CHAPITRE IV
ANÊANTISSEMENS DE LA VIE PAR CAUSES NÉGATIVES (77. B. <î.).
1420. Aperçu sommaire du chapitre. — Point de bibliographie, comme de raison, pour les généralités d'un groupe nosographique que je suis le premier à proposer et à instituer.
Ce groupe est pourtant, ou je me trompe fort, un des mieux motivés, un des plus naturels et des plus légitimes, du moins quant à ce qui concerne les trois premiers genres que j'y rassemble.
A. La vie ne se maintient qu'à la condition d'une réparation journalière des solides et des liquides, double réparation que la faim et la soif commandent et régissent , et à laquelle nous pourvoyons par une immense variété de comestibles et de boissons; en un mot, il faut à l'économie animale une réparation alimentaire et une réparation aqueuse. Privé de nourriture , l'homme se meurt ; privé d'eau , il se meurt encore plus vite; dans l'un et l'autre cas, un drame morbide des plus douloureux et des plus atroces le conduit au tombeau. Voilà ce que nous embrasserons sous le nom d'iNANlTlON : l'inanition proprement dite , ou inanition alimentaire, d'une part; l'inanition aqueuse, d'autre part. Voilà donc , en toute évidence, un genre de dépérissement et de mort par cause négative.
B. Le besoin de respirer est d'une urgence encore plus grande et plus impérieuse que celui de manger et de boire. C'est à peine si la respiration souffre impunément d'être interrompue une minute, et même moins d'une minute. Lorsque, indépendamment même de tout méphitisme (1293.), le poumon cesse de recevoir l'oxygène nécessaire à l'ai térialisation du sang veineux, en peu d'instans l'homme, par le seul fait de la privation d'air vital, tombe dans un état de mort apparente et quelquefois même immédiatement réelle. Voilà l'Asphyxie proprement dite des auteurs d'aujourd'hui, ou, disons mieux, l'asphyxie par apnée (Zi6. F. y.), et. si l'on me permet cet innocent néologisme, I'Asphyxie apneique. Quoi qu'il en soit, c'est bien un second genre d'anéantissement de la vie par cause négative.
C. Une autre condition physique sans laquelle la vie ne peut pas non
plus subsister, c'est la chaleur du milieu ambiant. La résistance de l'économie animale au froid extérieur n'a rien d'absolu, tant s'en faut. Une fois en butte à une température très basse, â une température glaciale, l'homme succombe; il s'endort d'un sommeil perfide, par où la mort lui arrive insidieusement, mort souvent irrévocable dès le premier instant, ou qui, n'étant d'abord qu'apparente, passe très vile, faute de secours, de l'apparence à la réalité. Voilà I'Asphyxie par le froid. Tout le monde conviendra que, là encore, la cause du mal est une cause négative.
D. Ainsi que la privation d'air respirable , ou que le défaut de chaleur atmosphérique, la foudre, ou toute autre décharge électrique très intense peut sur l'heure éteindre la vie sans retour, ou bien produire un état de mort apparente , d'où , avec ou même sans les secours de l'art , on peut fort bien ressusciter. Voilà I'Asphyxie par la foudre. Or, que se passe-t-il là? Sans doute , le mécanisme d'un semblable anéantissement de la vie est un problème resté encore sans solution précise et complète dans la théorie physique de l'électricité. Mais, précisément en raison de cela même , il nous est fort permis de dire qu'il y a là une annihilation absolue ou momentanée des conditions d'électricité propres à l'économie animale et sans lesquelles la vie ne peut pas subsister, pas plus que sans nourriture , sans eau , sans air ou sans chaleur. C'en est assez, ce me semble, pour nous autoriser à classer ici l'asphyxie par la foudre à côté de l'asphyxie apnéique et de l'asphyxie par le froid, ces deux genres nosographiques avec lesquels, d'ailleurs, l'asphyxie par la foudre a tant d'analogie et d'affinité sous le rapport symptomntologique. On objectera, je le prévois, je le comprends fort bien, que sous le rapport étiologique nous sommes loin de retrouver réellement le même degré d'analogie et d'affinité ; que peut-êire la raison pour laquelle je maintiens ici un pareil rapprochement n'est qu'un pur artifice de langage, une subtilité sophistique, et n'a aucune racine dans le fond même des choses. Eh bien , je ne prétends pas, à Dieu ne plaise , que mon classement soit le dernier mot de la nosographie : ne le prenons que pour ce qu'il vaut, et agréons-le jusqu'à nouvel ordre, jusqu'à ce qu'enfin la science ait parfaitement pénétré le fond des choses. Dans toute classification scientifique , il y a toujours et nécessairement des points qui ne sont que provisoires. Ainsi ai-je quelque droit d'espérer que l'indulgence , que la ratification de nos lecteurs ne me fera point ici défaut.
Quand la vie s'anéantit par l'une de ces causes négatives qui viennent d'être énumérées, il va sans dire que, si tout n'est pas fini, s'il est encore temps de sauver la victime, l'indication qui prime toutes les autres c'est l'indication étiologique ( 114. F.). Il faut restituer à l'économie animale , le plus tôt possible , mais non pas pourtant sans de certains ménagemens selon le cas, l'agent physique dont la privation est mor-