorsqu en même temps il y a menace et danger de suffocation, c’est la dyspnée suffocante, anhèleuse; enfin, il est une dyspnée douloureuse , dans laquelle les mouvemens du thorax sont comme arrêtés par la douleur qui se fait sentir pendant qu ils s’exécutent, dans la pleurésie, par exemple. — La respiration haute ou sublime est celle dans laquelle le malade est obligé de se tenir assis, comme dans

(1) A-joirvoia : de <W;, difficilement, et jrviw, je respire.

(2) OpOorvoiu : de ôpOo;, droit, et do Trviw, je respire.

DES SYMPTOMES

V orthopnée, et de dilater le thorax , en élevant les côtes, comme dans la respiration grande. — La gène de la respiration est quelquefois portée au point que les contractions des muscles inspirateurs, et celles du diaphragme en particulier, sont comme convulsives ; la poitrine et le ventre s’élèvent alternativement , le cou est renverse en arrière, la pointe du sternum est entraînée à chaque msp.rat.on vers le rachis, surtout chez lesenfans, et dans quelques cas tous les muscles du corps sont dans un état de spasme qui indique a la fois l’anxiété du malade et l’impuissance où il est de dilater suffisamment sa poitrine. La respiration enfin peut être complètement suspendue, ce qui constitue X apnée (1). La gène de la respiration présente encore cette particularité remarquable , que tantôt inspiration et l’expiration sont également difficiles, et que tantôt 1 une déliés, et c’est toujours l’expiration , s’exécute avec quelque liberté, tandis que l’autre est très-laborieuse, comme

on observe dans la maladie connue sous le nom d’œdème de la glotte.

JJ.ms quelques cas de dyspnée habituelle , il „’est pas sans im. portance de fixer avec exactitude l’époque 4 laquelle ce phéno mené a commence; car celle connaissance peut conduire le méfiée,n a Jeter, mner quelle est la lésion organique qui produit ce trouble dans la respiration : il résulte en effet des recherches fie

V , °l"Se‘ J”cksQn ‘luo *» filmée qui remonte à l’enfance surtout quand elle est accompagnée d’accès, est un signe presque pathognomonique fie l’emphysème pulmonaire (l).

o" La respiration est inégal i- lorsque le volume d’air qui pé, 1ère dans le thorax est sensiblement différent dans un certain nombre ,1 inspirations successives ; elle est irrégulière lorsque les veinens alternatifs d’inspiralion et d’expirafion ne sont pas séparés par fies intervalles égaux , ou qu’ils n’ont pas lieu selon l’ordre accoutume: telle est la respiration intermittente, dans laquelle

tervalle qui séparé certaines expirations fie l’inspiration suivante est tellement long, qu’une respiration entière aurait pu (1) A privatif, rrviw, je respire.

(-j Méni. de la Soc. tnéd. d’ oh servi , p. 1S6.

DUS SÏMPTOMliS.

avoir lieu pendant ce temps; telle est encore la respiration interrompue (inierrupta) , dans laquelle l'inspiration et l’expiration ne se l'ont qu’à moitié, et se succèdent avec rapidité , sans être séparées par un temps de repos; telle est enfin la respiration entrecoupée , dans laquelle la dilatation du thorax a lieu par plusieurs mouvemens d’inspiration , et son resserrement par plusieurs expirations successives. Cette respiration est assez semblable à celle des personnes qui pleurent : on l’observe quelquefois dans l’hystérie, et souvent dans le frisson qui forme le premier

stade des fièvres intermittentes.

6° Dans l’état de santé , un frémissement à peine sensible accompagne la respiration ; un rondement plus ou moins fort peut avoir lieu dans le sommeil. Dans l’état de maladie, la respiration peut devenir sidlante, suspicieuse , luctueuse ou plaintive, stertoreuso ou râlante. - La respiration sifflante est caractérisée par ce bruissement aigu qu’on connaît sous le nom de sifflement , qui tantôt se fait entendre dans l’inspiration et l’expiration, comme dans l’emphysème pulmonaire porté au plus haut degre, et suitout dans la compression de la trachée par une tumeur , et tantôt n a lieU que dans l’inspiration, comme on l'observe dans quelques angines. — La respiration suspirieuse ( suspirtosa ) est celle qui présente par intervalles, à la suite d'une inspiration plus grande, une expiration prompte et accompagnée d’un bruit particulier qu’on nomme soupir. — La respiration plaintive ou luctueuse Uuctuosa) est caractérisée par des gémissemens qui se font entendre à chaque expiration ; on l’observe dans les phlegmas.es de poitrine et dans quelques fièvres graves. — Le bruit qui accompagne l’inspiration est quelquefois Jhilê, ou semblable au son produit par UI1 tuyau d’airain. Ce symptôme n’est point rare dans la derme.e période du croup ; dans quelques cas , mais beaucoup plus rarement, l’expiration seule est sonore , l’inspiration ne lait entonn e qu'un bruit obscur. - La respiration slerloreuse est celle qui lait entendre dans les mouvemens d’inspiration et d’expiration un son fort et vibrant; on l’observe dans l’apoplexie intense et dans le second stade de l’accès épileptique ; dans la respiration râlante, ce

UKS SYMPTOMES. 21 (

bruit est plus faible, f.e stertor diffère du ronflement par la des mouvemeiis de la poitrine qui accompagne le premier el”p lr I endroit où le son est produit ; le stertor parait avoir son sié-o dans la trachée et le larynx; le rondement, dans les fosses nasales ou 1 arrière-bouche.

7° Les cliangemens que l'état ,1e maladie détermine dans l’air expire ont rapport à sa température, à son odeur et à sa composition chimique. L’haleinc est brûlante dans la lièvre inflamma loue, Ironie dans les affections «dynamiques et dans le choléra. T0" 0lleur csl rloueeàtre dans quelques maladies fébriles , acide uans certaines affections de l’estomac. Dans quelques cas , celte acidité est tellement forte, que la chambre entière du malade en est empreignée ; ce symptôme dénote toujours une lésion grave tel estomac, dont la terminaison est le plus souvent funeste

P est fét,lle cl nauséeusa les fièvres bilieuses et dans

! 7 ';am* «aslnf c = fftt'lqoffoia elle est alliacée ou semblable odeur d un cadavre en macération, dans la gangrène du poumon , et dans certaines pleurésies chroniques avec perforation quelquefois meme avant que les crachats présentent ce caraccre. Il est a peine nécessaire de faire remarquer que l’odeur do au expire ne dépend pas seulement des maladies des organes de la respiration : celles dos dents , de la bouche , des fosses nasales u pharynx I altèrent également : c’est ce qu’on observe dans la salivation mercurielle , dans le gonflement scorbutique des «encives, dans I angine membraneuse du pharynx, dans les ulcéra-

lions Syphilitiques du gosier, affections dans lesquelles l’baleine est d une fétidité insupportable.

La chimie a fourni à l’histoire de l’homme sain des résultals

. precieux S“r dlan*cm™s que subit l’air atmosphérique

d. ns les poumons II est à regretter qu’elle ne nous ait pas éjlcment éclairés sur les modifications qu’apportent incontestablement •lans ces résultats les affections diverses dont les voies aériennes

Le""!,""0 !C S'ege' inflammatoire du pou-

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