LITHIASE DU CANAL DIGESTIF
1321. Bibliographie.— Sennert. — (Practic. medicin. Lib. III, part, il, sect. i, c. 5, De rébus prœter naturam in intestinis reperds.) — Art. Lapides.
MORGAGNI. — (Desed. et caus. morbor.) Epist. xxxvri, art. h5.
Lieutaud. — (Bist. anatomico-med .) Lib. I, sect. il, art. 12, Lapides in ventriculo; — sect. iv, art. 8, Lapides in intestinis.
Sauvages. — (Nosol. meth.) Class. vu, Dolores, gen. xxi, Gastrodynia, sp. 15, G. calculosa.
Joseph Frank. — ( Praxeos medicœ universœ prœcepta. — T. XII, Leipsig, 1835, in-8°.)§ci, n° 5, Ventriculi concrementa.
Everts. LJiss. de enterolithiasi. Arnheim, 1835.
RUBEN. Diss. de lithiasi intestinorum. Ileidelberg, 1840.
Puchelt. — Livre déjà cité (982): — § LH| Calculi intestinales.
1322. Définition. — Ce que nous appelons la lithiase du canal digestif, ce ne sont que les cas dans lesquels il s'agit de concrétions qui se
MALADIES CALCULEUSES. 139
soient formées précisément au dedans de l'estomac ou de l'intestin , et qui aient non seulement la dureté , mais même en quelque sorte la nature de vraies pierres.
Ainsi excluons-nous du genre nosographique ici en question bien d'autres corps étrangers plus ou moins durs qui peuvent se trouver dans le canal digestif ou en être expulsés sur le vivant même, et que certains auteurs ont confondus, ou du moins peu s'en faut, avec les pierres stomacales et intestinales proprement dites. Ainsi excluons-nous : 1° les matières fécales extrêmement endurcies et devenues comme pierreuses par l'efret d'une longue et opiniâtre constipation ; 2° les cailloux ou autres corps semblables avalés par accident et contre nature ; 3" les calculs biliaires; k° les calculs urinaires rencontrés dans le rectum, cas excessivement rare, sans doute, mais qui s'est vu, et auquel avait donné lieu l'existence d'une communication entre le rectum et la vessie, communication tantôt congéniale et due à l'imperfection monstrueuse du développement organogénique, - tantôt acquise, et produite par l'effet d'un cancer, d'une gangrène, etc. .
La lithiase du canal digestif est une affection bien peu ordinaire a rencontrer chez l'homme, quant à présent du moins. Mais elle est plus commune chez certaines espèces d'animaux, notamment chez le cheval, chez le bœuf et autres ruminans.
1323. Synonymie des calculs de l'estomac et de l'intestin. — A. Bézoard : terme originairement arabe, jadis fort en vogue, et sous lequel furent désignés tous ces calculs, mais plus particulièrement ceux qui provenaient de certains animaux des contrées lointaines , et passaient pour posséder à un haut degré la vertu alexipharmaque , tels que les bézoards orientaux ( fournis par diverses espèces de chèvres et de gazelles de l'Asie).
A. Gastrolithe (pierre de l'estomac). — Entérolithe (pierre de l'intestin). — Ce sont là deux termes quelquefois employés par les auteurs d'aujourd'hui.
\?,2U. Esquisse physique et chimique de ces calculs. — A. Lesgastrolithes , et les enlérolithes (ceux-ci , notons-le sur-le-champ , ayant été, à ce qu'il paraît, rencontrés et vus par divers observateurs dans le duodénum, dans le jéjunum, dans l'iléon, dans le cœcum , dans le côlon, dans le rectum, voire même dans l'appendice vermiforme) se trouvent ordinairement libres et mobiles dans la cavité du viscère , mais quelquefois, quoique très rarement, enchâssés et comme adhérais à un endroit particulier. Ordinairement aussi, ils se présentent plusieurs ensemble chez un seul sujet ; mais ce n'est pas à dire , pourtant , que le cas d'un calcul unique soit une exception aussi rare que les exemples de calculs enchâssés. D'une grandeur variable, depuis un diamètre de quelques millimètres jusqu'à celui de trois ou quatre travers de doigt et même davantage , jusqu'à la grosseur du poing par exemple , ils n'offrent pas
1£9 l'ATHULUClL MÉDICALIi.
moins de variété sous le rapport de leur forme ; ils sont ronds , ovales , oblongs, convexes, plats, cylindriques. Leur couleur, noirâtre la plupart du temps, peut quelquefois aussi, être tout autre , grise, blanchâtre, etc. Leur densité n'est pas toujours la même, ni non plus leur structure intérieure. Seulement il est assez ordinaire qu'ils aient pour noyau soit un corps étranger introduit par voie de déglutition , soit un calcul biliaire, ou bien un peu de matière stercorale fort endurcie.
B. Ce qui, autour du noyau dont je viens de parler, ou sans la présence d'un semblable noyau, compose essentiellement les pierres du canal digestif, c'est une matière saline, et du mucus concret qui fait là l'office de ciment. Quelle est donc cette matière saline? Elle n'est pas la même dans tous les cas. Au rapport de divers chimistes qui l'ont analysée avec soin , on y retrouve tantôt le phosphate de chaux , tantôt le phosphate ammoniaco-magnésien, tantôt le sulfate de chaux, ou l'urale d'ammoniaque , ou d'autres sels encore. En pareille circonstance , ces sels ne se présentent que rarement isolés et chacun tout à fait à part, mais d'ordinaire réunis plusieurs ensemble en différentes manières et différentes proportions, et différemment agrégés les uns avec les autres dans la constitution des différons calculs. La teinte brune que communément ils ont là, ils la doivent à la petite quantité de matière animale qui se trouve incorporée avec eux.
1325. Origine de ces calculs. — A. Souvent, comme on vient de le voir (1324) , c'est un calcul biliaire, c'est une concrétion stercorale, c'est un corps étranger quelconque (par exemple , un noyau de cerise ou de prune, un petit os, un caillou, un morceau de bois, etc. ) qui se montre comme ayant servi d'occasion à la formation et au développement des pierres proprement dites du canal digestif. C'est autour d'un semblable support que les molécules salines sont venues peu à peu se déposer et s'agréger entre elles par couches concentriques. Une circonstance remarquée par quelques observateurs et qui paraît bien faite pour faciliter la production des pétrifications de ce genre, c'est que le support central soit une substance végétale dont le réseau ligneux ait une texture fort lâche, en sorte que les molécules salines s'y insinuent et s'y accumulent pour former ensuite , par le progrès de leur agrégation , une croûte périphérique plus ou moins épaisse.
B. Nous avons reconnu ailleurs (132. D. «.) combien l'emploi et surtout l'abus des absorbans internes (magnésie, coquilles d'œufs, craie, yeux d'écrevisses, etc.) est propre à entraîner pour effet la production de gastrolithes ou d'entérolithes. Et voilà pourquoi les exemples de concrétions énormes de ce genre fuient dans le siècle dernier une chose moins rare qu'aujourd'hui. Car ces médicamens-là étaient alors en fort grande vogue, et on les administrait d'une façon aussi outrée que banale.
C. Devons-nous admettre, comme le veulent quelques auteurs, que
M\r.ADIi:S CAI.CULËïjSES. 1AI
chez cerlains individus il se fasse dans le canal digestif une sécrétion de phosphate calcique et de phosphate ammoniaco-magnésien tout a fait excessive, et, en un mot, énormément au-dessus des proportions normales ? Et, si celte supersécrétion est une réalité , a-t-elle , comme on l'a aussi prétendu , des rapports de communauté pathogénique avec la goutte, la gravelle et les calculs urinaires ? Ou bien, après tout , les exemples qu'on nous cite de personnes goutteuses qui étaient aussi atteintes en même temps de lithiase urinaire et de lithiase du canal digestif, ne sont-ils qu'un jeu du hasard, rien qu'un article de plus au gros chapitre des coïncidences prises pour des corrélations de causalité?
1326. Symptomatologie. — Lorsque les concrétions pierreuses du canal digestif sont de petite dimension , c'est à peine si pendant leur trajet et lors de leur évacuation elles produisent quelques symptômes ; et souvent même elles passent inaperçues au milieu des excrémens. Mais, quand ce sont de gros calculs , qui occupent durant des mois et des années la même partie , ils déterminent alors des troubles plus ou moins notables, soit en irritant la surface muqueuse, soit en obstruant la voie. De là, selon le cas, divers symptômes de gastrite (Uh9. — et hbk. D.) , d'entérite (462. B.),et quelquefois rien que de rectile (1x79. B. C. ). Tantôt tme constipation opiniâtre , tantôt la gaslrorrhée chronique (979. A. B. C), tantôt les formes si variées de la pneumatose gastro-intestinale (1076 - 7). Quelquefois, mais rarement, l'expulsion des pierres par de cruels efforts de vomissement (vomissement bézoardique, de quelques auteurs). D'autres fois, l'horrible drame de l'occlusion intestinale (1141) : lequel, assure-t-on, et je le crois volontiers , a pu chez certains malades se dénouer heureusement , puis se produire derechef à de plus ou moins longs intervalles, par suite évidemment du changement de position de la pierre. D'autres fois, enfin, une péritonite suraiguë (574. A. «. g.), par perforation de l'estomac ou de l'intestin (575. D. y ). De là, donc, la mort dans quelques cas, soit par l'effet d'accidens aigus, soit au bout d'un long dépérissement et de la fièvre hectique. Mais le plus ordinairement la lithiase du canal digestif a une heureuse terminaison , — soit que les calculs s'en aillent par l'anus, — soit, ce qui est rare, que le vomissement vienne à les expulser, ou , ce qui est encore beaucoup plus rare, que le trajet fisluleux d'un abcès leur serve d'issue.
1327. Diagnostic. — Chose vraiment impossible dans l'immense majorité des cas. Tout au plus serait-on autorisé à soupçonner la lithiase du canal digestif, lorsque, ce qui doit être bien rare, la palpation aura fait découvrir dans l'abdomen l'existence d'une tumeur dure, circonscrite, mobile, et surtout changeant elle même de place d'un jour à l'autre, ou bien dans l'espace d'un ou plusieurs mois. Mais le soupçon ne pourra guère devenir une certitude que lorsque la pierre sera venue se loger dans le rectum , ou qu'elle aura été rejetée au dehors. Aussi ne
U\2 PATH01.0f.ll' MEDICALE.
devons-nous alors négliger ni l'exploration du rectum ni l'inspection des selles. Et, une fois le calcul expulsé par la nature ou extrait par l'art, encore faudra-t-il l'examiner avec soin, afin de bien reconnaître si c'est là réellement un calcul du canal digestif, ou un corps étranger de tout autre genre.
1328. — Thérapeutique. — Tant que la présence des gaslrolillies et des entérolilhes n'est point reconnue , tout se borne forcément à de la médecine symptomatique et palliative. A-t-on droit de les soupçonner, de les accuser? il y a dès lors indication d'insisier sur l'emploi des purgatifs , qui , au surplus , ne sont à même d'expulser que les petits calculs. On a, en outre, conseillé, et avec raison, les acides minéraux, — soit en boissons (limonade sulfurique, nitrique, etc.), — soit en lavemens à profusion, ou du moins autant que le malade pourra les supporter. On a indiqué la gastrotomie comme une ressource extrême pour les cas désespérés. Enfin , quand il arrive qu'un calcul parvienne dans Je rectum et y prenne, pour ainsi dire, domicile , il faut l'extraire; et , pour cela, bien des fois devra-t-on le briser auparavant , ou avoir recours soit à la dilatation progressivement ménagée de l'anus , soit à l'incision du sphincter.
ARTICLE III
LITHIASE BILIAIRE (1316.).
1329. Bibliographie. — Bianchi. — (Historia hepatica.) — Pars II, cap. xi, § 2-8. — Pars III, § 2-10 de YAppendix de felleœ vesiculœ morbis.
MonoAGNi. — (De sed.etcaus.morbor.) — Epist. xxxvu, art. 11- 52. Epist. LXV, art. 15.
Haller. — (Elementa physiologiœ.) Lib. XXIII, ffepar, sect. III, Bilis, § H,. Calculi biliarii ; — § 12, Calculi fellei humani. — (T. VI, pag. 560 et suiv.)
Lietjtaud. — (Hist. anatomico-med.) Lib. I , sect. VI, art. 27, Pseudo-lapides biliares; — art. 28, Ductus biliaris obstructus.
DUR an de. Observations sur l'efficacité du mélange d'éther sulfurique et d'huile volatile de térébenthine dans les coliques hépatiques produites par des pierres biliaires. Strasbourg , 1790, in-8°.
SOEMMERRING. De concrementis biliariis corporis humoni. Franc-
fort-sur-l'Oder, 1795, in-8°. — Traduit en français par Rcmond.
Paris, 1811, in-8°.
J.-P. Frank. — (Decurand. hbminum morbis. Epit.) — Lib. VI,
ord. VI, gen. 2 , lietentiones hepaticœ. Voir 1rs paragr. 9U-7,
passim . )
MALADIES C AI.CULEUSES. 143
Cruveilhier. — (Anal, palh.) — Livraison XII , planches 4 et 5 ( Histoire générale des calculs biliaires , en xx propositions , avec quelques exemples fort intéressa ns observés par l'auteur lui-même); — livrais. XXIX , plancb. 4 ( Faits et réflexions concernant particulièrement l'histoire des calculs biliaires de la vésicule).
Littre. — (Dans le Répert., — t. V). — Pag. 249-67 (Calculs biliaii'es).
Fai coxneau-Dufresne. Des calculs biliaires et des accidens qu'ils déterminent. (Dans Revue médicale, janvier, février et mars 1841 .)
— Sur les difficultés du diagnostic des calculs biliaires. ( Ibidem, janvier 184&.)
Joseph Frank. — (Prax. med. universœ prœcepta. — T. XIV, déjà cité plus haut, u" 631.) Cap. Y, De calcula biliario.
Buisson. — Monographie de la bile. Déjà cité (991.). — Pag. 176- 254 [Calculs biliaires).
Duparcque. Observations sur le diagnostic et le traitement des concrétions biliaires. (Dans Revue méd., avril 1844.)
Levagher. Observation d'un abcès fistuleux du foie, communiquant avec la vésicule biliaire; dilatation et cautérisation du conduit fistuleux; extraction de seize calculs biliaires; guérison. ( Dans le Journ. dechir. de M. Malgaigne, mai 1846.)
1330. Définition. — Formation de concrétions aux dépens de la bile même, et développement d'accidens morbides dus à la présence de ces concrétions : voilà tout ce que nous entendons sous le nom de lithiase biliaire. —Nous en distinguons, nous en excluons formellement les con crétions osseuses ou calcaires qui peuvent quelquefois se trouver formées et comme implantées par hétérotrophie au sein du parenchyme hépatique comme dans tout autre tissu.
1331. Synonymie. — Choie lit hiasis , de quelques auteurs qui ont écrit en latin. — Gravelle biliaire : mais seulement pour le cas dans lequel les concrétions de la bile se produisent en manière de sable plus ou moins grossier: ce que l'on a maintes fois constaté ,— soit à l'intérieur des voies hépatiques lors de l'autopsie,— soit du vivant mèmedes sujets, grâce k un examen minutieux des selles; ce qui, au surplus, n'est guère dangereux ni incommode en soi, mais constitue l'état rud'imentaire de la lithiase, et presque toujours coexiste ou alterne avec le développement de calculs proprement dits.
1332. Aperçu physique et chimique des calculs biliaires (cholélithes). — Variables en nombre, .depuis l'unité jusqu'à cent, jusqu'à mille, jusqu a plusieurs milliers (trois mille et tant, par exemple , trouvés en quelques cas dans la vésicule);
Variables de forme, tantôt sphériques ou à peu près, tantôt allongés comme un œuf, ou bien aplatis comme une bouteille, tantôt polyédri-
\Uh PATHOLOGIE MÉDICALE,
qilès , à pans plus ou moins irréguliers , à bords arrondis ou anguleux , à coins aigus ou mousses, avec ou sans facettes polies et en quelque sorte articulaires qui se soient produites par l'effet de mutuels frollemens ;
Variables de volume, depuis celui du plus petit gravier jusqu'à celui d'un œuf de poule, et même au delà ;
Variables de couleur, jaunes, verts, noirs, bruns, gris, — quelquefois bleus, assure-t-on, — quelquefois entièrement décolorés et blanchâtres, — tantôt monochromes, tantôt bigarrés et bariolés ;
Variables de structure, à un ou plusieurs noyaux, avec ou sans lamelles corticales bien distinctes;
Les cholélithes , tous ayant fort peu de pesanteur spécifique, quelques-uns même surnageant à la surface de l'eau, varîerit encore entre eux sous le rapport de la composition chimique. Quelquefois, mais rarement, ils sont entièrement ou presque entièrement composés de cholestérine (cholélithes cholestériques) ; d'où une notable fusibilité, et la propriété de s'enflammer comme la graisse ou le beurre ; d'où , aussi , une complète solubilité dans l'étheret la térébenthine. Moins rarement présentent-ils pour base unique ou prédominante la matière colorante, cette matière distinguée par M. Thénard sous le nom de Matière jaune de la bile, et où M. Berzélius croit devoir reconnaître deux principes , la bjlîverdine et la bilifulvine : ce sont les cholélithes pigmentaires. Mais les plus fréquens sans comparaison sont les cholélithes mixtes que toutà la fois la matière colorante et la cholestérine, chacune en proportion plus ou moins considérable, concourent à former, tantôt confondues pêle-mêle rime avec l'autre, tantôt disposées par couches distinctes. Enfin, maisà titre de cas très rares, mentionnons encore trois autres espèces de cholélithes, savoir: 1° les cholélithes mélaniques, d'apparence charbonneuse, lesquels , à ce qu'il paraît , proviennent d'une altération de la matière colorante, et consistent en une énorme proportion de carbone, si ce n'est même en charbon pur ; 2° les cholélithes où il existe des matières salines, telles que les carbonates de chaux et de soude , les phosphates de chaux et de magnésie, etc. en beaucoup pjusforle proportion que les principes propres de la bile; 3° les cholélithes extrêmement mous, extrêmement amers, qui semblent n'être pas autre chose que de la bile concrète, pas autre chose qu'une sorte d'extrait de cette humeur tout entière.
1333. Siège des cholélithes. — Partout où la bile naît, coule ou séjourne, les cholélithes peuvent se rencontrer. Mais c'est dans la vésicule qu'on les rencontre le plus fréquemment et en plus grand nombre à la fois; c'est là, en effet, que la bile a les conditions de repos et déconcentration les plus favorables à la formation de telles concrétions. Nul doute , au surplus, que les cholélithes ne puissent aussi prendre naissafitte et s'accroître soit dans les canaux hépatique, cysiique ou rholédo-
MA LA 1)1 KS CALCULl-USIiS. 145
(|iic, soit au dedans même du foie, par l'effet de circonstances particulières qui tiennent* produire là une sorte d'emprisonnement ou de stagnation d'une certaine quantité de bile, et sur lesquelles je ne crois pas nécessaire d'insister davantage ici. L'existence des cholélilhes intra-hépatiques n'est pas aussi commune , il s'en faut de beaucoup , mais elle est aussi réelle, aussi authentiquement constatée que celle des cholélilhes cholécystiques. Quant aux cholélilhes que maintes fois, à l'autopsie, on vient à trouver dans le canal digestif, devons-nous croire que, dans tous les cas sans exception , ils ne sont là que pour y être venus tout formés, que pour avoir été expulsés des voies hépatiques? Ou bien, serait-ce là encore, pour eux, quelquefois du moins, un lieu d'origine et déformation? Problème non résolu jusqu'à présent, mais problème assez peu important à résoudre, assez peu intéressant pour la pratique.
1334. Mécanisme de lu formation des cholélithes. — A. Très souvent la concrétion n'a pas d'autre origine que le fait pur et simple de la précipitation des molécules de cholestérine ou de matière colorante, ces deux substances qui existent à l'état de suspension dans la bile plutôt qu'à l'état de véritable dissolution. Un petit noyau une fois établi de la sorte, rien de plus naturel qu'il aille grossissant peu à peu par l'accession de nouvelles molécules qu'il attire et qui se déposent sur lui, si tant est qu'il ne soit pas tout de suite entraîné et chassé hors des voies biliaires. N'oublions pas de remarquer qu'une certaine proportion de mucus entre dans la constitution de ces couches successives, et y remplit le rôle de ciment.
B. Quelquefois c'est un caillot de sang, ou un grumeau de mucus qm sert de base et de noyau à l'agrégation de la matière calculeuse D'où l'on voit comment l'hypérémie et l'inflammation de la vésicule et des canaux biliaires doivent être, dans un certain nombre de cas, la raison et l'origine delà lithiase, tout aussi bien qu'elles en sont, plus ordinairement, la conséquence, l'accompagnement deutéropathique.
G. D'autres fois, mais c'est rare, comme nous l'avons déjà remarqué tout à l'heure (1332.), la bile se solidifie pour ainsi dire tout entière et se trouve comme réduite à l'état d'extrait, à cause de sa stagnation dans un espace étroit où elle demeure emprisonnée et où elle cède peu à peu sa partie aqueuse à l'absorption. Cela ne s'est guère vu que je sa che, ailleurs qu'à l'intérieur du foie, par suite assurément d'une inflam mation adhésive qui avait eu pour résultat d'intercepter le cours de la bile sur un on plusieurs points, seule circonstance qui nous paraisse disons-le par parenthèse, fournir occasion à la formation de cholélilhes intra-hépatiques.
1335. Causes prédisposantes. - Parmi les conditions personnelles et les conditions de régime qui se montrent les plus aptes à favoriser le développement de la lithiase biliaire, notons surtout les trois conditions suivantes, comme étant véritablement celles où la fréquence relative de
iliti PATHOLOUIK MliblCALli.
celte lithiase est le mieux avérée , c'est à savoir : 1° le sexe féminin ; 2° l'âge mûr ; 3° la vie sédentaire.
1336. Symptomatologie. — ■ A. Douleurs vives, souvent atroces, se faisant sentir dans l'hypochondre droit et l'épigastre, et sévissant d'ordinaire par accès ou paroxysmes qui durent quelques minutes et se répètent nombre de fois à quelques minutes d'intervalle : en un mot , coliques hépatiques, généralement sans fièvre, du moins à leur début. Avec cela, — non pas toujours, mais quelquefois, — un ictère, facile d'ailleurs à expliquer par l'obstruction qu'un amas de petits calculs ou un gros calcul tout seul peut produire soit dans le canal cholédoque , soit dans le canal hépatique ou dans une de ses branches. Nausées et vomissemens. Expulsion des cholélithes, soit par en haut, soit par en bas. Symptômes d'hypérémie hépatique sthénique (192.), ou bien même une hépatite des mieux caractérisées (632. C. D.). Voilà, sommairement, quelles sont en général les formes symptomatologiques de la lithiase biliaire.
B. Mais, bien des fois , la lithiase biliaire n'est rien qu'une affection entièrement latente , et ne peut se révéler qu'à l'autopsie , ou tout au plus par hasard lors d'une minutieuse inspection des selles. Et, en règle générale , même, il est vrai de dire que la lithiase biliaire reste latente par longs intervalles, c'est-à-dire durant des mois et des années entières, pour ne sévir qu'accidentellement et , s'il est permis d'ainsi parler, à titre d'orage éphémère. Les symptômes ne surviennent que lorsqu'un calcul trop gros, ou surtout trop anguleux, trop hérissé d'aspérités aiguës, se met à cheminer à travers les voies hépatiques.
C. M. Duparcque a, le premier, signalé un symptôme que , d'après ses observations, il croit être fréquemment lié aux accès de coliques hépatiques produites par la lithiase biliaire. Ce symptôme, assurément fort caractéristique, c'est ce que M. Duparcque appelle une hémi-convuh in, , du côté droit : ce sont des convulsions qui commencent par agiter la partie droite de la paroi antérieure de l'abdomen, puis de là gagnent la cuisse, puis la jambe, puis le pied, puis le membre supérieur, puis enfin, même, agitent et contorsionnent la moitié du cou et de la face.
D. Ce n'est pas seulement par les voies cligeslives que les cholélithes peuvent trouver leur issue. On a des observations dans lesquelles ils ont été naturellement expulsés ou chirurgicalement extraits à travers une route insolite. On les a vus s'échapper par une fistule des parois abdominales {Gaz. méd., année 1846, p. 198); M. le docteur Levacher en a retiré seize de la vésicule, grâce à l'ouverture d'une semblable voie. Enfin, même, on peut lire, dans la Gazette médicale, année 1840, n° 16 . l'observation d'une femme qui en rendit plusieurs , à diverses époques, par le canal de l'urètre , sans doute à cause de quelque trajet fistule»* qui de l'appareil hépatique allait aboutir à un point quelconque des voies unitaires.
MALADJKS CALCULEUSES. 1/|7
1337. Diagnostic. — Assurément, la seule preuve qui soit admise et reconnue de tous les médecins pour démontrer la réalité de la lithiase biliaire, c'est la sortie des calculs. Ne se peut-il pas, cependant , qu'en certains cas , comme l'ont avancé quelques observateurs , la palpalion fasse percevoir h travers la paroi abdominale une sorte de frémissement et même de bruit de pierres nombreuses qui se frottent les unes contre les autres dans la cholécysle devenue extraordinairemcnt longue et ample? Et ne serait-ce pas encore là une démonstration matérielle, une preuve indubitable? Quoi qu'il en soit, d'ordinaire, force est bien de se contentera moins, et de n'embrasser qu'une probabilité, qu'une probabilité plus ou moins forte. Or, si un individu se montre sujet à des accès de colique hépatique, qui reviennent de temps en temps sans altération notable de la santé durant les mois ou les années d'intervalle, ou du moins sans apparence d'une affection grave du foie , on est bien en droit de soupçonner la lithiase biliaire. Et si l'on est jaloux d'atteindreà une complète certitude , il faut alors soumettre les selles à une inspection minutieuse. Pour cela , M. Fauconneau-Dufrosne conseille de recourir à l'emploi d'une passoire, où, en délayant et entraînant à grande eau la matière slercorale, les cholélithes seuls se trouveront arrêtés.
1338. Thérapeutique. — Combattre, s'il y a lieu, les accidens d'hypérémie et d'inflammation de l'appareil biliaire , ou même leur pure et simple imminence par les émissions sanguines et autres moyens de médication antiphlogistique. Mettre en œuvre la médicamenlation narcotique, avec ou sanssaignée préalable. Voilà, évidemment et de l'aveu de tous les médecins, ce que réclament les accès douloureux de la lithiase biliaire.
Le remède de Durande, mélange d'éther sulfurique et d'essence de térébenthine soit à parties égales, soit avec proportion prédominante del'éther), a compté et compte encore bien des partisans. On le croit propre à opérer à l'intérieur même de l'économie la dissolution des cholélithes. On le prescrit soitdurant les accès, afin de les calmer, soit hors des accès et avec une longue persévérance, dans un but de guérison radicale. La dose est de un à deux grammes, à donner dans un julep , dans du bouillon, etc.
M. Duparcque se loue beaucoup d'avoir, pendant les accès, administré l'éther (/igramm.) en mélange avec l'huile de ricin (30gramm.). Plusieurs fois il a vu, assure-t-il, un prompt soulagement survenir, en faisant ainsi concourir avec l'action de l'éther l'influence de la purgation.
La rnédicamentation alcaline, savon médicinal, bicarbonate de soude, eau de Vichy , etc. : voilà encore une ressource indiquée soit pour dissoudre les cholélithes déjà existans, soit pour modifier profondément la bile et l'empêcher d'en produire de nouveaux.
ARTICLE XV