ANÉANT1SSEMENS DE LA VIE PAR CAUSES NÉGATIVES
culier, se noie en fort peu de temps : quelques minutes à peine, et déjà l'asphyxie est complète ; une demi-heure ou trois quarts d'heure après, tout au plus, — sauf exceptions rarissimes et quasi miraculeuses, — et même ordinairement beaucoup plus tôt, la vie est impossible à ranimer.
y. L'asphyxie par les gaz non respirables ne doit être considérée comme une asphyxie apnéique pure et simple qu'autant qu'il s'agit de gaz purement et simplement impropres à l'hématose [Asphyxies gazeuses négatives des auteurs), et non pas de gaz qui interrompent encore plus dangereusement la vie par leurs propriétés vénéneuses [Asphyxies gazeuses positives). Or, excepté l'oxygène, il n'y a aucun autre gaz qui ne soit négativement ou positivement une atmosphère tôt ou tard mortelle. Plus haut, dans le chapitre des empoisonnemens proprement dits, nous avons dû donner place aux asphyxies gazeuses positives : nous les y avons classées et décrites comme formant le genre Wéphitisme (1293.), genre assurément des plus naturels et des mieux fondés de la Nosographie étiologique. Reste à signaler ici les différens cas , ou variétés de ce qu'on nomme asphyxie gazeuse négative. En stricte vérité , il ne peut y avoir asphyxie tout à fait négative que par l'azote ou bien par l'hydrogène, et peut-être aussi par l'hydrogène proto-carboné. L'azote occupe quelquefois à lui seul certains espaces mal aérés , tels que, par exemple, les égouts , les fosses d'aisances , etc. ; en pareille occurrence , c'est à lui qu'est due l'asphyxie des récureurs de puits et des vidangeurs, asphyxie alors bien distincte du méphitisrae sulfliydrique (1 309. J et surtout beaucoup moins dangereuse. L'hydrogène n'existe à l'état libre que dans nos laboratoires, ou du moins ne se trouve tel dans la nature qu'en imperceptibles quantités : les animaux ne courent donc risque d'en être asphyxiés qu'entre les mains des expérimentateurs, absolument comme pour l'asphyxie par le vide («.]. L'hydrogène proto-carboné , qui, bien différenten cela de l'hydrogène bi-carboné (1212. C. w.), ne paraît pas du tout avoir de vertu toxique, se trouve quelquefois en assez grande abondance, dans les mines de houille, pour entraver et suspendre de façon purement négative i'accomplissement des phénomènes respiratoires : peut-être,, quelquefois aussi , comme quelques-uns le disent, en est-il de même à la surface des marais, surtout pour le compte de petits animaux.
B. Asphyxies par entrave dumécanisme respiratoire : dues à un assez grand nombre de causes différentes.
a. Tantôt les voies aériennes sont étranglées, soit par une constriction extérieure, comme dans la pendaison ou tout autre mode de strangulation; soit par une tumeur circonvoisine, comme goitres, écrouelles, etc. Tantôt elles sont obstruées par des causes étrangères, qu'une toux convulsive s'efforce en vain d'expulser, ou, ce qui est pire encore, par les exsudations croupales. Quelquefois, par suite d'un énorme gonflement de la langue (416. G.) ou des amygdales (638. C. ), l'air ne peut
pas même franchir l'arrière-bouclie. Lorsqu'une plaie, tant soit peu large, traverse toute l'épaisseur des parois de la poitrine, la pression atmosphérique qui vient à peser par là sur le poumon, met obstacle à l'expansion inspiratoire de ce viscère, qui dès lors ne peut plus attirer dans son intérieur que très peu d'air ou même point du tout. Il en est de même, quand un épanchement de sang, de pus ou de sérosité se forme en dedans de la cavité pleurale. Enfin, les voies aériennes fussentelles dans les conditions d'organisation les plus normales et les plus intactes pour donner accès à l'air, ce fluide ne pourrait s'y renouveler sans le jeu alternatif de l'inspiration et de l'expiration : or ce double mouvement s'arrête si les muscles respirateurs (dilatateurs de la glotte, diaphragme, intercostaux, etc.) se trouvent atteints de paralysie, ce que nous pouvons observer à volonté par expérience sur les animaux, et ce que la pratique nous montre bien des fois chez l'homme par le fait d'accidens traumatiques, ou de maladies spontanées, soit à raison de la ligature, de la section ou d'une altération quelconque des pneumogastriques ou des autres nerfs qui transmettent à ces divers muscles l'influx excitateur, ou bien, encore, à raison d'une altération de la moelle épinière dans les points dont dépendent les nerfs de la respiration. Dans tous ces cas , il y a menace de mort par suffocation , par asphyxie apnéique, et trop souvent cette menace devient une réalité.
6. L'asphyxie des nouveau-nés rentre encore, à ce qu'il me semble, dans la même catégorie que les cas qui précèdent («.). Car elle n'a lieu que parce que l'enfant n'a pas exécuté dès sa naissance et n'exécute point encore les mouvemens de respiration; éveillez-les par de convenables manœuvres, et la vie pourra se ranimer.
y. Faut-il aussi rapportera la même catégorie la mort par violente compression de la poitrine, telle qu'on l'a vue, par exemple , se produire chez quelques individus dans le tumulte et la presse d'une grande foule? Voir, à ce sujet , la relation qu'Ollivier d'Angers a donnée, dans les Annales d'hyg. publ. et de méd. lég. (T. XVIII, p. 485 et suiv.), touchant la catastrophe qui eut lieu au Charap-de-Mars en juin 1837.
1431. Quelques mots concernant spécialement l'asphyxie par submersion (1430. A. 6.). L'asphyxie par submersion mérite bien, sans contredit, que nous y revenions et que nous y insistions particulièrement : tant elle a d'importance dans la pratique de notre art !
Autrefois imputée, par les uns, à l'eau que , d'ordinaire, ceux qui se noient avalent en plus ou moins grande quantité, mais qui, si abondante qu'elle soit dans l'estomac, ne peut réellement pas être une cause de mort; imputée par les autres, avec beaucoup plus d'apparence de raison, à l'entrée de l'eau dans les voies bronchiques, phénomène assez ordinaire , il est vrai , mais non pas constant , et qui d'ailleurs ne se montre pas du tout comme étant par lui-même un accident mortel dans
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les expériences et les observations faites sur des animaux non submergés; mais enfin aujourd'hui, et depuis environ un demi-siècle, grâce surtout aux beaux travaux de Goodvvyn et de Bichat, reconnue pour être essentiellement imputable à la cessation de l'hématose pulmonaire, au passage du sang noir dans le système aortique , l'asphyxie par submersion est donc bien une des formes les plus incontestables de ce que je nomme l'asphyxie apnéique. Du moins est-ce là le cas, en règle générale et très générale. Si parfois il est des personnes qui, au moment même de tomber dans l'eau ou d'y enfoncer, éprouvent une syncope , cela est un cas exceptionnel; cela n'arrive guère que chez les femmes nerveuses et d'une extrême pusillanimité. Mais, dans ce dernier cas, disons-le sur-le-champ, quoique la syncope elle-même finisse par devenir mortelle, le danger est réellement moindre, et plus grande surtout est la chance de ressusciter le noyé, ne fût-il retiré de l'eau qu'au bout d'une heure ou même plus. On conçoit fort bien, en effet, comment la suspension subite et complète de la circulation et de la respiration, par le fait même de la syncope, sauve au noyé les funestes phénomènes de l'invasion du sang noir dans tout le système vasculaire à sang rouge.
Quelquefois, mais non toujours, la trachée-artère et les bronches des noyés contiennent une plus ou moins grande quantité d'écume, formée par un mélange d'eau, de mucus bronchique, et d'air. A cet égard, combien ne trouve-t-on pas de controverses, d'assertions contradictoires] parmi les auteurs d'autrefois ! Mais aujourd'hui, d'après les expériences que M. Piorry et M. Orfila ont faites sur les animaux, nous devons reconnaître comme un fait constant : 1» que, dans tous les cas où l'animal est venu respirer à la surface de l'eau , l'écume existe ; 2° qu'au contraire, lorsque l'animal a été maintenu au fond de l'eau jusqu'à ce qu'.l ait cessé de se débattre et de vivre , il n'y a pas du tout d'écume, encore bien qu'on trouve toujours une certaine quantité d'eau dans les voies aériennes. Au surplus, rien de plus facile à comprendre que les raisons physiques de tout cela. Autre chose encore à noter relativement à la question de l'existence ou de l'absence de cette écume chez les cadavres de noyés : c'est que, indépendamment de la condition primordiale de formation de l'écume, indépendamment de la nécessité de quelques respirations à la surface de l'eau dans la suprême lutte de l'instinct de conservation, il faut, pour retrouver l'écume à l'autopsie, certaines autres conditions. Suivant M. Orfila , dont les conclusions s'appuient sur de nombreuses observations qu'il a faites en ce genre, l'écume ne se voit pas non plus dans les trois cas suivans, c'est à savoir: 1° lorsqu'elle a été entraînée aussitôt que produite , les voies bronchiques s'étant remplies et vidées d'eau à plusieurs reprises dans l'agonie de la victime; 2° lorsqu'elle s'est écoulée de chez un cadavre qui, après avoir été repêché aura été transporté et laissé la tête en bas; 3" lorsque le cadavre a séjourné long temps dans l'eau (douze à quinze jours et plus) et que, conformément
aux règlemens de la Morgue, on ne l'ouvre qu'après un ou plusieurs jours d'exposition à l'air.
Terminons en rappelant que , chez l'homme qui se noie , il peut y avoir développement subit d'un emphysème pulmonaire (1091. B.) : ce qui augmente la gravité de l'asphyxie , et rend bien plus difficile le retour à la vie et à la santé.
1Û32. Quelques mots aussi, concernant l'asphyxie par strangulation, et plus particulièrement celle par suspension (1Ù30. B. «.). — Strangulation et suspension , sachons-le bien, ce sont là deux termes dont Ta signification n'est pas la même. Par strangulation , on entend toute constriction exercée sur le cou de manière à produire la suffocation, abstraction faite de la position dans laquelle le corps se trouve, qu'il soit couché, assis, a genoux ou debout, qu'il ait la pointe des pieds encore sur le sol, sur un meuble ou tout autre appui (suspension incomplète), ou qu'il soit tout à fait suspendu en l'air [suspension complète). La suspension n'est donc qu'une des conditions particulières dans lesquelles se produit la strangulation.
La strangulation, suivant la manière dont le lien est placé, intercepte ou non d'emblée et complètement le passage de l'air par le larynx et la trachée-artère. Et c'est seulement , il faut le dire, en cas de subite et entière interception de l'air que les accidens de la strangulation rentrent dans l'asphvxie apnéique pure et simple. Mais le plus ordinairement, à coup sûr, l'interruption de la respiration n'a pas lieu d'une façon instantanée chez l'homme étranglé; et, par suite de la gêne que l'action du lien fait éprouver à la circulation veineuse du cou , il se joint aussitôt aux phénomènes de dyspnée et de suffocation une hyperémie encéphalique apoplectiqne (185. A. B. - 188. B.) , laquelle ôte tout sentiment et toute connaissance bien avant que l'apnée se so.t accomplie, concourt avec celle-ci à la mort , et peut fort bien , fût-elle seule , le lieu ne fermât- il pas tout passage à l'air, et fût-on, par exemple, tout simplement pendu par le menton et le dessous des mâchoires, entraîner par elle-même le funèbre dénoûment. En résumé , dans la strangulation la mort se produit de trois manières, selon la position et le degré de constriction du lien : 1° par asphyxie apnéique, 2" par hypérém.e apoplectique, 3" par l'une et l'autre simultanément, ce qu. est même, à ce qu'il me paraît, le cas incomparablement le plus commun.
Deplus,dansla pendaison, lorsqu'elle s'exécute le corps étant violemment lancé, et surtout la tête vivement mise en extrême flexion sur le cou, il seDeut qu'il v ait sur-le-champluxation ou diastase des vertèbres cervicales (Voir Platon, Path. chir. chapitre XXI, art. xix.), et notamment par exemple, une luxation atloïdo-axoïdienne (lb,d. § 2. ), de manière'a produire une mort instantanée par l'effet de la compression , de la dilacération ou même de la simple distension de la moelle epimere. Autrefois, certains bourreaux , assure-t-on, avaient en ce genre une ha-