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CHAPITRE VII L

De la Marche ou du cours des Maladies.

La marche des maladies ( morborum decursiis) consiste dans le mode suivant lequel naissent et se succèdent les lésions maté-

rielles qui les constituent et les symptômes qui les signalent.

Les changemens qui s’opèrent dans la texture des organes, pendant le cours de la maladie, échappent, dans beaucoup de cas , à nos moyens d'observation. Toutefois il est un nombre , assez considérable, de maladies dans lesquelles nous pouvons suivre jusqu’à un certain point les modifications intérieures , en même temps que les troubles plus apparens qui surviennent dans les fonctions. Sans parler ici des maladies qui ont leur siège à la surlace de la peau, de celles qui occupent les orifices des membranes muqueuses, ou des points assez rapprochés de ces orifices pour que 1 œil puisse constater et suivre dans leurs phases diverses les changemens survenus dans leur disposition matérielle, il est encore d’autres affections, comme la pleurésie, la pneumonie , le squirrhe de l’estomac, dans lesquelles, à l’aide de tous les moyens d exploration que nous possédons, nous pouvons parvenir à reconnaître le commencement, les progrès et la diminution d’un

épanchement pleurétique, le passage progressif de l’engouement pulmonaire à 1 hépatisation , l’extension de la maladie du point piimitivement occupé a d autres portions du même viscère, et 1 accroissement progressit d une tumeur développée dans la grande courbure de l’estomac. Mais, on doit le reconnaître, les lésions materielles des organes ne sont, le plus souvent, appréciables qu’aprts la moil , et c est , dans beaucoup de cas, presque uniquement par les changemens survenus dans les symptômes que le médecin peut suivre et étudier la marche des maladies, qui coin -

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io.

prend leur type , leur forme aiguë ou chronique , la distinction de leurs périodes, et l’examen des circonstances nombreuses qui exercent quelque influence sur elles.

§ Ier. Le type ( typus ) est l’ordre suivant lequel les symptômes

s’exaspèrent ou se reproduisent.

Il est continu (T. continuus ) lorsque les symptômes persistent sans interruption depuis le début jusqu’à la terminaison de la maladie ; il est périodique ou intermittent ( T . periodicus, intermütens ) lorsque ces symptômes se montrent et disparaissent par intervalles.

A. Une maladie dont le type est continu présente quelquefois une intensité égale pendant tout son cours : on dit alors qu’elle est continente ( morbus continens ) ; telle est, dans quelques cas, la fièvre inflammatoire éphémère, qui n’offre, pendant sa courte durée, que des variations si légères, qu’on ne doit pas y avoir égard : aucune maladie aiguë ne serait continente si l’on attachait à°ce mot un sens rigoureux. Le plus souvent les maladies continues présentent une intensité inégale ; elles ont des exacerbations qui alternent avec la diminution des symptômes ou la rémission. V exacerbation , le paroxysme (1) ou redoublement consiste dans une augmentation plus ou moins considérable d’un seul , de plusieurs ou de tous les symptômes de la maladie -, la rémission , dans un changement contraire.

Il est quelques affections continues dont les symptômes, au lieu d’offrir ces alternatives opposées, présentent un accroissement régulier depuis l’invasion jusqu’à la fin; il en est d autres, au contraire, qui ont à leur début leur plus grande intensité, et qui deviennent progressivement plus légères. La lièvre qui précède l’apparition du flux menstruel a souvent une intensité croissante ; la fièvre éphémère présente quelquefois une marche inverse.

B. Les maladies périodiques ou intermittentes se présentent sous des formes très-varièes , soit relativement aux accès eux-

(1) n«po£jcgè;, de ÔHÜç, aigu; Trapà, au-delà.

mêmes (accessits) (tel est le nom que l’on donne à la réapparition des symptômes), soit à raison de l’intervalle qui les sépare. Parmi les accès, les uns présentent , au milieu de symptômes variables, un frisson auquel succèdent la chaleur et la sueur; les autres, qu'on désigne aussi sous le nom d 'attaques , n’oflrent pas ces phénomènes. Les premiers sont propres aux fièvres intermittentes; les attaques sont communes à toutes les autres maladies périodiques , telles que l’épilepsie, l'hystérie et plusieurs affections nerveuses. L’intervalle qui sépare les accès fébriles porte le nom d’apyrexie ( 1 ) ou & intermission (apyrexia , intermissio) ; le temps intermédiaire aux attaques n’a pas reçu de dénomination particulière.

Le type intermittent ou périodique peut se présenter sous des formes très-variées : les principales sont les types quotidien ( quotidianus ), tierce ( tertianvs ) et quarte ( quartanus ). Dans le premier , les accès ont lieu tous les jours , et sont tous semblables entre eux , pour la durée , la violence et les principaux symptômes ; dans le second , les accès se correspondent de deux en deux jours; dans le type quarte, de trois en trois. On a admis aussi les types quintane ( quintanus ) et sextane ( sextanus ) ; mais on ne les a que très-rarement observés , et plusieurs médecins ont pensé qu’on devait considérer comme accidentelle la réapparition de quelques fièvres suivant ces types insolites. Quant aux fièvres intermittentes mensuelles ou annuelles, il n’est personne aujourd hui qui en admette l'existence. Lorsqu’une maladie intermittente reparaît à des intervalles irréguliers, elle est erratique ou atypique ( morbus erraticus ).

Les types quotidien, tierce et quarte peuvent offrir des variétés nombreuses: 1° le type double-quotidien (quotidianus duplex ) présente deux accès chaque jour ; 2° dans le type double-tierce (ter lianus duplex), il y a un accès tous les jours, et les accès se correspondent de deux en deux jours ; le troisième est semblable au premier, le quatrième au second; 3° dans Je type tierce-doublé

(I) A privatif, ipùpg^ôç, fièvre.

( tertianus duplicatus ), il y a deux accès le même jour , et un jour d apyrexie ; A" si le type est iriple-iierce (tertianus triplex) il y a deux accès le premier et le troisième jour , et un seul le second et le quatrième : ces accès se correspondent de deux en deux jours; 5° le l y p a double-quarte ( quartanus duplex ) présente deux jours de suite un accès, et le troisième jour une apyrexie complète : l’accès du quatrième jour est semblable à celui du premier, celui du cinquième à l’accès du second , I apyrexie du sixième jour correspond à celle du troisième; 6° dans le type quarte-double ( quartanus duplicatus), il y a deux accès le même jour , de trois en trois jours; 7° dans le type triple-quarte ( quartanus triplex), il y a tous les jours un accès , comme dans les types quotidien et double-tierce ; mais dans le type triple-quarte , les accès se correspondent pour l’heure, la durée et la violence, de trois en trois jours ; les trois premiers sont différens les uns des autres , le quatrième est semblable au premier, le cinquième au second, le sixième au troisième : dans le type double-tierce, les accès diffèrent d’un jour h l’autre, et sont semblables de deux en deux jours ; dans le type quotidien ils sont tous semblables, üe toutes ces variétés des types intermittens , le double-tierce est le seul qu’on rencontre assez fréquemment: tous les autres sont, en quelque sorte, des types exceptionnels.

C. Les maladies , et les fièvres en particulier , présentent quelquefois une marche intermédiaire au type continu et intermittent : c’est le type rémittent (remitlens). 11 offre , comme le type intermittent , des accès composés de frisson , chaleur et sueur ; et, comme le type continu , des symptômes qui persistent sans interruption pendant tout le cours de la maladie. Ici est le sens précis que Pinel a donné au mot rémittent; car avant lui , la plupart des médecins confondaient sous cette dénomination les fièvres continues exacerbantes et les rémittentes proprement dites.

La cause de la périodicité des maladies est un des points les plus obscurs de la pathologie générale. îl nous semble naturel que la phlogose ou la dégénérescence , ou toute autre altération d’un organe , produisent des phénomènes qui persistent sans in-

terruplion, comme la cause qui les détermine. Mais il en esl tout autrement des maladies qui cessent et reviennent par intervalles, surtout lorsque le retour en est régulier. Si l’on suppose une lésion matérielle, comment se fait-il que son action ne soit que passagère? Si l'on suppose un dérangement des fonctions, sans lésion dans les organes , on admet un effet sans cause. Beaucoup de médecins ont fait des efforts pour expliquer un phénomène aussi dillicilc à concevoir. La plupart ont été conduits à penser que la cause qui produit le type intermittent ou périodique devait cesser, au moins en partie, par l'effet même de l’accès; mais que cette cause, engendrée ou introduite dans l’économie, réunie dans un foyer ou disséminée dans tout le corps , se reproduisait ensuite plus ou moins promptement , de manière à provoquer un accès nouveau. Les uns ont accusé tel ou tel liquide de l’économie, la pituite, la hile ou le sang; d’autres, le système nerveux; ceuxci, la fermentation ou une explosion surprenante, ou un embarras dans la circulation du sang dans un point de l’économie, dans la veine porte, par exemple; ceux-là, le principe sensitif; d autres enfin, une irritation ou phlegmasie intermittente.

Ces explications et toutes les autres sont de pures hypothèses dont aucune n’est appuyée sur des raisons solides , et dont la plupart sont en contradiction avec les faits observés. La périodicité des maladies est une chose qui nous est bien connue , mais que nous ne saurions expliquer. Nous la retrouvons d’ailleurs dans une multitude de phénomènes , soit hors de l’homme , soit dans l'homme lui-mème, et nulle part nous ne l’expliquons. Lo (lux et reflux de la mer, le sommeil des végétaux et des animaux, l’écoulement régulier des menstrues ou des hémorrhoïdes, sont des phénomènes dont la périodicité est aussi inexplicable que celle des maladies. Ce n’est donc pas ici l’imperfection de l’art, mais la faiblesse de 1 intelligence humaine qu’il faut accuser.

§11. C est surtout d’après la durée des maladies que les auteurs les ont distinguées en aiguës et en chroniques. Toutefois, nous pensons qu’il en est un certain nombre qui ont une marche aiguë, bien qu’elles appartiennent par leur durée aux maladies clironi-

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