‹ Élémens de pathologie généraleChapitre 26 sur 52 · SECTION V · texte numérisé non relu

SECTION V

Des Symptômes fournis par les Exhalations et les Sécrétions,

L’action de certains organes qui séparent du sang des fluides quelconques se nomme sécrétion. On distingue deux sortes de sécrétions : les unes , qui ont lieu dans toutes les parties du corps , et plus spécialement à la surface libre des diverses membranes, sont comprises sous le nom A'’ exhalations ; les autres, qui ont des organes particuliers, munis de conduits excréteurs, ont conservé plus spécialement celui de sécrétions. Nous examinerons successivement les unes et les autres.

§ Exhalations,

Les exhalations n’ont pas seulement pour usage de maintenir la souplesse , de prévenir les adhérences , ou de favoriser le glissement des surfaces membraneuses •, elles jouent encore un rôle important dans l’équilibre général : elles préparent, en élaborant les fluides, des matériaux à la nutrition. Nous ne suivrons pas les physiologistes dans leurs discussions sur la forme et la manière d’agir des organes exhalans -, les fluides exhalés, seuls appréciables aux sens , doivent seuls aussi appeler Taltention du médecin.

On peut partager en trois groupes les symptômes qui appartiennent aux exhalations : au premier se rattachent les divers changemens qui surviennent dans les exhalations naturelles : nous nommons ainsi celles qui ont lieu chez l’homme sain ; nous rapporterons au second les phénomènes propres aux exhalations morbides ; nous rangerons dans le troisième tout ce qui a trait aux exhalations artificielles. A la première série appartiennent les exhalations cutanée , muqueuse , séreuse , synoviale , graisseuse , les menstrues et quelques autres écoulemens sanguins naturels; à la seconde, l’exhalation de sang, de pus et de quelques autres fluides; l’exhalation fournie par les plaies des vésicatoires, des cautères , trouve sa place dans la troisième série.

A. Exhalations naüü^elles.

1® \] exhalation cutanée ou perspiration est continue, douce, égale dans toutes les parties , chez l’homme bien portant. Par intervalles, elle devient plus abondante et constitue la sueur, qui est toujours provoquée par une cause évidente , comme la chaleur de l’air, l’exercice, une émotion vive, etc.

Chez l’homme malade , cette exhalation peut n’être pas troublée , et conserver à la surface cutanée la souplesse qui lui est propre. Lorsqu’elle est médiocrement augmentée, elle rend la peau humide, et produit la moiteur {mador). Si l’augmentation est plus considérable , si le fluide se réunit en gouttelettes sur la peau et mouille les vètemens , c’est la sueur (sudor). Celle-ci peut être générale ou partielle; dans le premier cas, tantôt elle est égale partout , comme au déclin de quelques maladies aiguës ; tantôt elle est plus abondante au cou, à la poitrine, au front, comme on le voit chez les phthisiques. Lorsqu’elle est partielle elle est souvent bornée à la paume des mains, à l’épigastre,, au front. Les sueurs des mains et surtout des pieds sont habituelles chez certaines personnes. Leur suppression brusque a été signalée dans tous les temps comme pouvant déterminer des accidens graves, comme cela résulte surtout des observations publiées récem-

ment par le docteur Mondière(l). La température de la sueur peut être douce, très-élevée, ou froide ; celle-ci est généralement d’un fâcheux augure.

La sueur présente beaucoup de variétés sous le rapport de sa densité et de sa couleur; quelquefois elle est épaisse, collante et même poisseuse comme chez les moribonds; ailleurs ténue et aqueuse : le plus souvent elle est incolore ; dans quelques cas elle donne aux linges qui la reçoivent une teinte jaunâtre ; dans d’autres , les malades ont eu des sueurs rougeâtres (^sueurs de sang). On a cité aussi, d’après Borelli , Borrichius et Fourcroy , quelques observations de sueur bleue ou noire ; mais ces faits extraordinaires sortent eh quelque façon du domaine de Tart. — Les sueurs diffèrent encore sous plusieurs autres rapports ; elles peuvent être légères, médiocres, abondantes, passagères, continuelles ou périodiques ; survenir par le seul effet de la maladie , ou être provoquées par des causes particulières , comme un changement de position , la toux , une boisson chaude , etc. ; elles peuvent soulager ou affaiblir le malade , produire même le dépérissement : on les nomme ^[oxscolliquaiives (^sudores colliquativi)\ elles peuvent se montrer au début, vers le milieu, au déclin des maladies , ou persister pendant toute leur durée. Elles constituent le symptôme prédominant dans certaines affections ; comme la fièvre intermittente pernicieuse diaphorétique, si bien décrite par Torti, et dont cet habile observateur a failli lui-même périr victime. Les sueurs abondantes sont encore un des principaux symptômes de la suette picarde, et on l’observait aussi dans la terrible épidémie de suette anglaise qui, dans le moyen-âge, ravagea une partie de l’Europe.

La transpiration cutanée peut aussi être diminuée ou suspendue , comme on le voit souvent dans la première période des maladies aiguës, dans le diabètes et dans l’hydropisie, où la peau est habituellement sèche.

Quelle que soit son abondance , la matière de la transpiration

(1) V Expérience^ 1859.

peut offrir des changemens appréciables par l’odorat, et dont le médecin doit tenir compte. En général , l’odeur de la matière de la transpiration est un peu acide ; quelquefois elle est fétide. Elle a été comparée , dans la rougeole et la variole , à celle de la moisissure ; elle est cadavéreuse dans quelques fièvres adynamiques.

M. Landré Beauvais , et Dance (1) après lui, ont remarqué, dans l’aliénation mentale, une odeur particulière de la transpiration qui s’imprègne aux meubles et aux appartemens d’une manière durable, quels que soient d’ailleurs les soins de propreté dont on entoure les malades. Dans la suette miliaire, Todeur que la sueur exhale a été comparée par les uns à celle du chlore , par d’autres , à celle que donne de la paille pourrie.

Quant à l’odeur de souris , présentée par les auteurs comme un des symptômes qui accompagnent fréquemment les fièvres de mauvais caractère et les affections cérébrales , elle dépend à la fois de l’écoulement de l’urine dans le lit du malade, et des toiles cirées qu’on place sur les matelas , et dont les émanations développées par la chaleur et combinées avec celles de l’urine , produisent cette odeur particulière.. — Dans quelques cas, l’odeur exhalée par le malade est due aux alimens dont il fait usage et aux qualités de l’air qu’il respire habituellement. Chez les gens qui mangent beaucoup d’ail et d’ognon , l’exhalation cutanée est chargée de cette odeur. Nous avons soigné à l’hôpital un palefrenier qui , pendant le cours d’une fièvre bilieuse inflammatoire , exhala continuellement une forte odeur ài’ écurie : nous nous assurâmes qu’il n’avait conservé aucun de ses vètemens , et que l’odeur qui frappait toutes les personnes qui s’approchaient de lui était exhalée par le malade lui-mème.

Dans le cours des maladies fébriles aiguës et dans quelques cas de fièvres hectiques, les sueurs abondantes peuvent être accompagnées d’une éruption de vésicules ordinairement nombreuses, occupant surtout la partie antérieure du tronc, ayant le

(1) Manuel de Séméiotique,

volume d’un grain de millet, remplies d’un liquide diaphane, plus appréciables en général au toucher qu’à la vue, se déchirant sous le doigt, laissant à la pulpe une impression d’humidité, et auxquelles on a donné le nom de sudamina^ à raison de leur ressemblance avec des gouttes de sueur. De toutes les maladies aiguës dans lesquelles on observe ce phénomène, la maladie typhoïde est celle dans laquelle il survient le plus souvent, et ce fait n’est pas sans quelque utilité pour le diagnostic de cette maladie. Du reste , des sueurs abondantes ne sont pas une condition nécessaire à la reproduction des sudamina , et il n’est pas très - rare d’en observer chez des sujets qui n’ont pas eu de sueurs.

2° Les troubles de V exhalation muqueuse sont plus difficiles à apprécier , parce que les membranes où elle a lieu sont presque entièrement inaccessibles à la vue. Cependant l’œil peut reconnaître les altérations qu’elles offrent à leurs orifices , et l’examen des matières excrétées peut éclairer sur les changemens que présente l’exhalation muqueuse dans les organes situés profondément, dans les intestins , la vessie , etc.

Dans l’état de santé , le mucus , dont la consistance et la quantité varient dans les diverses parties du système qui l’exhale, est fourni en proportion telle que , sans être assez abondant pour s’écouler au dehors, il l’est assez pour prévenir les adhérences de ces membranes, favoriser le jeu de leurs fonctions, et faciliter en particulier le passage et la progression des substances qui sont portées dans leurs cavités. Son aspect et sa composition varient également suivant les muqueuses qui l’ont exhalé. C’est ainsi que celui qui s’écoule par le col utérin est ordinairement clair , transparent, analogue à de l’albumine, sans odeur , toujours alcalin , et vu au microscope , il parait tout à fait homogène et ne présente aucun globule (Donné); le mucus vaginal, au contraire, est épais, crémeux , toujours acide et jamais filant (1).

Dans l’état de maladie , l’exhalation muqueuse peut être augmentée, diminuée, suspendue et altérée de diverses manières.

(1) Donné , Recherche? sur les divers mucus.

Ces changemens n’ont presque jamais lieu à la fois dans toute l’étendue de ce système ; il est un peu moins rare qu’ils se montrent successivement dans toutes ces parties , comme on le voit dans quelques affections catarrhales ; le plus souvent ils sont partiels. L’augmentation du mucus exhalé est manifeste dans la seconde période des catarrhes ; sa diminution est sensible à leur début et dans le cours des fièvres graves ; la membrane des fosses nasales et celle de la bouche offrent souvent, dans ces maladies, une sécheresse plus ou moins complète.

Le mucus présente, dans ses qualités, des altérations nombreuses : il prend une odeur fade , spermatique , quelquefois acide ou même fétide ; sa couleur devient jaune ou verte dans les écoulemens chroniques *, quelquefois rouge dans la dysenterie, noire dans quelques fièvres graves, ou bien il est limpide et ressemble à l’albumine de l’œuf, comme dans certaines broncorrhées ; ailleurs , il est d’un blanc mat , opaque ; il est alors souvent impossible de le distinguer du pus. — Sa consistance diminue dans le flux pituitaire, dans la diarrhée séreuse; elle augmente dans les catarrhes chroniques ; le mucus prend même , dans quelques cas , une apparence floconneuse , membraneuse , une forme tubulée , sous laquelle il est rejeté par lambeaux plus ou moins considérables. — Le mucus peut être excrété seul, comme dans le coryza, l’angine, la blennorrhagie ; il peut être mêlé à d’autres substances, à Turine, par exemple, dans le catarrhe de la vessie, aux matières fécales dans la dysenterie , aux alimens ou aux boissons dans le vomissement. Quelle que soit la surface d’où il vienne, il peut être uni à une certaine quantité de sang ou de pus ; dans ce dernier cas , la matière purulente forme sur le mucus opaque des stries étroites plus ou moins irrégulières, plus opaques encore que le mucus : c’est ce qu’on observe journellement dans les crachats du second degré de la phthisie , et à une époque avancée du catarrhe vésical chez les vieillards.

Une autre altération bien remarquable que présente le mucus chez l’homme malade , c’est la propriété contagieuse qu’il acquiert dans la blennorrhagie , et même, selon quelques auteurs, dans

plusieurs autres affections catarrhales ; en vertu de cette propriété contagieuse , il peut développer, chez un individu sain, une affection semblable à celle dont il est lui-même le produit.

Dans Tétât de santé , V exhalation séreuse doit être en proportion telle , que les membranes et les aréoles qu’elle est destinée à lubréfier soient sans cesse humides , sans jamais contenir de liquide. Les troubles de cette exhalation sont difficiles à apprécier , parce que ses organes sont , dans toute leur étendue , inaccessibles à l’œil du médecin, et qu’aucune excrétion n éclaire sur les changemens qui s’y passent.

La diminution ou la suppression de l’exhalation séreuse a-telle lieu quelquefois pendant la vie , comme les faits publiés par Marandel porteraient à l’admettre? Cette question , qui appartient plutôt à l’anatomie pathologique qu’à la symptomatologie , ne nous paraît pas complètement jugée. Nous savons seulement que là où les surfaces opposées des membranes séreuses ont contracté des adhérences intimes , toute exhalation est nécessairement suspendue ou tellement modifiée qu’elle n’appartient plus à cç genre d’exhalation.

L’augmentation de l’exhalation séreuse est facile à reconnaître quand elle occupe le tissu cellulaire (p. 1 16). Il n’en est pas toutà-fait de même quand cette accumulation de liquide a lieu dans les membranes séreuses *, néanmoins , elle y donne encore lieu à des phénomènes qui permettent de la soupçonner quand elle est peu considérable , de la reconnaître quand elle est parvenue à un certain degré. La distension de la cavité qui renferme le liquide , les symptômes dus à la compression des organes voisins, et, dans quelques cas , la fluctuation et les changemens survenus dans la résonnance des parties, conduisent, dans la plupart des cas, à distinguer l’accumulation de sérosité.

Quant aux changemens qui surviennent dans la couleur , la consistance et la nature du liquide exhalé , ils ne sont jamais appréciables pendant la vie, à moins qu’il ne fasse accidentellement une ouverture aux parois de la cavité qui le contient , ou que l’art ne lui procure une issue artificielle. Ce changement appartient , par

conséquent, à ranatomie pathologique plutôt qu’à la symptomatologie.

4^ L’exhalation qui a lieu dans les surfaces articulaires ou dans les bourses synoviales fournit peu de symptômes. La distension des parties molles, une fluctuation obscure, et quelquefois, comme au genou , le choc des surfaces articulaires, sous la pression de la main, font connaître l’accumulation delà synovie. Dans quelques cas aussi , on trouve dans ce liquide des concrétions qui sont entièrement libres et se font sentir par intervalles dans différents points de l’articulation.

5® L’augmentation de l’exhalation dans l’œil produit l’hydrophthalmie; dans l’oreille interne, elle amène la rupture du tympan , etc.

6^ Nous avons parlé ailleurs de l’exhalation de la graisse dans ses vésicules; nous n’y reviendrons point ici. Nous ne parlerons pas non plus de certaines exhalations qui ne se montrent chez l’homme malade par aucun phénomène sensible : telle est celle qui a lieu à la surface interne des vaisseaux sanguins et lymphatiques , etc.

7® A ces diverses espèces d’exhalations, il faut encore ajouter celle qui verse dans le conduit digestif les gaz nécessaires à ses fonctions, et qui offre chez l’homme malade des modifications plus ou moins remarquables, par suite desquelles le ventre devient quelquefois très-volumineux et très-sonore, et quelquefois très-aplati et presque privé de résonnance sous la main qui le percute. Ces variations dans le volume et la sonorité du ventre tiennent fréquemment à des obstacles à la circulation des gaz dans ces viscères, plus encore qu’à l’abondance avec laquelle ils sont exhalés ; mais quelquefois aussi , particulièrement chez les femmes hystériques, les variations subites que présente l’abdomen, s’opérant sans aucune émission gazeuse, ne peuvent s’interpréter que par. des alternatives d’exhalation et d’absorption de ces gaz.

• 8® Enfin , les exhalations sanguines qui , dans l’état sain, reparaissent périodiquement et concourent à maintenir l’équilibre général des fonctions , peuvent être augmentées, diminuées , snp-

primées dans la maladie , ou seulement déviées. L’exhalation menstruelle présente fréquemment ces divers phénomènes dans les maladies des femmes, et des troubles analogues ont plusieurs fois été observés chez les hommes accoutumés au flux hémorrboïdal ou à Tépistaxis, etc.

Mais s’il est quelques hémorrhagies normales qui se lient à l’état de santé et rentrent dans ses attributs, il en est un bien plus grand nombre qui ne se montrent que dans l’état de maladie , et qui suffisent à elles seules dans quelques cas pour le constituer.

B. Exhalations morbides.

En tête des exhalations morbides se présentent les exhalations de sang, ou hémorrhagies (1), et de pus, o\xpuogènie (2).

Les hémorrhagies consistent dans l'écoulement du sang hors des vaisseaux destinés à le contenir : cet écoulement est quelquefois le résultat de l’action d’un corps vulnérant qui , divisant les vaisseaux dans lesquels le sang circule , fournit l’explication toute naturelle de l’accident qu’il produit. Mais, dans un grand nombre de cas , l’écoulement du sang hors de ses conduits a lieu sans l’action d’aucune cause extérieure : l’hémorrhagie survient , en quelque sorte, spontanément : on la nomme hémorrhagie spontanée^ par opposition aux précédentes, qu’on appelle ques. Parmi les hémorrhagies dites spontanées , les unes sont liées à une altération matérielle de la partie qui fournit le sang, tubercules, cancer, on les nomme symptomatiques. Les autres surviennent comme l’épistaxis, par exemple, sans que ni l’observation des symptômes pendant la vie , ni l’examen des parties après la mort montre aucune lésion qui puisse les expliquer : on leur a donné le nom A' essentielles , ce qui veut dire que, n’étant pas le symptôme d’une autre affection appréciable, elles représentent elles-mêmes la maladie , dans l’état actuel de la science. Ces hémorrhagies essentielles ne sont pas les plus communes à beau-

(1) A t^.a, sang ; piw, je coule.

(2) riuov, pus j ytyoLtat, je nais.

DES SY3IPTOMES.

coup près ; si l’on excepte l’épistaxis et le flux hémorrhoïdal qui tiennent souvent aux besoins de la constitution , qui rentrent , comme l’hémorrhagie mensuelle de l’utérus, dans les attributs de la santé , les autres , comme nous le verrons dans le chapitre consacré au diagnostic, sont, dans le plus grand nombre des cas, symptomatiques : elles dépendent, tantôt d’une lésion de Torgane d’où s’écoule le sang, et dont elles sont quelquefois le premier signe ; tantôt d’une affection générale de l’économie, et souvent alors le sang s’échappe par plusieurs voies, comme dans le scorbut et dans quelques maladies pestilentielles. Les hémorrhagies spontanées ont presque toujours lieu par les membranes muqueuses , rarement par d’anciennes cicatrices ou par quelque autre point de la surface cutanée ; quelquefois elles se montrent dans le tissu cellulaire , où elles forment les taches et les ecchymoses dont nous avons parlé précédemment. Le sang peut aussi être exhalé dans les membranes séreuses et synoviales , dans le parenchyme des viscères, dans les muscles , etc. : mais souvent alors l’hémorrhagie ne se manifeste par aucun signe certain. Le sang qui s’écoule au dehors présente des variétés à raison de sa couleur , qui est vermeille ou livide , de sa consistance , qui est molle ou ferme , de sa quantité , qui est bornée à quelques gouttes ou peut aller jusqu’à plusieurs livres, des substances qui y sont mêlées. Les hémorrhagies diffèrent encore relativement à l’époque de la maladie où elles ont lieu et à l’influence qu’elles exercent sur sa marche et sa terminaison : sous ce dernier rapport, on a distingué des hémorrhagies favorables , nuisibles ou indifférentes.

2° Puogènie. Les opinions des médecins sur la formation du pus ont été très-divisées : les uns , avec Dehaen , ont prétendu que le pus était formé dans tout le système artériel , pour être exhalé exclusivement dans une partie ; les autres , qu’il ne pouvait être produit que là où on le trouvait. Parmi ces derniers , les uns ont regardé le pus comme provenant des débris de la partie où la suppuration a lieu : d’autres y ont vu le résultat d’une combinaison chimique entre les divers liquides de la partie affectée et particulièrement entre la lymphe et la graisse. Ces deux opinions , dont la

première a long-temps été en faveur dans les écoles , et dont la seconde n’a compté qu’un petit nombre de partisans , sont aujourd’hui généralement abandonnées, et l’on s’accorde à regarder le pus comme étant généralement le résultat d’une exhalation morbide qui paraît avoir les mêmes organes que l’exhalation naturelle.

Un phénomène très-remarquable dans Texhalation du pus, c’est qu’il n’offre l’aspect et la consistance qui lui sont propres qu’après avoir séjourné pendant un certain temps sur l’organe qui le fournit. Wan-Swiéten a remarqué que , quand on enlève toutes les heures , avec une éponge , le liquide fourni par une blessure , ce n’est pas le véritable pus que l’on recueille, mais seulement une sérosité ténue et trouble.

Tous les tissus ne sont pas également propres à la formation du pus -, mais il n’en est aucun , à l’exception peut-être des tendons , des cartilages et des aponévroses, où la suppuration ne puisseavoir lieu à la suite de l’inflammation. Celle-ci ne produit pas toujours du pus , mais on pense généralement que le pus n’est jamais formé sans inflammation préalable, soit dans le lieu même où le pus existe, soit à une distance plus ou moins grande ; dans ce dernier cas , le pus peut être parvenu dans le point qu’il occupe en obéissant aux lois de la pesanteur, ahcès par congestion; ou y avoir été déposé par les vaisseaux exhalans après avoir été absorbé dans un point plus ou moins éloigné de l’économie, ahces métastatiques, (Voyez Métastase.)

Le déplacement du pus dans les abcès par congestion est un phénomène connu depuis long-temps , et sur la production duquel il n’y a jamais eu de dissentiment. Le pus formé lentement dans un point élevé du corps , sans qu’une inflammation aiguë ait préalablement circonscrit son foyer, peut, suivant l’expression consacrée , fuser entre les mailles du tissu cellulaire et se réunir dans le point le plus déclive, aux lombes, par exemple, ou même à la partie supérieure de la cuisse , et former une tumeur fluctuante bien loin du lieu où il a été produit. Quant aux abcès métastatiques, ils ont été particulièrement étudiés dans ces derniers temps, et leur histoire présente encore quelques points

DES S1MPT031ES.

obscurs. Ou les observe fréquemment dans la variole ou dans la période de la desquammation : on voit alors apparaître à la peau des tumeurs fluctuantes brunâtres, très-sensibles à la pression, qui se forment et s’ouvrent avec une rapidité très-grande, en quelques jours ou même en quelques heures, et laissent écouler un pus rougeâtre ou sanieux : ce pus, absorbé sans doute dans les pustules varioliques, est alors ramené en totalité vers la peau, et ne se dépose presque jamais dans les parties intérieures. Il en est autrement à la suite des blessures, des grandes opérations de chirurgie , de l’accouchement qui a bien quelques points de contact avec les deux premières conditions, à la suite encore d’une phlébite survenue après une simple saignée. On voit survenir dans ces circonstances des frissons et des symptômes ataxiques ; puis des tumeurs à peu près indolentes, sans changement de couleur à la peau, fluctuantes, d’un volume variable depuis celui d’une noisette jusqu’à celui d’un œuf de poule, apparaissant au-dessous de la peau sur divers points de la surface du corps, et quelquefois dans l’épaisseur des muscles; dans quelques cas, une ou plusieurs articulations présentent en même temps du gonflement, de la fluctuation avec ou sans douleur. L’autopsie montre du pus dans tous ces points, et souvent aussi des abcès intérieurs, nombreux , disséminés dans les viscères qui reçoivent le plus de vaisseaux , comme les poumons , le foie , la rate ; plus rarement les reins et le cerveau ; et , dans un grand nombre de cas , on reconnaît en même temps dans un point quelconque du système veineux des traces évidentes d’inflammation. Cet ensemble de phénomènes a conduit tous les médecins à regarder ces abcès comme dus au passage du pus dans le sang, soit que le pus formé dans les veines se soit ainsi trouvé tout porté dans le système circulatoire , soit que l’absorption lymphatique ou veineuse l’y ait introduit. Mais on n’a plus été complètement d’accord quand il s'est agi d’expliquer la formation des abcès eux-mêmes : les uns ont prétendu qu’il y avait simplement dépôt du pus absorbé; les autres, que le sang, altéré par son mélange avec le pus, devenait, dans un grand nombre de points de l’économie, la cause matérielle d’une

inflammation suppurative. Ni Tune ni l’autre de ces opinions n’est admissible dans tous les points : la première, parce que ces abcès se forment non-seulement dans des cavités ouvertes , comme les mailles du tissu cellulaire et les membranes svnoviales, mais encore

dans le parenchyme du poumon, de la rate , du foie, du cerveau, des reins , dans les muscles, où une cavité ne peut se faire sans un travail inflammatoire; ajoutons même que l’abondance de pus qu’on trouve dans les abcès métastatiques est souvent en disproportion avec l’étroitesse de la surface où le pus a été primitivement formé, et enfin que le pus déposé dans un organe devient lui-même un agent de suppuration; que le pus, comme on l’a dit, engendre le pus. Quant à la seconde opinion , l’altération du sang par le pus , elle ne rendrait pas compte de la promptitude avec laquelle apparaissent, souvent sans douleur, ces collections de pus dans le tissu cellulaire sous-cutané. L’on se demanderait pourquoi une cause générale n’aurait que des résultats circonscrits, bien que multiples. Il y a donc lieu d’admettre, d’après les faits observés , que le pus porté dans le torrent circulatoire est déposé, en quantité diverse , dans plusieurs points de l’économie , de manière à former indirectement dans un point un abcès, et à devenir dans l’autre la cause matérielle d’une inflammation suppurative. Quant aux causes en vertu desquelles le pus absorbé est déposé dans tels points de l’économie plutôt que dans tels autres, et en quantité différente dans chacun d’eux, elles sont, dans l’état actuel de la science, complètement ignorées , et les irritations artificielles que le médecin établit à la peau à l’aide de topiques rubéfians ou vésicans n’y appellent pas les collections purulentes , et semblent n’avoir aucune influence sur la répartition inégale et inexplicable de ce liquide délétère entre les diverses parties du corps.

Le ramollissement des tubercules est un phénomène qui paraît en opposition avec l’opinion que nous avons exprimée, savoir, que la présence du pus est le signe d’une inflammation préalable. Un corps, en apparence privé de toute organisation, se forme dans le tissu du poumon ou de quelque autre organe ; il acquiert un certain volume, et présente alors, si on l’examine, une couleur mate,

une dureté médiocre jointe à une grande friabilité. Au bout d’un temps plus ou moins long il se ramollit , quelquefois dans toutes ses parties , quelquefois à son centre , et se convertit en une matière analogue au pus exhalé par un organe enflammé : mais, en même temps que ce changement s’opère, il survient de la rougeur, du gonflement, de la chaleur dans les parties environnantes, comme on le voit dans les tubercules sous-cutanés ; et dès lors il est naturel de penser que l’inflammation des parties voisines n’est pas étrangère à la transformation de la matière tuberculeuse en pus.

Le pus exhalé à la surface de la peau ou dans les plaies extérieures s’écoule librement au dehors. Celui qui est formé à l’intérieur est tantôt disséminé dans le tissu des organes , comme on le voit dans le poumon , et tantôt réuni en un seul ou en plusieurs foyers qu’on nomme abcès. Le pus, réuni en abcès, se fraie ordinairement un passage vers les tégumens ou vers les conduits qui peuvent le transmettre au dehors , par l’amincissement graduel des parties qui l’en séparent. — Tant qu’il reste disséminé dans le réseau d’un organe , le pus ne peut pas être évacué de cette manière , et la résorption est le seul moyen par lequel il puisse être enlevé. Cette résorption est manifeste dans quelques abcès sous-cutanés , et en particulier dans les bubons ; telle tumeur inflammatoire qui était tendue et fluctuante, s’est affaissée et n’a plus offert de fluctuation dans l’espace de quelques jours , et quelquefois même du matin au soir.

Le pus, considéré en lui-même, présente des variétés relatives à ses propriétés physiques et chimiques , et à son action sur l’économie animale.

Sa quantité est relative à l’étendue de la surface qui suppure , à l’époque de la maladie et à plusieurs autres circonstances. Des erreurs dans le régime , des émotions morales vives , une recrudescence fébrile qui doit toujours faire redouter une complication ou une résorption purulente, quelque autre évacuation qui survient, diminuent la quantité de pus. Haller a observé que l’exhalation de ce liquide était généralement plus abondante la nuit que le jour.

DES SYMPT03IES.

La couleur du pus est ordinairement d’un blanc jaune ou yerdâtre ; quelquefois il est rougeâtre, livide ; on Ta vu d’un jaune clair chez les individus affectés d’ictère. Tantôt il offre la même couleur dans toutes ses parties , tantôt il est diversement nuancé ; dans quelques cas il est épais , homogène , et les globules qui le constituent , examinés au microscope , sont très-abondans : c’est ce qu’on a nommé pus louable ou de bonne nature : on l’observe dans les inflammations franches ayant une marche aiguë et se développant, en général, chez des sujets bien constitués. Dans d’autres cas , il est clair et mêlé de flocons opaques ; il ressemble à du petit-lait mal clarifié , comme on le voit dans les abcès froids qui surviennent chez des sujets scrofuleux ou d’une mauvaise constitution. Quelquefois le pus séreux ou sanieux brunit par le contact de l’air, il noircit les instrumens d’argent et de plomb avec lesquels il est en contact ; on attribue cet effet au gaz hydrogène sulfuré qu’il contient. Quelques abcès du foie fournissent une matière épaisse, rougeâtre, semblable à de la lie de vin, et qui laisse déposer par le repos des portions de la substance du foie. Les chirurgiens , et Boyer en particulier , n’admettaient comme provenant du foie que celui qui offrait ces conditions , mais il est prouvé aujourd’hui qu’on peut rencontrer dans le centre de ce viscère un pus tout-à-fait phlegmoneux, comme M. Louis en a publié plusieurs exemples que nous avons observés ensemble à l’hôpital de la Charité.

L’odeur du pus est ordinairement fade, quelquefois d’une fétidité piquante , nauséeuse ou insupportable. Les chirurgiens ont remarqué depuis long-temps que le pus contenu dans un abcès des parois abdominales ou de la marge de l’anus exhalait souvent une odeur des plus fétides, analogue quelquefois à celle des matières fécales, de manière à faire croire que le foyer communiquait avec l’intestin perforé. Les abcès de la bouche et du pharynx fournissent également un pus très-fétide. Chacun connaît l’odeur repoussante que le pus acquiert dans les abcès des grandes lèvres chez les femmes, et dans les abcès urineux dans les deux sexes. Le pus n’offre en général cette fétidité au moment où l’on ouvre

l’abcès, que dans les cas où celui-ci existe à la surface de la peau ou dans le voisinage des organes qui contiennent de l’air. 11 peut l’acquérir quand l’abcès est ouvert , toutes les fois que l’air s’introduit dans la cavité. — La saveur du pus , au rapport de Schwilgué , est fade et quelquefois âcre ; sa pesanteur est supérieure à celle de l’eau distillée. Les mêmes causes qui influent sur sa quantité modifient ordinairement ses autres qualités physiques, et particulièrement sa consistance et sa couleur. Quant aux propriétés chimiques du pus, nous n’en parlerons point ici, comme n’ayant encore aucune application pratique.

L’action du pus sur l’économie mérite une attention particulière : elle varie selon les tissus. Sur la peau , le pus détermine seulement de la rougeur et des excoriations ; dans le tissu cellulaire , où il fuse , il provoque la formation d’un nouveau pus 5 dans le voisinage d’un os, il en détermine l’usure en excitant dans son tissu l’absorption interstitielle. S’il est dans un foyer, et s’il s’y trouve en contact avec l’air , il ne tarde pas à acquérir une odeur très-forte , à perdre son homogénéité , et dès-lors il produit le trouble général des fonctions et le dépérissement. Le même phénomène a lieu toutes les fois que le pus , même sans être altéré, est accumulé dans une des cavités splanchniques ou dans un des viscères importans à la vie. Nous avons vu précédemment les phénomènes métastatiques qui peuvent résulter de sa résorption. Enfin ce liquide devient, dans quelques maladies, le véhicule de la contagion , comme on le voit dans la variole , dans la syphilis , dans la morve.

La distinction du mucus et du pus est un des points qui ont 1e plus occupé l’attention des médecins du dernier siècle. Ils croyaient que le pus était constamment le résultat d’une solution de continuité , et que jamais il n’était du à une simple exhalation : aussi , pour conserver le nom de pus à certains liquides qui leur en offraient tous les caractères , élaient-ils obligés de supposer des ulcérations là où il n’y en avait pas ; ils en voyaient dans Purètre, dans l’utérus affectés de catarrhe. Les expériences chimiques qu’on a tentées dans le but de déterminer les véritables caracté-

res du pus n’out eu aucun résultat satisfaisant. Les recherches microscopiques n’ont pu servir également à éclairer la question. On a cru pendant long-temps que lorsque des globules assez semblables à ceux qu’on remarque dans le sang s’observaient dans le produit de sécrétion d’une membrane muqueuse, ils indiquaient la présence du pus. Mais il est prouvé aujourd’hui que le mucus varie beaucoup dans sa composition physique et chimique, et que souvent il contient des globules qui, par leur forme et leur volume ressemblent à ceux du pus lui-même. Les réactifs de la chimie et le microscope sont inutiles quand le mucus et le pus n’offrent pas le même aspect ; ils sont insuffisans lorsqu’ils se ressemblent.

3” II est encore quelques autres exhalations essentiellement morbides que nous ne ferons qu’énumérer : telles sont celles qui ont lieu entre le tissu réticulaire de la peau et l’épiderme , dans le pemphygus et dans toutes les éruptions vésiculeuses et pustuleuses. Ces fluides, en se coagulant et en durcissant à l’air, forment, à la surface de la peau , des concrétions particulières auxquelles on a donné le nom de croides. Leur étude n’est pas sans importance dans la pathologie cutanée; car, en considérant leur forme, leur surface, leur saillie ou leur dépression , leur coloration, leur dureté, leur degré d’adhérence, etc., on peut déterminer le genre d’une maladie cutanée qu’on n’a pas vue dans sa forme élémentaire. C’est ainsi qu’on peut reconnaître le porrigo favosa k ses croûtes jaunâtres et déprimées en godet ; ces croûtes sont jaunes , épaisses et friables dans l’impétigo ; elles sont trèsadhérentes , épaisses, noirâtres et plus élevées au centre dans l’ectyma, tandis que dans les affections vésiculeuses et bulbeuses elles sont minces, faciles à détacher, d’une couleur jaunâtre ou brunâtre.

La peau peut être encore le siège d’une autre exhalation morbide à laquelle on a donné le nom de squammes , et qui est caractérisée par la formation , à la surface malade , d’une substance inorganique , lamelleuse , d’un blanc grisâtre , sèche , friable , plus ou moins épaisse et adhérente , et qu’on regarde comme une sécrétion morbide de l’épiderme. On observe les squammes dans la lèpre , le psoriasis , le pityriasis et l’icthyose.

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