‹ Élémens de pathologie médicale (volume 2)Chapitre 27 sur 54 · ANÉANTISSEMENS DE LA VIE PAU CAUSES NÉGATIVES · texte numérisé non relu

ANÉANTISSEMENS DE LA VIE PAU CAUSES NÉGATIVES

bileté toute particulière, et s'en faisaient un lucre infâme en vendant à la victime la faveur d'un prompt supplice.

Chose remarquable, mais d'ailleurs fort connue : chez la généralité des hommes pendus, ou étranglés n'importe comment, il s'opère une émission du sperme avec ou sans érection. Et ce phénomène me paraît dépendre de l'hypérémie encéphalique plutôt que de l'apnée.

Quant à la situation de la langue chez les cadavres de pendus et de gens étranglés, rien n'est plus variable. Tantôt la langue reste retirée dans l'enceinte des arcades dentaires; tantôt elle se trouve serrée entre les dents, ou bien toute pendante au dehors de la bouche , et présente pour l'ordinaire, dans l'un et l'autre de ces cas, maintes morsures plus ou moins profondes. La position du lien constricteur a sans doute quelque rôle dans ces différences-là. Mais tout porte à croire qu'en général la saillie et la morsure de la langue sont un résultat lié à une mort plus lente et plus douloureuse que dans les cas de l'autre sorte.

C'est aussi, sans aucun doute, en cas de consommation lente de l'asphyxie par strangulation qu'un emphysème pulmonaire aigu se met de la partie (1091. B.) : complication que la plupart des auteurs ont passée sous silence, mais qui a été si bien étudiée dans ces derniers temps par le docteur Prus.

Enfin, quoi qu'on en ait dit, nombre de faits authentiques démontrent que le suicide peut se consommer non seulement par suspension complète, mais aussi par suspension incomplète , voire même sans suspension du tout. On a des exemples de personnes qui se sont étranglées en serrant elles-mêmes autour de leur cou une forte jarretière, une cravate roulée en corde , ou tout autre lien. Que penser de cela? Un certain degré de strangulation une fois accompli volontairement , est-on dans l'impuissance d'en arrêter les conséquences, la force manquet-elle pour desserrer le lien meurtrier ? Ou bien éprouve-t-on des sensations qui font qu'on ne veut pas, le pût-on même encore, se soustraire aux étreintes de la mort.

1433. Thérapeutique. — Les préceptes que je vais tracer ici ont particulièrement trait aux cas d'asphyxie par submersion ou par strangulation, événemens des plus fréquens dans le cours ordinaire du monde, et qui constituent, en vérité, deux espèces nosographiques réellement à part et d'un haut intérêt. Il importe que le médecin , dès son entrée dans la carrière de la pratique, se pénètre de ces préceptes; qu'il les ait toujours bien présens à l'esprit. Car, à toute heure, de jour comme de nuit, on peut l'appeler à Piraproviste, l'entraîner à la hâte pour qu'il porte secours à de semblables maux. Ces préceptes, les voici: "

A. Exposer l'asphyxié au grand air, à moins que la température ne soit excessivement froide. Encore faudra-t-il, en ce dernier cas , que le local où l'on placera le malheureux à ranimer soit parfaitement aéré, et tout en étant échauffé par un feu convenable , soit néanmoins plutôt

frais que chaud. Oler les vêtemens , et mettre la personne toute nue , surtout si c'est un noyé. Que le corps, couché sur le dos, ait la poitrine un peu plus élevée que le bas du tronc , et la tête encore plus. Pas de lit chaud sur-le-champ, même pour les noyés.

B. Réchauffer les noyés lentement, peu à peu, en leur mettant sur le ventre une vessie remplie d'eau chaude, en leur appliquant des briques chaudes à la plante des pieds, en leur frictionnant tout le corps avec de la flanelle chaude, ou en recourant à toute sorte de moyens analogues: puis, de cinq minutes en cinq minutes , faire alternativement succéder à ces applications directes de la chaleur ies frictions excitantes à l'aide d'une étoffe imbibée d'eau-de-vie camphrée, d'eau de Cologne , ou de tout autre liquide spiritueux, en ayant bien soin, chaque fois, d'essuyer avec des serviettes chaudes les régions frictionnées. Mais a-t-on affaire à un asphyxié dont le corps n'ait pas perdu sa chaleur : il faut se borner à ces frictions spiritueuses, ou bien les faire alterner avec des aspersions froides d'eau simple ou vinaigrée.

C. Promener au-dessous des narines un flacon d'ammoniaque , la flamme d'allumettes soufrées, etc. : ou bien les chatouiller intérieurement , soit avec des barbes de plume , soit avec un mince rouleau de papier.

D. Verser dans la bouche quelques cuillerées d'eau vinaigrée, ou bien y exprimer le jus d'un citron.

E. Frotter avec une brosse de crin la plante des pieds, la paume des mains, et même aussi l'épine du dos (en faisant pour cela soulever le corps par des aides, et le faisant tenir sur son séant).

F. Administrer un lavement d'eau vinaigrée. Quelques minâtes après, autre lavement, composé avec 30 à 60 grammes de sel de cuisine, ou de sulfate sodique.

G. Provoquer directement le retour de la respiration : 1° par des pressions méthodiques sur la poitrine et sur le ventre de manière à simuler en quelque sorte les mouvemens respiratoires; 2° par l'insufflation de l'air. Cette dernière opération se pratique : — tantôt à l'aide d'un soufflet dont on introduit le tuyau dans une narine, et par lequel on y pousse de l'air avec douceur et ménagement, l'autre narine et la bouche étant fermées; — tantôt en soufflant modérément avec notre propre haleine dans la bouche même del'asphyxié; — ou bien, encore, en portant jusqu'au larynx même, et en y introduisant une canule de gomme élastique, ou un tube quelconque (tube de Chaussier, appareil de M. Leroy d'Éliolles, pompe laryngienne de Marc, tube de M. Depaul, etc.), par où ensuite nous insufflons l'air soit avec un soufflet, soit avec notre bouche. M. Depaul , dans ces derniers temps, a particulièrement recommandé l'insufflation de l'air pour l'asphvxie des nouveau-nés, et en a démontré l'heureuse efficacité par des observations péremptoires. Est-il, d'ailleurs, besoin de rappeler avec quel ménagement, avec quelle douceur l'insufflation doit

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être opérée pour ne pas devenir plus nuisible qu'ulile, pour ne pas aggraver le mal par la production d'un emphysème pulmonaire (1091. D.)? Lors de la découverte de l'oxygène, on songea à mettre à profit ce gaz , cet air vital par excellence, pour ranimer la vie des asphyxiés : il s'agissait de le leur insuffler par le moyen de vessies qui en fussent pleines , et qu'il eût fallu toujours tenir toutes prêtes pour l'heure du besoin. Mais il ne paraît pas que ce nouvel agent ait fait merveille. Et , enfin, soit difficulté de l'avoir toujours sous la main à tout événement , soit faute de résultais assez frappans pour le rendre indispensable, soit appréciation de certains inconvéniens que, tout en ranimant la respiration et la vie, il entraînait ultérieurement comme étant trop excitant , toujours est-il qu'on l'a délaissé et qu'aujourd'hui on n'en fait plus emploi.

H. En cas de signes évidens d'une congestion de sang vers la tête , et surtout lorsque le corps de l'asphyxié ne se moulre aucunement privé de sa chaleur, il est avaniageux, en général , de pratiquer la phlébotomie, aussitôt que les batlcmens du pouls se l'ont sentir un tant soit peu.

L Dès que l'asphyxié commence à revenir à lui, et, pour ainsi dire , à ressusciter, on doit le coucher dans un lit chaud, tout en veillant à un parfait aérage de l'appartement, et lui donner quelques cuillerées de vin de Malaga, ou de vin chaud sucré.

J. Sachous-le bien: pour amener l'heureuse résurrection d'un asphyxié, ce n'est pas tout que la prompte administration des secours le plus tôt possible après l'accident; il faut encore de la persévérance. Quelquefois, ce n'est qu'au bout de cinq ou six heures de soins assidus que la vie donne les premiers signes de retour.

ARTICLE IÎI.

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