ANÉANTISSEMENS DE LA VIE PAR CAUSES NÉGATIVES
telle. A qui périt de faim, rendez peu à peu la nourriture. A qui gît engourdi et glacé par le froid, rendez peu à peu la chaleur. Vile de l'eau, à qui se meurt de soif. Vite de Pair -, à qui l'air vient de manquer. Et enfin n'est-il pas naturel de croire que , pour sauver un homme asphyxié par la foudre , il ne s'agit que de lui restituer au plus vite les conditions d'électricité qui font la vie et qui ont été subitement détruites? Restitution que , par malheur , aujourd'hui, nous ne savons point opérer méthodiquement, infailliblement, mais que nous n'opérons que d'une façon aveugle et fortuite par les pratiques de la médication stimulante.
1421. Remarque concernant le sens naturel ou étymologique, et le sens usuel ou conventionnel du mot Asphyxie. — Ce mot est un remarquable exemple des changemens de signification que d'anciens termes subissent, peut-être trop arbitrairement, pour s'accommoder à de nouvelles idées, à de nouveaux principes, qui prennent cours par les progrès de la science.
Formé par les Grecs fÂrf»ô|£à.) de a privatif et de lfùfc (pouls), et signifiant, par conséquent, en vertu même de sa composition, l'arrêt' ou l'absence du pouls, le mot Asphyxie servait autrefois à désigner indistinclement tous les cas dans lesquels la vie se suspend tout à coup, soit pour s'éteindre à jamais, soit avec possibilité de retour, et qui tous, en effet , se caractérisent par la cessation primitive ou consécutive de la circulation.
Mais ces soudaines invasions de mort réelle ou apparente n'ont pas toutes le même point de départ, ni n'interrompent tontes dans le même ordre les diverses fonctions de l'économie animale. Et c'est ce que les Modernes ont cherché à distinguer avec précision.
En effet, chez l'homme et les animaux supérieurs, la vie est tellement centralisée que, pour se maintenir, elle, exige continûment le triple concours de l'innervation, de la circulation et de la respiration
L'action du système nerveux vient-elle à être annihilée,' aussitôt le cœur cesse de battre, et la respiration ne se fait plus. II y a là ce qu'il faut précisément appeler un état de mort apparente ou réelle par lipothymie [U6. E. y.), comme cela se voit, par exemple, et de la façon la plus évidente, dans certaines attaques d'hystérie, ou sous le coup d'une émotion morale très violente. Sans contredit, encore, à ce premier mode à anéantissement de la vie doivent être rapportées les asphyxies par le froid et par la foudre. 1
Est-ce le cœur qui s'arrête le premier , il y asoudain perte de sentiment et absence de respiration. C'est vraiment ce cas qui mériterait par excellence e nom d'Asphyxie, d'après la seule étymologie. Mais, de par 1 usage, cela se nomme Syncope (46. F. t.).
Enfin si par une cause quelconque, les poumons cessent d'accom plir I artenalisation du sang veineux, bientôt le cœur et les centres ncr- JH 15
veux se trouvent frappés d'inertie. Eli bien, c'est à ce dernier cas seulement que, depuis Bichat, et de par son autorité, sans doute fort grande et fort considérable, la plupart des auteurs prétendent réserver la déno* minaùond' Asphijxie. Ainsi l'asphyxie est-elle aujourd'hui entendue dans un sens étroit et purement conventionnel par tous les médecins. Ainsi la définit-on, dans les écoles, un état de mort apparente ou réelle par suite de la suppression des phénomènes respiratoires. Mais pourquoi les mêmes auteurs, qui admettent cette définition, ne se désaccoutument-ils pas de qualifier d'asphyxies, suivant la tradition du langage ancien, les cas dans lesquels la vie se suspend ou s'éteint par l'effet du froid, de la foudre ou de l'ivresse? C'est bien à tort en vérité ; car, en ces circonstances-là, le défaut de respiration n'est certainement pas le phénomène originel et principal.
Après tout, il me semble qu'il vaudrait beaucoup mieux ne pas rompre avec la tradition et l'étymologie, et maintenir le terme d'Asphyxie dans la large et générale signification que les Anciens y avaient donnée. Et , puisqu'à présent la science rapproche , avec tant de fondement , dans une catégorie à part, les cas où les poumons reçoivent le premier coup et jouent le premier rôle dans l'évanouissement de la vie . il vaudrait mieux avoir recours au néologisme , et , pour l'énonciation d'un point de vue nouveau, adopter une dénomination nouvelle. Ainsi feraije pour mon propre compte: et, comme je l'ai déjà dit (U20. B.), j'embrasserai ces cas-là sous la dénomination d'Asphyxie apnéique; dénomination qui a l'avantage de présenter un sens étymologique rigoureusement exact, et qui, si je ne me trompe, n'est pas d'une étrangeté choquante.
ARTICLE PREMIER