CHAPITRE III
Voir les auteurs de pathologie culanée (292.).
1352. Aperçu sommaire du chapitre. — Après les maladies causées par des corps étrangers inorganiques et sans vie, après les accidens
produits par la présence de ce qu'on appelle corps étrangers proprement dits, après les empoisonnemens, après les maladies calculeuses, viennent en .\osographie étiologique les maladies dont la cause déterminante ou, pour mieux dire, la condition fondamentale est la présence d'êtres vivans et parasites à la surface ou bien dans les profondeurs de l'économie.
Quant au présent chapitre, comme le titre même l'indique, nous nous bornerons à considérer, d'entre toutes les maladies de celte dernière catégorie aussi importante que vaste, celles-là seulement qui ont lieu à la peau. C'est là, ce me semble, une famille nosographique éminemment naturelle et des plus distinctes à reconnaître.
Et d'abord, chez l'homme comme chez tant d'autres espèces, la peau est sujette à devenir la demeure et en quelque sorte la proie de petits animaux parasites, tels que les poux , lesacarus, etc. , qui la piquent , la sucent , la creusent , et y déterminent maints et maints phénomènes d'irritation et même d'inflammation. Voilà un point trop évident et qui, pour ainsi dire, saute aux yeux.
Nul doute non plus qu'en pathologie comparée la réalité de végétaux parasites et morbipares ne soit un fait positif et indéniable. Ecoutons , par exemple, entre autres autorités, notre savant confrère, M. Léveillé, lorsque, dans son excellent opuscule de Considé7-ations mycologiques (Paris, 1846, in-12) , à la question de Y habitat , il signale la nature parasite d'un grand nombre de champignons qui ne se développent que sur des végétaux et des animaux vivans , et notamment lorsqu'il nous cite le genre Onygena , qui ne se voit que sur les cornes , les sabois , les poils des mammifères , et sur les plumes des oiseaux; les Sphœria militons, Sph. entomogena, Sph. Robertsii, croissant sur les larves ou sur les insectes eux-mêmes ; Ylsaria crassa sur les chrysalides enfouies ; Ylsaria sphecophila sur la guêpe-frelon, etc. La muscardine , cette déplorable maladie des vers à soie, ce ruineux fléau des magnaneries, la muscardine n'cst-elle pas aujourd'hui reconnue pour être l'effet d'une espèce de moisissure , Botrytis bassiana , qui végète en dedans du ver, le tue , le dessèche, le rend blanc et cassant comme un morceau de plâtre , et dont les spores , naturellement transmises par voie de dissémination aérienne , ou bien inoculées expérimentalement , peuvent reproduire le mal, et le communiquer à d'autres vers à soie , à des chenilles de différentes espèces , à des chrysalides et même à des larves de coléoptères ?
Or, quoi de plus plausible que de penser à priori que la pathologie de l'homme doit présenter quelque chose d'analogue; que notre espèce, en un mot, a ses champignons parasites et sa mycologie pathologique ? Mais, de plus, dans ces derniers temps, ML, Gruby, l'un de nos micrographes les plus distingués , est venu déclarer que dans le muguet, dans la mentagre, dans le favus, dans la teigne tonsuranle, etc., il avait reconnu
15X PATHOLOGIK MfcDlÔALK.
l'existence de champignons microscopiquemenl appréciables, qui paraissent être la véritable cause de ces maladies-là. (Voir les Comptes rendus de L' Acad. des sciences. Section des Sciences naturelles. T. XIII, p. 72, 309, 388, et t. XIV, p. 634.) Je ne dois pas, d'ailleurs, dissimuler que M. Léveillé , dont assurément l'autorité est ici fort grande, ne se montre guère disposé à partager l'opinion de M. Gruby ; et qu'à l'égard du favus, surtout, il la repousse formellement comme mal fondée. Après avoir lui-même répété l'examen microscopique , il avoue bien avoir aperçu, dans les croûtes et dans la sérosité du favus, des globules d'un aspect particulier, — agglutinés entre, eux dans les croûtes, et cela pêle-mêle avec des globules graisseux et des parcelles membraneuses, — libres et d'autant plus distincts dans la sérosité, — mais donlla nature , ajoute-t-ii, lui est inconnue et lui paraît tout autre que celle des champignons dits microscopiques. A Dieu ne plaise que je prenne ici des airs de maître, et que je prétende trancher souverainement la question ! Mais enfin, malgré la conscience de mon défaut de compétence en fait de micrographie et de mycologie, je n'hésite pas à proclamer franchement, naïvement , je ne dirai pas ma conviction , mais bien mon penchant , mon sentiment, ma croyance, en ce qui concerne, du moins, les teignes faveuse et tonsurante , considérées toutes les deux comme étant dues au développement de petits végétaux parasites. Cette manière de voir explique à merveille la contagion de ces teignes-là, contagion trop réelle et en même temps toute superficielle, tout extérieure comme la contagion de la gale : voilà surtout la raison décisive qui motive notre détermination , et la maintiendra jusqu'à démonstration contraire.
Ainsi donc, en définitive, et tout bien considéré, nous admettons dans ce chapitre-ci et nous allons étudier les six genres nosographiques qui suivent :
1° La Teigne faveuse ou Favus ;
2° La Teigne tonsurante ;
3° La Phthiriase;
U° La Gale ;
5U La Présence de la Mite des faucheurs, ou Mite automnale ; 6° La Présence de la Chique.
Si j'omets ici la mentagre , attribuée aussi par M. Gruby, comme on vient de le voir, à des champignons microscopiques; si je passe sous silence l'espèce particulière de petits insectes que ce micrograpbc et quelques autres avant lui ont vus dans les follicules sébacés, et qui , lorsqu'ils y pullulent et s'y amassent en trop grand nombre , sont cause , à ce qu'il paraît, de l'exanthème désigné sous le nom d'acné ; si, en un mot , je laisse de côté encore d'autres cas dans lesquels la peau devient la proie de champignons ou d'insectes parasites, c'est que ces divers cas-là sont des maux de trop peu d'importance pour n'être pas renvoyés à notre quatrième et dernière section de la Path. méd.t à la section de^
MALADIES CUTANÉES PAR PRfcSENŒ d'ÈTRKS PARASITES. 159
Affections superficielles (28. — iU9. D.) , ou n'ont pas encore, à beaucoup près, la valeur de laits démontrés et solidement acquis à la science ; ou bien , enfin, pourquoi ne le dirais-je pas? — peut-être y en a-t-il qui me sont restés inconnus et ont échappé à mes recherches ; tant on a toujours, quoi qu'on fasse, de lacunes dans son expérience et dans son instruction !
Quoi qu'il en soit , après tout , si la famille nosograpbique , qui fait l'objet rlu présent chapitre, venait à être généralement reconnue et à obtenir dans l'opinion une sorte de consécration classique, rien de plus facile que de remplacer le litre complexe sous lequel je la désigne , et d'y substiluer une formule plus brève et plus commode. Combien de dénominations le néologisme ne saurait-il pas imaginer à foison, et à ne nous laisser que l'embarras du choix !
Dermopathies parasites : voilà , par exemple , entre vingt autres termes qui me viennent à l'esprit, celui que j'adopterais volontiers comme étant à la fois assez court , aisément intelligible et parfaitement significatif.
ARTICLE PREMIER
TEIGNE FAVEDSE OD FAVCS.
(Modem. — De Tinea, nom confusément appliqué par Pline et autres auteurs latins aux petits vers qui rongent le bois, la laine, etc., comme aussi aux vers intestinaux eux-mêmes. — Et de Favus, cellule ou alvéole des rayons d'une ruche. — Voir ci-après, n° 1355).
1353. Bibliographie. — ( 292) — Mahon. — (Recherches sur le siège et la nature des teignes. Paris, 1829, in-8.). — Art. Teigne faveuse.
Baudelocqle. Recherches anatomiques et médicales sur la teigne fo.veuse. (Dans la Revue méd. , octobre 1831.)
M \lpas. Observation sur l'emploi de l'acide arsénieux dans le traitement de la teigne. (Dans la Gazette méd., année, 1832, n° 168.)
Lktenneur. Quelques recherches sur le favus. Thèse inaug. Paris, 1839, n° 196. (Analyse dans la Gazette méd. , année 1 840, n° 7.)
1354. Définition. — Exanthème de forme crustacée; contagieux; particulièrement propre au cuir chevelu ; mais pourtant susceptible de se développer sur toute autre région de la peau ; et se caractérisant par des croûtes très sèches, très adhérentes, jaunes comme du soufre, et creuses à leur surface libre en forme de petits godets ou de cupules.
C'est à tort, dans mon opinion , que plusieurs auteurs de pathologie cutanée ont considéré et classé le favus comme une éruption de forme
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pustuleuse. Attribuer la formation des croûtes laveuses au même mode pathologique selon lequel se produisent, par exemple, celles de l'impétigo ; voir là un résultat , et, s'il est permis d'ainsi dire, un monument de l'existence antécédente , mais rapide et passagère , de pustules psydraciées, c'est une doctrine fondée sur l'analogie plutôt que sur l'observation, c'est une supposition que nous devons répudier. Les partisans de celte ibèse-là avouent eux-mêmes n'avoir aperçu que très rarement ces pustules psydraciées : oui , sans doute , pourrait-on dire en verve d'humeur railleuse , psydraciées à tel point qu'elles sont invisibles et tombent à zéro. Pour parler sérieusement et sur un ton entièrement scientifique, concluons, avec M. Baudelocque, l'un de ceux qui ont le plus minutieusement étudié les phénomènes du favus , concluons que la forme crustacée n'est point là une suite et une métamorphose de la l'orme pustuleuse ; qu'elle se produit là immédiatement et d'emblée ; et que les petites pustules qu'on a pu quelquefois , mais si rarement , rencontrer au milieu des croûtes faveuses, étaient sans aucun doute des pustules tout à fait étrangères au favus et jetées là accidentellement, — en un mot, des pustules impéligineuses ou autres.
1355. Remarques étymologiques. — A. Le plus ancien auteur où l'on ait trouvé le mot tinea dans le sens de mal teigneux , c'est , à ce qu'il paraît, Fortunal, évêque français du VIe siècle. C'est dans la vie de sainte Radegonde , femme de, Clotaire Ier, et que cet auteur nous montre, toule grande reine qu'elle était, « lavant la tête des pauvres et » y frottant tout ce qu'il y avait de croûte, de gale, de teigne (»). ->
B. Ne semble-t-il pas que, dès le moyen âge , en appliquant à une maladie du cuir chevelu un nom dont l'Antiquité ne s'était servie que pour désigner de petits animaux parasites (communément les vers du bois et de la laine,— quelquefois les vers intestinaux,— quelquefois, mais plus rarement, les poux), on ail, alors même, entrevu et deviné l'espèce de vie propre, et jusqu'à un certain point indépendante, dont, à en croire les plus récentes investigations de la micrographie, les croûtes du favus sont animées ? Ce fut , sans doute, à raison des faits de contagion qu'une semblable idée prit naissance. Et, à une époque où la science n'avait encore aucune notion louchant les cryptogames parasites, on ne dut invoquer hypoihétiquement que l'existence d'animalcules invisibles.
C. Quant à ce qui concerne l'acception médicale du mot favus , à peine ai-je besoin de remarquer qu'elle est tout naturellement résultée de ce qu'on a comparé aux alvéoles d'une ruche à miel les dépressions caractéristiques des croûtes de la teigne ici en question.
Synonymie. — Teigne jaune, vulgairement. — Porrigo favosa, de divers auteurs. — Porrigo lupinosa , de Bateman : par comparaison
(!) Lavans capita egenorum, defricans qnidquid eratcrusla), scabiei, tinea-
MALADIES CUTANEES PAR PRÉSENCE P&fRES PARASITES. i f> 1
dos cupules laveuses avec les dépressions de graines du lupin, comparaison, il faul le dire, plus exacte que celle qui assimile lesdites cupules aux cellules hexagones d'une ruche.
1 357. 1 ariétés sous le ra/iport du siège, de lu couleur et de la configurution. — A. Le plus ordinairement, je le répète, le favus se trouve borné au cuir chevelu; et il y règne tantôt sous forme discrète, tantôt sous forme conduente. Quelquefois il s'étend de là au front et à d'autres points du visage. Quelquefois, mais plus rarement encore, il se montre répandu ça et là sur toute la personne depuis la tête jusqu'aux pieds : Aliberl a rapporté tout au long l'observation , et donné le dessin d'un individu ainsi atteint. D'autres fois, enfin , il n'y a de croûtes faveuses que sur le corps, et point sur la tête : RI. Barth, entre autres, a observé un cas de cette sorte (Compte rendu de la Société anatomique , par M. Demarquay. — Dans Gaz. méd., année 18£i6, n° 9).
B. Il importe de noter que lorsque les croûtes faveuses datent déjà de longtemps, ou que, pour les faire tomber, on les soumet à l'action de cataplasmes émolliens, elles perdent leur aspect primitif et caractéristique. De jaunes elles deviennent blanchâtres , en même temps qu'elles s'usent, qu'elles se brisent, qu'elles s'aplatissent, et qu'elles n'ont plus ou presque plus de dépressions palhognomoniques.
G. En certains cas, c'est sous forme de plaques circulaires d'une remarquable régularité que les croûtes du fa vus se présentent groupées çà et là dans le cuir chevelu. C'est ce qu'on nomme populairement Teigne aux petits écus ; plus savamment, Teigne nmnmulaire. Quelques auteurs ont formellement posé ce cas-là en espèce à part: — Torrigo scutulata de AVillan ; — Favus sculiforme, d'Alibert (Dermatoses teigneuses, gen. m, Favus, — esp. A, F. vulgaris; — csp. B, F. scutiformis).
135S. Ce quil y a de plus essentiel encore à noter en fait de symptomatologie. — A. Revenons sur l'adhérence des croûtes faveuses à la peau. Cette adhérence est telle qu'il est difficile de les enlever sans rendre la peau toute saignante, quelque dextérité, quelque soin qu'on mette à opérer une semblable extirpation.
B. Autre symptôme encore fort caractéristique des croûtes faveuses : c'est une fétidité particulière, qui rappelle l'urine de chat ou de souris. De sorte qu'Aliberl a bien quelque raison de dire « qu'un aveugle » pourrait distinguer le favus de la porrigine (') par le secours de l'o- » dorât. »
C Au début de l'éruption faveuse, et, pour ainsi dire, à l'instant même où elle naît , qu'y a- t-il ? Que voit-on constamment , suivant le témoignage des observateurs les plus attentifs, les plus exempts d'idées
(') Porrigine, ou Pnrrigo, genre il des Dermatoses teigneuses de cet auteur. O'ialre espères : A. I>. furfumeea (301 . |J ) ; |j. />. amiantacca (3(51. C.) ; — C P. granulola (37.Y,; — I). />. lonsoria (Voir ci après, art. II).
préconçues et de préoccupations nosogrnphiques, j'allais dire les plus naïfs? Là même, on aperçoit, non pas une pustulation , mais bien de petites croûles rudimentaires , d'un blanc jaunâtre , et où , si on les examine à la loupe , se laisse déjà distinguer la dépression centrale et pathognomonique. Ces croûles ne tardent pas à s'agrandir, à jaunir davantage, et à se creuser le plus visiblement du monde en autant de godets. Toujours groupées en assez grand nombre , même dans ce que nous appelons la forme discrète (1357. A. ) , et se joignant étroitement les unes aux autres , elles constituent des plaques comme gaufrées, d'une étendue plus ou moins considérable , et où les dépressions pathognomoniques restent longtemps très distinctes. A mesure que les croûtes faveuses s'en vont et tombent soit d'elles-mêmes et par longueur de temps , soit par l'effet d'agens émolliens, il en revient de nouvelles sur les mêmes points, quelque soin qu'on prenne à laver et à nettoyer ces points-là: et c'est ainsi que le favus, laissé à lui-même ou mal soigné, se perpétue indéfiniment cbez tant de malheureux. Toutefois , il y a nombre de cas dans lesquels la guérison du favus s'opère à la longue tout naturellement et sans l'intervention d'un traitement spécial. Il n'est même pas sans exemple que cette guérison spontanée se soit faite en très peu de temps. Ne serait-elle pas la règle , ne serait-elle pas un dénouement tôt ou tard nécessaire , s'il n'était pas trop vrai que , chez la la plupart des pauvres enfans laissés en proie au favus sans soins et sans secours, de graves complications, ulcérations du cuir chevelu, abcès du tissu cellulaire péricrânien , carie des os du crâne, écrouelles proprement dites, maladies tuberculeuses, etc., horribles fruits de la saleté et de la misère , viennent produire une mort prématurée ?
D. Les observateurs s'accordent à dire que , dans les cas de favus invétéré et dont le développement date des premiers temps de la vie , le favus fût-il la seule et unique maladie d'un enfant, il y a un degré con sidérable de retard et d'imperfection dans le développement physique et moral. Le corps estchétif et faible; l'intelligence, paresseuse et lente, si ce n'est même stupide et idiote.
E. Assez ordinairement, les parties du cuir chevelu que le favus a longtemps occupées, se trouvent frappées d'alopécie, et restent irrévocablement chauves. 4 '
1359. Notions positives et avérées concernant l'étiologie du favus. — A. La contagion du favus est un fait constant : nombre d'observa • tions authentiques et convaincantes la démontrent. Cette contagion est de celles qui ont lieu par un mode de communication visible (96. A « 6) et non pas à distance et par d'invisibles émanations. Du moins, toutes et' quanies fois elle apparaît comme la cause réellement indéniable d'un cas donné, c'est par suite d'un contact direct des croûtes faveuses ou de leurs débris qu'une peau, jusque-là saine, vient à la subir. C'est pour avoir été l'insouciant et imprudent compagnon d'un teigneux,
c'est pour avoir joué , s'être colleté , avoir vécu côte à côte avec lui , c'est pour avoir fait usagé du même peigne, de la même brosse à cheveux , du même serre-tête, c'est pour avoir été soumis par mégnrde ou expérimentalement à l'application prolongée de la matière contagieuse sur un point quelconque de la surface cutanée, etc. , que l'on devient un exemple de transmission du favus. Au surplus , je dois le dire, cette contagion est d'une énergie assez faible; et lorsque par hasard ou nécessite on a louché les croûtes du favus, de simples lotions pratiquées immédiatement avec de l'eau toute pure constituent une suffisante prophylactique, il n'y a pas même de doute que celte contagion ne puisse jamais avoir son plein et entier effet autrement qu'à la condition d'un certain concours d'influences prédisposai) tes très puissantes, mais, il fautl'avouer, encore mal connues et mal appréciées.
B. Si nous proclamons bien haut la contagion du favus , ce n'est pas à dire que, bien des fois aussi, cette teigne ne puisse se développer spontanément, par suite d'un certain ensemble de conditions organiques et hygiéniques, toutes afférentes à un tel résultat. Personne, assurément , ne songe à nier ce développement spontané et pour ainsi dire autochtone du favus, tandis que quelques auteurs, Alibert entre autres, ont révoqué en doute la contagion. Mais, ajoutons-le , il ne paraît pas que la génération spontanée des croûtes faveuses se fasse jamais ailleurs que sur le cuir chevelu.
C. Les conditions qui se montrent le plus évidemment faites pour constituer une aptitude à ce que le favus se produise soit par développement spontané , soit par voie de contagion, sont les suivantes : premièrement et avant tout, l'enfance , encore bien qu'aucun âge n'ait le privilège d'une exemption complète et absolue ; puis, en second lieu le tempérament phlegmatique, la débilité de la constitution, la malpropreté, la présence et la multitude des poux , la mauvaise nourriture et, enfin, les diathèses scrofuleuse et tuberculeuse.
1360. De la nature végétale et parasite des croûtes faveuses — A M. Gruby, nos lecteurs le savent déjà, a été conduit par' ses observat.ons microscopiques à considérer les cupules du favus comme autant de petits champignons, ou , tout au moins, de végétaux crvD togamiques d'une espèce à part, qui se montrent implantés et vr i ment enracinés dans le derme à l'aide de filamens très ténus et se m T pagent sur un individu donné , ou d'un individu à l'autre, par le moven ie granules on disons mieux, de spores. La forme si remarquable" «en« régul.ère des croûtes faveuses, leur continuel renouvelèrent pendant une durée mdéfinie , l'incontestable contagion du mal |a 1 cess.te de le combattre sur place par des agens caustiques, par tf s p o"
' dés cneypies d'extirpation : voilà les raisons principale* qtf n li „ en faveur e la théorie de M. Gruby, et qui la rendent ex rê.n
! Plausible. Je ne saurais m'empêcher de remarquer que mon trè v
104 PATHOLOGIE Ml'iOir.AU-.
ami, M. Grisolle , me paraît avoir repoussé colle théorie avec trop de dédain. Au surplus , ce n'est pas à première vue, ni sans de longues controverses, que la science a reconnu les maladies des céréales, la rouille, le charbon, la carie, etc. , pour être l'effet de végétaux parasites, et qu'en un mol les urédinées et les ustilaginées ont pris solennellement droit de cilé parmi les familles naturelles qui ressortissenl à la mycologie.
B. Un médecin anglais, M. Bennct {Gaz. méd., année 1843, n° 7. — D'après The London and Edinburgh monthly Journal of médical science), a cru reconnaître , tout en vérifiant les idées de M. Gruby, l'existence d'une circonstance nécessaire, assure-t-il, à cette végétation mycodermique du favus. Et cette circonstance, ce serait la production d'une couche de matière tuberculeuse à la surface du derme: ce serait là , pour ainsi dire , le sol au milieu duquel une telle végétation devient possible.
1361. Thérapeutique. — A. Méthode dite de la calotte, ou méthode d'extirpation du favus à l'aide d'agent emplastiques : jadis en grand crédit , el qui, toute cruelle , louie barbare qu'elle était daus son mode primitif, mérita véritablement sa vogue à raison de son efficacité. Telle que, M. Ordinaire, de Maçon , l'a modifiée , amendée et adoucie , celte méthode, devenue aujourd'hui infiniment moins douloureuse, n'en est pas , à ce' qu'il paraît , moins efficace , et se montre encore tout à fait digne d'emploi.
«. Yoici quel était l'ancien procédé : On préparait un emplâtre de poix avec addition de quelques ingrédiens caustiques, orpiment, arsenic blanc, chaux vive, cendres gravelées, ou tout au moins verl-degris- et de cet emplâtre on faisait une calotte qu'on appliquait sur la tete, après avoir fait tomber les croûtes au moyen de cataplasmes émolliens, et avoir coupé les cheveux le plus ras possible. Au bout de trois ou quatre iours on arrachait l'emplâtre à contre-poil etbrusquement. Puis on en appliquait un second , qu'on arrachait de même après un pareil laps de temps- puis un troisième , puis un autre , puis un autre , et ainsi de suite souvent pendant deux ou trois mois, et quelquefois même davantage.'Quel affreux et long martyre ! Quelles chances de maladies graves et de mort, surtout pour de pauvres enfans !
ç Quant au procédé de M. Ordinaire, le voici eu peu de mots, et tel nue le médecin de Mâcon en a lui-même rendu compte au congres scientifique, tenu à Lyon, en septembre 1841. (Voir Gw. méd. .année 1841 u" 43) Ce qui en est le caractère fondamental et le principal avantaee c'est de n'opérer la dépilalion du cuir chevelu que partie l e- 3i fois, et non pas en totalité tout d'un cou,, Pour cela , TJSS^e emploie des bandelettes étroites , enduites d'un mélange d'amidon 80 grammes) , de poix de Bourgogne (125 grammes) , et de vi . ^ e ( il )• APr s chacune do, déflations partielles qu'on opère
MALADIES CUTANÉES PAR PRESENCE D'ÊTRES PAUAS1TLS. 165 en arrachant ces bandelettes, on calme l'irritation cutanée à l'aide d'onctions huileuses. On persévère jusqu'à ce que la peau soit redevenue neite; et , pour atteindre le but, la durée du traitement varie de un à cinq mois. Entre autres observateurs des plus compétens , M. Baumes atteste l'heureuse et presque infaillible efficacité de ce procédé, dont M. Ordinaire, si tant est même que la première idée ne lui en appartienne pas, a été , de nos jours , le zélé promoteur et, pour ainsi dire , l'initiateur véritable.
B. Méthode des frères Mahon : presque toujours suivie d'un succès complet. Mais, disons-le sur-le-champ , dans cette constance des succès nous voyons surtout un fruit des soins minutieux et de l'expérience toute spéciale de MM; Mahon pour la mise en pratique de leur méthode, plutôt que nous n'y voyons l'effet d'une vertu éminemment spécifique de la composition épilatoirc qu'ils mettent en usage et qu'ils tiennent secrète. Après cela , toutefois , je ne saurais rn'empêcher de m'écrier avec M. Baumes (Nom. Dermat., t. Ier, p. 505) : « Comment en France, o en plein dix-neuvième siècle, un moyen déclaré efficace , capable de
«guérir une maladie contagieuse, peut-il être un secret
» de famille? » Quoi qu'il en soit, je n'en crois pas moins à propos d'exposer sommairement comment MM. Mahon procèdent. Leur traitement, extérieur et local, a trois temps distincts , autrement dit,' trois périodes, que nous pourrions nommer : 1° période de nettoiement ; 2" période de pleine activité de la médicamentation épilatoire ; 3° période de terminaison de la cure. Dans la première période , il s'agit de détacher les croûtes faveuses , et de mettre à nu les surfaces malades : on coupe d'abord les cheveux, et on les coupe très courts, afin qu'il soit ensuite plus facile de les entraîner avec le peigne ; on détache les croûtes à l'aide de saindoux ou de cataplasmes émolliens, et, cela fait, on lave la tête avec de l'eau de savon ; et l'on répète , au besoin , l'emploi des topiques émolliens et des lotions savonneuses jusqu'à ce que le cuir chevelu se montre complètement nettoyé. Alors commence la seconde période du traitement, dans laquelle on a pour but d'opérer lentement et sans douleur l'épilation de tous les points envahis par le favus. Pour cela, des onctions avec une pommade épilatoire sont pratiquées tous les deux jours, pendant un laps de temps plus ou moins long suivant le degré d'ancienneté du mal; les jours d'intervalle , on passe les cheveux au peigne fin , et , de la sorte , on les détache avec la plus grande facilité , quoiqu'en prenant bien garde, comme de raison , de ne point trop appuyer le peigne ; au bout d'une quinzaine, on sème sur la tête, une fois par semaine, quelques pincée» d'une poudre épilatoire , tout en continuant , comme auparavant , l'emploi de la pommade ; un mois ou six semaines plus tard , on remplace la première pommade par une autre plus active, avec laquelle on fait également des onctions tous les deux jours. Enfin , quand le cuir chevelu paraît avoir clé suffisamment mo-
difié, on ne pratique plus ces onctions qu'une fois par semaine, maison les continue jusqu'à ce que les moindres apparences d'érythème aient disparu : c'est là la troisième et dernière période du traitement. Somme toute, la durée moyenne du traitement est d'environ trois mois. Il est d'ailleurs impossible de prédire au juste , dans un cas donné, ce que devra durer chacune des périodes du traitement; car les conditions d'étendue et de ténacité du mal varient nécessairement d'individu à individu. Mais, assurément, l'expérience doit faire acquérir le coup d'œil nécessaire pour reconnaître l'instant où il convient de passer d'une période à l'autre et de rendre la médicamenlation plus énergique ou plus faible, La poudre épilatoire des frères Mahon , poudre qui, à plus ou moins forte dose, fait la base constante de leurs pommades, a été analysée par divers chimistes, entre lesquels je me plais à citer particulièrement l'un de mes anciens élèves, M. Oscar Figuier, pharmacien des plus distingués à Montpellier. (Voir Gazette méd. , année 1538, n° 10. • — D'après le Bulletin médical du Midi.) Or, que résulle-t-il de l'analyse chimique ? C'est que le carbonate potassique est l'ingrédient le plus actif, l'ingrédient vraiment efficace de ladite poudre. Eh bien, donc, consentirions-nous à voir là un spécifique unique, mystérieux , absolument impossible à remplacer? Est-ce donc là autre chose qu'un agent caustique, ou, pour mieux dire, cathérétique , assez délétère pour tuer la végétation parasite, pas assez pour désorganiser la peau, et auquel , après tout, bien des agens analogues, bien des succédanés pourraient être substitués avec autant de succès ?
C. Cautérisation à l'aide d'un agent quelconque : paraît propre , je l'affirmerai volontiers, à opérer toujours la cure radicale du favus. Même faite le moins profondément que possible, avec ménagement et de façon à ne causer que peu ou point de douleur, ce qui est le mode préférable, alors même elle doit constamment réussir , tôt ou tard , mais constamment, pourvu que nous y procédions avec tous les soins qu'il faut, dans toute l'étendue qu'il faut, avec toute la persévérance qu'il faut, selon les exigences de chaque cas, comme font MM. Mahon avec le carbonate potassique. Ainsi, par exemple , M. Devergie a pu , par le moyen d'une cautérisation pratiquée une seule fois avec l'azotate acide de mercure , guérir un favus sculiforme qui durait depuis cinq ans (voir Bevua méd., août 18fi2. — Compte rendu de la Société de médecine). Le carbonate potassique, en d'autres mains que celles de MM. Mahon, et lors même qu'on ne s'est servi que de lui seul , à l'état de poudre ou de pommade, pour modifier les surfaces faveuses, a fait bien des nues authentiquement consignées dans les annales de l'art. L'acide arsêuieux a eu aussi ses succès, comme la chaux, comme les sulfures alcalins, etc.
D. Traitement interne, ou général : ne doit pas être négligé , surtout dans les cas de favus très étendu et invétéré. Médication corroborante, médication dépurante, médication révulsive : voilà les trois pria-
cipaux devoirs auxquels il importe , en général , de satisfaire , selon les indications particulières de chaque cas. Ce n'est que pour un favus récent, étroitement limité, et provenant d'une contagion immédiate, qu'on peut sans inconvénient se borner à un traitement local. Autrement, la prudence ne permet pas de mettre fin tout d'un coup et sans quelque compensation révulsive à une végétation parasite dont la peau fait depuis longtemps les frais, et qui est devenue une habitude de l'organisme.
ARTICLE II
TEIGNE TONSURÀNTE.
(Auteurs contemporains. — Vu la forme toujours régulièrement circulaire des aires où ce mal contagieux règne et produit l'alopécie, et qui ont ainsi l'aspect d'une tonsure.)
1362. Bibliographie. — (292). — Mahon. — Ouvrage déjà cité (1553) : — p. 133 et suiv. [Teigne tondante).
Gruby. — (Voir les Comptes rendus de l'Acad. des sciences, séance du ltr avril ï%kh.) — Recherches sur des cryptogames qui constituent la maladie contagieuse du cuir chevelu décrite sous le nom de Teigne tondante.
Cazenave. — ( Traité des maladies du cuir chevelu. Paris, 1850 , in-8°). Pag. 190-210 {Herpès tonsurant.)
1363. Définition. — Sous le nom de Teigne tonsurante , nous reconnaissons et instituons un genre nosographique dont voici les traits caractéristiques : 1" alopécie sous forme de cercles plus ou moins étendus, mais toujours parfaitement réguliers en manière de tonsure ; 2° pas d'autres apparences exanthémateuses qu'une furfuration tout au plus; 3° contagion.
Si tant est même qu'il n'y ait pas , comme les recherches microscopiques de M. Gruby tendraient à le faire croire , deux espèces distinctes auxquelles les trois caractères susdils appartiennent, du moins en existet-il une, bien et dûment constatée par maints et maints praticiens et par moi-même , et aujourd'hui , en un mot , unanimement admise et avouée par les dermatologues.
136-'j. Synonymie. — A. Area de Celse : non pas, assurément, que cet auteur, ni aucun autre dis anciens , aient signalé notre teigne tonsurante : niais c'était là un terme sous lequel on confondait bien des alopécies de forme et de nature diverses.
lî. Ophiasis : ainsi l'antiquité nomma- t-elle un cas singulier d'alopécie, particulièrement et presque exclusivement observé chez les enfans,
168 PA rHOtOGlB MÊOÏCALE.
et qui nous est dépeint comme ayant son point de départ à l'occiput, puis de là s'étendant de chaque côté sous forme de deux lignes divergentes en manière de serpent à deux tôles , et quelquefois ensuite convergeant jusqu'au sincipul, de façon à les y réunir bout à bout. Or, avec Rf. Rayer ( t. III , p. 739) , je crois probable que ce devait être là une des mille variétés imaginables de la teigne tonsurante , un des cas où les cercles de cette teigne, tout d'abord en très grand nombre et fort près les uns des autres, finissent par se confondre entre eux.
C. Porrigo decalvans , de Willan : mais seulement pour les cas dans lesquels la surface tonsurée , loin d'offrir même aucune apparence de l'urfuration, nous montre une peau tout à fait lisse , non érythémateusc, et même remarquablement blanche. Au surplus , je dois l'avouer, combien de doutes la science ne conserve-t-elle pas encore à cet é^ard ! Ces cas- là sont-ils réellement du genre de la teigne tonsurante , tel que nous l'entendons cl le caractérisons? Non, suivant M. Cazenave, qui se croit en droit de ne pas leur reconnaître la propriété contagieuse. Oui, au contraire , s'ils sont le fait de la présence d'un cryptogame microscopique , comme le veut M. Gruby , qui a désigné et décrit ce végétal parasite sous le nom de Microsporon Auduini. Et , après tout , si la vérité est du côté de l'affirmative, constituent-ils une espèce à part , dans le genre en question ? ou bien ne sont-ils qu'une variété , peutêtre même une phase de l'espèce aujourd'hui universellement reconnue et irrévocablement acquise à la nosographie.
D. Porrigine tonsurante, ou Porrigo tonsoria, d'Alibert , Dermatoses teigneuses , genre II, esp. D.
E. Herpès tonsui ant, de M. Cazenave. — Mais , je dois le dire, c'est une inconséquence singulière, de la part d'un disciple de Biclt, de la part d'un des partisans les plus exclusifs cl des vulgarisateurs les plus zélés de la nomenclature dermatologique de "Willan , que d'avoir rapporté au genre Herpès une affection où il ne dit ni ne peut dire , pas plus que personne , avoir jamais constaté de vésicules primitives, visibles h l'œil nu, incontestablement réelles, qui puissent autoriser et fonder une semblable détermination (3fr2, A.).
P. Phyto-alopécie , et Rhizophylo-alopécie , de M. Gruby (De fcjTov, plante, et p£«, racine) : — selon que la production cryplogamique se fait à la surface externe dos cheveux, ou à l'intérieur même de leur racine ; double mode de végétation parasite, qui, à en croire le micrographe dont nous invoquons ici le témoignage, constituerait, dans le premier cas, le Porrigo decalvans de Willan (C), et, dans le second cas, la teigne tondante de MM. Mahon, cette espèce nosographique aujourd'hui unanimement reconnue, et de laquelle, surtout, nous allons nous entretenir.
1365. Coup d'œiî descriptif, dans lequel nous envisageons surtout l'espèce caractérisée parjafurfurotion des aires tonsurées. —
MALADIES CUTANÉES PAU PRÉSENCE d'ÈTKES PARASITES. 169
Espèce, je le répète, la mieux connue, si ce n'est môme peut-être la seule et unique (1363). — Tantôt il n'y a qu'une seule et unique tonsure; tantôt il y en a plusieurs , toutes environnées de cheveux aussi sains, aussi nets, aussi touffus qu'auparavant. Et ce n'est pas seulement au cuir chevelu que la teigne tonsurante peut exister; mais , à ce qu'il paraît, elle s'attaque aussi quelquefois, quoique rarement, à la barbe ou aux favoris, comme, par exemple , dans le cas de Porrigo décalions dont l'atlas de pathologie cutanée de M. Rayer nous a conservé la ligure (planche XXI, fig. 24). Quoi qu'il en soit, les aires tonsurées , infiniment petites dans le principe, vont s'agiandissant peu à peu, et cela quelquefois jusqu'à se confondre les unes avec les autres, et jusqu'à dépouiller tout ou grande partie du crâne.
Dans l'espèce ici particulièrement en question, les cheveux ne disparaissent pas complètement de la surface tonsurée , de manière à la laisser tout à fait rase et lisse ; seulement ils s'y montrent cassés à deux ou trois millimètres au-dessus du niveau de la peau. Et la peau ellemême , quel état présente-t-elle là? Tout à fait sèche et légèrement bleuâtre, elle a des aspérités sensibles à la vue et surtout au loucher, comme dans la chair de poule; et, quand on la gratte , on en détache une poussière fine et très blanche. MM. Mahon , M. Cazenavc , et tant d'autres que je ne cite pas , ont vu maintes fois la teigne tonsurante avec furfuration atteindre successivement plusieurs personnes d'une même famille , atteindre nombre d'élèves d'une même pension, d'un même collège; et ils en proclament bien haut la nature contagieuse. Au reste , c'est là une maladie fort rare ; je n'en ai encore rencontré que deux cas dans ma pratique ; c'était chez deux sœurs, les demoiselles Révill...
La teigne tonsurante est très opiniâtre ; mais pourtant elle finit par guérir à la longue , et , en règle générale du moins, elle ne laisse point de traces , point de calvitie. Les cheveux repoussent sur les places naguère tonsurées, comme si de rien n'était.
Î366. Thérapeutique. — Application méthodique et persévérante d'agens irritons , et même cathéréliques : voilà ce qui me paraît ici un traiicment bien indiqué, soit dans l'idée d'arrêler et d'effacer la maladie par une irritation substitutive, soit, plus précisément , dans l'idée de faire ainsi périr une végétation parasite et d'en anéantir jusqu'au dernier germe. Lotions avec les vins ou les alcoolats aromatiques (vin aromatique du Codex , ir> 3/t2 ; alcoolat vulnéraire ; eau de Cologne ; baume de Fioraventi; alcoolat aromatique ammoniacal, etc.), — avec les teiuiurcs de canlbarides, d'iode, de savon, etc., — avec une solution alcaline ( 2 à 3 grammes, par exemple, de carbonate potassique pour 500 grammes d'eau distillée , comme le conseille particulièrement M. Cazenavc). Onctions avec la pommade de canlharides , ou autres pommadrs hétérophk-masiques (132. E. y.): M. Cazenavc assure avoir obtenu des
succès avec une pommade composée d'onguent citrin (20 grammes) et de goudron ( 10 grammes) , comme aussi , et même mieux encore , avec une pommade au tannin (^Tannin, 1 gramme; Axonge, 30 grammes ; Eau , q. s. — M. s. a.).
ARTICLE III
PHTH1RIA8E.
( fcOtipiWç des Grecs. — De $0n'p, gén. *9ttp<5ç , pou. )
1367. Bibliographie. — (292.). — Aristote. — (Utfi Çwwv Iotopt'aç). Livre V, chap. XX XI , Des poux, puces et punaises (Hep* yÔeipwv , 4<oMwv xa) xopSv). — Considère les poux comme le produit d'une génération spontanée. Cite le poëte Alcman, et le philosophe Phérécyde de Syros , comme étant morts par suite du développement d'une multitude de ces insectes. Mentionne évidemment les morpions sous le nom de poux féroces ($9e~p£?
aypioi).
Dioscoride. — Dans son Traité de matière médicale (Ilspi uX« larpa^ç), Uv. IV, chap. 153, De la staphisaigre (Ilepi axaifi- Soç âypt'a?)- — Prescrit les graines de cette renonculacée réduites en poudre , seules ou bien avec le réalgar , et incorporées dans l'huile, pour onctions contre les phthiriases ($9Eipta«is).
G ali en. — Dans son Traité de la composition des médicamens selon
les régions ( Oept <7uv0e<7£wc cpapfiaxwv twv xaxà toîtouç ) , livre Ier ,
chap. De la phtliiriase [Htp't <pQupt*otoi). — Donne , contre les poux de tête, la formule suivante, d'après Archigènc. — « Staphi- ,i saigre, 2 parties; sandaraque et nitre, ana 1 partie. En mélange » avec le vinaigre et l'huile. Pour oindre la tête. » — La sandaraque des anciens, c'était notre réalgar, le sulfure arsenical rouge. Leur nitre , c'était ce que nous appelons aujourd'hui la soude naturelle ou le natron , les soudes et potasses du commerce , en un mot, les carbonaies potassique ou sodique plus ou moins impurs et mélangés de sel marin et autres matières. Sauvages. — {Nos. méth.). Classe X, Cachcxiœ , gen. xxxiv , Phthiriasis.
LATREILLE. — (Dans Règne animal de Cuvier. T. IV , pag. 3U et suiv-). classe des Insectes : IIP ordre, Les Parasites {Anoplura de Leach. — Ce n'est rien autre chose que le genre Pediculus de Linné.
Richard. — (Elém. d'hist. nat. méd. Zoologie). Classe des Insectes : IIe ordre, les Parasites ( Ordre réduit par M. Achille Richard
aux poux proprement dits , et qui ue comprend plus , comme dans la classification de Latreille , le genre Ricin de De Géer. Denny. — (Monographia anoplurorum Britanniœ. Londres, 1 842, iu-4°). Famille des Pediculidœ. Genus 1 , Phthirus: Sp. Phth. inguinalis. Genus II, Pediculus : Sp. 3 , P. capitis , P. vestitaenti, P. tabescentium. — Travail reproduit par M. Rayer, dans les Archives de médecine comparée, t. Ier, p. 63.
1368. Définition. — Présence et développement d'une plus ou moins grande multitude de poux sur une ou plusieurs régions, ou même par tout le corps : voilà ce qui constitue le genre nosographique que nous posons sous le nom de Phthiriase.
1369. Synonymie. — Maladie pédiculaire ; — Prurigo pédiculaire, d'Alibert {Dermatoses scabieuses , genre II, esp. C.) : — mais seulement pour le c;is dans lequel les poux du corps abondent et pullulent d'une façon prodigieuse et pour ainsi dire inépuisable , au point d'être ou de paraître par eux-mêmes un grave danger , une cause de mort.
1370. Diverses espèces de poux. — Il y a trois espèces de poux bien distinctes et bien connues auxquelles l'homme peut se trouver en proie. Ce sont , comme tout le monde sait : 1" le pou de tête , 2° le pou de corps , 3° le morpion.
A. Pou de tête. ( Pediculus humanus capitis De Géer. — P. capitis Denny) : espèce la plus commune , la plus universellement connue. D'un gris cendré , avec de petites taches noirâtres. En dépit de ces conditions particulières de coloration, le pou de tête n'avait été regardé par Linné que comme une simple variété du pou de corps (Pediculus humanus L. ). Mais celte manière de voir du grand naturaliste suédois n'a point été adoptée par les hommes qui , depuis lui , font autorité en entomologie. C'est surtout aux enfants que le pou de tête s'attaque; c'est chez eux qu'il pullule avec une fécondité des plus remarquables. C'est uniquement sur le cuir chevelu qu'il habite et qu'il vit : c'est là , pour ainsi dire , sa patrie exclusive. Ses lentes , ainsi nomme-t-on les œufs des insectes de ce genre , ses lentes se mêlent aux cheveux et s'y attachent.
B. Pou de corps (Pediculus humanus corporis De Géer. — P. vestimenti Denny): espèce non seulement beaucoup plus grosse et plus allongée que le pou de tête, mais qui s'en distingue encore, et même plus essentiellement, par une coloration uniforme, d'un blanc sale, sans taches noires. A l'exception du cuir chevelu et du visage, seules parties qu'une telle vermine n'envahit jamais , elle peut infester et infeste ordinairement à la fois tout le reste de la surface cutanée, les régions glabres comme les régions poilues. Ses lentes se trouvent déposées et amassées dans les recoins et les plis des vêtemens.
C. M f/r pi on (Pediculus pubis L. — Phthirus inguinalis de Leach
et de Denny ) : pou très plat et d'une couleur jaune sale ; beaucoup plus coriace et plus dur à écraser que les espèces précédentes. Ce n'est pas seulement à la région pubienne qu'il se fixe et qu'il pullule, comme on pourrait de prime abord se l'imaginer d'après les noms que la science lui a donnés. C'est là , sans doute , qu'il se rencontre le plus communément, et pour cause. C'est par là que , d'ordinaire , il fait invasion ; qu'il aborde , pour ainsi dire, pendant les étreintes du rapprochement sexuel. Mais il peut fort bien, indépendamment du pubis , infecter aussi toutes les autres parties poilues qui ne sont point à l'air , comme les aisselles, la portion de barbe qui reste comme enfouie dans la cravate, etc. Chez les hommes très velus , il peut donc occuper le tronc tout entier et les membres. J'en ai vu plus d'un exemple. Quelquefois, mais rarement, les sourcils eux-mêmes servent d'asile à cette immonde bête : jamais lé «air chevelu. Quant aux lentes du morpion , chacune d'elles, restant adhérente à un poil , au pied duquel la ponte s'en est faite , va s'écartant de la peau de jour en jour par la pousse du poil , jusqu'au moment où elle vient à éclore.
M. Denny admet encore une autre espèce de pou, le Pediculus tabescmtium ," c'est à savoir le pou de la maladie pédiculaire proprement dite/de cette maladie pédiculaire qui cause ou est censée causer l'étisie et la mort. Et voici comment il le caractérise : « Pou jaunâtre ; » à tête ronde ; à longues antennes ; à thorax grand et carré ; à abdomen » grand et dont les anneaux sont étroitement cohérens. Habitat : Le » genre Homme. »» Mais la prétendue existence de cette espèce-là n'est rien moins qu'authentique. Bien au coniraire : elle est plus que douteuse. Et il est fort permis de croire que le pou de cette maladie pédiculaire tant renommée, et cependant si peu commune à voir , n'est pas autre chose que le vulgaire pou de corps (B.).
Ainsi donc, la nosographie ne doit rigoureusement admettre que trois espèces de phthiriâse . qui peuvent être dénommées comme d suit : 1» phrhiriase du cuir chevelu ; 2» phthiriâse générale du tronc et des membres ; 3" phthiriâse pubienne ou inguinale improprement dite IPhthiriasis inguinalis de Sauvages, loc. cit., sp. 3).
1371 Des causes en vertu desquelles les phthiriases peuvent se produire a. Nous sommes loin, bien loin , et, - qui sait ? - peut-être trou loin de la doctrine d'Aristote concernant la génération spontanée des doux L'opinion généralement admise aujourd'hui, c est que la condition unique constante, absolue pour le développement des phthn ,ases é le transport des poux eux-mêmes ou du moins des lentes d un indiv lu à l'autre. Ainsi voit-on journellement, en effet, les poux répara, re et se multiplier chez un sujet qui vient d'être directement ou indirectement en rapport avec des gens pouilleux. Si l'on a sur soi cette vermine ™ ! "Semplc, pour avoir essuyé le contact de pareilles i gens , pour Y, e servi du même peigne, avoir couché dans les mêmes draps, s en c
MALADIES GUTANfiBS PAR PRESENCE 1)' ETRES PARASITES. 173
affublé des mêmes liardes , elc. Ce sera quelquefois aussi, et voilà qui nous concerne particulièrement nous autres médecins, ce sera pour avoir imprudemment pratiqué sur ces gens-là l'auscultation immédiate. D'ordinaire, c'est par suite du rapprochement des sexes et dans la lice des amours vulgivagues que se contracte la phlbiriase pubienne. Mais pourtant gardons-nous d'imaginer qu'il n'en puisse jamais être autrement , et qu'elle n'ait jamais d'origine innocente. Il n'est que trop facile de la gagner sur des lieux d'aisances, dans des draps malpropres, etc. A l'époque où je composai ma thèse sur Y Hygiène de Vétudiant en médecine, voici ce que j'observais (p. 36) à l'égard du Pediculus pubis : » Sa communication par la voie de l'observation clinique n'a peula être jamais eu réellement lieu , bien que ce soit , à la rigueur, possi- » ble. » Eh bien , en effet , j'ai connu , depuis , un médecin non moins véridiquè qu'intelligent, et sûr d'avoir été atteint de cette façon; un ou deux insectes passèrent , sans doute , clans sa barbe pendant qu'il auscultait un malade, et formèrent là, à son insu, sous la mâchoire, d'un seul côté et dans un foyer circonscrit, la colonie principale, d'où ils se répandirent ensuite pour se montrer çà et là sur tout le corps. Quoi qu'il en soit, au surplus, la multiplication des poux se fait avec une rapidité merveilleuse. Il résulte des observations de Leuwenhoek et autres hommes de la même autorité qu'une seule femelle, une fois fécondée, peut, dans l'espace de deux mois, avoir une descendance d'environ 8000 poux.
B. Est-ce à dire que la génération spontanée des poux doive être reléguée au nombre des choses impossibles et chimériques ? Pour mon compte , je n'oserais répondre décidément ni oui ni non. Tout ce que je me permettrai de remarquer , c'est qu'il y a des faits qui sont bien difficiles à expliquer suivant la règle ordinaire et semblent même n'y pas rentrer du tout. Voici , par exemple, ce que j'ai vu chez une de mes nièces : Au quinzième jour d'une fièvre typhoïde, sa tête se montra tout à coup pleine de poux ; la veille encore , je n'avais rien aperçu de ce genre : et avec une si soudaine apparition de la phtliiriase coïncida une amélioration, qui ne se démentit plus et qui en quelque sorte inaugura le retour à la santé. D'autres que moi ont observé de semblables faits. Mais , encore un coup , je n'ose pas conclure.
(.. Encore un mot. En fait de causes accessoires , mais qui ont bien leur rôle et leur importance, nous devons principalement signaler l'enfance , le sexe féminin, une peau velue, et la malpropreté, comme les conditions personnelles les plus favorables au développement , et à un excès de développement dos phthiriases.
1372. Aperçu symptomatoloyique. — A. Irritation de la peau : démangeaisons plus ou moins vives , parfois atroces et poussées à tel point que le patient se gratte jusqu'au sang et se fait d'horribles égralignures. De là , d'opiniâtres et exténuantes insomnies. De là, aussi , le dévelop-
ilk PATIIOLOGIK MÉDICALE.
pejïiefft deutéropathiquo de maintes maladies cutanées, crythème (310- 15) , eczéma (355-61) , impétigo (370-7), hypertrophie papulo-prurigineuse (711-4), etc., ou bien l'exagération de celles qui existaient déjà depuis plus ou moins longtemps. Voilà , en peu de mots, toute la symptomatologie de la phthiriase.
B. Maintenant , admettrons-nous que la phthiriase puisse jamais être par elle-même un cas mortel? ses souffrances et ses insomnies peuventelles aller jusque-là ? Que penser de ces vieilles histoires d'Alcman , de Phérécyde, de Sylla, d'Hérode , de Philippe II, etc., tous morts, raconte-t-on, de maladie pédiculaire? Il est à croire , assurément, que chez ces illustres personnages , la phthiriase du tronc et des membres, opiniâtrément persistante parce qu'elle était mal combattue, ne fut que l'accompagnement accidentel de quelque maladie interne très grave , que d'ignorans médecins méconnurent , ou dont, après tout, le diagnostic échappait absolument à la science de l'époque.
1373. Thérapeutique. — A. A la rigueur , je pourrais me borner à rappeler le peu que j'ai dit en fait de médicamentation antipécliculaire dans mon essai de thérapeutique générale (132. A. «.) , et à y renvoyer nos lecteurs. C'était peu, assurément ; mais c'était l'essentiel. Oui , encore un coup , l'onguent gris ou quelque autre pommade mercurielle , voilà qui suffit pour anéantir toute phthiriase. Une seule onction fait immédiatement périr tous les poux. Mais il est bon de savoir que les lentes peuvent fort bien échappera l'action du médicament parasilicide. Il faut donc veiller à ce que les cheveux, les poils ou les vêtemens en soient entièrement purgés. Que la tête soit peignée et brossée avec soin. Que le corps entier soit plongé dans le bain, et bien savonné, surtout aux régions poilues. Que les vêtemens soient bien nettoyés , mis à la lessive, ou bien exposés à la vapeur du soufre ou du mercure. Au besoin , de nouvelles onctions feront justice de la réapparition de quelques poux, nés de lentes épargnées et restées intactes au milieu de l'extermination générale. De celte façon , le succès est infaillible. JNous n'ignorons pas qu'on a reproché aux onctions mercurielles d'être dangereuses , surtout pour la tendre et délicate organisation de l'enfance. Lorry , entre autres, nous rapporte des observations d'accidens graves qui se sont produits à la suite de cette médication pour la phihiriase du cuir chevelu, op. cit. (292), p. 580-1. Et, après tout, nous sommes loin de ne pas ajouter foi à ceux qui nous disent que, chez des enfans, l'emploi de l'onguent gris , comme antipécliculaire , a entraîné le coma, les convulsions, etc. Mais, sans aucun doute, c'était là le fait d'un emploi excessif et imprudemment exagéré du médicament. M. Rayer (Mal. de la peau , t. IT , p. 181) déclare avoir plusieurs fois mis en usage ce moyen , toujours avec succès et sans inconvénient. Et moi aussi, pour mon compte , je puis en dire autant.
ij. Mais, outre les onctions mercurielles , il est encore bien d'autres
moyens île niédicamentation anlipédiculairc ; cl je croisa propos de signaler les meilleurs ou du moins les plus vantés d'entre eux. Mentionnons donc:!0 la poudre des graines de slaphisaigre , ce remède si fort eu honneur dans l'antiquité; 2° la poudre de cévadille (poudre préparée avec les capsules et les graines du Veratrum sabadilla ), dite autrefois poudre de capucin, tant la phthiriase passait pour être familière et comme endémique parmi les moines des ordres mendians; 3° la décoction des feuilles de tabac , mise à l'épreuve et fort louée par Lorry [toc. cit., p. 580) ; k° les lotions et les pommades dont le foie de soufre ou les carbonates alcalins sont la base ; 5° l'alcool camphré ; 6° l'essence de térébenthine; 7° la coque du Levant; 8° les bains hydrosulfureux et ceux de chlorure mercurique, particulièrement pour l;i phthiriase générale du tronc et des membres; 9° enfin , la décoction de petite centaurée, la poudre des graines de persil ou de pied-d'alouette, etc., etc., toutes recettes qui ont eu aussi leurs prôneurs, mais dont je ne prétends pas garantir les vertus.
ARTICLE IV