INANITION (1420. A
( Modem. — De Inanire , vider. )
U22. Bibliographie. — Hipp. — {Aphorismes.) Sect. I, aphor. 13.
„ j^s vieillards supportent le mieux du monde l'abstinence ; en
» seconde ligne , les hommes faits; bien moins encore les adoles- » cens; et, le plus mal d'entre tous, les petits enfans. » — Ce que l'oracle de Cos dit ici des vieillards , ne doit s'entendre que des vieillards encore verts , et non pas, comme Celse l'a formellement remarqué (Lib. I, cap. i, sect. 13), de ceux qui sont caducs et décrépits.
PSEUDO-HIPP. — Da"s le Traité Des chairs (Ilrpi crapxûv). — Ed. Kuhn t. Ier, 1'- ^2. — - Fausse doctrine qui posait le nombre de sept jours comme le temps préfix dans lequel les personnes privées de manger et de boire dussent mourir pour la plupart: ce qui était une
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pure hypothèse, fille du pythagorisrae et non dè Inexpérience. [Mais, avec cela, connaissance exacte, déjà, du resserrement que l'intestin éprouve en cas d'une telle abstinence.
Ovide. — {Métamorph. ) Lib. VIH, v. 861-8. — Portrait de la Faim personnifiée : morceau fort admiré du célèbre médecin et philologue Jules-César Scaliger.
Morgagm. — {De sed. et caus. morbor.) — Epist. XXVIII, art. 4-7 {Quœdam . . . de morte ex inediâ scribuntiir. — Ainsi dit l'auteur dans le titre de cette épître).
Dcmas. Mémoire sur les causes de la faim et de la soif. ( Dans le Journ. génér. deméd., t. XVI, p. 193-203.)
Sau vigny. Observations sur les effets de la faim et de la soif éprouvées après le naufrage de la frégate du roi La Méduse, en 1816. Th. inaug. Paris, 1818, n° 84.
Collard de Martigny. Recherches expérimentales sur les effets de l'abstinence complète d'alimens solides et liquides, etc. ( Dans le Journ.de physiologie de M. Magendie, t. VIII, p. 152-210).
Orfila. — {Méd. lég.) — T. II, p. 462-74 [De la mort par inanition. )
Ghossat. Recherches expérimentales sur l'inanition. Mémoire couronné par l'Institut. Paris, 1841, in-Zi°.
De Meersman (deGand). La fièvre de famine. (Dans Gaz. méd., année 1849, n° 7.) — Article très remarquable et par le fond et par le style : d'après les faits observés durant l'horrible disette des Flandres.
§ Ier. »e l'Inanition proprement dite , ou Inanition alimentaire.
Sjn. : — AtaoxTovc'a des Grecs ( Ae^.o'ç, faim excessive, et K^'yu , je tue);
Inedia, des Latins {In, particule privative, et Edo, je mange).
1423. Description sommaire. — Les histoires de longs sièges, les relations de naufrages, les autopsies d'hommes ou d'animaux morts' par privation de nourriture, voilà où nous apprenons à connaître les troubles morbides et les effets anatomiques qu'entraîne une telle privation. 1
Un individu en pleine santé est-il réduit à ne plus manger voici ce qu on remarqued'abordenlui :-Au bout de vingt-quatre heures elquelquefo.s même plus tôt, léger amaigrissement, dû surtout à la résorption de la gra.sse, et qu'accusent particulièrement les traits de la face; yeux cernes (45. G. a.) ; décroissance déjà sensible dans le poids du corps • ralent.ssemen: de la circulait et de la respiration; affaiblissement de là chaleur animale; d.m.nulion des urines et autres produits de sécrétion ■ débilite musculaire ; paresse et difficulté dans l'exercice des sens et de
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l'esprit; sentiment de faim très vive, avec des tiraillemens douloureux dans la région épigaslrique. Cette faiblesse, générale semble néanmoins n'être qu'un résultat sympathique de l'inaction de l'estomac ; car elle disparaît aussitôt qu'on mange, et bien avant que le produit de la digestion ait pu aller réparer matériellement nos organes. Mais , si l'abstinence se prolonge indéfiniment, la faim devient une douleur de plus en plus atroce et déchirante; la continuité nécessaire de la désassimilation, que le mouvement d'assimilation ne peut plus équipoller faute de matériaux suffisans, amène cette terrible maigreur, si énergiquement représentée par le pinceau de Géricault dans le Naufrage de la Méduse , et par la plume d'Ovide dans la personnification delà Faim (l£i22.). Le malheureux affamé est, fort souvent du moins, agité d'un délire féroce : pour s'assouvir , il dévore son semblable ; bien plus , c'est contre luimême , à défaut d'autre proie, qu'il tourne sa fureur. Enfin, la mort termine ce drame affreux; mais, le plus ordinairement, une période de prostration calme ou d'insensibilité complète précède le dernier soupir. Il n'est donc point parfaitement exact de dire qu'on meurt de faim , puisque celle sensation finit souvent par disparaître. On meurt d'épuisement, d'inanition , voilà bien le terme propre.
A l'ouverture du cadavre, ou trouve les muscles et les viscères décolorés, et le système vasculaire extraordinaircment vide de sang. L'estomac est resserré, et quelquefois à tel point que le calibre en est inférieur au calibre-normal de l'intestin grêle : la tunique musculeuse accomplit seule cette rétraction ; la muqueuse, au dedans , ne fait que se rider ; et, au dehors, la séreuse laisse le viscère se retirer d'entre ses lames. La cavité, de l'estomac, tout à fait vide de matières alimentaires ou chymeuses, contient encore pendant quelque temps une certaine quantité de salive et de mucus, et quelquefois un peu de bile: mais l'absorption enlève de plus en plus tous ces sucs, et la muqueuse stomacale finit ellemême par se ramollir et se corroder.
Il est impossible de préciser l'époque de la mort par inanition alimentaire; car trop de circonstances la font varier, soit en deçà, soit au delà du terme pythagorique de sept jours (U22.). Mais on peut établir comme principe général que, en pareil cas, la promptitude de la mort est en raison directe de l'âge et del'aclivité vitale; car, moins est actif le jeu de la machine vivante, plus les pertes sont lentes et moins la nécessité de la réparation est immédiate. Déjà Hippocrate lui-même avait scientifiquement formulé cette vérité dans les aphorismes XIII et XIV de la irc section ; et plus tard, un autre grand bomme, Dante l'a poétiquement fait briller dans son épisode de ce comte Ugolin, qui fut condamné, de par une exécrable vengeance, à souffrir avec ses quatre fils les horribles angoisses de la faim.
YU2h. Un mot touchant les cas dans lesquels l'économie animale peut jusqu'à un certain point tolérer la privation de nourriture. — Dans
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l'état de maladie , la privation de nourriture n'a pas les infimes effets qu'en pleine santé. Dans les maladies aiguës, la nature elle-même donne du dégoût- pour les alimens ; et l'abstinence, loin d'être chose nuisible, est un des moyens principaux de guérison. Dans un grand nombre de maladies chroniques, la vie s'entretient à l'aide d'une alimentation extrêmement peu réparatrice. Mais ce sont , surtout , des femmes névropathiques et hystériques que nous voyons quelquefois vivre fort longtemps sans presque rien manger. Devons-nous, d'après cette analogie , ajouter une foi entière aux cas extraordinaires recueillis par Ploucquet (Literatura medica. Art. Inedia ) ? Croirons-nous , sur les témoignages assez nombreux, mais, il faut le dire, peu authentiques, des auteurs cités par le bibliographe vurlembergeois, que certains individus aient pu passer, par exemple, six mois, un an, deux ans, trois ans, dix ans, voire même vingt-six ans, sans prendre aucun aliment? Jusqu'à quel point la respiration de l'air, l'absorption d'une boisson aqueuse et peu nutritive (comme le petit-lait, par exemple), et peut-être l'inhalation cutanée des vapeurs aqueuses, peuvent-elles subvenir aux déperditions presque nulles de l'économie animale chez des personnes continuellement assises ou couchées, qui ne se livrent à aucune espèce de travail musculaire ou intellectuel? C'est là un problème que la physiologie n'a pas encore résolu, si tant est même qu'il soit à résoudre comme étant dans le domaine des faits réels et de l'ordre naturel.
1425. Thérapeutique de l'inanition alimentaire. —Lorsqu'un individu, après avoir eu le dessein de se laisser mourir de faim et s'y être obstiné pendant quelques jours, n'y peut plus tenir, et que, vaincu enfin par la nature, il consent ou de lui-même demande à manger; ou bien lorsqu'il s'agit de sauver la vie défaillante de celui qui , par un naufrage, par l'éboulement d'un souterrain, ou par tout autre malheur , vient d'endurer un jeûne forcé : gardons-nous bien sur-le-champ de prodiguer à ces malheureux-là une nourriture abondante et telle que la réclame quelquefois à grand cri leur aveugle voracité. Leur estomac tout resserré, et dont la muqueuse se trouve la plupart du temps altérée et vraiment atteinte d'inflammation, ne serait pas en état de supporter un semblable fardeau. Il faut qu'il se refasse peu à peu. Autrement, on voit se produire d'horribles indigestions , qui peuvent même tuer sur l'heure. Agissons donc avec ménagement, et commençons , dans les cas les plus graves, par ne donner que du bouillon ; puis', de jour en jour, accordons une alimentation de plus en plus forte , par une progression plus ou moins rapide, selon la manière dont l'eslomac se comporte dans l'accomplissement de la digestion.
§ II. De l'Inanition aqueuse.
1426. Bref aperça. — Le besoin de renouveler les parties aqueuses, sans cesse dissipées par la perspiration culanée et pulmonaire , et par d'autres excrétions encore, est toujours et de toute évidence plus impérieux, plus pressant que le besoin d'alimens. Si l'on ne pourvoit à celte réparation nécessaire, le sang et les humeurs qui en émanent par sécrétion, deviennent, cela se conçoit sans peine, de plus en plus denses et pour ainsi dire visqueux , et contractent des propriétés irritantes en raison de la concentration de leurs principes salins et acres.
D'abord une soif ardente se déclare , et nous brûle de plus en plus : la bouche et le pharynx éprouvent une sécheresse pénible , bientôt suivie de rougeur hypérémique et même de véritable inflammation ; la salive est rare et épaisse, la langue semble se coller à la voûte du palais: la respiration s'accélère, et le pouls aussi.
Le défaut de réparation aqueuse se continue-t-il indéfiniment. (Je dis à dessein le défaut de réparation aqueuse, et non le défaut de boissons; car, faute de boissons, il est encore possible, comme on sait, de satisfaire le besoin de l'économie avec des lavemens, avec des bains, et même avec des linges mouillés qu'on aura appliqués sur la peau). Alors les lourmens de la soif sont atroces ; un appareil fébrile des plus violens se développe ; l'inflammation de la gorge s'exaspère horriblement au point d'amener quelquefois la gangrène, et, chose remarquable, dans ce dernier cas, assure-t-on, la soif s'éteint aux approches de l'agonie. Le dénoûment mortel ne survient guère , au surplus, qu'à la suite d'un très grand délire.
A l'autopsie, on trouve, dans le cœur et les gros troncs veineux, pas mal de sang coagulé ; et, dans toute la longeur du canal digestif, la rougeur caractéristique d'une inflammation aiguë. Voilà du moins ce qu'il y
a de plus certain.
Peut-on préciser l'époque de la mort par inanition aqueuse? Pas plus, bien entendu, que celle de la mort par inanition alimentaire. Trop de circonstances variables influent là-dessus. Mais on peut affirmer, en général , que la privation de boissons tue plus vite et plus constamment que la privation d'alimens. En effet , les circonstances qui permettent de supporter celle-ci , ne procurent guère d'allégement pour celle-là. Les maladies fébriles , par exemple , qui font taire la faim , rendent au contraire la soif plus vive et plus exigeante. Enfin , clans les exemples les plus authentiques de ces abstinences extraordinaires dont j'ai parlé dans le précédent paragraphe (1424.) , nous voyons partout continuer l'usage de l'eau ou de quelque autre boisson , comme , par exemple , le petit-lait, etc.