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C. Exhalations artificielles

Quant aux exhalations artificielles , elles sont , sous le rapport de la symptomatologie, d’une moindre importance que les autres. Cependant il n’est pas indifférent pour le médecin de connaître la quantité et la qualité du pus fourni par les cautères , les vésicatoires , les moxas ou les sétons -, l’aspect de la surface exhalante mérite aussi une attention spéciale.

Dans les maladies où les forces se soutiennent , le pus des exutoires est en certaine quantité , il offre de la consistance , il est homogène et son odeur n’est pas repoussante ; la surface qui le fournit offre une couleur rosée ou rouge ; la sensibilité y est vive , sans être portée à un degré extrême. Dans les maladies qui marchent vers une terminaison funeste , le pus est presque toujours séreux ou d’une consistance inégale ; il est quelquefois mêlé de sang , et son odeur est souvent d’une fétidité extrême : la surface exhalante est pâle ou livide, quelquefois ecchymosée ou noire ; tantôt elle est insensible , tantôt le moindre contact y provoque des douleurs atroces. Lorsque les exutoires existent avant la maladie , il arrive souvent qu’ils se dessèchent peu de jours avant son développement, ou que la matière qu’ils exhalent offre des changemens remarquables.

§ II. Sécrétions i:)roprement dites.

Dans l’état de santé , les sécrétions concourent, avec les exhalations , à maintenir l’équilibre général : les premières augmentent lorsque les secondes diminuent , et réciproquement. Dans l’état de maladie, cet ordre est quelquefois conservé, mais ailleurs il est interverti , et Ton voit les unes et les autres simultanément augmentées ou diminuées. Dans la fièvre tabide observée à Naples par Cotugno , il y avait à la fois sueurs continuelles , dévoiement , et flux copieux de l’urine. Dans la première et la seconde période de beaucoup de maladies aigues , les sécrétions et les exhalations sont en même temps suspendues \ la peau est sèche, le ventre serré, l’urine est rendue en petite quantité.

Indépendamment do ce trouble général , on observe , dans les diverses sécrétions en particulier , des cliangemens que nous allons exposer.

Les larmes y dans l’état de santé, sont sécrétées en proportion telle , que l’œil et les paupières sont humectés , et qu’il ne s’écoule aucun liquide sur les joues. Dans quelques circonstances, par l’effet d’affections morales vives , par l’impression d’un vent très-froid sur la figure, etc., les larmes sont sécrétées en plus grande abondance ; elles roulent , comme on dit , dans les yeux , ou même elles coulent sur le visage. — Chez l’homme malade, la sécrétion des larmes est rarement diminuée, elle augmente dans la pre« mière période des fièvres éruptives , et surtout de la rougeole, au déclin des accès d’hystérie et dans quelques formes de la monomanie. Les larmes sont aussi plus abondantes dans plusieurs maladies des yeux 5 et surtout dans l’ophthalmie ; toutes les fois que le tic douloureux siège dans la branche ophthalmique de la cinquième paire, la sécrétion des larmes est augmentée , et ce liquide détermine quelquefois une sensation de chaleur et de brûlure dans les parties qu’il touche (1). Dans quelques cas, les larmes paraissent altérées dans leur nature , elles sont plus âcres , au moins à en juger par l’effet qu’elles produisent sur la peau des joues , où leur passage est marqué par de la rougeur et des excoriations.

Le liquide sécrété par les follicules de Méibomius forme quelquefois une sorte de concrétion , qu’on désigne sous le nom de chassie, et qui a pour effet de coller et faire adhérer entre eux les cils, et, par conséquent, les bords libres des paupières. Cette altération de sécrétion s’observe dans la plupart des ophthalmies, et surtout , dans l’ophthalmie des enfans, dans l’inflammation des paupières, telle que celle qui résulte de l’extension dun érysipèle de la face. Enfin , les yeux deviennent souvent chassieux à la

(1) L’écoulement des larmes sur la joue n’indique pas toujours une augmentation dans leur sécrétion. L’inertie des points et des conduits lacrymaux, le renversement de la paupière inférieure, l’obstruction du sac lacrymal ou du canal nasal , certaines maladies des paupières, peuvent aussi produire le larmoiement ou éplphora.

fin des maladies aiguës qui se terminent d’une manière funeste.

La sécrétion de la salive , chez l'homme sain, est abondante pendant les repas ; elle diminue et son excrétion cesse presque entièrement pendant l’intervalle qui les sépare, à moins qu'elle ne soit excitée par l’imagination ou par la mastication, etc. — Dans l’état de maladie , la sécrétion de la salive augmente quelquefois à un point considérable , soit par l’effet de la maladie ellemème , soit par l’effet des remèdes employés pour la combattre , comme les diverses préparations mercurielles. On désigne cet écoulement abondant de salive sous le nom de salivation ou de ptyalisme (l) (^salivatio , ptyalismus)) il est ordinairement accompagné de gonflement des gencives, des joues, de la langue, et plus rarement de la région parotidienne. On avait autrefois rapporté l’afllux des liquides dans la bouche à une augmentation de sécrétion dans les glandes salivaires (parotide , sous-maxillaires et sub-Iinguales), et attribué ce phénomène à une action élective du mercure sur ces glandes ; mais une observation plus exacte des faits montrant dans la membrane muqueuse de la bouche une intumescence considérable, et ne laissant apercevoir le plus souvent aucun gonflement dans les glandes salivaires, il est naturel de rapporter principalement l’abondante sécrétion, dont la bouche est le siège , à la membrane qui la revêt et aux follicules nombreux dont elle est tapissée, et de n’accorder qu’un rôle secon^ daire dans le phénomène de la salivation aux glandes salivaires proprement dites. La sécrétion salivaire est encore augmentée dans les phlegmasies de l’arrière-gorge , dans les apbthes , les ulcérations, la glossite, et pendant le travail de la dentition, qu’elle concourrait à faciliter, suivant la plupart des auteurs. Sydenham a beaucoup insisté sur le ptyalisme qu’on observe pendant la variole des adultes , commençant en général avec l’éruption, et cessant vers le douzième jour : il portait un pronostic fâcheux lorsque la salivation cessait avant ce terme. Toutefois, si l’on considère que cette salivation est due elle-même à une érup-

(l) de tttvco, je cracbe.

tion de pustules varioliques dans la bouche, on attachera moins d’importance au phénomène signalé par Sydenham.

La sécrétion de la salive paraît diminuée dans beaucoup de maladies aiguës , où la bouche est habituellement sèche. Elle paraît être altérée dans quelques névroses, où elle devient âcre et brûlante ; dans quelques maladies de la vessie , où elle offre une saveur urineuse; dans l’hydrophobie enfin , où elle s emble acquérir la propriété contagieuse. Son excrétion devient difficile ou impossible , par Tobstruction ou l’oblitération des conduits excréteurs. Ce liquide peut s’écouler ùTextérieur dans les cas de plaie ou de fistule des conduits ou des glandes elles-mêmes.

La principale modification chimique qu’éprouve la salive est de passer de l’état alcalin à l’état acide. Cette acidité a été indiquée, par M. le docteur Donné, comme coïncidant le plus souvent avec un état d’irritation ou d’inflammation de l’estomac , primitive ou secondaire , et ce médecin a pensé qu’on pourrait s’en servir pour établir le diagnostic de quelques affections gastriques. Mais les recherches faites à ce sujet par d’autres médecins n’ayant pas été d’accord avec les résultats publiés par M. Donné, de nouveaux travaux sont nécessaires pour éclairer ce point litigieux. L’acidité permanente de la salive semble, comme l’ont avancé quelques auteurs, devoir exercer une certaine influence sur le développement de la carie dentaire. Enfin, l’acidité de la salive est une des causes les plus ordinaires de l’acidité de rbalcine, dont il a été question précédemment (page 211), et qui mérite toute l’attention du médecin.

3° La sécrétion et rexcrétion de la hile, chez l’homme sain , Ont lieu sans aucun phénomène apparent; la situation des organes l)iiiaires ne permet pas de suivre les changemens qu’elles peuvent offrir. 11 en est à peu près de meme dans l’état de maladie ; l’ouverture des cadavres fait souvent reconnaître dans ce liquide luiméme et dans la disposition de scs conduits excréteurs , des lésions qu’on n’avait pas même soupçonnées pendant la vie. Jusqu’à présent, nous ne connaissons que très-imparfaitement les modifications diverses que peut offrir la composition de la bile

dans l’état de santé et de maladie. A la vérité , si l’on consulte les ouvrages de pathologie publiés depuis Galien, et surtout dans les deux ou trois derniers siècles , on verra que les médecins de cette longue époque ont décrit une foule d’altérations de la bile, à l’aide desquelles ils expliquaient la nature de beaucoup de maladies et les formes sous lesquelles elles se présentent ; mais cette doctrine, en rapport avec les idées humorales qui régnaient alors, ne s’appuyait sur aucun fait positif.

La bile, à l’état normal, est liquide, jaune ou verdâtre, visqueuse, fdante , amère, et à peine alcaline; elle peut présenter divers degrés de consistance ou décoloration, sans que cependant on puisse déterminer jusqu’à quel point ces modifications se concilient avec la santé. La bile est souvent altérée, soit dans sa quantité , soit dans sa qualité , dans plusieurs maladies dont l’appareil biliaire n est pas le siège principal ; tandis que dans quelques altérations profondes mais partielles du foie , comme le cancer et les abcès, la bile n’offre, du moins en apparence, aucun changement notable, cet organe conservant sa texture normale dans les portions de son parenchyme qui existent entre les masses cancéreuses ou entre les collections purulentes. Il résulte des travaux de M. Louis que les altérations de la bile et de la vésicule sont beaucoup plus fréquentes dans le cours de' l’affection typhoïde que dans celui des autres maladies aigues (1), et que de toutes les maladies chroniques la phthisie pulmonaire (2) est celle dans laquelle la bile est le plus souvent altérée, ayant dans ces cas beaucoup de ressemblance avec de la mélasse. M. Andral a quelquefois trouvé, dans la même affection , que la bile était remplacée par un fluide graisseux. Dans les atrophies du foie, et spécialement dans la cirrhose, la plus commune de toutes , la bile est généralement peu abondante , quelquefois presque incolore et albumineuse. Dans le choléra indien , M. Hermann , de Moscou, s’est assuré que la bile contenait une plus forte proportion de matière résineuse (3)i Ce

(1) Fièvre typh. , t. i, p. 514.

(2) Phthisie, p. 120.

(5) Bulletin des sciences médicales, t, xxvir^ p. 7.

liquide peut acquérir quelquefois des propriétés irritantes, et meme toxiques, comme cela résulte surtout des expériences faites par Deidier (1), avec la bile des pestiférés de Marseille , en 1720 ; par Yicq d’Azir, dans une épizootie qu’il observa, en 1778 (2). Y a-t-il une altération de la bile dans ces maladies des pays chauds , décrites sous le nom de fièvre bilieuse? La bile altérée joue-t-elle un rôle dans certains choléras sporadiques ? Nous l’ignorons toutà-fait. Les médecins anglais ont émis l’opinion qu’un grand nombre de dérangemens des organes digestifs devaient tenir à quelque changement dans la composition de la bile ; mais nous ne connaissons encore rien de précis à ce sujet.

La plupart des altérations de la bile dont nous venons de parler n’ont été constatées qu’ après la mort, sur le liquide recueilli dans la vésicule du fiel : elles appartiennent par conséquent à l’anatomie pathologique plutôt qu’à la symptomatologie. Toutefois, nous avons cru devoir signaler ici les changemens reconnus à l’ouverture des corps , dans la composition de la bile , afin d’appeler l’attention des observateurs sur l’examen de ce liquide excrété , soit par le vomissement , soit par les selles dans le cours des maladies. Nous devons espérer que des recherches exactes faites sur la bile , surtout quand elle est vomie presque pure et en certaine quantité, fourniront des résultats intéressans et éclaireront dans quelques cas le diagnostic : nous sommes également convaincu que l’examen chimique des celles bilieuses et des autres matières stercorales pourra fournir un jour des signes précieux au diagnostic des maladies du foie, des intestins et même des autres organes digestifs.

Jusqu’ici les seules altérations constatées dans la sécrétion et l’excrétion biliaire se rattachent, soit à son augmentation dans le flux bilieux, soit à sa suppression dans les cas d’ictère dus à Tocclusion des conduits excréteurs par des calculs qui y sont renfermés ou par une tumeur qui les comprime. Toutes les fois qu’une cause quelconque met obstacle à l’excrétion de la bile, les matières alvines

(1) Eæpér, sur la bile, Zurich, 1722.

(2) Moyens cur, contre les malad. pestil, , p. 94,

perdent leur couleur naturelle, deviennent grisâtres; en même temps les autres fluides excrétés, et spécialement l’urine, prennent la couleur de la bile , qui se trouve aussi répandue sur toute la peau , et qui existe profondément, à un degré variable, dans tous les solides. L’analyse chimique fait reconnaître dans l’urine, dans le sérum du sang et dans la plupart des humeurs de ces sujets quelques-uns des matériaux de la bile, tels que la matière colorante, et peut-être du picromel. La couleur jaune , si remarquable après la mort dans toutes les parties , prouve aussi que tous les organes, les cartilages , les tendons, les os meme , participent à cette imprégnation générale des principes de la bile.

4° Quelque obscurs que soient les changemens qui surviennent dans la sécrétion de la bile , ceux que la maladie apporte dans la sécrétion du suc pancréatique le sont bien davantage encore. Y a-t-il augmentation de cette sécrétion dans certains flux aqueux des intestins , dans la diarrhée séreuse , par exemple ? Le ptyalisme qui survient dans certaines affections abdominales indiquet-il, comme on l’a prétendu, que la sécrétion du fluide pancréatique est diminuée ou supprimée? Des calculs formés dans le conduit pancréatique ne pourraient-ils pas donner lieu â des accidents analogues à ceux qu'on observe dans les coliques hépatiques et néphrétiques? Dans l’état actuel de la science, il n’est pas possible de résoudre ces questions.

5® La sécrétion de Vurine est une des plus importantes , soit à Taison de la quantité de ce liquide , soit parce que ses altérations Sont facilement appréciées. Chez l’homme sain , la quantité de l’urine est à peu près la meme chaque jour ; toutefois , elle augmente ou diminue à raison de l’abondance des autres excrétions, de la boisson, des alimens et des variations de la température. — Au moment où elle est excrétée , l’urine est chaude, transparente , citrine , légèrement acide ; elle a une odeur caractéristique, sans fétidité; sa saveur est amère et salée, et elle a une pesanteur spécifique de 1,018. Souvent, elle se trouble en se refroidissant, et reprend sa transparence après que les matières suspendues sont précipitées : au bout de deux ou trois jours, elle

devient ammoniacale et fétide. L’urine de l’homme sain offre de nombreuses différences dans ses propriétés physiques et chimiques , suivant qu’elle est sécrétée avant , pendant ou après le repas , et surtout suivant la quantité et la nature des alimens et des boissons. Certaines substances altèrent, d’une manière très-remarquable, sa couleur et son odeur : elle est, dit-on, noirâtre chez ceux qui font usage à la fois de la rhubarbe et du fer , de la casse et des préparations martiales ; les bouillons d’oseille , la racine de fraisier et la garance la rendent rouge ; la térébenthine lui donne une odeur de violette, et les asperges lui communiquent une fétidité insupportalde.

Dans l’état de maladie, l’excrétion de l’urine et ce liquide luimôme offrent des changemens importans.

L’excrétion de l’urine peut être douloureuse , comme dans la blennorrhagie ; si elle est difficile , comme dans le rétrécissement du canal de l’urètre, c’est \dichjsurie {dysuria) (1); si elle coule goutte à goutte, c'est la sirangurie {stranguria) (2), symptôme qui accompagne assez fréquemment le catarrhe vésical ; si l’excrétion est impossible , c’est Vischurie {ischuria) ou rétention d’urine (3) ; s’il existe un besoin continuel et douloureux d’uriner, et si l’urine est excrétée en très-petite quantité à la fois , et avec un sentiment d’ardeur, c’est le ténesme vésical, — L’excrétion a lieu quelquefois involontairement , comme on l'observe dans certaines affections spasmodiques de la vessie, où elle s’opère à l’instant même où le besoin se fait sentir, et malgré les efforts du malade pour la retarder : dans d’autres cas , où l’excrétion de Tunne est involontaire , le malade n’en a même pas la conscience , comme cela arrive dans diverses maladies accompagnées de délire. — Il est d’autres cas dans lesquels Turine, au lieu d’être excrétée par intervalles et en certaine quantité , coule goutte à goutte et sans interruption : c’est ce qu’on nomme incüJitinence d'urine. Le pins souvent, l’urine ne s’écoule de

(1) Xuc'O'jpty. ; o‘jç, difficilement^ o’joov, urine.

(2) XTpayYoupta; orpay!:, goutte; oOoov, urilie.

(3) Ïr7/w, je retiens; ovpov, urine.

cette manière que quand la \essie a acquis toute la distension dont elle est susceptible : on dit alors que l’excrétion a lieu par regorgement. — Dans d’autres cas, Turine coule à jets interrompus : son excrétion cesse tout-à-coup, et recommence plusieurs fois avant d’être complète ; on observe fréquemment ce symptôme lorsqu’un calcul ou des caillots de sang contenus dans la vessie viennent par intervalles bouclier le col de ce viscère ; on l’a vu plusieurs fois aussi dans des affections spasmodiques. — L’excrétion de l’urine est encore sujette, chez l’homme malade, à des déviations. On a vu l’urine, dans quelques cas de persistance de l’ouraque , s'échapper par l’ombilic, et, dans les diverses formes de perforation vésicale ou iirétrale , sortir par l’anus , le scrotum et les parties voisines ou la vulve. Les auteurs ont encore parlé de déviations de l’urine plus singulières : tels sont la salivation , les sueurs et les vomissemens urineux ; tel est le fait plus extraordinaire encore de Boerhaare , qui a cru trouver de l’urine dans les ventricules cérébraux. Ces dernières observations ne sauraient être admises avec confiance il faut supposer que les liquides dont les auteurs ont parlé avaient Todeur et la couleur urineuses, mais on ne peut guère admettre que ce fût véritablement de l’urine.

L’urine , considérée en elle-même , présente , chez l’homme malade , de nombreuses différences ^ ces différences portent sur sa quantité, sur ses propriétés physiques et chimiques. Sa quaniiie augmente quelquefois au déclin des maladies ; elle est excessive dans les diabètes : elle diminue dans Thydropisie, mais elle n’est entièrement supprimée que dans les cas d’occlusion , soit des deux uretères simultanément, soit de l’uretère unique, dans les cas où, par l’effet d’une disposition congénitale, il n’existe qu’un rein , et dans ceux encore d’atrophie complète de Tun de ces organes (l). — Elle est incolore, moins acide et souvent neutre dans la plupart des affections nerveuses. L’urine est ordinairement rouge et plus acide au début des maladies aiguës ; elle est

(1) Voyez notre Mémoire sur la néphrite, Jrchiv. gén. de méd.^ t. i, 3® série, p. o et 477.

brune ou noire dans plusieurs maladies mortelles : cette dernière couleur dépend ordinairement de ce que l’urine contient une certaine quantité de la matière colorante du sang ; elle pourrait provenir encore , selon quelques chimistes, de la présence accidentelle dans l’urine d’un acide particulier, nommé acide mélanique. Enfin, l’urine peut offrir une couleur d’un blanc laiteux dans les cas où elle contient, soit du pus, soit une matière grasse qu’on peut facilement isoler. Du reste, quelle que soit la couleur de l’urine, ce liquide peut être transparent ou trouble. L’urine transparente est celle qui conserve, sa diaphanéité ou la reprend après l’avoir momentanément perdue en se refroidissant ; l’urine trouble est celle qui reste telle , et ne redevient pas transparente par la précipitation des matières qui y sont suspendues. L’opacité de l’urine est produite par la présence du mucus, du sang, de l’albumine, du pus , etc., mais plus souvent par suite d’un excès d’acide urique, d’urale d’ammoniaque ou de phosphates alcalins. Les anciens nommaient jumenieuse (l) l’urine qui était trouble et qui contenait en même temps des corpuscules ou des flocons opaques qui y nageaient : cette expression, fort en usage dans les auteurs des siècles précédons, n’indique rien de précis et s’applique à des urines fort différentes sous le rapport de leurs propriétés chimiques. — odeur de l’urine devient ammoniacale dans le catarrhe chronique de la vessie ; dans quelques maladies adynamiques et dans plusieurs affections vésicales, elle exhale une odeur de marée. L’urine décolorée qui est rendue au déclin des attaques hystériques et dans le premier stade des fièvres intermittentes est presque inodore. Dans les maladies inflammatoires, au contraire, elle exhale une odeur assez forte. Dans le diabète sucré, l’urine acquiert une odeur alcoolique quand elle a fermenté. Dans la maladie de Bright , elle exhale quelquefois l’odeur du bouillon de bœuf; cette odeur existe parfois aussi dans l’urine des personnes bien portan tes, surtout après une abondante transpiration. — Dans beaucoup de maladies aiguës , elle diffère d’un jour à l’autre sous le rap

(1) Jumenlum, bêle de charge; urine qui ressemble à celle des mulets, des chevaux , etc.

port de la couleur, de !a transparence, des dépôts, etc. : c’est l’urine variable. — Dans quelques inflaminations gangréneuses , l’urine est presque froide au moment où elle est excrétée. Un abaissement de température a également été noté pendant le frisson des fièvres intermittentes.

Nous n'ayons que très-peu de données sur la saveur de l’urine dans le cours des maladies, à cause de la répugnance qu’inspirent de pareilles recherches. On sait cependant que , dans le diabète sucré , elle a une saveur douce , qu’elle est presque insipide après les accès d’hystérie.

M. Rayer a fait de nombreuses observations sur la pesanteur spécifique de l’urine, qui varie, chez l'homme sain, suivant qu’elle a été sécrétée à jeun, pendant ou après le repas, etc. 11 a fixé a 1,018, celle de l'eau étant 1,000, la pesanteur spécifique moyenne de l'urine rendue après le réveil du matin (1). Le meme médecin a trouvé que, dans le diabète sucré, la densité de l’urine était plus considérable, tandis qu’elle était moindre dans le diabète insinide sans excès d'urée. Dans la maladie de Briîïht, elle est généralement plus faible que dans l'état de santé , excepté pourtant dans la première période ou état aigu. La pesanteur spécifique de l’urine peut être de quelque utilité dans le diabète sucré : examinée à diverses heures de la journée, avant et après les repas, elle peut sufilre pour indiquer si la proportion de sucre est augmentée ou diminuée.

Les élémens de l’urine éprouvent dans les maladies des variations plus ou moins considérables. C’est ainsi que la quantité de l’eau peut devenir énorme comme on robserve dans le diabèle insipide -, dans quelques névroses l’urine est presque tout-à-fait aqueuse. Les autres élémens de l’urine augmentent au contraire en proportion dans la plupart des maladies fébriles. — La quantité de l’urée augmente rarement chez rhomme malade , tandis qu'il est très-commun, comme l’observe M. Rayer, de la trouver en proportion moindre, ce qui, peut-être, dépend autant de

( ! ) Mo l a d i CS d CS lU in s i , 7 1 .

l’abstinence des aliinens que de rinfluence exercée par les maladies elles-mêmes sur la sécrétion rénale. Il n'est pas encore démontré que la quantité d’urée diminue dans les maladies du foie; mais dans l’affection granulée des reins , la diminution de l’urée est un phénomène à peu près constant. — L’acide urique qui entre pour un millième seulement dans la composition de l’urine chez l’homme sain peut augmenter d’une manière notable : on a surtout signalé cet excès dans le cours des affections rhumatismales et goutteuses, et de plusieurs maladies inflammatoires, etc. L’excès d’acide urique a souvent pour effet la production de la gravelle rouge dans un des points des voies urinaires. — Cet acide se trouve en général combiné avec la chaux, la soude et surtout l’ammoniaque. — L’acide phosphorique et les phosphates de chaux et de magnésie peuvent se trouver aussi en excès dans l’urine , c’est ce qu’on observe dans le rachitisme, dans l’ostéo-malaxie et dans quelques espèces de gravelle : dans ces cas Turine est plus ou moins trouble. — La soude , la potasse et l’ammoniaque à l’état de sel se trouvent quelquefois en quantité plus considérable, et rendent alors l’urine ou neutre ou alcaline. On a encore constaté ralcalinité de l’urine dans la gravelle phosphatique, dans certains cas de maladie de Bright, et fréquemment dans les néphrites chroniques, ainsi que chez quelques vieillards débilités par les privations et la misère. On a avancé que l’alcalinité de l’urine était fréquente dans le cours des fièvres typhoïdes. M. Rayer affirme que sur 50 cas, il n’a trouvé l’urine alcaline que deux fois, et pendant trois jours seulement; les observations de M. le professeur Rostan sont d’accord sur ce point avec celles du docteur R.ayer. Brodie, Hunkel ont signalé l’alcalinité de l’urine à la suite des lésions traumatiques ou autres de la colonne vertébrale. Mais cette observation, qui a trouvé des contradicteurs, exige qu on se livre sur ce sujet à de nouvelles recherches.

Le mucus qui existe naturellement dans i’urine peut s’y montrer en ([uantité plus considérable. C’est ce qu’on observe dans quelques cystites, dans les inllammalions du bassinet et des uretères.

L’urine peut encore être altérée par la présence de diverses sub-

stances qui sont étrangères à sa composition normale : c'est ainsi qu’on paraît y avoir quelquefois trouvé du soufre^ on cite quelques cas rares d'urines phosphorescentes , qui brillaient dans l’obscurité au moment de leur émission. Je ne parlerai pas des acides hippurique, oxalique, benzoïque, carbonique, butyrique et prussique, xanthique et cystiqiie qui ont été rencontrés accidentellement dans l'urine, sous l’influence de causes diverses, et le plus souvent mal appréciées. Mais il est d’autres substances qu'on y rencontre moins rarement, dont la présence est facile à constater, et qui fournissent des signes trop importans pour qu’il soit posble de les omettre : tels sont le sang, l'albumine, le sucre, le pus , le sperme , des matières fécales , des gaz , des vers intestinaux, des graviers, et divers autres corps étrangers.

L’urine contient quelquefois du sang, qui peut venir des divers points des voies urinaires. Il est en quantité variable et plus ou moins intimement mêlé à ce liquide ; tantôt il est fluide, quelquefois en caillots noirâtres *, parfois il est expulsé sous forme de filamens pleins ou tubulés qui ont souvent fait croire que les malades avaient rendu des vers. Cette forme de caillots indique que le sang s'est concrété dans l'uretère après avoir été exhalé en général dans le rein lui-même. Les urines sanguinolentes donnent par le repos un sédiment noirâtre composé de globules sanguins et de fibrine. La quantité de sang est quelquefois assez petite pour exiger qu'on se serve du microscope si on veut reconnaître l'existence des globules sanguins. La présence du sang dans l'urine est presque toujours l'indice d'une maladie cancéreuse ou calculeuse de quelque point des voies urinaires, et spécialement des reins ou de la vessie; ce phénomène a été quelquefois aussi observé dans le scorbut, dans les varioles les plus graves et dans les maladies pestilentielles.

L'urine peut contenir une plus ou moins grande quantité d'albumine dont on constate l'existence par la chaleur ou par l’acide nitrique, qui y produisent un précipité blanc et floconneux. La présence d’une forte quantité d'albumine dans l'urine constitue, avec une diminution notable dans sa pesanteur spécilique et dans

la proportion de l’urée et des sels qu’elle contient, le signe le plus important de cette espèce d’hydropisie qu’on rattache à la maladie des reins décrite par le docteur Briglit : l’urine est encore albumineuse , mais en général à un degré beaucoup moindre , dans Fhydropisie qui survient après la scarlatine et au déclin de quelques maladies aiguës, comme l’a constaté le docteur Martin-Solon. L’urine peut contenir à la fois de l’albumine, du sang et du pus, dans les altérations graves des organes urinaires et dans quelques maladies de la prostate.

Pendant long-temps et de nos jours encore des hommes d’un grand mérite ont affirmé que l’urine pouvait contenir du lait chez les femmes qui allaitent ou chez celles qui sont récemment accouchées. Mais ces assertions ne s’appuient sur aucune observation exacte, sur aucune expérience rigoureuse, et l’on doit craindre que les médecins et les chimistes qui les ont émises ne se soient laissé tromper par l’aspect trouble du liquide, par la présence de certaines matières étrangères et surtout du pus ou d’une matière grasse. Les auteurs, et Prout en particulier, ont parlé d’urine chyleuse, c’est-à-dire contenant les élémens organiques du chyle reconnaissables au microscope ; mais les caractères de cette espèce d’urine ne sont pas encore nettement tracés , et d’ailleurs l’aspect chyleux a pu dépendre aussi de la présence d’une matière grasse dans l’urine. Les anciens ont signalé l’existence de la graisse ou de l’huile dans l’urine pendant le cours des maladies chroniques avec consomption : cette assertion n’a pas encore été vérifiée , et M. Rayer a vainement cherché ces substances dans l’urine des phthisiques.

11 en est autrement de la présence du sucre dans l’urine : nonseulement elle a été reconnue à l’aide de la dégustation faite par les malades eux-mêmes et par quelques médecins , mais encore les chimistes l’ont constatée de la manière la moins équivoque, soit par la fermentation spontanée qui s’y développe, soit surtout en séparant la matière sucrée des autres élémens de l’urine et la présentant en masse considérable à plusieurs sociétés savantes. La présence du sucre dans l’urine est le signe pathognomonique de l’espèce

(le diabète cju’on nomme sucre, CcUe urine a une pesanteur spécifique supérieure à celle de l’homme en santé, bien qu’elle contienne moins d’urée et moins de sels.

L’urine qui contient du pus présente, au moment meme de son émission , une couleur trouble et lactescente ; elle devient transparente par le repos, et présente dans le point le plus déclive un dépôt opaque formant une couche dont l’épaisseur varie. Cette urine se décompose rapidement et devient alcaline. Le pus est généralement facile à reconnaître à ces caractères quand il existe dans l’urine en certaine quantité; mais cjuand sa proportion est très-faible, et qu’il est mêlé à du mucus et à des sels, sa présence est très-difficile à constater. L’examen chimique et microscopique peut alors être de quelque secours; mais, dans l’état actuel de la science, ainsi que nous l’avons dit précédemment , il ne peut pas inspirer une entière confiance. La présence manifeste du pus dans l’urine est toujours un symptôme très-grave quant au pronostic, très-important quant au diagnostic, il est le signe certain, soit d’une inflammation du rein ou de la vessie, soit d’un abcès formé dans le voisinage des organes urinaires, et ouvert dans leur cavité. L’examen des symptômes qui ont précédé l’émission d’une urine purulente et l’exploration de ces organes conduisent le plus souvent à reconnaître la partie dans laquelle le pus a été formé.

Dans le cours de la blennorrhagie, l’urine acquiert quelquefois une propriété contagieuse qu’elle doit sans doute à quelques parcelles du mucus urétral qu’elle entraine avec elle. Mertens, Astruc et Chaussier ont vu des individus qui avaient contracté une ophthalmie blennorrhagique en se bassinant les yeux avec de l’urine, dans le cours d’une urétrite.

L’urine contient aussi quelquefois de petites concrétions solides, les unes aussi fines que le sable , les autres un peu plus volumineuses et pouvant égaler la grosseur d’un grain de chenevis : les premières sont rendues par les malades sans qu’ils en aient la conscience; les autres marquent leur passage dans le canal de f urètre par une douleur plus ou moins vive, quelquefois par une sensation de déchirement , selon ciue leur surface est lisse ou ru-

gueuse et leur volume plus ou moins gros. Dans quelques cas, leur sortie est exempte de douleur, et les malades ne s’en aperçoivent qu’au bruit que détermine leur chute dans le vase qui les reçoit. Ces concrétions se forment généralement dans les reins , et leur présence dans l’urine doit toujours faire craindre qu’il n’y en ait actuellement, et qu’il ne s’en forme ultérieurement d’autres dans ces organes. Dans quelques cas plus rares ces concrétions sont convexes d’un côté, concaves de l’autre; elles représentent une portion de la couche extérieure d’un calcul qui ^''exfolie dans la vessie , et elles deviennent un signe pathognomonique de sa présence.

Les concrétions salines qui se forment dans les voies urinaires varient beaucoup sous le rapport de leurs propriétés physiques et chimiques; les plus petites, celles qui ne dépassent pas le volume d’un pois, ont reçu le nom de graviers; au-delà de cette grosseur, elles constituent les calculs. Leur nombre est plus ou moins considérable et se trouve généralement en raison inverse de leur volume; ils sont arrondis, ovales, ou irréguliers dans leur forme ; quelquefois hérissés d’aspérités {calculs muraux). Leur surface offre souvent une ou plusieurs facettes , ce qui est un indice presque certain de l’existence simultanée de plusieurs pierres dans un des points des voies urinaires. 11 y a des graviers ou des caîouis qui se brisent à la moindre pression ; d’autres , au contraire, ont la résistance et la dureté des pierres les plus dures. La plupart des concrétions urinaires sont formées d’acide urique, elles ont alors une couleur rouge tirant plus ou moins sur le jaune. Yiennent ensuite par ordre de fréquence les calculs de phosphate ammoniaco-magnésien , cristallisés en prismes et d’une couleur blanchâtre ; ceux d’oxalate de chaux qui sont noirs, bruns ou verdâtres; puis ceux de phosphate de chaux et de magnésie ; enfin , M. Magendie a décrit une gravelle pileuse dont il cite trois observations; dans ces cas , des concrétions salines s’étaient formées à la surface de poils provenant probablement de quelque kyste qui s’était ouvert dans un point des voies urinaires.

On a encore trouvé dans l’urine des débris de matière tubercu-

leuse et encéplialoïde , provenant des reins, et pouvant fournir, dans quelques cas, des signes diagnostics importans.

Dans les cas de perte séminale , de rétrécissemens de Turètre, de maladie de la prostate et des conduits éjaculateurs, le sperme peut relluer dans la vessie et en sortir ensuite mêlé à l’urine. D’après les recherches de M. Orfila, l’urine qui est rendue immédiatement ou quelques heures après une pollution ou une éjaculation, entraîne et par conséquent contient des zoospermes restés dans le canal de l’urètre. Quelque peu nombreux qu’ils soient, ils se précipitent toujours au fond du vase, et le microscope les fait aisément reconnaître.

Dans les cas où les voies urinaires communiquent avec le rectum ou avec une anse d’intestin , l’urine peut contenir des matières fécales , des gaz peuvent s’échapper par l’urètre , et des vers être aussi expulsés de cette manière. C’est probablement ainsi qu’arrivent dans la vessie de l’homme plusieurs corps étrangers, tels qu’épingles , pépins de fruits qu’on a quelquefois vus former le noyau de certains calculs vésicaux. Quelquefois aussi des corps étrangers pénètrent dans les voies urinaires par une plaie extérieure, ou sont introduits par l’urètre. La présence dans l’urine de substances qui ne peuvent provenir que des intestins est , dans beaucoup de cas, le signe pathognomonique d’altérations graves et profondes qui compromettent l’existence , et qu’aucun autre symptôme ne ferait reconnaître. Dans les cas où une perforation s’établit chez l’homme entre la vessie et le rectum , il est quelquefois possible de la constater en portant une sonde dans la vessie et un doigt dans l’intestin; il peut même arriver que l’ouverture de communication soit assez large pour que le doigt lui-même puisse passer du rectum dans la vessie.

Un grand nombre de substances données à titre de médicament, et ingérées dans l’estomac , peuvent se rencontrer dans l’urine. Des chimistes disent y avoir trouvé l’iode , le mercure, l’arsenic, le fer, l’acétate et le tartrate de potasse , les sulfate et carbonate alcalins , le nitrate de potasse , le sulfate de quinine, etc., etc.

L’urine, abandonnée à elle-même, ne conserve pas ordinaire-

ment cette homogénéité qu’elle offre au moment de l’excrétion ; plusieurs des élémens qui la constituent se séparent de sa masse et forment des pellicules , des dépôts et des suspensions variées. Pour bien apprécier ces divers phénomènes, il faut que l’urine soit reçue dans un vase transparent au moment même où elle est excrétée , et qu’elle reste ensuite en repos pendant cinq ou six heures au moins.

On nomme pellicule , crème ou couronne {urinæ corona , cremor), une sorte de membrane toujours très-mince qui se forme à la surface de burine.

La suspension qui se montre dans l’urine quelques heures après l’excrétion est de deux sortes : l’une, qui s’élève jusqu’à la partie supérieure du liquide , est le nuage [nubecula , nubes) ; l’autre, qui descend jusqu’au fond, ^siVénéorême (enæorema) (1). Dans quelques cas aussi l’on voit dans l’urine une suspension moyenne qui n’est pas plus voisine de la surface que du fond , et qui n’a pas reçu de nom particulier. L’urine offre ces diverses suspensions dans la plupart des maladies aiguës. Au rapport des auteurs , la suspension s’éloigne ou se rapproche du fond du vase , selon que la maladie est plus ou moins éloignée de sa terminaison; mais cette assertion générale offre de nombreuses exceptions.

Le dépôts qu’on nomme aussi sédiment ou hypostase (^sedimenium ^ hypostasis) (2), est produit par les substances les plus lourdes , qui se réunissent au fond du vase et forment une couche plus ou moins épaisse. Le sédiment ne se montre ordinairement que vers le déclin des maladies aiguës. 11 n’a pas toujours lieu à cette époque , mais il est assez rare qu’on l’observe à une autre. Les anciens auteurs ont surtout beaucoup insisté sur la valeur du sédiment dans le diagnostic des fièvres intermittentes : ils regardaient ce phénomène comme constant dans le troisième stade des accès. Le sédiment ne se dépose pas seulement à la

(1) EvaiwGV^ga, de alwpso), j’clève.

(2) XTrôf-a'jtç, fie ]c SUIS dcssous.

partie la plus déclive du vase qui a reçu l’urine; il forme souvent sur ses parois latérales un enduit mince , mais assez marqué pour donner au liquide une apparence trouble, qui disparaît quand on incline le verre : alors on voit d’un côté de l’urine parfaitement transparente au-dessus du dépôt, et de l’autre, le dépôt seul formant une couche oi>aque sur les parois du vase. La couleur du sédiment est ordinairement blanchâtre et grise ; assez fréquemment , dans les fièvres intermittentes , il est rosacé ou hriqueiè {sedimentum lateritium) , c’est-à-dire semblable à de la brique pilée. Il est quelquefois brun ou noir dans l’ictère et dans quelques maladies aiguës mortelles ; dans quelques cas extrêmement rares , il a offert une couleur bleue par suite de la présence, soit d’une matière particulière nommée cyanourine par M. Braconnot, soit de rbydrocyanate de fer d’après les recherches de M3I. Julia (1), Balt (2) et Mojon (3). Le sédiment a le plus souvent l’apparence de poussière, de farine ou de son grossièrement moulu : c’est le furfuracé (sedimentum furfuraceum) (4). D’au-

tres fois il est formé par une matière muqueuse , qui tantôt est réunie en flocons, et tantôt est rassemblée au fond du vase en une couche égale et demi-transparente : c’est le sédiment muqueux. On désigne par l’épithète de sablonneux ou graveleux {sed. arenosum) celui qui contient du sable ou des graviers. Le sédiment purulent est celui qui est formé par du pus, etc. Les dépôts , les nuages et les pellicules qui se forment dans l’urine ont été examinés au microscope et soumis à l’analyse chimique. La nature de ces divers produits urinaires varie selon que l’urine elle-même est acide ou alcaline. Dans l’urine acide, les nuages et les énéorônies sont formés par des lamelles d’épithélium, par des uratcs, de l’acide urique et du mucus. Les sédimens jaunes, rougeâtres ou rouges sont formés d’acide urique, d’urate d’ammoniaque, reconnaissables entre eux par leur mode de cristallisation que le

(1) Journcd de Chimie^ t. i, p. 550.

(2) De Urina sedimentum ceruteum demitfenley iS09, (5) Journal de iMédec.^ t. lxxu, p. 174.

(4) Fur[\n\ son.

microscope permet de déterminer avec précision. L’urine alcaline, plus ou moins décolorée , offre un sédiment blanc où légèrement jaunâtre, disposé en cristaux réguliers ou formant une masse amorphe et pulvérulente : ce sédiment est généralement composé de phosphate de chaux et de phosphate ammoniaco-magnésien mêlés souvent à un pus altéré par Tammoniaque, ce qui lui donne l’aspect d’une matière visqueuse ou muqueuse. On peut y rencontrer également des globules sanguins et des zoospermes , la matière colorante de la bile et quelquefois divers sels dont la chaux forme la base, etc.

§ III. Des excrétions.

Après avoir successivement examiné les principaux phénomènes morbides que peuvent présenter les sécrétions, il nous reste encore à dire quelques mots de certains dérangemens qu’offrent les excrétions, indépendamment de toute espèce de trouble dans les sécrétions elles-mêmes.

Les excrétions qui sont sous l’influence de la volonté semblent être les seules qui offrent quelque chose de spécial et dont il doive être ici question. Ces excrétions peuvent devenir, dans Fétat de maladie, plus fréquentes ou plus rares ; elles peuvent exiger des efforts considérables ou avoir lieu trop facilement ; elles peuvent s’opérer sans le secours de la volonté , comme on Fobserve dans beaucoup de maladies graves ; il peut arriver aussi que la volonté ne puisse pas les provoquer, comme cela a lieu dans la rétention d’urine et dans l’occlusion du rectum par des fœces endurcies ; quelquefois le besoin d’excréter est continuel , douloureux, presque inutile , comme on l’observe dans le ténesme du rectum ou de la vessie. Nous ne devons que rappeler ici ces symptômes, qui déjà ont été exposés , et nous attacher aux phénomènes qui ne pouvaient point être décrits ailleurs . tels sont en particulier ceux qui dépendent de l’occlusion des conduits excréteurs, que ces conduits soient ou non munis de sphincters, que l’excrétion soit ou ne soit pas soumise à la volonté.

Les causes qui produisent Tocclusion de ces conduits sont trùs~ variées : elles peuvent néanmoins être rapportées toutes à trois ordres. Tantôt le conduit est bouché par un obstacle contenu dans sa cavité, par un calcul, par exemple ; tantôt sa cavité est effacée par l’épaississement de ses parois, tantôt enfin par une compression extérieure, comme une tumeur qui appuie sur lui. Cette occlusion a plusieurs effets. P L’excrétion du liquide est supprimée : cette suppression est quelquefois difficile à constater pendant la vie, soit parce que les organes sécréteurs étant doubles comme ceux de Furinc, l’occlusion d’un des conduits excréteurs n’interrompt pas toute excrétion du liquide , soit parce que leurs fonctions ne sont pas très-importantes ou qu’ils ont des auxiliaires. Mais lorsque le viscère auquel appartient le conduit oblitéré est unique et joue un rôle important, comme le foie , l’occlusion du conduit se montre très-promptement par des phénomènes remarquables , tels que des douleurs aiguës , la couleur jaune de la peau et de Turine, la décoloration des matières fécales et des troubles variés dans les fonctions digestives. 2® Un autre effet qui résulte de cette occlusion est la distension du conduit , depuis son origine jusqu’à Tobstacle , et au bout d’un certain temps le rétrécissement et quelquefois l’oblitération complète de ce même conduit , depuis l’obstacle jusqu’à Tendroit où ce conduit se termine. Cette distension est manifeste dans le canal de Stenon , dans les conduits déférens , dans le sac lacrymal ; elle échappe pendant la vie à nos moyens directs d’observation quand l’organe est situé profondément, comme le foie, le rein, le pancréas. 3® La distension progressive des conduits par le liquide qui y est versé sans cesse , représente une force qui tend à surmonter l’obstacle qui produit l’occlusion, à soulever, par conséquent, la tumeur qui presse sur le conduit, à dilater ses parois épaissies, ou à pousser en avant le corps étranger qui y est contenu. Dans ce dernier cas , la distension môme du conduit jusqu’au calcul semble devoir en favoriser la progression ; car il est difficile de supposer qu’étant aussi considérable au niveau du calcul , cette distension ne s’étende pas un peu au-delà. Mais, d’un autre côté, l’obstacle

se trouvant placé au point de jonction des deux parties d’un conduit dont l’une se dilate continuellement , tandis que l’autre conserve son étroitesse, il doit arriver fréquemment qu’il retombe dans la portion dilatée , et que , par son déplacement , il permette aux liquides amassés de s’écouler par le conduit redevenu libre, au moins pour quelque temps. 4° Enfin , si l’obstacle n’est ni poussé au dehors , ni déplacé , la mort peut en être la conséquence plus ou moins prompte , comme on le voit dans la rétention des matières intestinales, de l’urine, et quelquefois de la bile, tantôt par la rupture des conduits au-dessus de l’obstacle, tantôt par les désordres que déterminent dans l’ensemble de l’économie la rétention de substances destinées à être excrétées, l’altération qu’elles subissent, l’inflammation qu’elles produisent dans les parties où elles séjournent , et , pour quelques-unes , l’infection consécutive qui résulte de leur passage dans le torrent circulatoire, où l’absorption les entraîne.

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