C. Exhalations artificielles
Quant aux exhalations artificielles , elles sont , sous le rapport de la symptomatologie, d'une moindre importance que les autres. Cependant il n’est pas indifférent pour le médecin de connaître la quantité et la qualité du pus fourni par les cautères, les vésicatoires, les moxas ou les sétons; l’aspect de la surface exhalante mérite aussi une attention spéciale.
Dans les maladies où les forces se soutiennent , le pus des exutoires est en certaine quantité , il offre de la consistance , il est homogène et son odeur n’est pas repoussante ; la surface qui le fournil offre une couleur rosée ou rouge ; la sensibilité y est vive , sans être portée à un degré extrême. Dans les maladies qui marchent vers une terminaison funeste, le pus est presque toujours séreux ou d’une consistance inégale ; il est quelquefois mêlé de sang , et son odeur est souvent d’une fétidité extrême : la surface exhalante est pâle ou livide, quelquefois ecchymosée ou noire ; tantôt elle est insensible, tantôt le moindre contact y provoque des douleurs atroces. Lorsque les exutoires existent avant la maladie, il arrive souvent qu’ils se dessèchent peu de jours avant son développement, ou que la matière qu’ils exhalent offre des changemens remarquables.
§ II. Sécrétions proprement dites.
Dans l’état de santé , les sécrétions concourent , avec les exhalations, à maintenir l’équilibre général : les premières augmentent lorsque les secondes diminuent , et réciproquement. Dans 1 état de maladie, cet ordre est quelquefois conservé, mais ailleurs il est interverti, et l’on voit les unes et les autres simultanément augmentées ou diminuées. Dans la fièvre tabule observée à Naples par Cotwjno , il y avait à la fois sueurs continuelles , dévoiement , et flux copieux de l’urine. Dans la première et la seconde période de beaucoup de maladies aiguës , les sécrétions et les exhalations sont en même temps suspendues ; la peau est sèche, le ventre serré, 1 urino est rendue en petite quantité.
UES SYMPTOMES
Indépendamment de ce trouble général, on observe, dans les diverses sécrétions en particulier , des cliangemens que nous allons exposer.
1° Les larmes, dans l’état de santé, sont sécrétées en proportion telle, que l’œil et les paupières sont humectés, et qu’il ne s écoule aucun liquide sur les joues. Dans quelques circonstances, par 1 effet d aflections morales vives, par I impression d’un vent très-froid sur la figure, etc., les larmes sont sécrétées en plus grande abondance ; elles roulent, comme on dit, dans les yeux , ou même elles coulent sur le visage. — Chez l’homme malade, la sécrétion des larmes est rarement diminuée, elle augmente dans la première période des fièvres éruptives , et surtout de la rougeole, au déclin des accès d’hystérie et dansquelques formes de la monomanie. Les larmes sont aussi plus abondantes dans plusieurs maladies des yeux , et surtout dans l’opbthalmie ; toutes les fois que le tic douloureux siégé dans la branche ophthalmique de la cinquième paire, la sécrétion des larmes est augmentée, et ce liquide détermine quelquefois une sensation de chaleur et de brûlure dans les parties qu'il touche (1). Dans quelques cas, les larmes paraissent altérées dans leui natuie, elles sont plus âcres, au moins à en juger par 1 effet qu elles produisent sur la peau des joues, où leur passage est marqué par de la rougeur et des excoriations.
Le liquide sécrété par les follicules de Méibomius forme quelquefois une sorte de concrétion , qu’on désigne sous le nom de chassie, et qui a pour effet de coller et faire adhérer entre eux les cils, et, par conséquent , les bords libres des paupières. Cette altération de sécrétion s'observe dans la plupart des ophthalmies, et surtout , dans l'ophlhalmic des enfans, dans l’inllammation des paupières, telle que celle qui résulte de 1 extension d un érysipèle de la face. Enfin . les yeux deviennent souvent chassieux à la
(lj L écoulement des larmes sur la joue n’indique pas toujours une augmentation clans leur sécrétion. L'inertie des points et des conduits lacrymaux, le renversement de la paupière inférieure, l’obstruction du sac lacrymal ou du canal nasal , certaines maladies des paupières, peuvent ainsi produire le larmoiement ou epiphora.
DES SYMPTOMES
fin des maladies aiguës qui se terminent d’une manière funeste.
2° La sécrétion de la salive, chez l'homme sain, est abondante pendant les repas ; elle diminue et son excrétion cesse presque entièrement pendant l’intervalle qui les sépare, à moins quelle ne soit excitée par l’imagination ou par la mastication, etc. — Dans l’état de maladie, la sécrétion de la salive augmente quelquefois à un point considérable , soit par l’effet de la maladie elleméme , soit par l’effet des remèdes employés pour la combattre , comme les diverses préparations mercurielles. On désigne cet écoulement abondant de salive sous le nom de salivation ou de ptyalisme (1) ( salivai io , ptyalismus ) ; il est ordinairement accompagné de gonflement des gencives, des joues, de la langue, et plus rarement de la région parotidienne. On avait autrefois rapporté l’afilux des liquides dans la bouche à une augmentation de sécrétion dans les glandes salivaires (parotide , sous-maxillaires et sub-linguales), et attribué ce phénomène à une action élective du mercure sur ces glandes ; mais une observation plus exacte des faits montrant dans la membrane muqueuse de la bouche une intumescence considérable , et ne laissant apercevoir le plus souvent aucun gonflement dans les glandes salivaires, il est naturel de rapporter principalement l’abondante sécrétion, dont la bouche est le siège, à la membrane qui la revêt et aux follicules nombreux dont elle est tapissée, et de n’accorder qu'un rôle secondaire dans le phénomène de la salivation aux glandes salivaires proprement dites. La sécrétion salivaire est encore augmentée dans les plilegmasies de l’arrière-gorge, dans les aphthes, les ulcérations, la glossite, et pendant le travail de la dentition, qu’elle concourrait à faciliter, suivant la plupart des auteurs. Sydenham a beaucoup insisté sur le ptyalisme qu’on observe pendant la variole des adultes, commençant en général avec l’éruption, et cessant vers le douzième jour: il portait un pronostic fâcheux lorsque la salivation cessait avant ce terme. Toutefois, si l’on considère que cette salivation est due elle-même à une érup-
(1) de 7ttùw, je crache.
lion do pustules varioliques dans la bouche, on attachera moins d'importance au phénomène signalé par Sydenham.
La set 1 rl ion de la salive parait diminuée dans beaucoup de maladies aiguës, où la bouche est habituellement sèche. Elle parait rire altérée dans quelques névroses, où elle devient Acre et brûlante; dans quelques maladies de la vessie, où elle offre une saveur mineuse: dans Phydrophobie enfin , où elle s >mble acquérir la propriété contagieuse. Son excrétion devient difficile ou impossible, par l'obstruction ou l'oblitération des conduits excréteurs. Ce liquide peut s'écouler à l’extérieur dans les cas de plaie ou de fistule des conduits ou des glandes elles-mêmes.
La principale modification chimique qu'éprouve la salive est de passer de l’état alcalin à l’état acide. Cette acidité a été indiquée, par M. le docteur Donné, comme coïncidant le plus souvent avec un état d’irritation ou d'inflammation de l’estomac primitive ou secondaire, et ce médecin a pensé qu’on pourrait s en servir pour établir le diagnostic de quelques affections Gastriques. Mais les recherches faites à ce sujet par d’autres médecins n ayant pas été d’accord avec les résultats publiés par M. Donné, de nouveaux travaux sont nécessaires pour éclairer ce point litigieux. L’acidité permanente de la salive semble, comme l’ont avancé quelques auteurs, devoir exercer une certaine influence sur le développement de la carie dentaire. Enfin, l’acidité de h salive est une des causes les plus ordinaires de l’acidité de I haleine, dont il a été question précédemment (page 511) el nul mérite toute l’attention du médecin. " '
n; La Sécrétion et l'excrétion de la hile, chez l’homme sain ont heu sans aucun phénomène apparent ; la situation des organes pmoct 'MS de sui™ I® ctagemens qu'elles peuvent ,™ ”st,a pcu 1"'“ dc ""'""f dans l’état de maladie- l’ou. 'T *? Cada,ros lail *»"«>* reconnaître dans ce liquide lui meme et dans la disposition de ses conduits excréteurs , des lésions qu on n avait pas meme soupçonnées pendant la vie j„
<li. a priaient nous ne connaissons que trés-i, „pa, laite, „eul les mouilicatmns diverses que peut offrir la „ la bile
dans l’état de santé et de maladie. A la vérité, si 1 on consulte les ouvrages de pathologie publiés depuis Galien , et surtout dans les deux ou trois derniers siècles , on verra que les médecins de cette longue époque ont décrit une foule d’altérations de la bile, à l'aide desquelles ils expliquaient la nature de beaucoup de maladies et les formes sous lesquelles elles se présentent -, mais cette doctrine, en rapport avec les idées humorales qui régnaient alors, ne s'appuyait sur aucun fait positif.
La hile, à l’état normal, est liquide, jaune ou verdâtre, visqueuse, filante, amère, et à peine alcaline; elle peut présenter divms degrés de consistance ou décoloration, sans que cependant on puisse déterminer jusqu’à quel point ces modifications se concilient avec la santé. La bile est souvent altérée, soit dans sa quantité, soit dans sa qualité, dans plusieurs maladies dont l’appareil biliaire n’est pas le siège principal ; tandis que dans quelques altérations profondes mais partielles du foie , comme le cancer et les abcès, la bile n’offre, du moins en apparence, aucun changement notable, cet organe conservant sa texture normale dans les portions de son parenchyme qui existent entre les masses cancéreuses ou entre les collections purulentes. 11 résulte des travaux de M. Louis que les altérations de la bile et de la vésicule sont beaucoup plus fréquentes dans le cours de l’affection typhoïde que dans celui des autres maladies aiguës (1), et que de toutes les maladies chroniques la phthisie pulmonaire (2) est celle dans laquelle la bile est le plus souvent altérée, ayant dans ces cas beaucoup de ressemblance avec de la mélasse. M. Amiral a quelquefois trouvé, dans la même affection , que la bile était remplacée par un fluide graisseux. Dans les atrophies du foie, et spécialement dans la cirrhose, la plus commune de toutes , la bile est généralement peu abondante, quelquefois presque incolore et albumineuse. Dans le choléra indien , M. Hermann , de Moscou, s’est assuré que la bile contenait une plus forte proportion de matière résineuse (3). Ce
(1) Fièvre lyph. , t. î, p. 511.
(2) Phthisie, p. 120.
(3) Bulletin des sciences medicales, t. xw n , p. / .
DES SYMPTOMES
liquide peut acquérir quelquefois des propriétés irritantes, cl même . toxiques, comme cela résulte surtout des expériences faites par Deidier (1), avec la bile des pestiférés de Marseille , en 1720 ; par Yicq d’Azir, dans une épizootie qu’il observa, en 1778 (2). Y a-t-il une altération de la bile dans ces maladies des pays chauds, dédites sous le nom de fièvre bilieuse? La bile altérée joue-t-elle un rôle dans cei tains choieras sporadiques Nous Iignorons toutà-fait. Les médecins anglais ont émis l'opinion qu’un grand nombre de dérangemens des organes digestifs devaient tenir à quelque changement dans la composition de la bile j mais nous ne connaissons encore rien de précis à ce sujet.
La plupart des altérations de la bile dont nous venons de parler n’ont été constatées qu’après la mort, sur le liquide recueilli dans la vésicule du fiel : elles appartiennent par conséquent à l’anatomie pathologique plutôt qu’à la symptomatologie. Toutefois, nous avons cru devoir signaler ici les changemens reconnus à l’ouverture des corps, dans la composition de la bile, afin d’appeler l’attention des observateurs sur l’examen de ce liquide excrété, soit par le vomissement , soit par les selles dans le cours des maladies. Nous devons espérer que des recherches exactes faites sur la bile , surtout quand elle est vomie presque pure et en certaine quantité, fourniront des résultats intéressans et éclaireront dans quelques cas le diagnostic : nous sommes également convaincu que l’examen chimique des selles bilieuses et des autres matières stercorales pourra fournir un jour des signes précieux au diagnostic des maladies du foie, des intestins et même des autres organes digestifs.
Jusqu ici les seules altérations constatées dans la sécrétion et l’excrétion biliaire se rattachent, soit à son augmentation dans le flux bilieux, soit à sa suppression dans les cas d’ictère dus à l’occlusion des conduits excréteurs par des calculs qui y sont renfermés ou par une tumeur qui les comprime. Toutes les fois qu’une cause quelconque met obstacle à l’excrétion de la bile, les matières alvines
(1) Expèr. sur la bile. Zurich, 1722.
(2) Moyens car. contre les malad. pestil. , p. i u.
perdent leur couleur naturelle, deviennent grisâtres; en ni âme temps les autres fluides excrétés, et spécialement l’urine, prennent la couleur de la l»ilc , qui se trouve aussi répandue sur toute la peau , et qui existe profondément, à un degré variable, dans tous les solides. L’analyse chimique fait reconnaître dans l’urine, dans le sérum du sang et dans la plupart des humeurs de ces sujets que 1ques-uns des matériaux de labile, tels que la matière colot ante, et peut-être du picromel. La couleur jaune , si remarquable après la mort dans toutes les parties , prouve aussi que tous les organes, les cartilages , les tendons, les os même , participent à cette imprégnation générale des principes de la bile.
4° Quelque obscurs que soient les changemens qui surviennent dans la sécrétion de la bile , ceux que la maladie apporte dans la sécrétion du suc pancréatique le sont bien davantage encore. V a-t-il augmentation de cette sécrétion dans certains (lux aqueux des intestins, dans la diarrhée séreuse, par exemple? Le ptyalisme qui survient dans certaines affections abdominales indiquet-il, comme on l’a prétendu, que la sécrétion du fluide pancréatique est diminuée ou supprimée? Des calculs formes dans le conduit pancréatique ne pourraient-ils pas donner beu a des accidents analogues à ceux qu’on observe dans les coliques hépatiques et néphrétiques? Dans l’état actuel de la science, il n’est pas possible
de résoudre ces questions.
5° La sécrétion de Wirine est une des plus importantes , soit a raison de la quantité de ce liquide , soit parce que ses altérations sont facilement appréciées. Chez l’homme sain , la quantité de l’urine est à peu près la même chaque jour; toutefois , elle augmente ou diminue à raison de l’abondance des autres excrétions, de la boisson, des alimens et des variations de la température. — Au moment où elle est excrétée, l’urine est chaude, transparente, citrine, légèrement acide; elle aune odeur caractéristique, sans fétidité; sa saveur est amère et salée , et elle a une pesanteur spécifique de 1 ,018. Souvent , elle se trouble on se refroidissant, et reprend sa transparence après que les matières suspendues sont précipitées : au bout de deux ou Dois jours, elle
DES SYMPTOMES
devient ammoniacale cl fétide. L’urine de l'homme sain offre de nombreuses différences dans ses propriétés physiques et chimiques, suivant qu’elle est sécrétée avant, pendant ou après le repas, et surtout suivant la quantité et la nature des alimcns et des boissons. Certaines substances altèrent, d’une manière très^remarquable, sa couleur et son odeur : elle est, dit-on, noirâtre chez ceux qui font usage à la fois de la rhubarbe et du fer, de la casse et îles préparations martiales; les bouillons d’oseille, la racine do fraisier et la garance la rendent rouge ; la térébenthine lui donne une odeur de violette, et les asperges lui communiquent une fétidité insupportable.
Dans l’état de maladie, l’excrétion de l'urine et ce liquide luimême offrent des changemens importons.
L’excrétion de l’urine peut être douloureuse, comme dans la blennorrhagie; si elle est dilïicilc, comme dans le rétrécissement du canal de I urètre, c’est la ilysurie (dysuria) (1); si elle coule goutte à goutte, c'est la strangurie (stranguria) (2), symptôme qui accompague assez fréquemment le catarrhe vésical ; si l’excrétion est impossible , c’est Vischurie ( isekuria ) ou rétention d urine (3) ; s il existe un besoin continuel et douloureux d’uri-
ner, et si 1 urine est excrétée en très-petite quantité à la fois , et avec un sentiment d ardeur, c est le ténesme vésical. — • L’excrétiun a lieu quelquefois involontairement , comme on l'observe dans certaines affections spasmodiques de la vessie, où elle s’opère a I instant même où le besoin se fait sentir, et malgré les efforts du malade pour la retarder : dans d’autres cas, où l’excrétion de l’uriner est involontaire, le malade n’en a même pas la conscience, comme cela ain\e dans uiverses maladies accompagnées de délire. — J! est d’autres cas dans lesquels l’urine, au lieu d’être excrétée par intervalles et en certaine quantité , coule goutte à goutte et sans interruption : c’est ce qu’on nomme incontinence d'urine. Le plus souvent, l’urine ne s’écoule de
(1) \vr70 aiiç, difficilement; ovoo-j, urine.
(2) Irpay/oupia; c-rpà-/', goutte ; avpov, urine.
(3) Ic7^o), je retiens; ovpov, urine.
326 DES SYMPTOMES
cette manière que quand la vessie a acquis toute la distension dont elle est susceptible : on dit alors que l’excrétion a lieu par regorgement. — Dans d’autres cas, l’urine coule à jets interrompus : son excrétion cesse tout-à-coup, et recommence plusieurs fois avant d’étre complète ; on observe fréquemment ce symptôme lorsqu’un calcul ou des caillots de sang contenus dans la vessie viennent par intervalles bouclier le col de ce viscère; on l’a vu plusieurs fois aussi dans des affections spasmodiques. — L’excrétion de l’urine est encore sujette , chez 1 homme malade , à des déviations. On a vu l’urine, dans quelques cas de persistance de l’ouraquc , s'échapper par l’ombilic, et, dans les diverses formes de perforation vésicale ou urétrale , sortir par 1 anus , le scrotum et les parties voisines ou la vulve. Les auteurs ont encore parlé de déviations de l’urine plus singulières : tels sont la salivation , les sueurs et les vomissemens urineux ; tel est le fait plus extraordinaire encore de Boerhaave, qui a cru trouver de l’urine dans les ventricules cérébraux. Ces dernières observations ne sauraient être admises avec confiance ; il faut supposer que les liquides dont les auteurs ont parlé avaient l’odeur et la couleur urineuses, mais on ne peut guère admettre que ce tut véritablement de l’urine.
L’urine, considérée en elle-même, présente, chez 1 homme malade , de nombreuses différences ; ces différences portent sur sa quantité, sur ses propriétés physiques et chimiques. Sa quantité augmente quelquefois au déclin des maladies ; elle est excessive dans les diabètes : elle diminue dans 1 hydropisie, mais elle n’est entièrement supprimée que dans les cas d occlusion , soit des deux uretères simultanément, soit de 1 uretère unique, dans les cas où, par l’effet d’une disposition congénitale, il n existe qu’un rein, et dans ceux encore d’atrophie complète de 1 un de ces organes (l). — Elle est incolore, moins acide et souvent neutre dans la plupart des affections nerveuses. L urine est ordinairement rouge et plus acide au début des maladies aiguës ; elle est
(1) Voyez notre Mémoire sur la néphrite, Arcliiv. <jcn. de mèd ., t. i, 3e série , p. 3 et 477.
brune ou noire dans plusieurs maladies mortelles : celte dernière couleur dépend ordinairement de ce que l'urine contient une certaine quantité de la matière colorante du sang; elle pourrait provenir encore, selon quelques chimistes, delà présence accidentelle dans l’urine d'un acide particulier, nommé acide mélanique. Etdin, l'urine peut offrir une couleur d’un blanc laiteux dans les cas où elle contient, soit du pus, soit une matière grasse qu’on peut facilement isoler. Du reste, quelle que soit la couleur de l’urine, ce liquide peut être transparent ou trouble. L’urine transparente est celle qui conserve sa diaphanéité ou la reprend après l’avoir momentanément perdue en se refroidissant; l’urine trouble est celle qui reste telle , et ne redevient pas transparente par la précipitation des matières qui y sont suspendues. L’opacité de l’urine est produite par la présence du mucus, du sang, de l’albumine, du pus , etc., mais plus souvent par suite d'un excès d’acide urique, d'urale d'ammoniaque ou de phosphates alcalins. Les anciens nommaient jumenleuse (l) l’urine qui était trouble et qui contenait en même temps des corpuscules ou des flocons opaques qui x nageaient : celte expression , tort en usage dans les auteurs des siècles précédens, n’indique rien de précis et s’applique à des urines fort différentes sous le rapport de leurs propriétés chimiques. — L'odeur de l’urine devient ammoniacale dans le catarrhe chronique de la vessie ; dans quelques maladies adynamiques et dans plusieurs affections vésicales, elle exhale une odeur de marée. L'urine décolorée qui est rendue au déclin des attaques hystériques et dans le premier stade des fièvres intermittentes est presque inodore. Dans les maladies inflammatoires, au contraire, elle exhale une odeur assez forte. Dans le diabète sucré, l’urine acquiert une odeur alcoolique quand elle a fermenté. Dans la maladie de ikight, elle exhale quelquefois l’odeur du bouillon de bœuf; celte odeur existe parfois aussi dans l’urine des personnes bien portan tes, surtout après une abondante transpiration. — Dans beaucoup de maladies aiguës, elle diffère d’un jour à l’autre sous le rap
fl; Jumentum, hèle de charge; urine qui ressemble à celle des mulets, des chevaux , etc.
DE.S SYMPTOMES
port do la couleur, de la transparence, des dépôts, etc. : c'est 1 urine variable. — Dans quelques inllamniations gangréneuses, l’urine est presque froide au moment où elle est excrétée. Un abaissement de température a également été noté pendant le frisson des lièvres intermittentes.
Nous n’avons que très-peu de données sur la saveur de l'urine dans le cours des maladies, à cause de la répugnance qu'inspirent de pareilles recherches. On sait cependant que , dans le diabète sucré, elle a une saveur douce, quelle est presque insipide après les accès d'hystérie.
M. Rayer a fait de nombreuses observations sur la pesanteur spécifique de l’urine, qui varie, chez l’homme sain, suivant qu’elle a été sécrétée à jeun , pendant ou après le repas, etc. 11 a fixé à 1,018, celle de l’eau étant 1,000, la pesanteur spécifique moyenne de l’urine rendue après le réveil du matin (1). Le même médecin a trouvé que, dans le diabète sucré, la densité de l’urine était plus considérable, tandis quelle était moindre dans le diabète insipide sans excès d’urée. Dans la maladie de Rright , elle est généralement plus faible que dans l’état de santé , excepté pourtant dans la première période ou état aigu. La pesanteur spécifique de l’urine peut être de quelque utilité dans le diabète sucré : examinée à diverses heures de la journée, avant et après les repas, elle peut su Dire pour indiquer si la proportion de sucre est augmentée ou diminuée.
Les élémens de l’urine éprouvent dans les maladies des variations plus ou moins considérables. L est ainsi que la quantité de Peau peut devenir énorme comme on l’observe dans le diabète insipide; dans quelques névroses l’urine est presque tout-à- lait aqueuse. Les autres élémens de l’urine augmentent au contraire en proportion dans la plupart des maladies fébriles. — La quantité de l'urée augmente rarement chez l'homme malade , tandis qu il est très-commun, comme l observe M. Rayer, de la trouver en proportion moindre, ce qui, peut-être, dépend autant de
(t) Maladies des /teins, t. i 71.
l'abstinence des alimcns que île l'influence exercée par les maladies elles-mêmes sur la sécrétion rénale. 11 n'est pas encore démontré que la quantité d’urée diminue dans les maladies du l'oie; mais dans
l’affection granulée des reins , la diminution de l’urée est un phénomène à peu près constant. — I. acide urique qui entre pour un millième seulement dans la composition de l'urine chez l’homme sain peut augmenter d’une manière notable : on a surtout signalé cet excès dans le cours des affections rhumatismales et goutteuses, et de plusieurs maladies inflammatoires, etc. L’excès d’acide urique a souvent pour effet la production de la gravelle rouge dans un des points des voies urinaires. — Cet acide se trouve en général combiné avec la chaux, la soude et surtout l’ammoniaque.— L’acide phosphoriquo et les phosphates de chaux et de magnésie peuvent se trouver aussi en excès dans l’urine, c’est ce qu’on observe dans le rachitisme, dans Postéo-malaxie et dans quelques espèces de gravelle: dans ces cas l'urine est plus ou moins trouble. — La soude , la potasse et l’ammoniaque à l’état de sel se trouvent quelquefois en quantité plus considérable, et rendent alors l’urine ou neutre ou alcaline. On a encore constaté l’alcalinité de l’urine dans la gravelle phosphatique, dans certains cas de maladie de Bright, et fréquemment dans les néphrites chroniques, ainsi que chez quelques vieillards débilités par les privations et la misère. On a avancé que 1 alcalinité de 1 urine était fréquente dans le cours des lièvres typhoïdes. M. Rayer affirme que sur 50 cas, il n’a trouvé l’urine alcaline que deux fois, et pendant trois jours seulement; les observations de M. le professeur Rostan sont d’accord sur ce point avec celles du docteur Rayer. Brodic, llunkel ont signalé l'alcalinité de l’urine à la suite des lésions traumatiques ou autres de la colonne vertébrale. Mais cette observation , qui a trouvé des contradicteurs, exige qu’on se livre sur ce sujet à de nouvelles
recherches.
Le mucus qui existe naturellement dans l’urine peut s’y montrer en quantité plus considérable. C’est ce qu’on observe dans quelques cystites, dans les inflammations du bassinet et des uretères, h 111 *lu‘ peut encore être altérée par la présence de diverses sub-
stances qui sont étrangères à sa composition normale : c est ainsi qu’on paraît y avoir quelquefois trouvé <lu soufre $ on cite quelques cas rares d’urines phosphorescentes , qui brillaient dans l’obscurité au moment de leur émission. Je ne parlerai pas des acides hippurique, oxalique, benzoïque, carbonique, butyrique et prussique, xanthique et cystique qui ont été rencontrés accidentellement dans l’urine, sous l’inlluence de causes diverses, et le plus souvent mal appréciées. Mais il est d autres substances qu on y rencontre moins rarement, dont la présence est facile à constater, et qui fournissent des signes trop importons pour qu il soit posble de les omettre : tels sont le sang, 1 albumine, le sucie, le pus, le sperme, des matières fécales, des gaz, des vers intestinaux, des graviers, et divers autres corps étrangers.
L’urine contient quelquefois du sang, (pii peut venir des divers points des voies urinaires. 11 est en quantité variable et plus ou moins intimement mêlé à ce liquide ; tantôt il est fluide, quelquefois en caillots noirâtres ; parfois il est expulsé sous forme de filamens pleins ou tubulés qui ont souvent fait croire que les malades avaient rendu des vers. Cette forme de caillots indique que le sang s’est concrété dans l’uretère après avoir été exhalé en généial dans le rein lui-même. Les urines sanguinolentes donnent par le repos un sédiment noirâtre composé de globules sanguins et de fibrine. La quantité de sang est quelquefois assez petite pour exiger qu’on se serve du microscope si on veut reconnaître 1 existence des globules sanguins. La présence du sang dans 1 urine est presque toujours l’indice d une maladie cancéreuse ou calculeuse de quelque point des voies urinaires, et spécialement des reins ou de la vessie; ce phénomène a été quelquefois aussi observé dans le scorbut , dans les varioles les plus graves et dans les maladies pestilentielles.
L’urine peut contenir une plus ou moins grande quantité d’albumine dont on constate l’existence par la chaleur ou par I acide nitrique, qui y produisent un précipité blanc et floconneux. La présence d'une forte quantité d’albumine dans 1 urine constitue , avec une diminution notable dans sa pesanteur spécifique et dans
DES SYMPTOMES
la proportion de l'urée cl des sels qu'elle contient, le signe le plus important de cette espèce d'hydropisie qu’on rattache à la maladie des reins décrite par le docteur Bright : l’urine est encore albumineuse, mais en général à un degré beaucoup moindre, dans l'hydropisie qui survient après la scarlatine et au déclin de quelques maladies aiguës, comme l'a constaté le docteur Martin-Solon. L urine peut contenir à la lois de l’albumine, du sang et du pus, dans les altérations graves des organes urinaires et dans quelques maladies de la prostate.
Pendant long-temps et de nos jours encore des hommes d’un grand mérite ont allirmé que l’urine pouvait contenir du lait chez les femmes qui allaitent ou chez celles qui sont récemment accouchées. Mais ces assertions ne s’appuient sur aucune observation exacte, sur aucune expérience rigoureuse, et l’on doit craindre
que les médecins et les chimistes qui les ont émises ne se soient laissé tromper par 1 aspect trouble du liquide, par la présence de certaines matières étrangères et surtout du pus ou d’une matière grasse. Les auteurs, et Prout en particulier, ont parlé d’urine chjleuse, c est-a-dire contenant les élémens organiques du chyle reconnaissables au microscope; mais les caractères de cette espèce d’urine ne sont pas encore nettement tracés , et d’ailleurs l’aspect chyleux a pu dépendre aussi de la présence d’une matière grasse dans l’urine. Les anciens ont signalé l’existence de la graisse ou de 1 huile dans l’urine pendant le cours des maladies chroniques avec consomption : cette assertion n’a pas encore été vérifiée , et M. Rayer a vainement cherché ces substances dans l’urine des phthisiques.
Il en est autrement de la présence du sucre dans l’urine : nonseulement elle a été reconnue à l’aide de la dégustation faite par les malades eux-mêmes et par quelques médecins , mais encore les chimistes 1 ont constatée de la manière la moins équivoque, soit par la fermentation spontanée qui s’y développe, soit surtout en séparant la matière sucrée des autres élémens de l’urine et la présentant
en masse considérable à plusieurs sociétés savantes. La présence du sucre dans l’urine est le signe pathognomonique de l’espèce
DES SYMPTOMES
de diabète qu’on nomme sucre. Celle urine aune pesanteur spécilique supérieure à celle de 1 homme en santé, bien qu’elle contienne moins d'urée et moins de sels.
L’urine qui contient du pus présente, au moment même de son émission, une couleur trouble et lactescente; elle devient transparente par le repos, et présente dans le point le plus déclive un dépôt opaque formant une couche dont l’épaisseur varie. Cette urine se décompose rapidement et devient alcaline. Le pus est généralement facile à reconnaître à ces caractères quand il existe dans L urine en certaine quantité; mais quand sa proportion est très-faible, et qu il est mêlé à du mucus et à des sels, sa présence est très-difficile à constater. L’examen chimique et microscopique peut alors être de quelque secours; mais, dans l’état actuel de la science, ainsique nous l’avons dit précédemment, il ne peut pas inspirer une entière confiance. La présence manifeste du pus dans l’urine est toujours un symptôme très-grave quant au pronostic, très-important quant au diagnostic, il est le signe certain, soit d’une inflammation du rein ou de la vessie, soit d un abcès formé dans le voisinage des organes urinaires, et ouvert dans leur cavité. L’examen des symptômes qui ont précédé l’émission d’une urine purulente et l’exploration de ces organes conduisent le plus souvent à reconnaître la partie dans laquelle le pus a été formé.
Dans le cours de la blennorrhagie, l'urine acquiert quelquefois une propriété contagieuse qu’elle doit sans doute à quelques parcelles du mucus urétral qu’elle entraîne avec elle. Mertens, Astruc et Chaussier ont vu des individus qui avaient contracté une ophlhalmie blcnnorrhagiquc en se bassinant les jeux avec de l’urine, dans le cours d une urétrite.
L’urine contient aussi quelquefois de petites concrétions solides, les unes aussi fines que le sable, les autres un peu plus volumineuses et pouvant égaler la grosseur d’un grain dechenevis : les premières sont rendues par les malades sans qu ris en aient la conscience; les autres marquent leur passage dans le canal de l’urètre par une douleur plus ou moins vive, quelquefois par une sensation de déchirement , selon que leur surface est lisse ou ru-
DES SYMPTOMES
gueuse et leur volume plus ou moins gros. Dans quelques cas, leur sortie est exempte de douleur, et les malades ne s’en aperçoivent qu'au bruit que détermine leur chute dans le vase qui les reçoit. Ces concrétions se forment généralement dans les reins, et leur présence dans l'urine doit toujours faire craindre qu’il n’y en ait actuellement, et qu'il ne s’en forme ultérieurement d’autres dans ces organes. Dans quelques cas plus rares ces concrétions sont convexes d'un côté, concaves de l’autre; elles représentent une portion de la couche extérieure d’un calcul qui s 'exfolie dans la vessie , et elles deviennent un signe pathognomonique de sa présence.
Les concrétions salines qui se forment dans les voies urinaires varient beaucoup sous le rapport de leurs propriétés physiques et chimiques; les plus petites, celles qui ne dépassent pas le volume d un pois, ont reçu le nom de graviers ; au-delà de cette grosseur, elles constituent les calculs. Leur nombre est plus ou moins considérable et se trouve généralement en raison inverse de leur volume; ils sont arrondis, ovales, ou irréguliers dans leur forme; quelquefois hérissés d’aspérités ( calculs muraux'). Leur surface offre souvent une ou plusieurs facettes , ce qui est un indice presque certain de l’existence simultanée de plusieurs pierres dans un des points des voies urinaires, il y a des graviers ou des calculs qui se brisent à la moindre pression ; d’autres , au contraire, ont la résistance et la dureté des pierres les plus dures. La plupart des concrétions urinaires sont formées d’acide urique , elles ont alors une couleur rouge tirant plus ou moins sur le jaune. Viennent ensuite par ordre de fréquence les calculs de phosphate ammoniaco-magnésien , cristallisés en prismes et d’une couleur blanchâtre ; ceux d’oxalalc de chaux qui sont noirs, bruns ou verdâtrespuis ceux de phosphate de chaux et de magnésie; enlin , M. Magendie a décrit une gravelle pileuse dont il cite trois observations: dans ces cas , des concrétions salines s’étaient formées à la surface de poils provenant probablement de quelque kyste qui s’était ouvert dans un point dos voies urinaires.
On a encore trouvé dans l’urine des débris de matière iubereu-
DES SYMPTOMES
Icusc et cncéphaloïde , provenant des reins, et pouvant fournir, dans quelques cas, des signes diagnostics importans.
Dans les cas de perte séminale, de rétrécissemens de l’urètre, de maladie de la prostate et des conduits éjaculateurs, le sperme peut relluer dans la vessie et en sortir ensuite mêlé à 1 urine. D’après les recherches de M. Orlila , l’urine qui est rendue immédiatement ou quelques heures après une pollution ou une éjaculation, entraîne et par conséquent contient des zoospermes restés dans le canal de l’ urètre. Quelque peu nombreux qu ils soient, ils se précipitent toujours au fond du vase, et le microscope les fait aisément reconnaître.
Dans les cas où les voies urinaires communiquent avec le rectum ou avec une anse d’intestin, l’urine peut contenir des matières fécales , des gaz peuvent s’échapper par l'urètre , et des vers être aussi expulsés de cette manière. C'est probablement ainsi qu’arrivent dans la vessie de l’homme plusieurs corps étrangers, tels qu’épingles , pépins de fruits qu’on a quelquefois vus former le noyau de certains calculs vésicaux. Quelquefois aussi des corps étrangers pénètrent dans les voies urinaires par une plaie extérieure, ou sont introduits par l'urètre. La présence dans l’urine de substances qui ne peuvent provenir que des intestins est , dans beaucoup de cas, le signe pathognomonique d’altérations graves et profondes qui compromettent l’existence, et qu’aucun autre symptôme ne ferait reconnaître. Dans les cas où une perforation s’établit chez l’homme entre la vessie elle rectum, il est quelquefois possible de la constater en portant une sonde dans la vessie et un doigt dans l’intestin; il peut même arriver que l’ouverture de communication soit assez large pour que le doigt lui-même puisse passer du rectum dans la vessie.
Un grand nombre de substances données à titre de médicament, et ingérées dans l’estomac , peuvent se rencontrer dans l'urine. Des chimistes disent y avoir trouvé 1 iode , le mercure, 1 arsenic, le fer, l’acétate et le tartrate de potasse, les sulfate et carbonate alcalins , le nitrate de potasse, le sulfate île quinine, etc., etc.
L’urine, abandonnée ù elle-même, ne conserve pas ordinaire-
DES SYMPTOMES
ment cette homogénéité qu elle offre au moment de l'excrétion ; plusieurs des élémens qui la constituent se séparent de sa masse et forment des pellicules , des dépôts et des suspensions variées. Pour bien apprécier ces divers phénomènes, il faut que l’urine soit reçue dans un vase transparent au moment même où elle est excrétée, et qu elle reste ensuite en repos pendant cinq ou six heures au moins.
On nomme pellicule , crème ou couronne ( urince corona , cremor ), une sorte de membrane toujours très-mince qui se forme à la surface de l'urine.
La suspension qui se montre dans l’urine quelques heures après l’excrétion est de deux sortes : l’une, qui s’élève jusqu’à la partie supérieure du liquide , est le nuage (nubecula , nubes ) •, l'autre, qui descend jusqu’au fond, est l’ èncorême (enæorema) (1). Dans quelques cas aussi l’on voit dans l’urine une suspension moyenne qui n’est pas plus voisine de la surface que du fond , et qui n'a pas reçu de nom particulier. L’urine offre ces diverses suspensions dans la plupart des maladies aiguës. Au rapport des auteurs , la suspension s’éloigne ou se rapproche du fond du vase , selon que la maladie est plus ou moins éloignée de sa terminaison; mais cette assertion générale offre de nombreuses exceptions.
Le dépôt, qu’on nomme aussi sédiment ou hypos/ase ( sédiment um , hypostasis ) (2), est produit par les substances les plus lourdes , qui se réunissent au fond du vase et forment une couche plus ou moins épaisse. Le sédiment ne se montre ordinairement que vers le déclin des maladies aiguës. II n’a pas toujours lieu à cette époque, mais il est assez rare qu’on l’observe à une autre. Les anciens auteurs ont surtout beaucoup insisté sur la valeur du sédiment dans le diagnostic des fièvres intermittentes : ils regardaient ce phénomène comme constant dans le troisième stade des accès. Le sédiment ne se dépose pas seulement à la
(1) Evatwp//p.a, de alwpéw, j’élève.
(2) Y 7roc^7t:, de ûrroç"/o), je suis dessous.
DES SYMPTOMES
partie la plus déclive du vase qui a reçu l’urine; il forme souvent sur ses parois latérales un enduit mince, mais assez marqué pour donner au liquide une apparence trouble, qui disparait quand on incline le verre : alors on voit d’un côté de l’urine parfaitement transparente au-dessus du dépôt, et de l’autre, le dépôt seul formant une couche opaque sur les parois du vase. La couleur du sédiment est ordinairement blanchâtre et grise ; assez fréquemment , dans les lièvres intermittentes , il est rosacé ou briquetè ( sedwienlum lateritium ) , c’est-à-dire semblable à de la brique pilée. Il est quelquefois brun ou noir dans l’ictère et dans quelques maladies aiguës mortelles ; dans quelques cas extrêmement rares , il a offert une couleur bleue par suite de la présence, soit d’une matière particulière nommée cyanourine par M. Braconnot, soit de l’hydrocyanate de fer d’après les recherches de MM. Julia (1), Balt (2) et Mojon (3). Le sédiment a le plus souvent l’apparence de poussière, de farine ou de son grossièrement moulu : c’est le sédiment fur fur ace (sedimentum furfuraceum) (4). D’autres fois il est formé par une matière muqueuse, qui tantôt est réunie en flocons, et tantôt est rassemblée au fond du vase en une couche égale et demi-transparente : c’est le sédiment muqueux. On désigne par l’épithète de sablonneux ou graveleux ( sed . areno s uni) celui qui contient du sable ou des graviers. Le sédiment purulent est celui qui est formé par du pus, etc. Les dépôts , les nuages et les pellicules qui se forment dans l’urine ont été examinés au microscope et soumis à l'analyse chimique. La nature de ces divers produits urinaires varie selon que l’urine elle-même est acide ou alcaline. Dans l’urine acide, les nuages et les énéorèmes sont formés par des lamelles d’épithélium, par des urales, de l’acide urique et du mucus. Les sédimens jaunes, rougeâtres ou rouges sont formés d’acide urique, d’uratc d ammoniaque, reconnaissables entre eux par leur mode de cristallisation que le
(1) Journal de chimie, t. i, p. 550.
(2) De Urina sédiment uni ceruleum demittenle , 1809.
(3) Journal de Medcc t. nxii, p. 174.
(4) Fur fur, son.
DES SYMPTOMES. 337
microscope permet de déterminer avec précision. L’urine alcaline, plus ou moins décolorée, offre un sédiment blanc ou légèrement jaunâtre , disposé en cristaux réguliers ou formant une masse amorphe et pulvérulente : ce sédiment est généralement composé de phosphate de chaux et de phosphate ammoniaco-magnésien mêlés souvent à un pus altéré par l'ammoniaque, ce qui lui donne l'aspect d’une matière visqueuse ou muqueuse. On peut y rencontrer également des globules sanguins et des zoospermes, la matière colorante de la bile et quelquefois divers sels dont la chaux forme la base, etc.
§ III. Des excrétions.
Après avoir successivement examiné les principaux phénomènes morbides que peuvent présenter les sécrétions, il nous leste encore a dire quelques mots de certains dérangemens qu’offrent les excrétions, indépendamment de toute espèce de trouble dans les sécrétions elles-mêmes.
Les excrétions qui sont sous l’influence do la volonté semblent etre les seules qui offrent quelque chose de spécial et dont il doive être ici question. Ces excrétions peuvent devenir, dans l’état de maladie, plus fréquentes ou plus rares; elles peuvent exiger des efforts considérables ou avoir lieu trop facilement ; elles peuvent s opérer sans le secours de la volonté, comme on l’observe dans beaucoup de maladies graves ; il peut arriver aussi que la volonté ne puisse pas les provoquer, comme cela a lieu dans la rétention d urine et dans l’occlusion du rectum par des fœces endurciesquelquefois le besoin d’excréter est continuel , douloureux, presque mutile , comme on l’observe dans le ténesme du rectum ou de la vessie. Nous ne devons que rappeler ici ces symptômes qui
déja °nt Lle ct ™us ‘'Relier nus phénomènes nui no
pouvaient point être décrits ailleurs : tels sont en particulier ceux qui dépendent de I occlusion des conduits excréteurs , que ces
conduits soient ou non munis de sphincters, que l’excrétion soit OU ne soit pas soumise à la volonté.
3,- H U ICS S\ Ml’TOMES.
!,(>s causes qui produisent l’occlusion do ces conduits sont ti< s- > arides : elles peuvent néanmoins Être rapportées toutes a trois ordres. Tantôt le conduit est bouché par un obstacle contenu dans sa cavité, par un calcul, par exemple; tantôt sa cavité est effacée par répaississement doses parois, tantôt enfin par une compression extérieure, comme une tumeur qui appuie sur lui. Cette occlusion a plusieurs effets. 1° L’excrétion du liquide est supprimée : cette suppression est quelquefois difficile à constater pendant la vie, soit parce que les organes sécréteurs étant doubles comme ceux de l’urine, l1 occlusion d’un des conduits excréteurs n'interrompt pas toute excrétion du liquide, soit pa.ee que leurs fonctions ne sont pas très-importantes ou qu'ils ont des auxiliaires. Mais lorsque le viscère auquel appartient le conduit oblitéré est unique et loue un rôle important , comme le foie , l’occlus.on du conduit se montre très-promptement par des phénomènes remarquables, tels que des douleurs aiguës , la couleur jaune de la peau et de l'urine, la décoloration des matières fécales et des troubles varies dans les fonctions digestives. 2° Un autre effet qm résulte de cette occlusion est la distension du conduit , depuis son origine jusqu’à l’obstacle , et au bout d’un certain temps le rétrécissement et quelquefois l’oblitération complète de ce même conduit, depuis l’obstacle jusqu’à l’endroit où ce conduit se termine. Celte distension est manifeste dans le canal de Stenon , dans les conduits déférons, dans le sac lacrymal; elle échappe pendant la xic à nos movens directs d’observation quand l’organe est situé profondément; comme le foie, le rein, le pancréas. 3° La distension progressive des conduits par le liquide qui y est verso sans cesse, représente une force qui tend à surmonter 1 obstacle qui produit l’occlusion, à soulever, par conséquent, la tumeur qui presse sur le conduit, à dilater ses parois épaissies, ou a pousser en avant le corps étranger qui y est contenu. Dans ce dernier cas la distension même du conduit jusqu’au calcul semble de- ,oi; en favoriser la progression; car il est difficile de supposer
qu’étant aussi considérable au niveau du calcul , cette distension
ne s’étende pas un peu au-delà. Mais, d'un autre côte, 1 obstacle
DES SYMPTOMES
so trouvant placé au point do jonction des deux parties d’un conduit dont l'une se dilate continuellement, tandis que l'autre conserve son étroitesse, il doit armer fréquemment qu’il retombe dans la portion dilatée, et que, par son déplacement, il permette aux liquides amassés de s’écouler par le conduit redevenu libre, au moins pour quelque temps. 4° Enfin, si l’obstacle n’est ni poussé au dehors, ni déplacé, la mort peut en être la conséquence plus ou moins prompte, comme on le voit dans la rétention des matières intestinales, de l'urine, et quelquefois de la bile, tantôt par la rupture des conduits au-dessus de l’obstacle, tantôt p u les oésordres que déterminent dans l’ensemble de l’économie la rétention de substances destinées à être excrétées, l’altération q i elles subissent, l'inflammation qu’elles produisent dans les parties où elles séjournent , et , pour quelques-unes, l’infection consecutive qui résulte de leur passage dans le torrent circulatoire, où 1 absorption les entraîne.
SECTION \I
Des Symptômes fournis par V absorption.
Nous venons d exposer les principaux désordres que peuvent offrir les secrétions et les excrétions ; il nous reste à parler de ceux que présentent les diverses espèces d’absorptions.
N ous ferons d abord remarquer que dans un assez grand nombre de cas les troubles de l’absorption se confondent avec ceux de exhalation ; le même phénomène , en effet , l’accumulation de sérosité, par exemple, dans la plèvre ou dans le péritoine, pouvant être egalement le résultat d’une diminution survenue dans l’absorption, ou d une augmentation dans l’exhalation.
-fiais d est d’autres circonstances dans lesquelles il est imnosf'1’ ° d" !“ ™“""ailrc ' «rrot ,1,. l’absorption : la disparition ,°“ 'ai'ldei,u Pus "massé dans un bubon, du sang cxlravaso ous la peau par suite d’une contusion , de la sérosité accumulée
f m 1,1 Uss“ la,n,"eux o» «l»#s une membrane séreuse, sonl évidemment des phénomènes que l’absorption seule peut produire.
DER SYMPTOMES
L’ulcération primitive , celle qui n’est pas l’effet (I une perte de substance, de la séparation d’une eschare, est regardée par la plupart des médecins comme le résultat d’une absorption morbide qui agit sur les solides cux-mèmes , et entraîne dans le torrent de la circulation les élémens qui les constituent.
Tout porte à croire qu’il existe entre les diverses absorptions quelque chose d’analogue à ce qu’on observe entre les diverses sécrétions : elles semblent se suppléer mutuellement. Ainsi, au moment où l’absorption est énergique dans le canal digestif, dans les heures qui suivent l’ingestion des alimens, par exemple, 1 absorption extérieure, cutanée et pulmonaire, est vraisemblablement diminuée : elle devient certainement plus active le matin, avant le premier repas, puisqu’à cette époque de la journée le corps augmente de poids, comme l’ont démontré les expériences de ce célèbre Sanctorius , qui méritait d’avoir des disciples et des rivaux dans le genre de recherches auxquelles il s’est livré avec un zèle et une
persévérance dignes d’admiration. Plusieurs praticiens pensent, non sans quelque apparence de raison, que les médicamens qui sont confiés à l’absorption cutanée, l’onguent mercuriel en triction , par exemple, doivent être préférablement administrés à ce
moment du jour.
L’absorption de la graisse dans les vésicules qui la renlerme, chez les sujets soumis à un régime sévère , vient encore à 1 appui de cette opinion, que quand l’absorption ne s exerce pas suffisamment dans une partie, elle augmente dans une autre. On peut en dire autant des effets avantageux qui résultent quelquefois d une diète rigoureuse, dans le traitement de certains engorgemens : 1 absorption qui, faute de matière, ne peut pas s’exercer dans le canal digestif, agit alors avec plus d’énergie sur les autres parties ; elle peut déterminer la diminution progressive d’un viscère hypertrophié, comme celle de tout le corps. La résolution , dont il sera question plus loin, semble n’ètre autre chose qu'une absorption
médicatrice. ,
Outre celte espèce de balancement qu’offrent entre elles , chez
l’homme malade, les sécrétions d’une part et de l'autre les ab-
DES SYMPTOMES
sorptions, il en osl aussi qui lient ensemble les absorptions et les secrétions. Dans le cours d’une phlcgmasic aiguë, d’une pleurésie, par exemple , tant que la maladie fait des progrès et qu’un liquide séro-purulent est exhalé dans la plèvre, la peau est sèche et I mine rare. Lorsque 1 absorption commence à reprendre le liquide épanché , on voit souvent la peau s humecter et l’urine couler en abondance. Des phénomènes analogues ont lieu et sont plus faciles encore a suivre dans la diminution progressive de l’anasarque et de 1 ascite : souvent alors 1 exhalation transmet au dehors par la peau , par les reins, par la membrane muqueuse des voies digestives, une quantité plus grande de liquide à mesure que l’absoiption reprend dans les tissus séreux et cellulaire la sérosité qui ) est épanchée. L augmentation considérable de certaines sécrétions, de l’urine, par exemple, dans le diabètes, de la sérosité abdominale dans l’ascite , est nécessairement liée à une augmentation semblable dans I absorption, et particulièrement dans l’absorption pulmonaire ou cutanée ; l’excrétion de vingt, de quarante livres d urine chaque jour pendant plusieurs mois chez les diabétiques , une augmentation journalière de dix à douze livres dans le poids du corps chez quelques ascitiques, qui prennent à peine quelques li vres de boissons ou d’alimens, ne laissent aucun doute à cet égard. En règle générale, quand l’absorption devient très-active dans quelques tissus ou dans quelques organes, les exhalations ou les sécrétions le deviennent dans d’autres, et réciproquement. C’est par l’application de cette loi au traitement des maladies que le médecin cherche à favoriser l’absorption des liquides amassés dans les membranes séreuses, en augmentant les sécrétions intestinale, urinaire ou cutanée, et qu’il parvient quelquefois à diminuer la sécrétion urinaire des diabétiques en provoquant une transpiration abondante.
DI':- SYMPTOMES
SECTION VII
Des Symptômes fournis par la nutrition.
Los troubles de la nutrition chez l’homme malade sont presque infinis ; mais dans la plupart des cas ils se dérobent a nos sens pendant la vie, et dès-lors ils n’appartiennent pus a la symptomatologie. Toutefois , il en est quelques-uns qui rentrent dans son domaine, et que nous devons exposer.
La nutrition peut être augmentée , diminuée ou pervertie ; elle ne peut être abolie que dans les parties frappées de mort.
L’augmentation dans l’activité de la nutrition est marquée par l’accroissement du v oluinc de toutes ou de presque toutes les parties constituantes du corps , mais plus spécialement des viscères contenus dans la poitrine et dans le ventre , des muscles et du tissu adipeux. On la confond facilement avec 1 obésité produite exclusivement par l’accumulation de la graisse dans le tissu cellulaire de ce nom. Ce dernier phénomène, bien que rare, peut cependant avoir lieu dans l’état de maladie (voyez page 115), tandis qu’une augmentation générale dans le volume des muscles et des viscères n’est jamais un symptôme. Il en est autrement quand l’augmentation du volume est partielle : telle est celle dont le cœur et le foie sont assez fréquemment le siège, et qu’on désigne sous le nom d 'hypertrophie, disposition très-rarement simple, et presque toujours liée à quelque modification obscure dans la texane de ces organes, et surtout à un trouble plus ou moins manifeste dans leurs fonctions.
Dans presque toutes les maladies qui ont quelque gravité , la nutrition devient languissante , comme on peut en juger par 1 a maigrissement qui les accompagne. Lorsque la nutrition languit dans une seule partie, elle donne lieu à ! amaigrissement partiel, ou atrophie; ce phénomène est spécialement du a 1 inaction complète des organes , à une compression prolongée exercée sur eux. Mlle a lieu assez fréquemment dans les muscles des membres sou>
m:S SYMPTOMES.
l'influence de ces deux causes, el rouverlurc des cadavres prouve que les organes intérieurs, comme le poumon dans l'épanchement pleurétique, peuvent aussi, sous l'influence de la dernière, en être quelquefois le siège.
L atrophie d un organe peut aussi succéder à un trouble appuie a la circulation ou a 1 innervation : ce principe a été ingénieusement et utilement appliqué au traitement de quelques maladies. C’est ainsi que Maunoir de Genève, et Ch. Bell, ont déterminé 1 atrophie d un testicule volumineux par la ligature! de l’artère spermatique, et que plusieurs autres chirurgiens ont arrêté le progrès et déterminé l’affaissement de tumeurs considérables de la face, en liant l'artère carotide primitive du côté ( oi iespondant. La ligature ou la section des nerfs ont souvent aussi pour effets d’atrophier les muscles auxquels ils se distribuent. La suspension de l’action nerveuse paraîtrait aussi avoir, dans quelques cas, arrêté le développement, et même déterminé l’atrophie de certains tissus morbides. Le docteur Duparquc(l) affirme a\oii vu un cancer ulcéré de la mamelle diminuer et disparaître pai suue il une paralysie qui avait frappé le côté du corps correspondant a la mamelle affectée : ce fait , unique peut-être dans les annales de la science, a besoin d'être confirmé par d’autres faits analogues.
Il ne haut pas confondre \ amaigrissement avec la maigreur; la maigreur est l’état d’un homme sain ou malade qui a peu d’embonpoint ; l’amaigrissement est l’état d’un homme dont l'embonpoint diminue. Un homme amaigri peut avoir encore de l’embonpoint ; tel autre est encore maigre, bien que chaque jour il acquiert un volume un peu plus considérable. Nous avons parlé de ce phénomène dans l’article consacré à l’habitude extérieure (pag. 1 17 i : nous n'y reviendrons pas ici.
-a nutrition est aussi souvent pervertie que diminuée -, c’est à cette perversion qu’on rapporte toutes les lésions organiques qui ne sont pas le résultat d’une cause extérieure: la production des
g; Mal ad. de l’ut crus.
DES SYMPTOMES
Kystes, la courbure vicieuse des os , les dégénérescences diverses, les phlegmasies elles-mêmes, semblent reconnaître pour cause première une modification de la nutrition.
La nutrition fournit un autre ordre de phénomènes qui appartiennent davantage à la symptomatologie : je veux parler des irrégularités de l’accroissement à l’époque de la vie où il doit avoir lieu.
L’accroissement , qui , dans l’état sain , s’opère, chez les divers individus, suivant une progression variable , mais renfermée dans certaines bornes, offre dans l’état de maladie des anomalies remarquables. On voit dcsenfans chez lesquels l’accroissement paraît être presque entièrement suspendu pendant une, et même pendant plusieurs années ; ce phénomène n’est pas rare dans le rachitis, dont il est quelquefois le premier symptôme. Nous avons vu à la clinique de l’ Hôtel-Dieu un jeune diabétique, âgé de quinze ans, chez qui l’accroissement avait été suspendu depuis l’âge de douze ans, époque à laquelle le diabètes avait commencé. On voit des individus, en beaucoup plus grand nombre, chez lesquels, pendant le cours très-borné d’une maladie aiguë , la longueur du corps augmente d’un et quelquefois de plusieurs pouces. Ces deux phénomènes opposés sont également de fâcheux augure -, seulement le dernier indique un danger prochain , l’autre fait craindre seulement que le développement du corps ne reste incomplet.
ARTICLE III
Symptômes fournis par les fonctions génératrices.
Tous les symptômes dont nous avons parlé jusqu ici étaient, presque sans exception, communs aux deux sexes; ceux qu’il nous reste à exposer sont différons dans 1 un et dans 1 autre. Les principaux ehangemens que l’état de maladie apporte dans les organes extérieurs de la génération ayant été indiqués dans la section relative â 1 habitude du corps , il nous restera peu de chose à dire sur les troubles des fonctions destinées a la reproduction de l’espèce; nous les considérerons successivement chez l'homme et chez la femme.
DES SYMPTOMES
A. riiez I homme , la sécrétion du sperme est rarement augmentée dans I état de maladie, (.elle augmentation pourrait avoir lieu dans la monomanie érotique ; elle est un des symptômes prin- < ipau.v du sahjnasis. La diminution ou la suspension presque complète de celte sécrétion est, au contraire , fréquente , comme on peut le présumer d’après la flaccidité constante de la verge et l’absence de toute érection dans le cours de la plupart des maladies.
L’excrétion du sperme peut offrir divers troubles : elle est douloureuse dans les pblegmasies de l’urètre; elle a lieu chez quelques individus sans que la verge soit en érection , et particulièrement dans les efforts pour aller à la selle ; citez d’autres , Péjaculaüun est faible, ou est gênée par quelque obstacle (dispermas/'e) (1), et la liqueur séminale, au lieu d’être lancée par jets, s’écoule lentement par l’orifice de l’urètre. Chez quelques individus, 1 éjaculation a lieu sous l’influence d’un simple attouchement et avant 1 introduction du pénis dans le vagin. Quelquefois , d y a déviation du sperme, qui, poussé dans le canal de l’urètre, reflue dans la vessie , d’où il sort ensuite mêlé à l’urine. Cette déviation dépend de la mauvaise direction des conduits éjaculaleurs, qui s’ouvrent dans le canal de l’urètre d’avant en arrière, c’est-àdire dans une direction contraire cà l’ordre naturel. Elle résulte quelquefois aussi d’un rétrécissement de l’urètre.
L impuissance, qui consiste dans l’impossibilité d’exercer Pacte vénérien , peut dépendre d’une multitude de causes différentes qu il serait déplacé d examiner ici : nous dirons seulement, après avoir rappelé 1 influence de l’imagination sur ce phénomène, que tantôt c’est la verge qui n’est point susceptible d’érection, et tantôt c’est l’éjaculation qui n’a point lieu, du moins en temps opportun. Le défaut d’érection est, dans un certain nombre de cas, le premier ou l’un des premiers symptômes d’une maladie des centres nerveux et spécialement de la moelle épinière.
On observe chez quelques malades des érections fréquentes et même habituelles, et indépendantes des causes naturelles qui les
il) A ùç, difficilement ; exiou?., sperme.
nr.fi SYMPTOMES.
provoquent : c'est particulièrement clans les cas de calculs vésicaux , dans certains exanthèmes chroniques de la peau , que se montre ce symptôme, que l’application d’un vésicatoire cantharide' détermine aussi chez quelques sujets.
B. Chez la femme, les fonctions destinées à la reproduction présentent un plus grand nombre de symptômes. Les menstrues, les lochies et la sécrétion du lait méritent une attention spéciale.
Chez quelques jeunes filles, les règles ne paraissent pas a 1 âge accoutumé. Ce retard peut dépendre d un état général de la constitution, ou bien se lier à l’état de 1 utérus ou de scs annexes; le plus souvent , cette espèce d aménorrhée se rattache a la maladie d’un organe éloigné , et en particulier des poumons.
Le llux menstruel est quelquefois augmente dans l’état de? maladie; cette augmentation, quand elle est très-considérable , est connue vulgairement sous le nom de perte: elle peut coïncider aux époques menstruelles ou survenir dans leurs intervalles. Quand le sang qui s’échappe est rendu en caillots, il impoite loujouis ut l’examiner avec soin , et de s’assurer s’il ne contiendrait pas un foetus ou ses membranes, surtout quand il a été rendu avec des douleurs expullrices analogues à celles qui accompagnent 1 accouchement. Les pertes, en effet, sont souvent symptomatiques d’un avortement qui se prépare ou qui s est déjà ellectue, quelquetois aussi elles sont liées à une maladie de 1 utérus, telle que polype, corps fibreux, cancer, métnlc granulée, etc. Les mélrorrhagie» ou hémorrhagies morbides de l’utérus surviennent quelquefois spontanément dans le cours des maladies aiguës, spécialement pendant les fièvres éruptives et la variole en particulier, et rendent le pronostic plus grave : dans tous ces cas, l'exploration de 1 utérus par le toucher est indispensable. Mais il est bien plus frequent de voir le llux périodique diminué, comme cela a lieu dans la plupart des affections chroniques; il est presque toujours suspendu dans leur dernière période. Les donations du llux menstruel ont été très-fréquemment observées : elles peuvent avoir heu par une multitude de voies différentes, et plus spécialement par une des membranes muqueuses ou par la peau.
DES SYMPTOMES
L'écoulement des lochies, après l’accouchement, peut être excessif ; plus fréquemment, s'il survient quelque maladie à celle époque, les lochies coulent en quantité beaucoup moindre ou sont même entièrement supprimées, comme on le voit dans la péritonite puerpérale.
Les mamelles augmentent de volume pendant la grossesse. Ce Phénomène a lieu aussi , mais rarement , dans certaines affections de 1 utérus. ïl y a également un grand nombre de femmes chez lesquelles chaque époque menstruelle est précédée et accompagnée dune tuméfaction notable des mamelles, en même temps qu elles deviennent le siège d une sensibilité plus ou moins vive. ILais e est surtout quelques jours après l’accouchement que les mamelles oflrent une grande augmentation de volume, au moment où la sécrétion du lait s établit. L’absence de tuméfaction des mamelles ou leur affaissement subit dans cette circonstance est toujours un phénomène suspect. Les mamelles diminuent de volume , et éprouvent parfois même une véritable atrophie chez les femmes avancées en âge.
La sécrétion du lait n’augmente jamais dans le cours des maladies ; elle diminue presque toujours , et quelquefois elle est supprimée. On voit ordinairement cette suppression accompagnée de l'affaissement des mamelles, et d’autres fois de leur endurcissement, attribué par quelques auteurs à la coagulation de ce liquide dans
la glande mammaire, sans intérêt pour la pathologie. On a pu en effet, à l’aide de cet
L examen microscopique du lait n’est pas
instrument, reconnaître quelquefois que le lait était mélangé avec un peu de pus. Quant aux déviations du lait dont on a tant parlé, et qu’on croyait démontrées par Y aspect laiteux du pus d’un abcès.' ou du mucus Ieucorrhéique , ou du liquide fourni par le péritomè ou.la plèvre enflammés, elles ne sont plus admises par personne, et n ont pas par conséquent besoin d’être soumises à la discussion. A11 reste, si cette opinion avait encore quelques prosélytes, il suffirait , pour les détromper, de leur rappeler qu’on rencontre celte matière lactiforme chez les hommes comme chez les femmes, et que, si elle offre la couleur du lait, elle n’en a jamais contenu’
DES SYMPTOMES
les principes. Les femmes ont encore coutume cl attribuer a la présence du lait dans l’économie les douleurs fixes ou vagues, et les éruptions cutanées qui surviennent après leurs couches; elles désignent ccs symptômes, quels qu’ils soient, sous le nom de lait répandu. Cotte seconde espèce de déviation du lait est une pure hypothèse qui n’est basée sur rien de positif.
La stérilité chez les femmes peut être le résultat de causes beaucoup plus variées que celles qui donnent lieu, chez 1 homme, à l’impuissance. Les plus communes sont la mauvaise conformation ou la position vicieuse du museau de tanche ou de son orilice, l’oblitération des trompes, les lésions diverses des ovaires, la présence de polypes dans le col de l’utérus.
On peut encore rapporter aux désordres lournis par les fonctions génératrices des femmes la facilité avec laquelle a lieu l’avortement chez quelques-unes d’entre elles, et 1 impossibilité où plusieurs ont été de porter jusqu’au terme naturel de la grossesse le produit de la conception.
Dans les deux sexes, le besoin du rapprochement (appetitus vénérons) peut être augmenté, diminué ou perverti. II est augmenté dans le satyriasis et la nymphomanie, et dans quelques cas de folie érotique. II est diminué dans la plupart des maladies , et particulièrement dans la leucorrhée chez les femmes , et dans les deux sexes chez les sujets adonnés à la masturbation. Son abolition complète est désignée sous le nom d ' anaphrodisie (anaphrodisia) (1). Il est perverti dans certaines manies et dans quelques autres névroses où les malades se livrent presque sans cesse a la masturbation ou sont entraînés à des actes anti-physiques.
Tels sont les principaux symptômes fournis par les fonctions génératrices; on doit y joindre ceux qu on distingue pai le toucher et par h' spéculum uteri : nous les indiquerons sommaùement dans le chapitre consacré au diagnostic.
(1) A privatif, à^pocucia, volupté.
DES SYMPTOMES
ARTICLE IV
Des Symptômes considérés dans la maladie.
Nous n’avons fait jusqu’ici qu’énumérer les symptômes d’une manière abstraite; nous allons maintenant les mettre, pour ainsi dire, en scène , en les envisageant dans la maladie, dont ils sont les élémens.
Quelquefois un symptôme se montre seul : le vomissement, la surdité, l’écoulement du sang par les narines, sont dans ce casmais le plus souvent plusieurs se trouvent réunis. Ces symptômes se groupent de mille manières, et par leurs combinaisons deux à deux, trois à trois, ou en nombre bien plus grand, ils constituent la partie phénoménale, ou, si l’on veut, Y écorce de la maladie : ils conduisent à la connaissance des lésions intérieures , quand il en existe, et dans tous les cas ils sont d’une grande importance pour parvenir à désigner le genre de maladie dont le sujet est atteint. Les symptômes qui se montrent simultanément chez le même malade sont souvent dans une dépendance intime les uns des autres; tous n’ont pas une importance égale, soit relativement au diagnostic de la maladie, soit à l’égard de l’influence qu’ils peuvent exercer sur sa marche; enfin, ils ne se montrent pas tous à la même époque. Nous allons les considérer succinctement sous ces différons points de vue.
§ Ier. — Il est bien important, pour l’évaluation des symptômes, de savoir distinguer au milieu du désordre, quelquefois général, des fonctions, quelle est celle dont le trouble entraîne celui des autres, et de ne pas confondre les symptômes qu’on peut nommer primitifs ou locaux avec les phénomènes secondaires ou généraux qui les accompagnent. Dans la pleurésie, par exemple, on observe simultanément la rougeur de la face, la douleur du thorax , la faiblesse ou le trouble des fonctions intellectuelles la soif, la voix entrecoupée, la toux, la dyspnée, la fréquence du pouls, l’élévation de la chaleur, la couleur rouge de l’urine,
DliS S\ MI’TOW CS.
et Iieaucoup d’autres symptômes qui peuvent accompagner la maladie pendant tout son cours ou pendant une partie de sa durée. On voit facilement ici de quelle; importance il est d’isoler les phénomènes primitifs de ceux qui ne sont que secondaires. Les premiers sont la douleur de coté, la dyspnée, la toux, auxquels on peut joindre la gène de la parole -, les seconds sont la colo ration de la face, la céphalalgie, la fréquence du pouls, la chaleur, le trouble des sécrétions, etc. Les changemens sensibles que présente la plèvre enflammée expliquent tous les symptômes primitifs, tels que la douleur, la dyspnée, la toux. Quant à la manière dont les autres symptômes sont liés à la pleurésie, il est possible encore de les expliquer d’une manière satisfaisante. La douleur pleurétique, et sans doute aussi l’état de phlognse de la plèvre, obligent le malade à faire de courtes et fréquentes inspirations; la respiration est dans un tel rapport avec la circulation , que , quand l’une des deux est accélérée, l’autre l’est inévitablement. La fréquence de ces deux fonctions détermine l’élévation de la chaleur, à la production de laquelle l’une et l’autre paraissent concourir; l’élévation de la chaleur augmente la soif, et rend l’urine plus chargée.
Mais , dans la plupart des cas , il n’est pas possible de concevoir ainsi l’enchaînement des symptômes , et l’on est contraint de les attribuer au lien invisible de la sympathie. 11 existe entre toutes les parties du corps, chez l’homme malade comme chez celui qui est en santé, des rapports si intimes, qu’aucune d’elles ne peut être altérée gravement dans sa structure ou dans ses fonctions sans (jue toutes les autres, ou du moins plusieurs d’entre elles, n’y participent à un degré quelconque. On nomme phénomènes sympathiques tous ceux qui sont dus uniquement à cette connexion des divers organes, sans lésion primitive de la partie qui en est le siège, et l’on appelle sympathie (\) la condition organique qui préside à la production de ces phénomènes. Elle détermine chez l’homme malade des effets plus variés cl plus extraordinaires encore que chez
fl) Zvv, avec, on même temps; 7râ0os, affection.
i)t;s sïmctomks.
l'homme sain. Sans parler ici de celle sympathie universelle ou générale , en vertu de laquelle l’économie tout entière participe au désordre de quelque fonction ou d» quelque organe, comme on le voit dans l'inflammation d’un viscère, ou dans toute autre maladie interne, jetons seulement un coup d'œil sur les phénomènes qui dépendent de la sympathie spéciale ou particulière, c’eslà-dire de celle qui établit entre tel et tel organe des rapports qui ne s’étendent pas aux autres.
Hunier a distribué ces phénomènes nombreux et variés en trois séries, selon qu’ils surviennent dans des organes continus, contigus ou éloignés; cette division est plus simple et plus naturelle que celles qui ont été proposées depuis. A la sympathie de continuité se rattachent la douleur qui se fait sentir dans tout le trajet d'un nerf au moment où il est piqué ou conlus; les convulsions générales et le tétanos par suite du déchirement de quelque blet
nerveux ; le prurit des fosses nasales chez les personnes qui ont des vers dans les intestins, la douleur du gland chez les individus qui ont un calcul dans la vessie. La sympathie de contiguïté produit les vomissemens dans la péritonite, la dysurie dans le gonllement hémorrhoïdal et dans le flux dysentérique, etc. La sympathie éloignée agit tantôt sur des organes semblables ou associés aux mêmes fonctions, et tantôt sur des parties qui n'ont entre elles aucun rapport évident. Dans l’amaurose complète d’un côté, on voit quelquefois les oscillations de l’iris se transmettre de 1 œil sain à celui qui ne distingue pas la lumière, et, dans 1 inflammation d’un seul de ces organes, l'autre ne pouvoir pas supporter lejour. Ces divers phénomènes sont attribués à la similitude de structure et de fonctions des organes dans lesquels on les observe. L'association des mamelles avec l’utérus, des muscles expirateurs avec les poumons, paraît, jusqu’à un certain point, rendre compte de I affaissement ou du gonflement des mamelles dans certaines affections de la matrice, de la toux involontaire que provoque l’accumulation du mucus dans la trachée-artère. Quant aux exemples de sympathie éloignée entre deux organes qui ne concourent pas aux mêmes fonctions, ils sont très-nombreux, et ne sauraient être
DI S SVMl'TOMES.
expliqués par les anastomoses nerveuses, ainsi que plusieurs physiologistes ont cherché à le faire pour quelques phénomènes sympathiques de celle espèce, et en particulier pour la douleur de l'épaule droite qui , dans quelques cas, accompagne l'inflammation du foie. La toux qu’on observe dans certaines affections de l’estomac , du foie, et même de l’utérus; le vomissement qui a lieu dans les maladies du cerveau, des poumons, des reins, de la matrice ; le tremblement de la lèvre inférieure et le ptyalisme qui souvent précèdent le vomissement, la dilatation de la pupille, dans les aifections vermineuses, la douleur du genou dans la maladie de la hanche , sont autant de phénomènes sympathiques, la plupart bien constatés, mais entièrement inexplicables.
Tels sont les principaux effets de la sympathie morbide, qui transmet, comme on l’a dit, à toute l'économie les irradiations de l’organe affecté.
§11. — Parmi les symptômes qui se montrent simultanément dans le cours d’une maladie quelconque, tous n’ont pas , avonsnous dit, une importance égale. 11 est des symptômes principaux ou caractéristiques ; il en est d'autres qui ne sont qu 'accessoires.
Lorsque toutes les fonctions de l’économie sont à la fois dérangées, et que plusieurs le sont d’une manière grave, sans qu’aucun organe soit plus spécialement affecté que les autres, les phénomènes les plus saillans deviennent les symptômes principaux , et les autres ne sont qu’accessoires : c’est ce qu’on observe dans les fièvres intermittentes pernicieuses. Dans les maladies, au contraire, qui affectent spécialement un organe, ce n est point d après l’ intensité des symptômes qu’on mesure 1 importance de chacun d’eux, mais d’après l'endroit dans lequel ils se montrent et d’après la fonction qui est dérangée. Ainsi dans la péripneumonie, une douleur très-légère dans un des côtés, quelques crachats a peine rouillés, sont les symptômes principaux; tandis qu une céphalalgie très-forte, une urine rouge, un mouvement fébrile intense, ne sont que des phénomènes accessoires.
§ 111 — Les symptômes ont aussi été distingués en actifs et en
DES SYMPTOMES
Lorsqu’on a défini la maladie une lutte de la nature qui emploie tous ses efforts pour repousser ou détruire la matière morbifique, il semble qu’on ait oublié que, dans quelques affections, on n’aperçoit aucun signe d’une réaction salutaire, et que la plupart des symptômes tendent au contraire à hâter la mort. Ainsi dans la phthisie pulmonaire, les sueurs nocturnes, le dévoiement, la toux, les hémoptysies, aggravent de jour en jour l’état du malade. Mais d est aussi d autres affections dans lesquelles on ne peut méconnaître une réaction favorable. Les phénomènes particuliers qui se développent autour d’une épine enfoncée dans la peau, la fièvre qui accompagne l’inflammation de cette membrane et des parties sous-jacentes, la suppuration qui se forme autour du corps étranger, et l’entraîne au-dehors après avoir aminci les tégumens dans l’endroit qui correspond à l’abcès , ou décollé les bords de l’ouverture même qui avait fourni passage à l’agent matériel de la maladie, sont autant de. symptômes qu’on peut nommer actifs avec quelques auteurs modernes.
Dans beaucoup de maladies aiguës , la plupart des symptômes semblent également indiquer , sinon un concours de toutes les forces de l’économie contre la cause morbifique, du moins une lutte évidente entre l’une et l’autre. Mais on ne doit pas disconvenir que , dans le plus grand nombre des cas , la distinction des symptômes en actifs et en passifs ne soit entièrement impossible.
§ IV. Tous les symptômes ne se montrent pas dès l’invasion des maladies. Dans celles dont la marche est rapide , c’est , en vénérai, vers le second ou le troisième jour que les symptômes principaux et caractéristiques se développent ; dans celles dont la marche est lente , ce n’est souvent qu’après plusieurs mois et quelquefois même après plusieurs années. Dans l’un et l’autre cas, il survient, pendant le cours de l’affection, divers symptômes accidentels que l’on nomme épiphénomènes (t) , et qui ne diffèrent des symptômes proprement dits que parce qu’ils ne sont pas aussi intimement liés à l’existence de la maladie. On
(1) E~i, sur; «paivofm, je parais.
DES SYMPTOMES
peut rapporter aux épiphénomènes ou aux accidcns les svpcn venieniia, les épiginomènes, et ce qu’on a désigné dans les écoles sous les noms de symptômes de la cause et de symptômes du symptôme. Les supervenientia sont des phénomènes etrangers à' la maladie , mais développés par elle : telle est l’apparition du llux menstruel avant l’époque ordinaire; telles sont les douleurs de la dentition qui surviennent chez des enfans qui n en étaient pas tourmentés avant la maladie actuelle : telle est enfin , chez quelques malades, la multiplication prodigieuse des, animaux parasites . des vers, et des poux en particulier. Les èpiginom'enes (l) sont des accidens qui se manifestent pendant la maladie, mais qui dépendent de quelque cause externe, de la négligence des’ assistons ou de l’imprudence des malades. Les symptômes de la cause sont des phénomènes accidentels qui semblent dépendre, non pas de la maladie, qui ne les produit point ordinairement, mais de la cause qui détermine la maladie elle-même : telle est l’hémoptysie ou crachement de sang qui a lieu dans le cours d’une fièvre inflammatoire. Comme ce symptôme n’accompagne pas ordinairement cette maladie , on a pensé qu’on devait le considérer comme le résultat de la pléthore qui produit la fièvre, plutôt que comme un effet de cette fièvre elle-même. Enfin, lorsque cette hémorrhagie devenait considérable au point de produire des défaillances, ces défaillances étaient, selon le langage des écoles, le symptôme du symptôme. Ces distinctions ont été justement abandonnées , et les dénominations par lesquelles on les désigne sont devenues presque inintelligibles pour nous. On peut, sans aucun inconvénient, réunir sous le nom d’ èpiphhummes les divers accidens qui se
joignent aux symptômes des maladies.
Tels sont les principaux points de vue sous lesquels on peut envisager les symptômes. Dans un autre chapitic, celui du diaDuos tic, nous reviendrons sur leur valeur séméiotique.
(1) Etu, sur; ylvopat, je nais.