CHAPITRE XVIII
Des diverses Altérations que présentent les organes après la mort.
Los altérations nombreuses que la maladie apporte dans la structure de nos organes ont particulièrement attiré l’attention des médecins modernes qui en ont fait, en quelque sorte, une science dislinclc à laquelle ils ont donné le nom d’ anatomie pathologique , mais qui ne doit être considérée que comme une simple branche de la pathologie. L'histoire des maladies est nécessairement incomplète quand on en sépare l'altération des organes qui correspond à chacune d’elles, et l’étude de ces altérations n’offre presque aucun intérêt quand on veut l’isoler de l’histoire des maladies.
On a droit de s’étonner, avec Senac (1) , que pendant longtemps les médecins n’aient pas montré plus de zèle pour acquérir les lumières que leur offrait l’examen des cadavres ; mais ce qu’il y a de plus étonnant encore , c’est que, dans les temps môme où l’anatomie de l’homme sain a été cultivée avec le plus de succès , on se soit à peine occupé des lésions que la maladie détermine dans les divers organes. Fallope, Yèsale et Eustachi, qui tirent faire de si grands pas à l’anatomie ; G. Harvey , qui découvrit la circulation du sang , précédèrent d’environ un siècle les premiers médecins qui se livrèrent à l’étude de l’anatomie pathologique. L'exemple donné par Thomas Bartholin et Théophile Bonel n’a d’abord eu qu’un petit nombre d’imitateurs , tels que Morgagni, Lieutautl , Portai, et ce n’est que vers la fin du dernier siècle (pic cette bran-
pi De reconditd Ftbr. Naturel , pag. 19-ü : « Mirum es! seine eos qui » de morbis scripserunt , non major i s!tulio investigasse quid morte » ipsd edoceamur. »
OUVERTURE DliS CAUAYltES. 545
clic de la pathologie a été généralement étudiée. Depuis celte époque, il n’est aucun médecin instruit qui ne saisisse toutes les occasions de constatci , apiés la mort, 1 espèce do lésion qui a produit ou accompagné les phénomènes qu'il a observés pendant la vie; et depuis ce temps plusieurs traités et un très-grand nombre de mémoii es importons ont été publies sur celte matière parles médecins les plus distingués de notre siècle, tels que par Bayle, BailUe, Laen nec, Dupuytren; et dans les derniers temps, par MM. Breschet , Cruveilhier, Louis, Andral , Bouillaud, Bayer, Carswel, etc.
Les avantages attaches a 1 étude de 1 anatomie pathologique sont si généralement appréciés aujourd’hui, qu’il serait superflu de les énumérer. Quand on envisage la multitude d’erreurs que l’ouverture des corps a fait rectifier , les connaissances positives qu’elle a fournies sur le siège d'un grand nombre de maladies , l’importance dont elle sera toujours pour confirmer ou rectifier le diagnostic, on ne peut disconvenir que cette étude n’ait puissamment concouru et ne doive indéfiniment concourir aux progrès de l’art
Celui qui veut rechercher et apprécier les lésions produites par la maladie dans les organes doit avant tout connaître avec exactitude leur conformation et leur structure dans l’état de santé. La connaissance de l’anatomie normale doit donc précéder l’étude de l’anatomie pathologique (l).
Il laut aussi que celui qui se livre à ces recherches procède à l'ouverture des cadavres avec un ordre convenable, afin de ne rien omettre d’essentiel , afin aussi que l’examen des parties d’abord découvertes ne nuise pas à l’examen des autres.
Il est enfin , sinon indispensable , du moins très-utile de connaître préalablement par des descriptions bien faites , ou plutôt
pour les avoir déjà observées , les diverses altérations propres aux différens organes.
(1) Il serait à désirer que les variétés de forme, de couleur, de con-
sistance, que les organes peuvent offrir dans l’état de santé, fussent
bien determinees et décrites avec plus d’exactitude qu’elles ne l'ont été
denr' 1 1‘ ’ af7 r 1 T ^ dislill=L1L‘1' avec P1 * * * *»8 & P^ision ce qui appar-
tient a la maladie de ce qui n est qu’une variété de l’état sain.
OU VEUT ÜB K DES CADAVIlES.
ARTICLE l' HE 31 IER.
De la manière d'ouvrir les cadavres.
On emploie à peu près comme synonymes les mois ouverture et autopsie (l) du cadavre, et nécropsie (2) pour désigner, soit l’acte par lequel on met à découvert tous les organes afin d’en examiner la disposition , soit le rapport dans lequel on expose le résultat de ces recherches.
§ Ier. L’examen du cadavre doit toujours commencer par l’habitude extérieure : l'embonpoint ou la maigreur doivent être indiqués avec exactitude , mais sans prétendre mettre une précision mathématique dans une chose qui n’en est pas susceptible. Le gonflement général ou partiel , produit par l’épanchement d’air ou de sérosité, doit être soigneusement constaté. Il est quelquefois nécessaire, surtout dans les cas qui doivent être portés à la connaissance des tribunaux , d’observer avec la plus grande attention l’attitude du cadavre , le rapport où il se trouve avec tous les objets qui l’entourent , l’état des vôtemens , etc. : les circonstances les plus minutieuses en apparence peuvent, dans la discussion des faits, apporter des lumières utiles. On ne doit pas non plus négliger l’expression de la physionomie, qui est quelquefois celle de l’effroi, du désespoir, etc. L’état de flaccidité ou de raideur des membres appelle aussi l’attention d'une manière spéciale : la raideur commence toujours par les mâchoires, le cou, le tronc, et s’étend ensuite aux membres thoraciques, plus tard, aux membres abdominaux; elle se manifeste généralement lorsque la chaleur vitale s’éteint ; elle est plus forte et a une durée plus longue chez les individus qui succombent â une maladie aiguë; elle est moins prononcée et passagère chez ceux qui meurent de maladie chronique. Les plaies, les contusions, les ecchymoses, les
(1) Auro-^a, l’action de voir soi-même ou de voir la chose même; de ccutoç, ipse , et de osroy.cn, je vois.
(2) De ve rooç, mort, et de osroyzi, je vois.
excoriations, l’impression d’un lien sur quelque partie, les éruplions, les tumeurs, les ulcérations, la gangrène des tégumens, sont autant de circonstances dont on doit toujours tenir compte. Il faut ausM faiie attention aux taches livides, quelquefois rougeâtres, à forme irrégulière, qui sont l’effet de la stase du sang dans le réseau muqueux et quelquefois aussi dans le derme, et qui existent plus particulièrement à la partie postérieure du tronc quand le cadavre est resté sur le dos depuis le moment de la mort. Ces lividités peuvent encore se montrer dans les parties du corps qui ne sont pas dans une situation déclive ; mais dans ces cas on les observe presque exclusivement sur le trajet des grosses veines, et elles semblent dépendre d’une transsudation du sang â travers les parois de ces vaisseaux. Quelquefois ces taches sont traversées ou séparées par des lignes, des plaques ou des sillons dans lesquels la peau a conservé sa blancheur ; cette disposition dépend de la pression exercée par des liens , par les plis des vèternens ou du drap, ou par les inégalités du sol sur lequel repose le cadavre.
I ne température élevée, la fluidité du sang, sont des conditions favorables à la production de ces taches. On les observe plus spécialement sur les cadavres des individus qui ont succombé à certaines affections, telles que fièvres graves, affections gangréneuses, variole, scarlatine, etc. Souvent dans les mêmes conditions l’épiderme se détache dans de larges surfaces par le plus léger frottement. Il est important, surtout en médecine légale, de ne pas confondre les lividités cadavériques avec les ecchymoses qui, comme nous l’avons vu, appartiennent aux symptômes; celles-ci sont formées par du sang infiltré ou épanché, et leur teinte varie suivant l’époque à laquelle la contusion a eu lieu et suivant que la résorption du sang est plus ou moins avancée; dans les lividités et les vergetures, au contraire, il n’y a qu’une simple stase du sang dans les (issus. I! faut aussi, dans l’examen de l’habitude extérieure du cadavre, s’assurer s’il existe quelque indice de putréfaction; c’est généralement sur le ventre et vers les fosses iliaques qu’elle commence à se montrer par des taches verdâtres : le cadavre exhale alors une odeur d’une fétidité particulière.
§ II. Après avoir examiné avec l’attention convenable l'extérieur du cadavre , on procède à l’inspection des parties intérieures (1).
A. La plupart des médecins commencent par ouvrir la cavité dans laquelle ils soupçonnent quelque lésion ; cette méthode n’offrirait pas d’inconvéniens si, après avoir rencontré la lésion qu’on soupçonne, on poursuivait toujours ses recherches pour s’assurer qu’il n’en existe pas d’autres; mais, comme au contraire on néglige souvent ensuite l'examen des autres cavités , il serait préférable qu’on se fit une règle d’ouvrir d abord les cavités où 1 on ne soupçonne aucune lésion.
Toutes choses égales d’ailleurs , on doit ouvrir l’abdomen avant la poitrine , et celle-ci avant la tète. En voici les motifs : en commençant par ouvrir le ventre, si quelque liquide est contenu dans celte cavité, on apprécie bien sa quantité et ses qualités diverses ; si , chez le môme sujet , un liquide est contenu dans la poitrine , il •y reste en totalité , et l’abaissement plus ou moins considérable du diaphragme , qu’il refoule vers le ventre , peut être distinctement reconnu. Lorsqu’au contraire on commence par ouvrir le thorax , il arrive presque toujours , à moins qu’on ne mette dans cette opération un soin très-grand, qu’on divise le diaphragme et qu on établit une communication entre les cavités des plèvres et du péritoine ; dès lors, si quelque liquide remplit l’une de ces cavités, il passe en partie dans l’autre ; s'il y en a dans les deux , il se mêle , ,i dans l’un et l’autre cas il en résulte des erreurs ou tout au moins de l'incertitude dans les recherches que l’on fait. Lorsqu’on a ouvert l’abdomen, il est plus naturel d’étendre l’incision à la poitrine que d’ouvrir la tète pour revenir ensuite au thorax, d’autant plus qu’après avoir ouvert le crâne , il est quelquefois necessaire de retourner le cadavre pour examiner la moelle épinière.
(1) Les instrumens nécessaires pour l'ouverture des cadavres sont a peu près les mêmes que pour les dissections; savoir : des scalpels, des couteaux, des ciseaux à pointe mousse et de dimensions dilïerentes, un enlérotome, un rachitomc , plusieurs stylets, une scie, un marteau; un tube de verre est quelquefois utile pour reconnaître par 1 msuUlaUou certaines lésions plus ou ptoins cachées.
^ oici de quelle manière on procède à l'ouverluro des trois grandes cavités. Pour mettre à nu les viscères abdominaux, on fait d abord une incision demi-circulaire , qui commence à l’un des i}poc îondus, descend jusqu’au pubis, en avoisinant le plus poss.blc 1 tpmo antérieure et supérieure de l’os des îles , remonte de mune vers I bypochondre opposé , et forme un vaste lambeau qui comprend toute la paroi antérieure de l’abdomen. Lorsque ce Jam* beau est renversé sur le thorax , on continue les deux incisions sur les tégumens de la poitrine jusqu’à la clavicule. L’incision doit être dirigée vers l’articulation de cet os avec le sternum, lorsqu on se sert, pour ouvrir le thorax, d’un scalpel avec lequel on coupe les cartilages des côtes ; elle peut être dirigée beaucoup plus en dehors lorsqu’on divise les côtes elles-mêmes au moyen de la scie , ou mieux encore au moyen d’une espèce de sécateur ou costotome. Lorsqu’on a scié ou coupé les côtes et la clavicule , ou mieux encore lorsqu’on a divisé les cartilages avec le couteau et desarticule le sternum , on soulève ce dernier os , on le sépare du mediastin a l aide du scalpel, et l’on achève de le renverser vers a tete ; après quoi on le détache entièrement avec Je lambeau des parois abdominales , en coupant les tégumens du cou auxquels il adhéré. Dans quelques cas, pour mettre plus entièrement à découvert les parties malades , il est préférable de luxer ou de rompre les cotes a leur extrémité postérieure.
Pour ouvrir le crâne , on commence par inciser circulairement le tegumens de la tète, en passant à six lignes au-dessus des sourds, et en dirigeant I incision vers la bosse occipitale supérieure ou un peu au-dessus. Cette incision doit comprendre toute l’épaisseur des tégumens, qu’on écarte ensuite avec soin du trajet de la scie avec laquelle on divise les parois osseuses. On peut aussi faire une incision cruciale, étendue de la racine du nez à loccipu et d’un conduit auditif à l’autre, en passant par le sommet de la tete ; on renverse ensuite les quatre lambeaux qui résultent de ces incisions. On doit procéder de cette manière à incision es tégumens et employer la scie pour ouvrir le crâne ans les cas ou l’on soupçonne quelque lésion du péricrâne ou
des os; dans les autres, on peut saro- inconvénient employa le marteau tranchant ou la hachette. Cet instrument imprime, il est vrai, des secousses plus fortes au cerveau, mais il ne décime ui la dure-mère ni la substance cérébrale , comme le fait presque toujours la scie, qui exige en outre un temps plus considérable. Lorsqu’on a achevé de diviser la voûte du crâne avec la scie ou la hachette, on passe un instrument de fer, un marteau, par exemple , dans la partie la plus antérieure, de la division ; on fait en sorte de l’agrandir par des mouvemens obliques et par quelques tractions; on y introduit ensuite les doigts enveloppés de linge, et, à l’aide d’une forte secousse, on détache entièrement la voûte osseuse , et l’on met à nu la dure-mère.
B. Dans l’examen successif des parties ainsi mises â découvert , on porte d’abord son attention sur les conditions extérieures des viscères, sur leur couleur , leur forme, leur volume, leur consistance, leurs rapports, sur les adhérences accidentelles qui les unissent, sur les tluides qui sont accumulés dans les cavités viscérales; on déplace les parties superficielles pour découvrir celles qui sont situées profondément ; on les renverse pour examiner leurs diverses faces , on incise les membranes qui les enveloppent , etc.
Après avoir observé avec une attention suffisante la conloi malion extérieure des viscères, on passe à l’exploration des lésions intérieures qu’ils peuvent offrir. La méthode n’est pas la même pour les organes creux et pour les autres. Les premia s, et particulièrement les organes digestifs et respiratoires , doivent être incisés autant que possible dans toute leur étendue ; on examine les fluides qu’ils contiennent , on les recueille même , si quelque circonstance l’exige. Les organes pleins, tels que le foie , la rate , le cerveau , les reins , doivent être divisés dans plusieurs sens , quelquefois par tranches minces , par copeaux , assulatim , selon l'expression de Morgacjni ; on doit encore suivre les conduits qui existent dans ces viscères , examiner les membranes qui les tapissent les fluides qui y sont contenus. Une dissection très-délicate est souvent nécessaire pour bien apprécier ces diverses lésions : on ne doit négliger aucun moyen de les bien connaître ; car une ou-
ouverture ms cadavres. vert lire de cadavre mal faite est plus nuisible qu’utile. CVsl surtout dans les lésions des nerfs , dans les tumeurs anévrismales , dans les altérations considérables de structure de certains viscères] dans les inflammations chroniques des membranes séreuses avec adhérence des viscères entre eux, qu’un examen minutieux est souvent indispensable.
Il est aussi quelquefois utile d’injecter avec une matière colorée et coagulable les vaisseaux et les conduits de quelques organes, lorsqu'on veut connaître avec exactitude leurs rapports nouveaux] leur diamètre, leur oblitération ou le développement d’une circulation collatérale. Ce moyen pourrait également être employé chez les sujets qui meurent d’hémorrhagie, pour déterminer si le sang provient de quelque petite artère ulcérée ou rompue , ou s’il s est échappé par une simple exhalation , dans l’hémoptysie des tuberculeux, par exemple.
C\ Telle est en général la manière de procéder à l’examen des dillerens viscères; voici maintenant l’ordre suivant lequel il convient d en faire l'inspection : il n’est pas le même que celui que nous avons conseillé pour les mettre à découvert.
On doit commencer par les organes de la circulation : le périrai de, le cœur et les gros vaisseaux qui en partent ou qui s’y rendent seront examinés les premiers. Le cœur sera incisé longitudinalement : on notera la couleur , la consistance de son tissu , l’épaisseur de ses parois, depuis la base jusqu’au sommet. D’après les recherches de M. Bizot, l’épaisseur des parois du cœur et le volume total de ce viscère augmentent progressivement depuis 1 enfance jusque dans bàge Je plus avancé. Ce fait entre comme élément indispensable dans l’appréciation de l'hypertrophie du cœur aux diverses époques de la vie (1). On passe le doigt indicateur dans les divers orifices du cœur , pour connaître s’ils sont ibres. S ils ne le sont pas, on les met à nu par une incision, afin que œil puisse distinguer le rétrécissement et la cause qui le produit.
et iV!',!jr0tia tl011Ué 1da,1S SOn travail lcs mt‘sures exactes des parois . de cavités du cœur dans les deux sexes et dans les divers âges de la
vie. (Mon. de la Soc. d’obs. méclic., t. i, iS5t>.)
OUVERTUHE DES CADAVHES.
Mais, avant de les inciser, il est nécessaire do s assurer, en versant de l’eau , soit dans le ventricule , soit dans 1 artère <|iu en naît, s'il y a ou non insuffisance des valvules, c’est-à-dire, si leur disposition s’oppose convenablement au reflux du sang du ventricule dans l’oreillette ou de l’artère dans le ventricule. On doit toujours ouvrir les gros vaisseaux sanguins, artériels et veineux, qui sont contenus dans la poitrine, et quelquelois étendre cet examen aux vaisseaux des autres parties. 11 est ordinaire de trouver les premiers remplis d’une quantité plus ou moins considérable de sang fluide ou en caillots -, leurs parois, dans ces cas, offrent une couleur rouge cjui devient plus vive après le contact de l’air extérieur : c’est un simple effet d imbibition.
On passe ensuite aux organes respiratoires. Avant d extraire les poumons de la poitrine, on recherche avec soin s ils présentent des traces d’emphysème vésiculaire ou interlobulaire ; on les presse entre les doigts pour savoir s'ils sont mous et élastiques , comme dans l’état sain : on les coupe en divers sens poui connaître exactement leur structure (1). Quand il s y trouve des
(1) Les poumons présentent à l’ouverture des corps un phénomène qui a élé remarqué fort anciennement, mais qu'on a long-temps mal interprété. Nous voulons parler de l’accumulation de liquide dans leur partie la plus déclive, qui est plus noire et plus lourde que les autres. On a pensé que cet engorgement avait lieu immédiatement après la mort, et qu’en conséquence on pouvait juger, d’après l’inspection d un cadaue, dans «nielle position il avait été placé à ce moment. Bayle, ayant conçu quelque soupçon sur l’époque où survient cet engorgement des pou mous, entreprit un certain nombre d’expériences propres a décider la question. 11 recommanda que tous les individus qui succomberaient sm le dos dans les salles de médecine fussent à l’instant même placés sur le ventre, et qu’on eût soin, en les transportant dans la salle de dépôt et en les y plaçant , de les laisser constamment dans cette position jusqu’au moment de Couverture du corps. Il fit noter en même temps la situation dans laquelle chaque malade était resté pendant les derniers inomens de son existence. Voici les résultats qu’il obtint : l’engorgement du poumon se présenta toujours dans la partie «pii avait été la plus déclive avant la mort, c’est-à-dire à la partie postérieure chez le plus grand nombre des malades, à la partie latérale chez quelques-uns qui étaient morts sur le càte,
excavations tuberculeuses ou îles foyers purulens , on examine s'ils ont quelque communication avec la cavité de la plèvre ou avec celle des bronches , s ils occupent le parenchyme pulmonaire ou s ils n’auraient pas leur siège dans fa portion de la plèvre qui pénètre entre les lobes des poumons (abcès interlobaires). L'insufflation d'air dans la trachée, à l'aide d’un tube, est en général le moyen le plus facile et le plus sûr de constater les communications qui peuvent exister entre les bronches et les diverses collections purulentes dont les poumons et les plèvres sont le siège ; dans ce dernier cas, il faut remplir la cavité pleurale d’un liquide, au travers duquel l'air insufflé puisse en s’échappant former des bulles qui viennent crever à sa surface. On peut dans quelques cas aussi reconnaître ces communications par la simple inspection des parties ou par l’incision des ramifications bronchiques au moyen d'une sonde cannelée et d’un bistouri , ou do ciseaux mousses. Pour examiner les bronches et la trachée, on incise ces conduits dans toute leur longueur, afin de juger des modifications qu’ils présentent sous le rapport de leurs dimensions (dilatation, rétrécissement, oblitération), de la couleur, de la consistance et de l’épaisseur des parties qui les constituent, et des produits de sécrétion qu'on y trouve. Pour bien voir le larynx, il faut séparer la base de la langue de l’os maxillaire inférieur , au moyen d'une incision semi-elliptique qui doit suivre la face concave de cet os et se prolonger à droite et à gauche sur les côtés du cou 5 par une seconde incision on détache le voile du palais et la paroi postérieure du pharynx ; puis on tire à soi la langue et le larynx, et l’on coupe transversalement la trachée et l’œsophage
à la base chez ceux qui avaient été constamment assis dans les dernières heures de leur vie : la position sur le ventre dans laquelle on avait placé les cadavres n’avait déterminé aucun engorgement à la partie antérieure du poumon. Ces expériences n’intéressent pas seulement la médecine légale, elles sont encore d’une haute importance pour la physiologie, parce qu’elles concourent à démontrer l'influence des lois physiques chez I homme malade, influence qui devient d’autant plus marquée que la puissance vitale s’affaiblit davantage.
à la parlic inférieure du cou. Le lambeau ainsi détaché, on ouvre d'abord le pharynx et le commencement de l’œsophage; on examine ensuite le larynx, et spécialement l'ouverture supérieure et la glotte; on le place, à cet effet, entre l'œil et la lumière pour apprécier la largeur de cette dernière, puis on le fend avec des ciseaux pour voir sa membrane muqueuse et scs cartilages.
Avant d’ouvrir le larynx , on doit constater l’état du pharynx ; on peut , si cela parait utile , mettre à nu l’œsophage dans tout son trajet, après avoir examiné les organes de la respiration et de la circulation. On ouvre ensuite avec des ciseaux è pointe mousse , et préférablement avec 1 entérotome du professeur C loquet, l’estomac et les intestins dans toute leur longueur; on voit quelle est la couleur de la membrane muqueuse , si elle est injectée, et si l’injection est uniforme, par plaques, par arborisations ou poinlillée; on juge de sa consistance, en la soulevant par lambeaux dont la longueur varie, dans l'état normal , suivant les points où on l’examine. Ils ont trois a quatre lignes , dans le grand cul-de-sac de l’estomac ; six à dix lignes le long de la grande courbure , douze à seize lignes et quelquefois doux pouces à la petite courbure et dans la région pylorique; dans l'intestin grêle, on peut obtenir des lambeaux de cinq a dix lignes.
On tiendra compte de l’épaisseur de la muqueuse , de l’état des tissus subjacens; on ne négligera point l’examen des follicules de Peyer et de Brunncr , qui offrent des altérations caractéristiques dans la maladie typhoïde, et participent a la dégénérescence tuberculeuse chez les sujets qui succombent à la phthisie pulmonaire. En constatant l’état des ganglions mésentériques, on conservera leur rapport avec 1 intestin, de manière à pouvoir juger si les lésions dont ils sont le siège correspondent aux anses intestinales affectées.
On examinera ensuite successivement le foie, la vésicule et les conduits biliaires , la rate, le pancréas, les vaisseaux sanguins et lymphatiques quand il y a lieu, puis les organes urinaires, en commençant par les reins et les uretères , et finissant pat la vessie
et !e conduit excréteur de l’urine; et l’on terminera l’examen des parties contenues dans le ventre par les organes de la
giration.
Le cerveau et ses annexes méritent une grande attention. On ne doit jamais inciser la dure-mère avant d’avoir terminé l’inspection des cavités thoraciques et abdominales ; elle soutient le cerveau et prévient le déchirement qu’il pourrait éprouver. 11 est même préférable de ne fendre le crâne qu’âpres avoir terminé l’examen de la poitrine et du ventre. On divise la dure-mère avec des ciseaux ou avec un scalpel , â droite et â gauche de la grande faux , <pi'on coupe elle-même près de l’endroit où elle s’attache à l’apophyse exista rjalli , et qu’on renverse en arrière pendant que la dure-mère, devenue libre, est abaissée de chaque côté en dehors de l’hémisphère correspondant. On doit examiner, avant d’aller plus loin, si les circonvolutions cérébrales offrent la saillie qui leur est propre, et si celte saillie est la même des deux côtés. Lorsque l’aplatissement est borné à un hémisphère, il doit exister de ce côté une lésion profonde, comme une hémorrhagie, un ramollissement; lorsqu’il porte sur les deux hémisphères , et que les membranes cérébrales ne sont pas enflammées, il est dû soit à une accumulation de sérosité dans les ventricules , soit à une hypertrophie du cerveau, comme on l’a plusieurs fois observé chez les sujets qui succombent à des accidens cérébraux produits par le plomb. On doit aussi, en incisant la dure-mère, tenir compte de la quantité de liquide cérébro-rachidien qui s’écoule, et, en détachant les autres membranes, examiner et leur degré d’adhérence avec la substance corticale et leur propre cohésion. En général, il vaut mieux examiner le cerveau en place que de l’enlever ; celle règle est d’ailleurs appliquable à presque tous les autres viscères. On le coupe par tranches minces, surtout en approchant des ventricules latéraux où l’on pénètre avec précaution, quand on est parvenu au niveau du corps calleux , en plongeant verticalement la pointe du scalpel dans la substance cérébrale, à trois ou quatre lignes environ de la ligne médiane , et un peu plus près de l’extrémité antérieure du cerveau que de 1a postérieure. On ouvre ces
ventricules dans toute leur étendue ; on renverse la voûte à troi piliers après l avoir divisée dans sa partie moyenne, et l'on met à nu le troisième ventricule. On continue ensuite à couper par tranches le reste du cerveau jusqu’à la protubérance annulaire. On sépare alors la tente du cervelet du bord du rocher auquel elle adhère; on porte profondément la pointe d'un scalpel à la partie antérieure du canal rachidien, et l'on divise la moelle épinière en même temps qu’on soulève le cervelet. Ce viscère , retiré du crâne après la section de la moelle, doit être renversé pour examiner le quatrième ventricule ; après quoi on le coupe par tranches, pour s’assurer qu'il est sain, ou reconnaître les altérations dont il est le siège. On termine l’examen du crâne en explorant l’état des divers vaisseaux qui rampent à la paroi inférieure de celle cavité. On ne doit pas négliger non plus d’ouvrir les sinus veineux qu’on a trouvés quelquefois enflammés ou oblitérés.
La longueur et la dilliculté de la préparation anatomique nécessaire pour mettre la moelle épinière ù nu, sans la déchirer ni la meurtrir, sont les principales causes pour lesquelles on néglige trop souvent l’examen de cette partie-, il serait à désirer cependant qu’on le fit avec soin dans beaucoup d'affections, et l’on ne peut pas douter que ces recherches faites avec persévérance et discernement, ne finissent par conduire à des résultats intéressans.
Beaucoup d’instrumens ont été imaginés dans le double but de rendre ce travail plus court, et de prévenir le déchirement de la moelle et des membranes qui l'enveloppent. A la gouge et au maillet, qui ont été d’abord employés, on a substitué un couteau simple, puis double, convexe sur son tranchant; puis on a ajouté à ce couteau des arêtes latérales pour limiter son action , et empêcher qu’il ne pénétrât trop avant sous l'action du marteau qui frappe sur son bord concave. On a proposé encore une scie simple ou double, convexe à son bord tranchant, avec laquelle on divise successivement ou simultanément les lames vertébrales à droite et à gauche. Enfin, dans ces derniers temps, 31. Magendie a proposé, dans le môme but, d’énormes ciseaux dont 1 extrémité coupante , très-courte , s’engage dans le canal vertébral , tandis
que l'autre extrémité très-longue forme un levier puissant à l’aide duquel on coupe facilement les lames vertébrales. Ces divers instrumens ont reçu le nom de rachilomes .
Il est un certain nombre de maladies dans lesquelles on doit aussi faire l’examen anatomique des membres ; par exemple, dans les cas de plaie , de fracture , d’abcès , de carie, do rhumatisme, de contracture, de luxation, de phlébite, etc. Cet examen ne réclame pas de règles spéciales.
Telle est la manière dont il convient d’ouvrir les cadavres (l) ; elle pourra et devra être modifiée ii raison de circonstances particulières dont l’exposition serait ici déplacée.
ARTICLE II
Des principales lésions que présentent les organes après la
mort.
Nous allons maintenant exposer d’une manière succincte les principales lésions que présentent les organes après la mort. Nous les rapporterons à trois séries principales, savoir : 1° lésions des solides; 2° altération des lluides ; 3° présence de corps étrangers, inanimés ou vivons.
il) On a pu être étonné de nous voir conseiller d'une part d'ouvrir en premier lieu l'abdomen, et d’autre part d'examiner les viscères du thorax avant ceux du ventre. Nous avons dit ailleurs pour quoi motif il fallait ouvrir d’abord l'abdomen; voici pourquoi il esl nécessaire de commencer l'inspection des viscères par ceux do la poitrine. On ne peut bien juger du volume et de la distension du cœur que quand les gros vaisseaux qui en naissent et qui s’y rendent sont intacts; si l’on commençait par examiner les viscères abdominaux, et qu’on divisât le foie, la veine porte et la veine cave inférieure, Je cœur serait alfaissé sur lui-même avant qu’on l’eut examiné : c’est par la même raison qu’on ne passe aux poumons qu’après avoir vu Je cœur. L’œsophage, qui fait partie de l’appareil digestif, ne peut être examiné qu’après les organes de la circulation et de la respiration, derrière lesquels il est situé; c’est un motif de plus pour suivre l’ordre que nous avons indiqué.
lrcSérie. Lésionsdes solides. — Elles seront, à raison de la multitude de sujets qu’elles embrassent, subdivisées en trois sections, lésions de structure , lésions de conformation , lésions de rapports.
§ 1. Lésions de structure. — Parmi les lésions de structure , nous plaçons les inflammations, les ulcères, les fistules, la gangrène, le tubercule , le cancer, la mélanose, le ramollissement , rendurcissement et les transformations organiques.
A. L’ inflammation ne se montre pas après la mort avec des caractères constans dans les divers tissus qui en ont été le siège, de telle sorte que dans quelques parties ii est peut-être plus difficile encore d’en indiquer les signes en anatomie pathologique qu’en pathologie. Toutes les fois qu’à l’ouverture d’un cadavre on trouve une partie plus volumineuse, plus rouge et plus facile à déchirer que dans l’état de santé, on a lieu de croire qu’elle a été enflammée ; la présence soit du pus réuni en foyer ou disséminé dans un organe , soit de concrétions albumineuses, granulées , membraneuses, tubulées , est un signe certain d’une inflammation existante ou passée. Mais l’inflammation ne se montre pas toujours avec des caractères aussi évidens, et les phénomènes qui la signalent ont besoin d’être étudiés dans chaque tissu.
Dans les membranes muqueuses , la rougeur même la plus intense ne suffit pas pour caractériser l’inflammation (1) -, il faut pour cela qu’à la couleur rouge se joigne une altération de consistance ou d’épaisseur, des ulcérations ou une exsudation couenneuse, crémeuse ou purulente : à la vérité, lorsque, dans une inflammation, la mort arrive promptement, on ne trouve le plus souvent qu'une injection finement poinlilléc ou par plaques, facile à confondre avec les congestions passives ou cadavériques. Mais ces dernières
(1) Chez les individus qui meurent avec un anévrisme du cœur, la membrane muqueuse du conduit digestif est ordinairement d’un rouge noirâtre. Or, on ne saurait admettre que l’anévrisme du cœur soit constamment accompagné d'inflammation de la membrane muqueuse de l’estomac : cette rougeur livide se retrouve d’ailleurs sur les joues, les lèvres, les mains, sans que personne ait vu dans la coloration de ces organes une inflammation.
SC forment surtout dans les endroits déclives, comme on le voit fréquemment pour les anses intestinales qui plongent dans l’cxcavalion pelvienne , elles sont accompagnées de la distension des reines, et la rougeur qu elles produisent disparaît le plus souvent parle lavage ou par une macération un peu prolongée, tandis que la rougeur inflammatoire résiste à ces deux épreuves. La même expérience a été appliquée à la distinction de la rougeur inflammatoire des vaisseaux sanguins et de la simple rougeur par imbibition.
Dans les membranes séreuses, où l'inflammation ne détermine ni rougeur ni tuméfaction, la présence d’un liquide purulent, de fausses membranes ou d’adhérences, fournissait en anatomie pathologique des caractères qui no permettraient pas de méconnaître l'inflammation , si ces caractères étaient constans. Mais il n en est pas ainsi , et spécialement dans les pldegmasies cérébrales, une légère altération dans le poli des surfaces séreuses, une friabilité plus marquée , une légère infiltration de la membrane celluleuse qui unit 1 arachnoïde à la pulpe cérébrale, sont considérées par la plupart des médecins comme des signes suflîsans pour constituer l’inflammation de cette membrane. Enfin, pour quelques - uns , la simple sécheresse des membranes séreuses chez les sujets qui meurent rapidement serait l’indice d’une inflammation de courte durée dont l’effet aurait été de suspendre la sécrétion normale. Celte opinion , émise d’abord par Marandel, m’a toujours paru hasardée, et les faits observés dans l’épidémie de choléra asiatique (l) qui a ravagé l’Europe viennent encore donner plus de poids aux doutes que j’ai constamment émis sur la valeur de cette condition anatomique.
Dans le tissu cellulaire ou lamincux , 1 inflammation se montre avec des caractères manifestes, la rougeur, le gonflement, la dureté, et a une certaine période, la présence du pus infiltré entre les mailles de ce tissu , ou réuni en foyer. Il en est à peu près de meme dans le poumon, où elle peut se montrer
(1) Chez un grand nombre de sujets qui ont succombé au choléra les membranes séreuses présentaient un état remarquable de sécheresse!
sous des formes variées , mais avec des caractères généralement bien distincts et faciles à saisir (0.
Il n’en est plus de même dans le cerveau, dans le foie, dans la rate, dans les reins , dans l’utérus, surtout chez les femmes qui succombent peu de jours après l’accouchement. Dans tous ces organes, si l'on exempte le cas ou ils contiennent du pus dans leur parenchyme , les signes anatomiques de 1 inflammation 6ont assez obscurs, pour que telle modification que 1 un considérera comme l’indice d’une phlegmasic soit considérée par 1 autre comme une maladie de nature toute différente, et par tel autre même comme une simple variété de l’état normal (2).
B. L’ouverture des corps montre souvent, dans l’intérieur des organes, des ulcères dont l’existence peut quelquefois être recon-
(1) L’inflammation du poumon sc présente, en anatomie pathologique, sous cinq états différens : lu engouement de Bayle ou premier degré de Laennec: le poumon est plus pesant, plus friable que dans l’état naturel, et d’une couleur rouge ou violette; il crépite encore, mais moins que dans l’état sain. Si on l’incise, il parait gorgé d’une sérosité sanguinolente, écumeuse et trouble ; 2» hépatisation rouge , carnification : le poumon est facile à déchirer, compacte, grenu, rouge, plus lourd que l’eau, et ne laisse pas échapper d’air quand on le comprime, ni de pus quand on le déchire; 5» hépatisation grise : le poumon est également lourd, non crépitant ; mais il se déchire plus facilement encore et laisse écouler un liquide purulent , gris ou rougeâtre ; 4'> dans quelques cas, le poumon offre tous les caractères de i hepadsahon rouge , excepte la dureté : dans cet état, il est lourd, entièrement prive d’air et mollasse, comme le tissu de la rate, c’est la splénisation; 3" enfin, le tissu ptilmonaire est susceptible d’un endurcissement grisâtre sans exhalation de pus dans son parenchyme : dans cet état, qui parait dépendre d une inflammation chronique, le tissu pulmonaire n'est pas brillant et demitransparent, comme dans le cancer; il ne laisse pas échapper de liquide puriforme lorsqu’on le déchire, comme dans l'hépatisation.
(2) Le ramollissement de la pulpe cérébrale, la cirrhose, la maladie granulée de Bright, l’engorgement de la rate à la suite des lièvres intermittentes , sont des phlegmasies pour quelques-uns, des lésions spéciales pour d’autres. Dans les modifications sans nombre de couleur et de consistance que présente le foie, qui pourrait établir les limites exactes entre l’état sain et l’état pathologique?
nue ou soupçonnée pendant la vie, mais dont la disposition anatomique ne saurait être étudiée qu après la mort. Ces ulcères sont quelquefois primitifs ou simples, c’est-à-dire qu’ils se montrent sans aucune autre altération des parties qu’ils occupent. Mais, dans le plus giand nombre des cas, les ulcères internes sont la conséquence, soit du ramollissement des tubercules ou du cancer, soit de la séparation d’une eschare, soit enfin d’une inflammation spécifique, comme dans la syphilis. L’ulcère syphilitique se présente à l’intérieur avec des caractères analogues à ceux qu’il offre chez 1 homme vivant dans les parties extérieures; l’ulcère qui succède à la gangrène ou aux tubercules, offre le plus souvent, dans quelques points de sa surface, des parcelles d’eschares ou de tubercules qui en révèlent la nature ; dans le cancer, l’incision des parties malades ne permet pas de méconnaître le genre de lésion auquel l’ulcère appartient.
L’existence d’ulcères plus ou moins nombreux dans les infestins grêles fournit un caractère anatomique très-important : de toutes les maladies aiguës, l’affection typhoïde est fa seule dans laquelle cette disposition existe à peu près constamment, comme, parmi les maladies chroniques, l’affection tuberculeuse est presque la seule qui la présente. Dans la dysenterie la plus grave, en même temps que le gros intestin est criblé d’ulcérations, l’intestin grêle en est généralement exempt. En conséquence, toutes les fois qu’on trouve dans 1 intestin grêle des ulcérations nombreuses, on doit toujours diriger ses recherches vers les autres lésions qui appartiennent, soit aux tubercules si le sujet est mort d’une maladie
chronique, soit à l’affection typhoïde s’il a succombé à une maladie aiguë.
C. Nous avons dit quelques mots des fistules en parlant des symptômes fournis par l’habitude extérieure du corps; nous nous bornerons à ajouter ici que les fistules ne peuvent être complètement étudiées que par la comparaison des désordres fonctionnels qu’elles produisent pendant la vie, et des lésions qu’elles offrent â i ouverture des cadavres. C’est après la mort seulement qu’on peut connaître exactement leur trajet, leurs orifices, les particu-
larilés de la structure du canal accidentel qui les constitue, et quelquefois aussi les causes qui les entretiennent.
JD. La gangrène, qui consiste dans la mort d’une partie quelconque de l’économie, se présente ordinairement dans le cadavre avec des signes manifestes , qui pourtant n’ont pas toujours empêché de confondre à l’ouverture du corps, comme au reste pendant la vie, la gangrène avec la couleur noire : c’est ainsi qu’il est souvent question dans les auteurs de la gangrène de la plèvre, du péritoine, du foie, maladies extrêmement rares. La couleur noire peut exister sans gangrène -, la gangrène peut avoir lieu sans donner cette couleur aux parties qu’elle attaque : on sait que les eschares des membranes muqueuses sont souvent grises ou blanchâtres ; que celles qui sont produites par l’acide nitrique sont jaunes ; Quesnay dit avoir vu dans un cas les parties gangrenées offrir une transparence remarquable. La couleur noire ne saurait donc être considérée comme le signe de la gangrène. Ses principaux caractères sont : 1° la désorganisation complète de la partie gangrenée , dans laquelle on ne distingue plus les tissus élémentaires; 2° sa mollesse et sa flaccidité; 30 rôdeur fétide et caractéristique qui s’en exhale ; 4° la sanie iclioreuse et les gaz fétides qui s’en écoulent. Dans une variété de la gangrène qu’on nomme sèche, la partie offre une couleur noire , une fermeté quelquefois ligneuse et toujours la désorganisation complète du tissu. Les chirurgiens modernes et le professeur JJUchcT&iicl , en particulier, ont considéré la nécrosé comme la gangrène des os.
E. Les tubercules sont presque toujours en grand nombre : ils envahissent surtout les ganglions ly mphatiques , les viscères revêtus intérieurement de membranes muqueuses , et plus spécialement parmi eux les organes respiratoires. Le plus ordinairement , ils se développent dans la trame même des parties qu’ils finissent quelquefois par envahir en totalité. Dans quelques cas , ils sont enveloppés par une sorte de membrane (tu* hercules enkystés). Leur volume varie depuis celui d’un grain de millet jusqu’à celui d’une orange ou même du poing d’un adulte,
Leur aspect et leurs conditions anatomiques diffèrent essentiellement selon qu’ils sont à l’état do crudité, de ramollissement, de cavernes ulcérées ou en voie de cicatrisation , de telle sorte que, si l'on n’avait pas suivi dans leurs degrés intermédiaires la filiation de ces états si div ers, on pourrait voir des maladies essentiellement différentes dans les phases successives que subit la môme maladie. Le tubercule cru est formé par une substance blanche, jaune ou grisâtre, opaque, solide, mais sans cohésion, qu’on a comparée au fromage mou, et dans laquelle on ne distingue ni vaisseaux sanguins, ni aucune autre apparence d’organisation(l). Dans le tubercule ramolli, la matière a perdu sa consistance; elle est liquide, au moins en partie, et semblable soit à du pus , soit à du lait mêlé de grumeaux blancs , opaques , caséiformes. On a long-temps admis que ce ramollissement s’opérait du centre â la circonférence; mais les recherches ingénieuses faites à ce sujet par M. Lombard de Genève l’ayant conduit à une conclusion opposée, de nouvelles observations deviennent nécessaires pour juger cette question. Le tubercule sous-cutané s’ouvre à 1 extérieur par un ou plusieurs points souvent fistuleux • le tubercule intérieur s’ouvre , quand il s’ulcère, dans le conduit muqueux le plus voisin et se présente tantôt sous la forme d’une ulcération aplatie, dans laquelle on retrouve quelquefois des fra^mens de matière tuberculeuse non ramollie (ulcères tuberculeux des intestins, du larynx, etc.), tantôt comme dans le parenchyme pulmonaire, sous forme d’une excavation plus ou moins grande le plus souvent irrégulière et anfractueuse , dans laquelle on ne trouve plus qu’une matière purulente. Dans quelques cas, il n existe plus à la place de ces excavations qu’une sorte de novau fibro-cartilagineux , au niveau duquel la surface extérieure du poumon est comme ratatinée , et qui présente dans son centre les traces d une cavité dans laquelle une ou plusieurs bronches viennent aboutir.
(1) L’analyse chimique y montre 96,13 de matière animale et quelques centièmes d’hydrochlorate de soude, do phosphate et carbonate de chaux très-peu d’oxyde de fer. *