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SECTION IV

Des Symptômes fournis par la chaleur.

La faculté qu’a le corps humain de conserver, dans l’état de santé , un degré de chaleur à peu près égal , quelle que soit la température des milieux dans lesquels il est placé , devient plus remarquable encore dans l’état de maladie. Constamment, en effet, chez l’homme sain, la chaleur s’élève de quelques degrés dans des milieux très-chauds ; elle s’abaisse dans les conditions opposées. Chez l’homme malade , au contraire , on voit dans quelques cas un froid violent s’établir malgré l’application de corps chauds ; on voit de même la chaleur devenir brûlante sans que ni l’ingestion des boissons fraîches , ni l’éloignement des vè-

DES SYMPTOItfES.

temens puissent la calmer. Dans d’autres circonstances , les personnes malades sont beaucoup plus sensibles au froid et à la chaleur extérieure qu’elles ne Tétaient en santé.

L’appréciation de la chaleur morbide, comme de beaucoup d’autres symptômes, exige de la part du médecin une grande habitude, et celle-ci suppose une observation attentive et des comparaisons fréquentes entre la chaleur de l’homme sain et celle de Thomme malade , dans les diverses conditions de la santé et de la maladie. Le meilleur instrument que le médecin puisse employer est sa main. Le thermomètre fait parfois connaître le chiffre exact de la température du corps ; mais il est tout-à-fait impropre pour faire apprécier les autres modifications que la chaleur morbide présente. Dans plusieurs cas môme , le toucher fait reconnaître une augmentation notable de chaleur, bien que le thermomètre ne s’élève pas au-dessus de la température ordinaire du sang. C’est ce qui résulte surtout des expériences de Hunter, qui , ayant déterminé une inflammation artificielle dans le vagin et le rectum d’une ânesse , dans la poitrine et l’abdomen d’un chien et d’une chienne , ne put cependant , dans aucun de ces cas , constater à l’aide du thermomètre la moindre élévation de température, tandis que l’augmentation de chaleur était manifeste au toucher (1). Pour bien juger des variétés que présente la chaleur, le médecin doit avoir actuellement une chaleur modérée à la main qu’il porte sur le malade ; il doit l’appliquer successivement sur diverses parties , et principalement sur les extrémités des membres, sur la face , sur la poitrine et le ventre , et sur la région qui paraît être le siège de la maladie ou des symptômes prédominans ; il doit la laisser quelque temps , douze à quinze secondes , par exemple , sur chacune de ces parties , afin de connaître si la sensation qui lui est transmise reste la meme, ou devient différente par le contact prolongé.

On a dit que la chaleur animale était, en général, plus considérable chez les enfans que chez les adultes; qu’elle diminuait toujours

(1) Hunter (John), Treat, on the Uood inflam. Lond. , 1794, in-4®.

un peu le matin, augmentait sensiblement au milieu du jour, et que le soir elle était plus élevée qu’à tout autre heure ; que , pendant le sommeil calme , la température diminuait de 4 à 5 degrés ; qu’au moment du réveil , il y avait une augmentation sensible de chaleur , etc. ; mais toutes ces règles établies par les séméiologistes offrent de nombreuses exceptions.

Les principales modifications qu’offre la chaleur chez l’homme malade se rapportent à quatre points : elle est augmentée , diminuée , abolie ou pervertie.

A. L’augmentation de la chaleur peut offrir de nombreux degrés , soit dans des maladies diverses , soit dans la même à des époques différentes. Entre la chaleur légère , qui a lieu dans beaucoup d’affections bénignes, et la chaleur brûlante, qu’on observe dans les maladies fébriles les plus intenses , il y a une multitude de nuances.

Tantôt cette chaleur n’est sensible que pour le malade , tantôt le médecin peut la reconnaître par le toucher, et quelquefois même la mesurer à l’aide du thermomètre. Quelques expérimentateurs assurent avoir ainsi reconnu une élévation ou un abaissement de température de plusieurs degrés. C’est ainsi que dans quelques cas de fièvre typhoïde la chaleur a pu s’élever de 33 ou 34"^ c. à 40 ou 41 (l), tandis que dans le choléra, d’après des expériences faites à Vienne , le refroidissement des pieds est descendu à 14® Ré. et celui de la langue à 15°. I! n’y a pas de maladie où la température du corps descende aussi bas que dans le choléra (2).

La chaleur peut être générale ou partielle -, dans le premier cas, elle peut être répartie également dans tout le corps ou être plus élevée dans quelques régions, ce qui est plus ordinaire. Lorsque la chaleur est bornée à une région , c’est tantôt dans l’organe même qui est affecté qu’elle a son siège , tantôt dans une partie qui en est plus ou moins éloignée, à la tête, par exemple, dans certaines affections de l’estomac ; à la paume de la main , dans

(1) Bouillaud, Clin, de la Charité^ t. i, p. 294.

(2) Gaymard et Gérardin, p» 121.

quelques maladies des poumons. La peau qui recouvre un phlegmon est presque toujours très-chaude , et souvent dans la céphalalgie , le front est également le siège d'une chaleur plus ou moins élevée. On a avancé qu’il en était des tégumens du ventre et du thorax , dans les phlegmasies des viscères qui y sont contenus, comme de la peau du front dans quelques affections cérébrales; mais ici l’analogie est trompeuse. Dans la plupart des maladies , et surtout des maladies fébriles , la chaleur , examinée comparativement avec la main dans les diverses régions, est plus élevée à la poitrine et au ventre qu’aux extrémités : cette différence existe dans les cas même où la maladie a son siège loin de ces deux cavités ; et dans les phlegmasies du poumon , les tégumens du ventre ne sont pas moins chauds que ceux du thorax,

La chaleur offre , relativement à son type , des variétés analogues : tantôt elle persiste sans interruption pendant tout le cours de la maladie , tantôt elle réparait périodiquement , comme dans les fièvres intermittentes , ou à des intervalles irréguliers et d’une manière passagère , comme on l’observe chez les femmes mal réglées et chez les personnes nerveuses ; elle revient alors par bouffées , suivant l’expression commune : c’est le plus souvent à la face que ces bouffées de chaleur ont lieu : elles sont accompagnées de rougeur de cette partie , et fréquemment suivies d’une sueur légère. Quelques auteurs ont appelé nerveuse ou erratique la chaleur partielle et passagère qui se fait sentir tantôt dans un point , tantôt dans un autre.

La chaleur offre encore , chez l’homme malade , d’autres différences relatives au caractère particulier qu’elle présente ; quelquefois elle est semblable à celle d’un individu bien portant qui a chaud : c’est la chaleur franche; lorsqu’elle est accompagnée de moiteur , et semblable à celle d’une personne qui sort d’un bain tiède, on la nomme haliiueuse ; si la peau a perdu sa souplesse et l’espèce d’humidité qu’elle offre ordinairement, la chaleur est sèche; elle est ardente, quand à la sécheresse elle joint une grande élévation ; elle est âcre ou mordicanie, lorsqu’elle cause aux doigts une sensation incommode , que celte épithète exprime assez bien ,

DES SÏMDTOMES.

sensation qui ne diminue pas , qui augmente même , par un contact prolongé, et qui persiste pendant quelque temps après que Je contact a cessé. Quelques auteurs ont encore décrit d’autres variétés de la chaleur qu’ils ont appelées hectique, septique ; mais ces nuances secondaires sont d’une appréciation difficile et même incertaine, et comme il serait impossible d’en donner une idée par des paroles, nous nous bornons à les indiquer, comme appartenant, l’une à la fievre hectique, l’autre aux parties affectées d’une inflammation gangréneuse.

B. La diminution de la chaleur, ou \q froid , offre les mêmes variétés sous le rapport de l’intensité , du siège, du type et du caractère particulier qu’elle présente.

Le froid peut être appréciable pour le médecin , ou n’ètre sensible que pour le malade : dans l’un et l’autre cas il peut offrir une intensité variée. On nomme refroidissement une simple sensation de froid ; horripilation , celle qui est accompagnée de la saillie des bulbes des poils (chair de poule, chair dloie); lorsqu’il s’y joint un tremblement involontaire, c’est frisson. Le froid peut être général ou partiel, extérieur ou intérieur, se faire sentir dans une seule partie ou en parcourir plusieurs, être passager ou continuel , avec ou sans exacerbation. Senac parle d’un fébricitant qui n’avait qu’un bras três-foid. Relativement à son caractère particulier , il peut être piquant , glacial , ou semblable à celui qu’on éprouve en santé lorsqu’on s'expose à Tair froid.

Le froid partiel occupe presque toujours les extrémités des membres , le bout du nez , le dos et les lombes. Il peut aussi , mais très-rarement , avoir son siège dans l’organe affecté , comme on l’observe dans quelques rhumatismes chroniques.

Un frisson plus ou moins intense marque en général le début de la plupart des phlegmasies. S’il est violent et s’il a lieu chez un individu jusque-là bien portant, il indique plus spécialement en hiver et au printemps surtout, où ces maladies sont plus fréquentes, l’invasion d’une pleuro-pneumonie, et doit conduire le médecin à en craindre le développement , avant même qu’aucun signe local vienne la confirmer , et lors même que des désordres

notables vers l’estomac ou le cerveau appelleraient ses soupçons ailleurs. Dans plusieurs circonstances, ce seul phénomène nous a permis d’annoncer une inflammation du poumon qui ne s’est montrée clairement qu’après un ou deux jours de fièvre.

Une fièvre intermittente débute aussi par un frisson -, mais le plus ordinairement ce frisson est accompagné d’un tremblement général qu’on n’observe pas au début des phlegmasies , du moins dans le plus grand nombre des cas. Lorsque la phlegmasie passe à la suppuration , il y a des frissons irréguliers qui partent spécialement de l’organe enflammé (Landré-Beauvais). Le frisson est très-souvent l’indice d’un foyer abondant de suppuration, et suivant Baillou, de la résorption du pus dans la masse du sang(l). Dance a observé le même phénomène dans la phlébite, lorsque le pus pénètre dans le torrent circulatoire. Dans ce cas, il y a des frissons intenses, revenant chez quelques sujets avec une sorte de périodicité, comme dans les fièvres intermittentes.

Dans un grand nombre de circonstances , le froid et la chaleur se montrent successivement chez le même individu ; communément le froid a lieu le premier , et la chaleur vient ensuite ; quelquefois on observe le contraire. Souvent la diminution et l’augmentation de la chaleur se succèdent un grand nombre de fois dans un espace de temps fort court.

C. L’abolition complète de la chaleur n’a lieu que dans l’état de congélation, qui peut être partielle ou générale : il est vraisemblable que la température approche beaucoup de 0°, même dans les parties qui sont susceptibles encore de revenir à la vie. Toutefois nous ne connaissons aucun fait de ce genre dans lequel on ait mesuré la chaleur à l’aide du thermomètre.

D. La chaleur est pervertie dans tous les cas où le malade accuse une sensation de froid dans une partie évidemment chaude , ou une sensation de chaleur dans une autre qui est froide. Ce dernier phénomène a souvent lieu dans la gangrène sèche d’un membre. Le malade accuse une chaleur brûlante dans la partie

(1) Ballo, consul,^ lib, i, p. 110.

affectée, tandis qu’elle est froide pour les assistans. On peut encore rapporter à ce trouble de la chaleur ces sensations simultanées d’un froid glacial à l’extérieur et d’une chaleur brûlante à l’intérieur , et vice versa. Nous avons vu à l’hôpital de la Charité, dans une des salles de Lerminier, un fait peut-être plus extraordinaire encore, chez un homme atteint depuis quelque temps d’une fièvre intermittente. Au moment même où il éprouvait le rigor, c’est-à-dire une sensation de froid avec tremblement général 5 sa peau devenait rouge , chaude , et se couvrait d’une sueur abondante. Ce phénomène bizarre s’est reproduit pendant un certain nombre d’accès.

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