‹ Élémens de pathologie généraleChapitre 46 sur 62 · SG · texte numérisé non relu

SG

On a encore rattaché à l’affection tuberculeuse les concrétions crétacées qu’on rencontre assez fréquemment au sommet des poumons, surtout chez les sujets qui meurent à un âge avancé : on considère généralement ces concrétions comme étant la conséquence d’une transformation de la matière tuberculeuse, et un des modes de terminaison favorable de celte maladie. Cette opinion , qui a pour elle de nombreux partisans , et qui n’est pas sans vraisemblance , ne nous parait pas encore assez solidement établie pour être admise comme chose complètement démontrée.

F. Les granulations sont de petits corps globuleux, transparais, luisans, élastiques, quelquefois marquetés de lignes ou de points noirs, et offrant dans leur aspect quelque analogie avec le cartilage. Celte lésion, qui a été particulièrement décrite par lia} le, a été considérée par Laennec comme n’étant que le premier degré ou le rudiment de l’affection tuberculeuse , cl cette dernière opinion, adoptée par le plus grand nombre des auteuis qui ont écrit sur l’anatomie pathologique , est admise aujourd’hui comme un fait. Nous ne partageons pas , à cet égard , la conviction générale. Nous reconnaissons bien que, dans les cas où les poumons sont farcis de granulations, il n’est pas rare d’en trouver quelques-unes au centre desquelles existe un petit novau de matière opaque analogue au tubercule; nous reconnaissons également que le plus souvent on trouve, dans les mêmes sujets, des granulations et des tubercules ; mais nous ne pensons pas que ces considérations suffisent pour démontrer complètement la filiation de ces deux lésions, pas plus qu’on ne conclura de la présence d’une matière tuberculifonne dans les masses cancéreuses du foie que le cancer et le tubercule sont deux altérations de même nature (1).

G. Le cancer se présente, en anatomie pathologique, sous les formes diverses de squirrhe , d’encéphaloïde et d’ulcère cancéreux. Ces lésions variées offrent pour caractères communs un

(1) y oyez notre article Granulations dans le Dictionnaire de médecine en vingt et un volumes, t. x.

accroissement indéfini , quelle que soit leur forme (dégénérescence ou ulcération), une reproduction à peu près constante après leur ablation ou leur destruction , une incurabilité complète quand on les abandonne a elles-mêmes , et , pour phénomènes généraux , le dépérissement progressif, l'altération de la couleur delà peau, cl plus particulièrement de celle du visage, qui prend une teinte jaune-paille ou jaune-plombé [teint cancéreux).

Le squirrhe est formé par un tissu dur, d'un blanc grisâtre ou bleuâtre, faisant entendre un bruit particulier quand on le divise avec un instrument tranchant. Ce tissu n’est pas complètement homogène ; on y distingue une sorte de canevas formé de lames fibreuses au milieu desquelles est contenue une matière qui ressemble , pour la couleur et la consistance, à la couenne du lard. 1) autres lois , ces lames fibreuses offrent un aspect rayonné qui donne à une coupe du squirrhe une ressemblance assez exacte avec le tissu du navet : c’est cette forme de squirrhe que quelques auteurs ont nommée napi forme. En pressant entre les doigts la matière squirrheuse, on en exprime ordinairement un fluide Iransparent, albumineux, que quelques personnes ont désigné sous le nom de suc cancéreux. Les injections faites par Scarpa l’ont conduit à penser que le tissu squirrheux ne contenait pas de vaisseaux artériels et veineux , ou en offrait à peine quelques ramuscules.

Le cancer encèphaloïde ou cèrèbriforme est uno production accidentelle ou une dégénérescence organique, d’un blanc laiteux, légèrement rosé , offrant le plus souvent la couleur et la consistance de la pulpe cérébrale, et quelquefois du sang épanché et réuni en foyers plus ou moins considérables. Le docteur Bérard a démontré, par des dissections et des injections (1), d’une part, que le tissu encèphaloïde est pénétré par une grande quantité de vaisseaux artériels dont le nombre et le volume augmentent à mesure que le ramollissement devient plus considérable ; et, d’autre part, qu’il n’existe pas do veines perméables au centre des masses

(1) Dict. en vingt-cinq volumes, art. Cancer.

cncèphaloïdes , bien qu’à la périphérie de ces tumeurs on trouve un réseau veineux très-développé. Le développement des artères et l’atrophie des veines semblent donner une explication satisfaisante des hémorrhagies dont les parties affectées de cette espèce de cancer sont souvent le siège.

La matière encéphaloïdo peut, comme la matière tuberculeuse, envahir presque tous les organes; les os eux-mêmes en sont fréquemment atteints. Elle existe quelquefois à l’état d’infiltration ; le plus souvent, elle est réunie en masses plus ou moins volumineuses; enfin, quelquefois, elle est enkystée. Il est des organes, comme les poumons et surtout le foie, dans lesquels la matière cncéphaloïde se dépose sous forme de masses arrondies du volume d’une aveline, d’une noix, d’un œuf de poule, qui semblent s’ètre développées dans les interstices du parenchyme qu’elles écartent et compriment sans l’envahir : elles n’adhèrent que faiblement aux parties voisines et sont facilement énucléahles. Les végétations molles qui se développent sur quelques points des membranes muqueuses appartiennent généralement au cancer encéphaloïdo.

Le cancer se montre quelquefois aux lèvres et au museau de tanche, en particulier, sous la forme d’une simple ulcération audessous de laquelle il n’existe ni squirrhe, ni cncéphaloïde, et qui , cependant , se rapproche du cancer par la fermeté qu’elle présente sous le doigt, par son extension progressive, par les hémorrhagies dont elle est le siège , par les phénomènes généraux et les douleurs lancinantes qui l’accompagnent. C’est un cancer qui débute par où les autres finissent, et dans lequel l’ulcération semble détruire le tissu cancéreux à mesure qu’il se forme.

On a encore rattaché aux maladies cancéreuses et l’on a donné l’épithète de colloïde ou de gclatiniforme à une affection caractérisée par le développement d’une matière transparente semblable à la gelée qu’on prépare avec les viandes blanches : on le rencontre plus souvent dans les ovaires (pie dans les autres parties du corps. Cette production morbide nous parait former une altération sui generis trop distincte du squirrhe , de 1 cncéphaloïde

et. de 1 ulcère cancéreux, pour pouvoir Cire confondue avec eux sous une dénomination commune.

H. La mélanose (1) est une altération du tissu , que quelques auteurs ont considérée comme une variété du cancer qu’ils ont appelé mèlanc. Elle se montre sous la forme de masses arrondies ou irrégulières, de consistance ferme, de couleur noire, violacée ou bleuâtre, d un volume variable entre celui d’un pois et celui du poing d’un homme adulte, et qui offrent, sous le rapport de la consistance, de la forme et de la couleur, une certaine ressemblance avec la truffe. Quelques médecins ont pensé que le tissu mélané était susceptible de se ramollir et de s’ulcérer (Bayle et Laenncc), mais on n’est pas d’accord sur ce point. C’est là, selon nous, la mélanose proprement dite, la seule à laquelle on doive donner ce nom. Nous pensons qu’on ne doit point la confondre avec la coloration noire que présentent souvent , peut-être par les seuls progrès de I’àge, les ganglions qui entourent la racine des bronches et leurs divisions secondaires. Nous sommes plus éloignés encore de regarder (avec MM. Breschet et Cascnave) comme une variété de la mélanose, mélanose liquide , les matières noirâtres et poisseuses qu’on rencontre à la surface des membranes muqueuses, celles qui sont rejetées dans le melæna , ou excrétées , ce qui est beaucoup plus rare, avec l’urine. A notre avis, lors môme que 1 analyse chimique démontrerait des élémens semblables (2) dans les masses mélaniques et les liquides noirs qu’on a rapportés à la mélanose, lors môme qu’il y aurait entre les unes et les autres une analogie aussi grande qu’entre le cancer et la sanie qui découle de sa surface ulcérée, nous pensons qu’on ne devrait pas confondre sous une dénomination commune une dégénérescence complète des tissus et une sécrétion morbide, surtout quand 1 observation montre constamment d’un côté les masses mélaniques sans aucune trace de mélanose liquide ; et, d’un autre côté,

(1) De pAaç, noir, et vocro;, maladie

(2) Plusieurs chimistes, et en particulier MM. Thénard, fia miel, Lassaigue, ont reconnu dans la mélanose, comme dans les matières noires des vomissemens, la plupart des élémens du sang.

la prétendue mélanose liquide sans masses mélaniques : les sécrétions de matières noires, en effet, n’ont jamais pour base une dégénérescence mélanique ; le plus souvent , comme chacun le sait, elles sont le produit d’une ulcération cancéreuse.

Les autres altérations de structure dont nous allons parler ont toutes cela de commun, qu’elles présentent l’aspect de quelquesuns des tissus de l’économie dans l’état sain 5 on leur a , par ce motif, donné le nom générique de transformations , et l’on désigne par une épithète particulière chacune de ces transformations diverses; les principales sont les transformations cutanée , muqueuse, séreuse, graisseuse , fibreuse , osseuse , cartilagineuse et cornée.

/. La transformation cutanée a souvent été observée dans les membranes muqueuses lorsque, par suite du prolapsus des organes qu’elles revêtent , elles deviennent en quelque sorte parties extérieures du corps : c’est ce qui a lieu en particulier dans la chute du vagin, de l’utérus ou du rectum.

J. Ï1 en est de même de la transformation muqueuse , qu’on rencontre dans les trajets fistuleux en communication avec un conduit tapissé par une membrane muqueuse -, le tissu cellulaire change progressivement de nature et prend dans tout le trajet de la fistule le caractère d’une membrane muqueuse, dans laquelle, du reste, on ne trouve ni villosités, ni follicules.

K. La transformation séreuse est l’une des plus fréquentes •, elle a lieu dans presque tous les cas où un corps étranger quelconque, liquide ou solide, séjourne pendant long-temps dans un point quelconque de l’économie , et spécialement dans le tissu cellulaire que son organisation rapproche particulièrement des membranes séreuses. Autour d’un amas purulent, autour d’un caillot apoplectique, autour de la tête d’un os luxé , autour d’un corps vulnérant (pii est resté dans la profondeur des organes , on voit se former une membrane séreuse accidentelle, représentant, comme toutes les membranes du ce nom, un sac sans ouverture; c'est

également une membrane séreuse accidentelle qui forme ces kystes di\ers, auxquels il faut rattacher les tumeurs hydatiques et la ma* Jadie comme sous le nom d hydropisie de l'ovaire.

L. La transformation graisseuse a été observée dans divers organes , tels que le cœur , les muscles , les mamelles , le pancréas. Elle est très-fréquente dans le foie : on la reconnaît à l’aspect blanchâtre de ce viscère , à quelque chose d’onctueux qu’il offre au loucher, aux stries graisseuses dont est couverte la lame du scalpel qui l'a divisée, et plus sûrement encore à la tach e grasse qu’elle donne au papier, quand on l’expose à l’action de la chaleur. Les auteurs ne sont pas d’accord sur la manière dont s’opère la dégénérescence graisseuse ; quelques-uns , et M. Andral est do ce nombre , pensent que sous l’influence d’une sécrétion trop abondante de graisse dans le tissu qui la secrète ordinairement, les parties voisines sont comprimées et atrophiées sans subir de transforrnalion proprement dite. D’autres, au contraire , supposent que le tissu même des organes subit une altération par suite de laquelle il devient substance grasse : la dégénérescence graisseuse du foie, qui naturellement ne contient pas de cellules adipeuses, peut ètie présentée a 1 appui de cette dernière opinion.

M. La dégénérescence fibreuse se présente surtout dans quelques kystes, dans diverses tumeurs, et spécialement dans celles de l’ovaire.

A . L ossification est une altération fréquente chez les vieillards, et qui a été observée aussi quelquefois avant l’âge mûr. On l’a rencontrée dans les valvules du cœur , dans les artères , les muscles, les membranes séreuses , dans les kystes, les ligamens et les cartilages. On confond souvent les pétrifications avec l’ossification proprement dite. Morgagni avait indiqué la disposition lamclleuse et fibreuse du tissu osseux comme le moyen le plus propre à faire distinguer ces deux lésions. L’analyse chimique fournirait un moyen d’une application plus générale et peut-être plus sûre, le tissu osseux étant essentiellement formé de phosphate de chaux

et de gélatine, et les pétrifications pouvant offrir toute autre composition.

O. La dégénérescence cartilagineuse n’est le plus souvent que le premier degré de la transformation osseuse.

P. Quant à la transformation cornée , clic n’a jamais été aperçue ailleurs que dans le tissu de la peau.

§ II. Nous comprenons dans celte section toutes les modifications que présente l’aspect extérieur des organes , comme nous avons rattaché à la première toutes celles qu’offrent leur organisation intérieure.

A ces altérations se rattachent les changemens de forme , de volume et de couleur : nous nous bornerons à les énumérer.

A. On peut rapporter aux altérations de forme : 1° les solutions de continuité des parties molles et dures (plaies, ruptures par causes internes ou externes , fractures des os , décollement des cartilages et des épiphyses) ; 2° les vices de conformation que quelquefois on ne fait que soupçonner pendant la vie et qu’on connaît presque toujours mieux après la mort; 3° les excroissances de toute espèce qui se développent sur la peau, sur les membranes muqueuses, les polypes vésiculeux ou durs, les brides, etc.; 4° les bosselures et autres inégalités que présentent souvent les viscères , comme le foie dans la cirrhose et le cancer , les os dans les maladies vénériennes ; 5° l’aplatissement des inégalités propres à quelques organes , au cerveau , par exemple.

B. Aux altérations de volume on peut rapporter : 1° la distension des viscères creux et le rapprochement de leurs parois ; 2° 1 élargissement et le rétrécissement des conduits en général, et de leurs orilices en particulier; 3° l'augmentation et la diminution de grosseur de quelques organes pleins , comme le foie et les muscles.

C. Aux altérations de couleur se rapportent la rubéfaction livide dotons les tissus dans les cadavres des individus asphyxiés , leur coloration en jaune chez les ictériqucs , les plaques rouges ou noirâtres dans le scorbut et dans quelques empoisonnemens, la rougeur non inflammatoire des membranes muqueuses , celle de la membrane choroïde, de 1 iris , et de la tunique interne des vaisseaux, la couleur plus pale ou plus foncée des muscles, la

feinte noirâtre ou jaune-claire du foie , l’aspect panaché de la rate, etc.

2e série. Alterations des fluides. — Une partie des altérations que présentent les fluides est appréciable pendant la vie et a été exposée dans le chapitre consacré aux symptômes. Il ne doit être question ici que de celles de ces altérations que l’ouverture des cadavres peut seule faire connaître ou dont elle rend la connaissance plus complète. Nous examinerons rapidement d’abord les altérations des fluides liquides, puis celles des fluides gazeux.

§ Ier. Alterations des liquides. — Nous les étudierons d’abord dans les liquides en circulation, le sang et la lymphe; puis dans les liquides exhalés ou sécrétés.

A. Nous avons précédemment (p. 280 â 292) exposé les principales altérations que présente, chez l’homme vivant, le sang qui s écoule au dehors, dans les hémorrhagies ou par l’ouverture artificielle des artères ou des vemes. Il sera question ici seulement des altérations du sang que l’ouverture des cadavres fait connaître.

Le sang que l’on retire de la veine, au début de la maladie tjphofde, ne présente pas généralement d’altération bien notable, si 1 on en excepte une légère diminution dans la consistance du caillot qui n est pas constante. Mais, lorsque les malades succombent à une époque où les saignées ne sont plus praticables , on Louve le sang , tantôt diflluent, tantôt et bien plus souvent réuni en caillots noirs , mous et friables, très-différens par conséquent des caillots fibrineux et denses qu’on trouve dans les vaisseaux et surtout dans le cœur de ceux qui ont succombé â la plupart des autres maladies aiguës.

Chez quelques-uns des sujets qui succombent avec les symptômes de la résorption purulente, on trouve, dans les vaisseaux ou dans le cœur, des caillots adhérons ou libres, infiltrés de pus. Dans d autres cas, on a vu le pus réuni dans un foyer unique au

centre du caillot sanguin qui se trouvait ainsi transformé en une sorte d’abcès.

Il est une autre altération du sang que l’autopsie seule peut faire découvrir. C’est la présence de la matière encéplialoide dans les veines situées au voisinage des triasses cancéreuses. M. Velpeau, qui a publié un des premiers des observations curieuses sur ce point d’anatomie pathologique (i), pense que c est le sang coagulé dans les vaisseaux qui s’est converti en tissu encéphaloidc. D’autres estiment que , dans ces cas , les veines ont absorbé la matière cancéreuse, et que celle-ci a altéré la fibrine du sang.

Il ne serait pas impossible non plus que la matière encéphaloidc, développée en dehors des veines ou dans 1 épaisseur même de leurs parois, eut pénétré dans leurs cavités en produisant ces végétations qu’on a trop facilement peut-être présentées comme dues à une transformation du sang.

B. Les modifications que la lymphe peut éprouver dans le cours des maladies sont insaisissables pendant la vie, et ont pu être quelquefois appréciées après la mort.

Chez les femmes qui ont succombé à la fièvre puerpérale, on a rencontré fréquemment du pus dans les vaisseaux lymphatiques de l’utérus. Dans un cas d’affection cancéreuse de l’estomac et des ganglions mésentériques, nous avons vu les vaisseaux lymphatiques du mésentère distendus par un liquide puriforme qui les rendait partout plus manifestes que 1 injection la plus parfaite ne saurait le faire. Depuis Cruikshank (2) , on a trouvé plusieurs fois de la bile dans fis lymphatiques du foie; Sabatier (3), Sœmmcring (4) et plusieurs autres ont vu dans le canal thoracique un liquide semblable pour la couleur et la consistance à du sang, et ont admis que ce liquide pouvait passer directement dans les vaisseaux lymphatiques. Toutefois, ces observations sont loin d’ètre concluantes , et c’est avec raison , suivant nous, que dans ces derniers temps Muller et M. Breschet (5) ont élevé

(1) Betue médicale , 1823 et 1820.

(2) Anat. des vaiss. abs., p. 8, trad. de Petit-Radel.

(3) Ilist. de l'Acad. des sciences, année 1780.

(4) De Morbis vas. absorp ., p. 40.

(5) Système lymph ., p. 288.

des doutes sur la nature du liquide rouge, trouvé dans le système lymphatique.

C. Les membranes muqueuses , ouvertes toutes à l’extérieur du corps par un ou plusieurs orifices, laissent échapper chez l’homme malade, par la bouche, par l’anus, par l’urètre, et chez la femme par le vagin, une partie du liquide qui les lubrifie, surtout quand la sécrétion en est augmentée. Mais alors même il n’est pas sans intérêt, après la mort, d’examiner le mucus contenu dans les voies aériennes et digestives, dans la vessie, dans l’utérus. 11 n’est pas rare, d’ailleurs, de trouver, à l’examen des cadavres, des amas de mucus dans quelques-uns de ces organes chez des sujets qui n’en avaient pas rendu pendant la vie. Le mucus doit être étudié après la mort, comme pendant la vio, dans les diverses altérations que la maladie lui a imprimées, sous le rapport de sa quantité, de sa consistance, de sa couleur, de son mélange avec telles ou telles substances.

D. Mais c’est particulièrement pour l’étude des liquides renfermés dans les membranes séreuses que l’ouverture des cadavres est indispensable. Pendant la yîc, en effet, par la disposition des cavités qui les renferment , ces liquides échappent complètement à nos sens. Ce n’est qu’à l’aide de signes rationnels que nous arrivons à constater leur présence et à connaître que leur quantité a augmenté ou diminué, ou que des fausses membranes revêtent les surfaces séreuses. Quelquefois , il est vrai , à l’aide d’une opération chirurgicale nous pouvons voir et soumettre à tous les genres d’examens les liquides séreux extraits de leurs cavités. Mais d’abord celte opération ne peut être pratiquée que dans des circonstances assez rares , et dans ces cas même on ne retire jamais la totalité du liquide épanché ; les parties les plus épaisses restent dans le point le plus déclive, et les concrétions membraniformes, presque toujours adhérentes, ne sauraient s’écouler avec la sérosité : l’examen du cadavre peut donc seul donner une connaissance entière des produits morbides contenus dans les membranes séreuses. Les liquides qu’on y trouve peuvent être incolores ou aqueux, transparens, louches ou complètement

opaques; c’esl quelquefois du pus ou du sang, purs ou mêlés à de la sérosité. Avec ces liquides on rencontre le plus souvent des concrétions diverses, disposées en flocons, en brides, en fausses membranes qui se confondent quelquefois par une adhérence intime avec les membranes séreuses , de manière à faire croire à l’épaississement de ces dernières ; mais , par un examen plus attentif, on peut toujours, comme l’a particulièrement démontré le professeur Fouquier, détacher ces concrétions et s assurer que les membranes séreuses n’ont que l’épaisseur qui leur est propre. Nous ajouterons quelles conservent dans presque tous les cas leur transparence naturelle , et que la couleur noire ou rouge quelles paraissent quelquefois offrir n appartient pas à ces membranes elles-mêmes , mais au tissu cellulaire; de leur surface adhérente : il est facile de s’en convaincre en les disséquant avec quelque soin. Les fausses membranes dont nous venons de parler peuvent être simples ou multiples, molles ou fermes; elles peuvent offrir les plus grandes variétés de couleur , depuis le noir jusqu’au gris-blanchâtre. Elles prennent au bout d’un certain temps, quelquefois après un petit nombre d’heures, une apparence d’organisation. Le professeur Amiral (1), avant injecté de l’acide acétique dans la plèvre d’un lapin , a trouvé, au bout de dix-neuf heures, des fausses membranes molles, parcourues par de nombreuses lignes rougeâtres qui s’anastomosaient à la manière de vaisseaux sanguins. Le professeur Cloquct avait signalé la même disposition chez des hommes morts de pleurésie en peu de jours. Mais ces lignes rouges sont-elles véritablement des vaisseaux 1 C’est ce qui ne nous paraît pas suffisamment démontré, et si l’on rapproche ces lignes rouges de celles qu’on rencontre dans d’autres matières secrétées , dans le mucus bronchique, dans les glaires rejetées par le vomissement et les selles , on concevra des doutes sur l’existence de ces vaisseaux accidentels , qui devraient devenir plus apparents dans les fausses membranes anciennes, où personne jusqu’ici ne les a clairement

(l) Clin. mèdic.,t. w, p. 558, *c édit. Paris, 1840.

distingués. On trouve, du reste, dans ces fausses membranes du sang épanché, de petits tubercules qui démontreraient en elles une organisation réelle , s il était prouvé que le sang ou les tubercules qu'elles renferment sont un produit de ces fausses membranes elles-mêmes , et non de l’inflammation de la membrane séreuse ; or , c'est ce qu’il est impossible d’établir. On peut, à la vérité, regarder comme à peu prés certain que l’exhalation et l’absorption continuent à avoir lieu dans les cavités splanchniques entièrement tapissées défaussés membranes; mais ces dernières renferment-elles des vaisseaux exhalants et absorbants, ou bien forment - elles une couche en quelque sorte inerte et comme spongieuse dans laquelle les bouches exhalantes et inhalantes de la plèvre verseraient et puiseraient la sérosité? Dans l’état actuel de la science, ces questions ne me paraissent pas jugées.

E. Les liquides contenus dans les membranes synoviales présentent à l’ouverture des cadavres des altérations analogues à celles qu’on observe dans les séreuses. On y a en outre rencontré quelquefois des espèces de concrétions libres et mobiles, dont la présence donne lieu pendant la vie à des douleurs très-aiguës qui cessent et se reproduisent selon le point de l’articulation qu’occupent ces corps étrangers.

F. Quant au fluide contenu dans le tissu cellulaire infiltré, il est quelquefois incolore ou jaunâtre , quelquefois louche ou même purulent, mêlé de sang dans quelques circonstances. A l'ouverture des cadavres, on constate la présence de la sérosité dans le tissu sous-cutané ; on la suit dans le tissu cellulaire qui s’étend entre les muscles ; on la découvre dans quelques organes intérieurs, par exemple, dans le tissu cellulaire du péritoine et dans les appendices celluleuses des gros intestins ; celte infiltration existe quelquefois aussi dans le tissu cellulaire de la plèvre, dans celui qui unit le péricarde extérieur au cœur. L’accumulation de sérosité a été encore constatée dans le tissu cellulaire qui unit les membranes muqueuses aux couches sous-jacentes , soit dans les parties accessibles à la yuc , soit dans celles qui sont situées plus

profondément, comme les replis épiglolto-arythnoidiens, la glotte elle-même et les valvules intestinales.

G. Les liquides sécrétés par les glandes offrent aussi quelques altérations; mais la plupart sont appréciables pendant la vie, excepté dans le cas de rétention de ces liquides, de la bile et de l’urine, par exemple, dans leurs conduits ou dans leurs réservoirs. L’examen cadavérique des voies urinaires et biliaires présente quelquefois dans ces cas des phénomènes très -intéressants à étudier.

IL 11 n’est presque aucun organe, aucune cavité , où l’on n’ait trouvé après la mort quelque épanchement , circonscrit ou diffus, de sang liquide ou caillé, de pus séreux ou épais, avec ou sans enveloppe membraniforme.

I. On trouve aussi, à l’ouverture des cadavres, des liquides renfermés dans des membranes accidentelles ou kystes. Ces liquides

sont tantôt aqueux, tantôt épais, semblables à du miel, a de la gélatine, à du pus, à du suif, à une bouillie crétacée. Dans le premier cas, le kyste est mince et analogue aux membranes séreuses ; dans les autres, il a communément une certaine épaisseur; il est souvent fibreux , quelquefois cartilagineux ou môme osseux. Quelques kystes offrent une texture différente dans les divers points de leur étendue. Dans ce cas, leur cavité est ordinairement partagée par des cloisons irrégulières , en un certain nombre de loges , dans chacune desquelles est contenu un liquide de couleur et de consistance diverses : on leur donne le nom de hystes multi-

loculaires .

§ IL Altérations des fluides élastiques ou gaz. — Les gaz, naturellement exhalés dans le conduit digestif, peuvent offrir a l’ouverture des cadavres des modifications importantes dans leur quantité, dans leur répartition, dans leurs qualités chimiques. Ce dernier point a été très-peu étudié jusqu’ici, et l’on ne saurait déterminer d’avance le degré d’utilité que pourraient offrir des recherches entreprises dans ce but. La diminution et l’augmentation des gaz dans les intestins et l’estomac peuvent etre constatés pendant lu vie aussi bien qu’après la mort. Le fait le plus nnpor-

tant à signaler sous le rapport de l’anatomie pathologique, c’est l’accumulation des gaz dans une partie du conduit digestif, tandis que 1 autre en contient moins que de coutume : cette disposition est I indice presque certain d un rétrécissement, d’une occlusion, d’un obstacle quelconque au passage des gaz dans le point de jonction. Elle éclaire le médecin dans les recherches auxquelles il se livre; elle le conduit, dans quelques cas, à découvrir une lésion qui n’avait pas été soupçonnée dans la vie, et qui , après la mort, au milieu d’autres désordres plus apparens, ceux, par exemple, qui sont l’effet d’une péritonite, échappe quelquefois à l’œil de l’observateur qui n’est pas instruit de la valeur de ce phénomène.

On rencontre quelquefois des gaz dans des parties qui, naturellement, ne doivent pas en contenir, dans la plèvre, dans le péritoine, par exemple, dans le tissu cellulaire sous-cutané, trèsrarement dans un kyste , comme nous en avons cité précédemment un exemple ( p. 436 ). Quelques médecins pensent que ces gaz peuvent être le résultat d une simple exhalation morbide; mais plus on ouvre de cadavres et plus on est convaincu que la présence des gaz dans la plèvre, dans le péritoine, dans le tissu cellulaire, est presque toujours consécutive à la perforation des intestins, des poumons ou de quelque autre point des voies aériennes, comme la trachée et les fosses nasales; aussi est-ce vers l’existence de ces lésions qu’on doit alors particulièrement diriger ses recherches. La présence des gaz dans les parties qui n’en contiennent pas est aussi quelquefois un phénomène de putréfaction cadavérique (1), et peut-être dans quelques cas l’effet

(1) Nous avons assisté à l’ouverture du corps d'un homme replet mort subitement trente-deux heures auparavant. L’emphysème survenu ’après la mort était déjà si considérable, que le volume du tronc et des membres était presque double. A l’instant où le scalpel pénétra dans le ventre qui était aussi dur qu’une planche, l’air s’en échappa en produisant une détonation aussi violente que celle d’un fusil à vent fortement chargé • le conduit digestif n’avait point été intéressé, il resta distendu ; les gaz qui avaient produit l’explosion étaient, par conséquent, accumulés dans la cavité péritonéale elle-même. L’emphysème était si général, que l’air

de la décomposition du pus renfermé dans un kyste , spécialement après une ou plusieurs ponctions.

3* série. — Les corps étrangers qu’on trouve à l’ouverture des cadavres sont de diverses espèces : les uns sont inanimés, les autres ont joui ou même jouissent encore de la vie. Parmi ceux qui sont inanimés , les uns ont été formés au dedans du corps : tels sont les calculs biliaires, urinaires, les concrétions intestinales et celles qu’on rencontre dans les articulations , dans les voies salivaires, les poumons, l'utérus, etc. Parmi ceux qui sont venus du dehors, les uns ont été introduits par des plaies, et notamment par les plaies d’armes à feu ; les autres, par les voies naturelles , comme la bouche, l’anus, l’urètre dans les deux sexes, ou par le vagin chez les femmes.

Les corps étrangers vivants qui peuvent exister chez 1 homme sont les oxyures ou ascarides vermiculaires qu’on rencontre spécialement dans le rectum, les ascarides lombricoïdes dans l'intestin grêle , les tricocéphales ou trichurides dans le cæcum chez les sujets qui meurent de fièvre typhoïde, plusieurs variétés de taenia : celui qu’on nomme tænia lata ou non armé est le plus fréquent dans notre pays ; c’est le plus souvent dans l’intestin grêle qu’on le rencontre. Des hydatides de diverses espèces se trouvent aussi dans l’intérieur des viscères ou des cavités splanchniques. Celles que Laennec a nommées acéphalocistes sont les plus fréquentes; elles se développent surtout dans le foie. Ce viscère est en outre le siège exclusif d’une espèce particulière dentozoaiie, nomme douve du foie (fasciola humana de Breza), qu’on rencontre fort rarement chez l’homme. Le rein est aussi le siège exclusif d’une autre variété d’helminthe non moins rare , à laquelle on a donné le nom de sirongle. En Guinée il se forme dans les chairs un ver long , blanc, et. grêle, qui affecte surtout la race nègre et qu’on appelle ver de Guinée , filiaire ou dragonneau.

Tels sont les principaux phénomènes que présente l’ouverture

des cadavres.

s’échappait avec le sang, sous forme d’une écume rougeâtre, de tous les vaisseaux qu’on incisait.

I f's désordres variés qui viennent d’être exposés sommairement n'ont pas tous une importance égale. 1" Parmi eux, les uns ont précédé! apparition des symptômes de la maladie et paraissent les a\oir produits : tels sont les tubercules crus qu’on a rencontres plusieurs fois dans les poumons d individus qui n’avaient encore olleit aucun tiouble apparent de la respiration ; 2° il est d’autres altérations qui ne sont survenues que pendant le cours de la maladie, quelquefois même à une époque assez avancée, et qui semblent en être plutôt l’effet que la cause : tels sont le gonflement du foie et l’anasarque qui surviennent chez les gens affectés d’anévrisme du cœur-, 3° d’autres phénomènes d’anatomie pathologique n ont lieu que dans 1 agonie : te! est l’engorgement des poumons dont nous avons parlé, (p. 552); tels sont sans doute aussi les caillots gélatineux ou albumineux qu’on rencontre dans le cœur et dans ies gros vaisseaux ; 4° enfin plusieurs lésions ne surviennent qu’après la mort, et sont désignées sous le nom de phénomènes cadavériques : tels sont les taches sanguines qui se forment dans le tissu cellulaire sous-cutané, la transsudation de la bile qui colore les portions contiguës des intestins, de l’estomac et de la face inférieure du foie; le dégagement d’air qui peut se faire dans un temps très-court, en moins de vingt-quatre heures, par exemple; l’infiltration qui survient après la mort et qui est plus fréquente dans certaines conditions atmosphériques et peut-être à la suite de certaines maladies ; tels sont peut-être encore quelques épanchcmens peu considérables de liquide séreux dans les membranes de ce nom ; telle est la putréfaction , qui est ordinairement beaucoup plus rapide dans quelques points que dans d’autres , et qui serait par cela même plus propre à induire en erreur : telles sont encore certaines altérations de la muqueuse gastrique qui, comme l’ont prouvé les expériences du docteur Carswel, peuvent survenir après la mort par l’action corrosive du suc gastrique sur les parois stomacales, et faire croire è un empoisonnement par une substance caustique ; 5° enfin il est des lésions qu’on rencontre à l’ouverture des cadavres et qui ne déterminent pendant la vie aucun trouble apparent dans les

fonctions : telles sont les adhérences des poumons aux parois du thorax, les plaques blanches et opaques qui existent souvent sur le cœur, certaines tumeurs enkystées, divers corps étrangers et quelques lésions organiques commençantes.

Il est de la plus haute importance pour le médecin de bien apprécier la valeur de ces divers phénomènes. C’est avec raison que le docteur Double, dans son Traite de Séméiotique (1), a signalé les erreurs auxquelles peut donner lieu l’ouverture des corps, surtout dans un temps où l’on est peut-être disposé à accorder aux lésions anatomiques une importance exagérée ; mais nous pensons que ces erreurs ne sont pas de celles qu’on ne puisse pas éviter, et qu’il est le plus souvent possible, en rapprochant et en comparant avec attention les phénomènes observés pendant la vie, et les lésions reconnues après la mort, de distinguer parmi ces lésions celles qui ont précédé et celles qui ont suivi le développement des symptômes et la mort des malades.

Page 1