‹ Élémens de pathologie médicale (volume 2)Chapitre 30 sur 54 · APERÇU GÉNÉRAL · texte numérisé non relu

APERÇU GÉNÉRAL

1438. Bibliographie. — Nicandre. — ( 1209. ) — Grîptaxa. — Poëme didactique sur les bêtes venimeuses et sur les remèdes auxquels l'Antiquité ajoutait foi pour guérir les morsures de ces bêtes-là. — (De Gv^tov, — animal sauvage , méchant ou venimeux).

CELSE. — Lib. If, cap. il, sect. 12.

DlObCORlDE II (?). — (1209.)— Dans le Traité Des animaux veni meux (fUfi ioèiXuv). — Voir le préambule, et les chap. U-'ô5 ( Les trois premiers chapitres ont trait à l'histoire de la rage).

LUCAIN. — {Htarsal.) Lib. IX, v. 700-838. — Description, peu rigoureuse sans doute, mais néanmoins intéressante, des serpens venimeux dont la Libye était peuplée , et des morts fort diverses qu'ils causèrent et qui répandirent l'effroi dans l'armée de Galon d'Ulique.

Avicenne. — ( Canon. ) Lib. IV , fen. vi , tractalus m , De regi-

mine morsionis unioersali. Et de effugatione venenosorum. Et de curatione mordicationis serpentum: et speciebus eorum. — Ibidem, tractât, v, De puncturâ paruorum venenosorum , et morsu eorum. (En 26 chapitres. — Piqûres du scorpion, de l'araignée , de la guêpe, de l'abeille et autres petits animaux venimeux.) m

Char as. Nouvelles expériences sur la Vipère. Paris, 1672, m-8°.

Mead. — ( A mechanical account of Poisons in semral essays. Londres, 1702, in-8°). Essay t, Ofthe Viper.

LANZONI. — Dans le Traité De vomis (1209). — Cap. XXXIII- LXI. — Compilation sans critique ni goût; ramassis où l'on trouve plus de traditions fabuleuses que de connaissances réelles, plus de préjugés erronés que d'enseignemens vrais et utiles. Mais, pour qui aime l'érudition, tout cela ne laisse pas que d'avoir quelque prix, ne fût-ce qu'à titre de renseignemens pour guider nos recherches dans les livres de 1 antiquité et du moyen âge.

Sciiuiug. — (Sialologia). Cap. V, § 13-20 (De morsu serpentum , viperarum) ; — § 21-23 (De scorpionum ictu); — § 2k (De aranearum puncturâ ) ; — § 25 27 (De ictu tarantularum ) ; — § 28 (De ictu apura, muscarum et vesparum).

Morgagni. — (De sed. et caus. morb.) Ep. IJX, art. 23-8 ( Piqûres de scorpions) ; — art. 29-36 (Morsures de vipères) ; — art. 37-46 (Digression historique sur la mort de Cléopâtre. L'auteur tient pour l'opinion commune , qui attribue cette mort à l'aspic, serpent d'Egypte).

Sauvages. De venenatis Galliœ animalibus. Montpellier", 1764, ink°. — Traduit en français , par Gilibert : avec des notes non moins judicieuses que savantes. (Dans Les chefs-d'œuvre de M. de Sauvages. Lausanne et Lyon, 1770, 2 vol. in-12). — Cette dissertation fut, en effet, un chef-d'œuvre de critique scientifique et de saine observation. Gilibert eut toute raison dédire, note deuxième: <• Supposons qu'un homme qui a lu tout ce que les anciens ont » écrit sur les animaux, passe sa vie à la campagne; il ne fera pas » un pas dans les bois ou dans les prairies sans être tourmenté par » la crainte de quelques animaux vénéneux: supposons maintenant » qu'il lise les ouvrages de notre auteur ; toutes ses frayeurs s'éclip- » seront; il ne lui restera d'autre inquiétude que celle de la vipère , » encore sera-t-elle très légère s'il considère qu'il a sous la main » un spécifique assuré. »

Linné. — (Systemanaturœ). — Gen. 123, Crotalus ; — gen. 125, Coluber; — gen. 247, Vespa; — geu. 268 , Apis; — gen. 255, Culex; — gen. 268, Aranea ; — gen. 269, Scorpio. Lauhenti. Spécimen medicum exhibens Synopsin Beptilium emendatam, cum experimentis circà venena et antidota reptilium austriacorum. Vienne, 1768, in-8'. Fontana. Traité sur le venin de la vipère, etc. (1209.). Aaioiiel'X. Notice des insectes de la France réputés venimeux. Paris, 1789, in 8°.

Lacépède. — (Hist. nat. des serpens). — Ier genre : Couleuvres. I" sous-genre : Couleuvres vipères. — IIIe genre : Serpens à sonnettes.

Paulet. Observations sur la vipère de Fontainebleau , et sur les moyens de remédier à sa morsure. Paris, 1805, in-8°,

CuviER. — (Le règne anima/ ). ~ T. M, p. 86-98 (Serpens venimeux). — T. IV, p. 267-71 (Scorpions). —T. V, p. 336-61 (Guêpes); — p. 361-66 (Abeilles).

Duméril et Bibron. — (Erpétologie générale ou Histoire naturelle complète des Reptiles. — T. VIe, Paris, 1866, in-8°). Volume où l'on trouve Yhisloire générale des ophidiens (pag. 1-232), la plus accomplie, assurément, et la plus classique que nous ayons, dans laquelle la curiosité du médecin s'intéressera surtout aux deux points que voici : 1° la classification adoptée par lessavans auteurs (p. 65-71), classification groupant tous les serpens venimeux en deux sections, savoir, les Apistophidesel les Thanatophides; 2° l'étude du venin , de l'appareil glanduleux et dentaire qui le sécrète et qui l'inocule, des effets qui en suivent l'inoculation, et, enfin , des remèdes proposés pour en neutraliser la funeste activité (p. 160-53). Combien nous regrettons que le tome VII de cet important ouvrage n'ait pas encore paru! C'est là que MM. Duméril et Bibron doivent donner la description des genres et des espèces de serpens venimeux. Faute de cette publication, nous ne saurions donc aujourd'hui , dans notre rapide aperçu des principales espèces de serpens venimeux (1^39. A.) , mieux faire que de suivre Cuvier. Autrement, le célèbre et vénérable professeur d'erpétologie du Muséum eût dû être et eût été noire guide, comme possédant une autorité toute spéciale en celte matière et comme ayant mis à profit les richesses nouvelles des collections ophiologiques.

ACH. Richard. — (Elém. d'hist. nat. méd., Zoologie). Consulter les articles que voici : 1° Les ophidiens venimeux , 2° Les arachnides pulmonaires; 3° Les Diploptères (Vulgairement Guêpes. — VespaL.) et les Mellifères (Abeilles, Bourdons, etc.).

Orfila. — (Toxicologie). — T. II , p. 663-88 ( Des animaux venimeux).

Cauro (d'Ajaccio). Exposition du moyen curatifdes accidens produits par la morsure de l'araignée 13-guttata, ou Théridion malmignatte du département de la Corse ; suivie de quelques réflexions sur le mode d'agir de son venin et de celui de la vipère. Th. inaug. Paris, 1833, n° 128. — Thèse intéressante comme un témoignage actuel à l'appui de la propriéié venimeuse de celte araignée-là , et pour l'heureux emploi de l'opium chez les personnes mordues, encore bien qu'il y ait là, je dois le dire, trop de métaphysique rasorienne et pas assez d'observaiion.

Rufz. Enquête sur le serpent (Trigonocéphale des Antilles). Dans le Journ. des Antilles). — Travail publié par extrait dans la Gaz.

méd., année 1867, n° 35. n Dugès. Mémoire sur les vipères de France : lu à la Société de biologie. Mémoire inédit, mais dont M. le docteur Lebert a donné l'a-

nalyse dans un des comptes rendus de ladite Société. ( Dans Gaz. méd., année 1850, n°39.)

Lapre. — (Dans l' Union médicale, année 1850, n° 117). — Lettre communiquée par M. le docteur Letalenet, de Paris, et clans laquelle le docteur Lapre, de Montigny-le-Roi (Haute-Marne), raconte les graves accidens qu'il venait d'observer sur lui-même pour avoir été mordu par une vipère.

Cl. Bernard et Pelouze. Recherches sur le curare. Note lue à l'Académie des sciences, séance du ïk octobre 1850, et insérée dans YUnion médicale, année 1850, n° 125. — Ce travail, publié pendant l'impression même de mon livre , vient jeter un nouveau jour sur la nature du curare (1212. C. «.). Il paraît que les Indiens, pour la composition de ce redoulable poison, non seulement emploient l'extrait aqueux d'une liane appartenant à la famille des strychnées, mais encore y ajoutent, avant qu'il soit sec, quelques gouttes de venin recueilli chez les serpens les plus venimeux. Aussi ce poison se montre-t-il analogue aux venins en ce qu'il peut impunément être avalé par l'homme et les animaux , tandis qu'il est constamment mortel étant introduit par piqûre sur un point quelconque de la peau ou des membranes muqueuses. MM. Cl. Bernard et Pelouze concluent : « 1° Que le curare agit sur les animaux » k la manière des venins; 2° Que son innocuité, quand il est in- » géré daus le tube intestinal, ne peut pas être expliquée par une » altération ou digestion que le principe toxique subirait , mais » bien par une propriété spéciale de la muqueuse gastro-intesti- » nale qui se refuse à son absorption. »

Voir, dans la Thérapeutique générale, ce que j'ai dit des prétendus spécifiques serpentaires (132. B. Ç.). — Il ne me semble pas , en vérité, que nous ayons rien de mieux à dire, rien de plus positif à enregistrer, même depuis le renom donné dans ces derniers temps aux graines de cédron, auxquelles on a tant de foi, à ce qu'il paraît, dans les savanes de la Colombie, et sur le compte desquelles, tout récemment encore, M. le docteur Cazentre, de Bordeaux, assurait avoir ouï dire des merveilles par les gens du pays. {Notice sur les propriétés thérapeutiques du cédron. Dans le Journ. des conn. médico-chir. 1er oct. 185U.)

Voir enfin, en Path. chir., chap. III, art. VIII, Plaies empoisonnées, g \". Plaies envenimées (1° Venin des insectes; 2° Venin de la vipère; 3° Venin des crotales ou serpens à sonnettes; W Venin du scorpion). — T. I", p. 211-6.

1 /»39. Énumération des principales espèces d'animaux reconnuspour avoir un venin d'une activité réellement dangereuse pour l'homme. — Nommons ces espèces dans l'ordre de l'échelle zoologique.

A. Ophidiens venimeux : les plus redoutables d'entre tous les animaux de la catégorie ici en question. D'après Cuvier, on peut fort bien les ramener aux cinq groupes, ou grands genres, que voici : 1° les crotales, 2° les trigonocéphalcs , 3° les vipères, W les bongares, 5° les hydres.

a. Les crotales, ou, plus vulgairement, serpens à sonnettes, ont le venin le plus délétère et le plus atroce , qui lue en très peu de temps, parfois en quelques minutes. Leur patrie a. ions est l'Amérique. Plaise à Dieu qu'ils demeurent éternellement étrangers à la faune européenne; et que d'imprudenies importations, de la part des hommes de science, ou de la part des monln urs de bêles, ne les y naturalisent pas ! Voici, au surplus, les espèces les mieux connues :

1° Le boïquira, ainsi le nomme-t-on d'après un terme indien adopté par Daubenton, puis par l acépède, {Crotolus horridus L.), espèce répandue dans presque tontes les conirées de l'Amérique du Nord et du Sud, et qui, aux États-Unis même, se montre encore aujourd'hui malheureusement trop commune, malgré le progrès des défrichemens et des déboisemens ;

2° Le durissus (Lacép.) , {Crotalus Durissus L.), qui se rencontre dans la Guyane , et que quelques naturalistes aujourd'hui ne veulent plus distinguer de l'espèce précédente, mais prennent pour une simple variété;

3° Le millet (Daubenton et Larép.), [Crotalus miliarius L.), trouvé dans la Caroline par quelques observateurs vers le milieu du dernier siècle ;

k° Le dryinas (Lacép.), (Crotalus D?*yinas, L.).

6. Les trigonocéphalcs ont, eux aussi, un venin fort violent et qui ne le cède guère à celui des crotales. Signalons, en ce genre , les espèces que voici :

1° La lisiphone, ou Vipère brune delà Caroline (Coluber Tisiphone, Shaw), observée et recueillie sur les lieux mêmes, en même temps que le millet («.) , par Catesby , célèbre naturaliste et voyageur du xvi IIe siècle;

2" Le fer-de-lance [Trigonocephalils lanceolatus, Oppel. — Trigonocéphale jaune , de Cuvier. — Vulgairement, Vipère jaune de la Martinique ou des Antilles. — Mais, notons-le sur-le-champ, la couleur n'est réellement pas ici un attribut caraciéristique de l'espèce; à ne prendre même que la race qui existe à la Martinique, moitié de ces reptiles, seulement, sont jaunâires, et moitié sont grisâtres, et cela souvent parmi ceux d'une même ventrée; et il y en a, au Brésil, une race tigrée, dont les mouchetures, brunes et noires, ressortent sur un fond roussâtre) ; le fer-de-lance, pour le nommer encore une fois de ce nom populaire, mais énergiquement pittoresque , voila le plus dangereux serpent des Antilles, où on le voit habiter d'ordinaire les champs de cannes à sucre ,

et, chaque année, piquer et frapper de mort nombre de nègres; mais, je le répète, encore devons-nous savoir que cette espèce ne se trouve pas exclusivement confinée dans ces îles-là, mais qu'elle existe aussi au Brésil, et sans doute dans d'autres parties du continent de l'Amérique méridionale ;

3° Le trigonocéphale à losange (Çuvier), (Crotalus mutus L. — Le muet, de Uaubenion et de Lacépède), très grand serpent de Guyane, long communément de deux mènes et plus, lequel, sans avoir, comme les crotales , un appendice caudal à sinistre cliquetis, n'en reste pas moins leur égal par la violence de son venin, et c'est bien a tort que Lacépède crut devoir classer cette espèce dans le genre des boas, tous serpens non venimeux ;

U- Le trigonocéphale atroce (Coluber atrox L. , Lacép.) , aux Indes orientales, et surtout dans l'île de Ceylan.

y. Les vipères, que Linné confondait encore pêle-mêle avec les couleuvres non venimeuses dans un seul et même genre, forment en ophiologie un groupe bien naturel , justement mis à part et définitivement consacré depuis Lacépède et Daudin. Vaste groupe qui , une fois les crotales et les trigonocéphales laissés de côté, comprend toutes les autres espèces de serpens dont les deux dents venimeuses sont encore , ainsi que chez ceux-là, des crochets isolés et mobiles (c'est-à-dire, situés hors ligne et disposés de façon que l'animal les meuve à son gré pour s'en servir ou non). C'est à ce groupe, notamment, qu'appartiennent tous les serpens venimeux d'Europe. Cela dit, accusons particulièrement:

1° La vipère commune [Coluber Berus L.) , laquelle se rencontre ça et là par toute l'Europe , habile spécialement aux environs de Paris la forêt de Fontainebleau, et présente en différentes contrées certaines races ou variétés, prises autrefois, et naguère encore, pour autant d'espèces à part, savoir : — l'aspic de France (Coluber Aspis L.); — YJEsping ou aspic des Suédois, ou bien, autrement, la petite vipère (Coluber Chersea L.); — la vipère noire ou vipère anglaise (Coluber Prester L.), particulièrement propre aux pays du Nord; — la mélanis (Coluber Melanis, Pallas), sur les bordsdu Volga; — et, enfin, la vipère scylhe (Coluber Scytka, Pallas) , dans les bois de la Sibérie ;

2° La vipère à museau cornu (Cuvier), Coluber Ammodytes L. , en Dalmatie, en Esclavonie, en Croatie, en Hongrie, etc. ;

3° Le céraste, — ou vipère cornue, — Coluber CerastesL., — en Egypte, Libye, en Arabie , eic. ; espèce si remarquable et si aisée à distinguer par une sorte de petite corne qui s'élève au-dessus de chaque oeil ; l'un des animaux qui se trouvent fréquemment représentés dans les inscriptions hiéroglyphiques des monumens égyptiens; l'un des reptiles dont l'imagination des anciens a été le plus vivement frappée , et dont leurs écrits répètent souvent le nom avec je ne sais quelle mystérieuse crainte;

U° La vipère à panache (Cuvier), laquelle a au-dessus de chaque œil, non pas ce qu'on peut nommer une corne, mais une petite houppe de fileis cornés fort courts en manière de sourcil, et vit aux environs du Cap;

5" L'hémachate(Cuv.), (Coluber hœmachates Lacép.), vipère qui se trouve aussi au Cap, et qui est d'un rouge jaspé de blanc ;

6° L'atropos, Coluber AtroposL. , vipère américaine, qui, sur un fond blanchâtre, présente des taches rousses en forme d'yeux, avec un centre ou iris resté blanc, et ne mérite que trop bien , assure-t-on, par la violence de son venin, le nom de l'impitoyable Parque;

7° Le naja {Coluber Naja L.), espèce très venimeuse qui habite les Indes orientales;— se désigne assez communément sous le nom de serpent à lunettes, parce que, sur le cou, élargi en disque dans celle espère par deux expansions latérales de la peau, il y a, mais chez les mâles seulement, un trait noir merveilleusement contourné de façon à produire, surtout de loin, la véritable apparence d'une paire de lunettes; — reconnaît pour antidote, assiire-l-on, la racine &t ÏOphiôrrfliSti mungos, et, suivant d'autres, les pilules de Tanjore (pilules à base d'acide arsénieux); — se laisse apprivoiser par les bateleurs indiens, au poiutd'* \écuter, au gré de ceux-ci, maintes manœuvres et mainte sorte de danse, (bien entendu , d'ailleurs , qu'on prend soin préalablement d'arracher les crochets à venin ) ;

8° L'aspic d'Égypte {Coluber ffaje L.) , grande vipère d'un vert sombre; — espèce fort voisine du naja, quoique avec une moindre largeur des expansions latérales du cou , et sans signe particulier dessiné là-dessus ni en noir ni autrement ; — véritable aspic des Anciens, celuilà même que la mort de Cléopâtre a rendu si fameux dans l'histoire, et que la religion égyptienne sculptait sur le portail de tous les temples, de chaque côté d'un globe, comme l'emblème de la Providence ; — serpent assurément fort remarquable, qui se redresse et se tient en quelque sorte debout quand on en approche, et qui sert aujourd'hui de jouet aux jongleurs du pays, comme autrefois aux thaumaturges, en tombant, quand on lui presse la nuque avec le doigt, dans une roideur cataleptique , et en se trouvant ainsi changé en verge ou bâton ;

9° La vipère galonnée {Coluber lemniscatus L. — • Elaps lemniscatus. Cuvier) , présentant, sur un fond blanc , d'un bout à l'autre , des anneaux noirs rapprochés trois à trois; — existant dans la Guyane, où l'on confond, avec celte vipère-là, deux serpens non venimeux, la couleuvre d'Esculape {Coluber JEsculapii L.) et le rouleau {Anguis Scytaleh.), qui lui ressemblent, en effet, par leur forme, leur grandeur et leurs couleurs;

10° La queue-plate (Lacép.), {Coluber laticaudatus L. — Platureà bandes, Cuvier) , serpent aquatique des grandes Indes ; — à larges bandes noires, sur un fond d'un cendré bleuâtre; — queue aplatie en guise d'aviron ;

11° L'acantophis de Brown (Cuvier), le reptile le plus venimeux des environs du Fort-Jackson (Nouvelle-Hollande) ;

12° Enfin , le làiigaha de Madagascar (Lacép., Cuv.), espèce encore peu connue, mais qui, assure-t-on, inspire aux Madécasses une grande épouvante , trop bien justifiée pour nous par le seul fait de l'existence des crochets à venin.

Les crotales, les trigonocéphales et les vipères sont les types de la sectiondes ThanatophidesdeMM. Dumérilet Bibron (1438.). — (Deeâvatoç, mort; — et cVî, serpent.)

S. Les bongares , naguère confondus avec les boas non venimeux ou vrais boas , sont aujourd'hui bien et dûment reconnus pour être au nombre des espèces venimeuses. Mais , au lieu d'avoir pour trait distinctif ces crochets isolés et mobiles (y.) qui sont, au premier coup d'œil, une si évidente révélation du venin, ils présentent un système deniaire à peu près semblable à celui des ophidiens non venimeux : outre les dents implantées aux arcades palatines, ils possèdent, sur l'os maxillaire supérieur, non pas une dent unique, mais une rangée de dents en plus ou moins grand nombre ; seulement la première de leurs dents maxillaires est plus grande que les autres, et se trouve percée d'un canalicule, par où ils émettent et inoculent leur venin. Tous , ils habitent dans l'Inde , où on les nomme serpens de roches. Il y en a une espèce qui atteint près de trois mètres de longueur: c'est l'espèce type; au Bengale, on la désigne sous le nom de Bungarum pamma , suivant du moins le dire de Cuvier; elle y est fort redoutée ; tant, à ce qu'il paraît, son venin a d'activité et de puissance meurtrière !

t. Les hydres sont des serpens venimeux à queue très aplatie dans le sens vertical et bien faite pour la nage,— tous aquatiques, par conséquent, comme la vipère dite queue-plate (y.), — mais fort différens de celle-ci par leur système dentaire, qui est entièrement pareil à celui des bongares. Les serpens de ce genre se montrent fort communs dans certains parages de la mer des Indes. Bornons-nous à signaler en particulier les espèces que voici :

1° L'hydre bicolore, (Anguis platura L. — Hydrus bicolor, Schneider), qui est l'espèce la plus connue; noire en dessus, jaune en dessous; assez commune, à ce qu'il paraît, dans l'archipel d'Otahili, où, suivant Cuvier, elle se mange nonobstant sa qualité de bêle très venimeuse ;

2° La queue-lancéolée (Lacép.), (Anguis laticauda L. ; Hydrus fasciàtUs, Schneider), espèce de la Guyane; à bandes transversales brunes sur un fond blanchâtre; à queue terminée en pointe;

3° L'Oular-limpé, espèce qui infeste le fond des rivières dans l'île de Java, et qui se fait redouter pour l'énergique malignité de son venin.

B. Arachnides venimeuses : araignées ou scorpions; ce ne sont pas, — à beaucoup près, — des bètes aussi dangereuses que les reptiles qui viennent d'être ci-dessus l'objet de notre étude. A l'égard de ces ara-

chnides-là, et même à l'égard de quelques-unes qui n'ont pas de venin du tout, combien de fables, assurément, n'a-t-on pas débitées! Combien de vaines teneurs n'a-t-oh pas semées ! Quel importun bagage d'idées fausses les auteurs d'autrefois ne nous out ils pas légué ! Gardons-nous donc bien d'admettre sans discernement tout ce que les livres nous racontent en semblable matière, quoiqu'il ne faille pas non plus tomber dans l'excès contraire, et que nous ne devions pas nous mettre à la queue de ces prétendus esprits forts qui ne croient rien de ce qu'ils ne voient pas arriver journellement et dans le cercle étroit du pays où il leur est donné de faire des observations.

a. Le genre linnéen des araignées (Aranea L.), aujourd'hui érigé en famille, dite famille des Pileuses ou aranéides, a pour un de ses attributs constans, dans toutes les espèces sans exception, un venin fourni par une glande dont chacune des deux serres frontales (cbélicères de Latreille) se trouve intérieurement pourvue; l'émission et l'inoculation de ce venin s'opèrent, au gré de l'animal, par le moyen d'un crochet canaliculé, mobile, et toujours très pointu , qui existe à l'extrémité de la chélicère. Latreille a constaté qu'une seule piqûre faite par unearanéide de moyenne taille cause la mort de notre mouche domestique au bout de quelques minutes. Une chose encore bien certaine, grâce aux témoignages d'observateurs éclairés et irrécusables, c'est que la morsure de ces grandes aranéides de l'Amérique méridionale , vulgairement dites araignées-crabes, fait périr, pour l'ordinaire, de petits animaux vertébrés, comme les colibris, les pigeons, etc., et produit assez fréquemment chez l'homme un violent accès de fièvre. De là à la possibilité d'accidens plus terribles encore, et, en un mot, de résultats mortels dans l'espèce humaine elle-même, quel intervalle y a-t-il? Que faut-il pour accomplir la transition ? Supposez une forte quantité de venin inoculé; supposez, par exemple, plusieurs piqûres, au lieu d'une seule ; supposez enfin, chez la personne blessée, une mauvaise disposition , soit débilité évidente, soit kliosyncrasie occulte. Et, certes, vous ne songerez plus à vous inscrire en faux, résolument, contre les récils où il s'agit d'hommes morts par suite de la piqûre de certaines aranéides des pays chauds. C'est surtout dans de tels climats que nous devons nous méfier des aranéides, et particulièrement des grosses espèces. Quoi qu'il en soit, après tout, voici celles qui, jusqu'à présent, ont le plus de renom comme espèces redoutables à l'homme lui-même :

1" Les araignées-crabes (Aranea avicularia L. — Mygale avicularia, M. fasciata, etc. Walckenaer et Latreille). Espèces de très grande taille, qui habitent l'Amérique méridionale, les Antilles, l'Inde , le Cap, etc. Elles donnent la mort, non-seulement à bien des insectes, mais aussi aux colibris, aux oiseaux-mouches, et autres petits oiseaux; et de là, leur nom linnéen d'araignées aviculaires. Aux yeux des gens du pays, elles passent pour n'être guère moins redoutables que les vipères.

2° La malmignatte des Toscans (Aranea trcdecim-guttata. Fabricius. — Thérîdîon matmignatte. Latreille). Corps noir, — avec treize petites taches rondes, d'un rouge de sang, sur l'abdomen. Cette espèce se rencontre, non seulement en Toscane, mais encore dans d'autres contrées méridionales, notamment en Corse. Sa morsure est réputée pour entraîner des accidens très fâcheux, et même la mort.

3° La tarentule (Aranea TarantulaL. — Lycosa Tarentula Lalr. ). Espèce commune dans la Pouille (roy. de Naples) , et particulièrement aux environs de Tarente. Célèbre dans le monde entier comme étant censée être cause d'une maladie singulière, — en un mot, du tarentisme : point sur lequel nous reviendrons ci après.

6. Les scorpions font aussi des blessures où ils instillent une humeur plus ou moins venimeuse, mais ce n'est pas par le moyen de leurs chélicères : c'est à l'aide de leur queue, qui se termine en aiguillon très pointu, et sous l'extrémité de laquelle sont deux petits trous, double issue du venin amassé dans un réservoir intérieur. L'espèce la plus commune dans notre continent, le scorpion d'Europe ( Scorpio Europœus L.) , d'une couleur brune plus ou moins foncée, n'est pas fort à craindre pour l'homme : sa piqûre ne peut guère que nous incommoder par des accidens locaux. Mais il paraît que d'autres espèces sont beaucoup plus dangereuses, et, dans ce nombre, on cite particulièrement les suivautes:

1° Le scorpion roussâtre (Latreille), Scorpio occitanus Amoreux. — Scorpio tunetanus Herbst). Quelquefois de couleur jaunâtre, et non pas rousse. Espèce commune en Languedoc, en Espagne , dans la régence de Tunis et autres contrées barbaresques.

2" Le scorpion d'Afrique [Scorpio ufer L.). Long de 15 a 18 centimètres. D'un brun noirâtre. Il habile dans l'Inde (Bengale, Côte de Coromamlel, île de Ceylan, etc.), ainsi que Linné le dit lui-même dans son Systema. Pourquoi donc lui avoir assigné l'épiihète d'africain ?

C. Insectes venimeux : section des porte -aiguillon, dans l'ordre des Hj mcnoptères; par exemple, et principalement, les guêpes et les abeilles. Ces insectes-là peuvent nous blesser, et nous inoculer leur venin , par le moyen d'un dard caché et rélractile qu'ils ont à l'extrémité de l'abdomen et qu'ils font jouer à leur gré. Ce dard , au surplus , n'existe que chez les femelles et les neutres, et point chez les mâles. Chose importante à remarquer, les hyménoptères venimeux donnent heu , bien plus fréquemment que les arachnides , à des accidens fébriles et d'une nature réellement grave. Non pas qu'ils soient beaucoup plus venimeux, pris individuellement. Mais, comme ils vivent en société, on est d'ordinaire en proie à une agression collective de leur part , et on n'en est guère quitte qu'au prix de plusieurs piqûres, quelquefois en nombre très considérable. Moi-même, il y a une quinzaine d'années, un jour queje me promenais dans la campagne, un livre a la main, je fus assailli,

254 l'VJ'HOLOGIE MK Ut CALE.

pour avoir marché par mégarde sur un guêpier, par une nuée de guêpes furieuses qui s'acharnèrent à nie poursuivre en se pressant et en bourdonnant autour de ma tête; mon chapeau était tombé dans le premier instant de ma surprise et de ma fuite; je me hâtai de le remettre, tout en écrasant, à l'aide de ma main droite garnie de mon mouchoir, bon nombre de ces bêtes contre mon crâne ; au lieu de continuer à courir, je me tins de pied ferme , et , ma foi , bien m'en prit ; à force d'agiter , d'une main, mon mouchoir autour de moi et de fustiger ainsi l'essaim tourbillonnant, à force de massacrer, de l'autre main , les guêpes que j'empoignais en l'air ou que je serrais çà et là contre mes propres vêtemens, je réussis en deux ou trois minutes à me débarrasser par la mort et surtout par la déroute de mes ennemies: mais ce n'était pas sans avoir subi quelques piqûres, que je ne songeai guère à compter dans le moment, tant j'en faisais peu de cas, tant je me fiais à la résistance naturelle et ordinaire de ma robuste constitution pour supporter sans peine de si superficielles blessures! Ces piqûres, que je comptai plus tard, n'étaient qu'au nombre de sept: cinq au cuir chevelu, une à l'oreille droite, une autre à la nuque. Je ne fis aucun remède, je dînai fort bien comme si de rien n'était, et me couchai sans avoir l'imagination préoccupée le moins du monde, mais, au contraire, dans une sécurité tout à fuit erronée. A peine eus-je dormi une heure que je me trouvai réveillé par d'atroces douleurs, dont chacune des piqûres, surtout au cuir chevelu , était devenue le siège; la fièvre s'alluma , et je ne pus fermer l'œil de toute la nuit, que je passai d'ailleurs sans réclamer aucun secours. Ainsi ai-je appris à mes propres dépens et par une rude leçon quelle est la force du venin de ces petits animaux. En vérité , malgré la vivacité de ma souffrance, je ne m'imaginai pas du tout que je fusse en danger de faire une maladie grave; je crus à une prompte résolution du mal, pronostic personnel que la journée du lendemain ne manqua pas de justifier ; mais enfin, qu'on en pense et qu'on en dise ce qu'on voudra , j'eus alors je ne sais quel sentiment de conviction profonde sur l'immense gravité du péril où un plus grand nombre de piqûres aurait mis infailliblement ma santé et ma vie. Tant, pour en avoir reçu si peu, ma tête était en feu! tant je me sentais à bout de mon courage et de ma raison, et commesur le seuil de l'égarement d'esprit! A coup sûr, je ne me rappelle pas d'avoir jamais rien éprouvé de pareil, même dans les horribles souffrances et les longues insomnies du rhumatisme articulaire aigu auquel je fus en proie durant quinze jours en 1825. Mais en voilà assez, trop peut-être, pour une digression personnelle que je ne crois cependant pas entièrement hors de propos, et sans une certaine utilité pour éclairer le point en question. .Reprenons et terminons notre revue sommaire des espèces venimeuses.

«. Les guêpes, ces espèces nombreuses qui composent le genre Vespa de Linné (aujourd'hui la tribu des Guépiaires, de Latreille), ont un ai-

guillon très fort et très venimeux. Citons particulièrement les deux espèces les plus communes en France :

1° La guêpe commune , ou guêpe proprement dite (Vespa vulgaris L.);

2' Le frelon [Vespa crabro L.); très grosse guêpe, longue de trois centimètres à peu près; épervier des abeilles (') , comme le dit Linné dans sa manière à la fois aphoristique et pittoresque (il les dévore, elles et leur miel).

6. Les abeilles, à prendre leur nom dans son acception la plus large, dans sa plus grande généralité, sont une immense multitude d'espèces différentes qui forment le genre Apis de Linné, aujourd'hui érigé en famille des mellifères , et décomposé, sous ce nouveau litre, en plus de quarante genres. Bornons-nous à citer les espèces dont , en France et surtout dans les environs de Paris, ou peut assez fréquemment faire la rencontre et subir les attaques :

1° L'abeille proprement dite, ou Mouche à miel {Apis mellifica L.).

2° Le bourdon des mousses {Apis muscorum L.).

3° Le bourdon des pierres {Apis lapidaria L.).

h" Le bourdon souterrain {Apis terrestris L.).

IhUO. Que dois-je maintenant, dans le présent chapitre, envisager et étudier en particulier? — Dans l'histoire des plaies , objet essentiellement chirurgical , M. Nélaton a été naturellement conduit à parler de celles qui sont faites par les animaux venimeux ; il a tracé les règles spéciales de traitement qui doivent être suivies à l'égard des plaies de cette sorte, et qui ont leur raison, non pas dans le fait même et les apparences locales de la blessure, mais dans la prévision des conséquences plus ou moins fâcheuses que peut entraîner l'inoculation du venin ; et, à ce propos , en ce qui concerne du moins les principales espèces d'animaux venimeux, notamment les vipères et les crotales, il n'a pas manqué de signaler quelles sont ces conséquences , soit fatalement nécessaires, soit simplement éventuelles. En un mot, comme je viens de le rappeler tout à l'heure dans la bibliographie en tête de cet article-ci, il a déjà mis nos lecteurs au courant de tout ce qu'il y a, dans l'état actuel des connaissances humaines, de réellement important à connaître là-dessus pour la pratique.

Celte usurpation , si toutefois c'en est une , cet empiétement plus qu'excusable de mon collaborateur sur les vagues frontières de ja Pathologie médicale diminue d'autant ma lâche dan3 le présent chapitre.

Content d'avoir signalé aux lecteurs la multiplicité des sources d'inoculation venimeuse dans l'étendue delà terre entière, content d'avoir assigné à l'étude des accidens engendrés par une semblable inoculation la place que cette étude doit régulièrement occuper dans notre essai de

(') «Accipiter apura. -

système iiosiigrapbique, je crois loin à fait inutile de revenir, après mon collaborateur, sur l'histoire particulière des morsures de serpensà sonnettes ou de vipères, des piqûres de scorpions ou d'araignées, etc.

Et d'ailleurs, après tout, il faut le dire franchement , pour tous les cas possibles de plaies envenimées , le traitement médical se résume quant à présent en ces deux mots : médecine symptomalique. Point de spécifiques avérés contre les effets de tel ou tel venin. La plaie une fois faite, et le traitement chirurgical une fuis accompli suivant les règles et avec toute l'énergie que le danger commande dans le cas donné , il ne reste plus qu'à épier attentivement les symptômes qui apparaîtront, et à y porter remède, suivant leur nature, par tels ou tels moyens.

Toutefois il est un cas sur le compte duquel je me réserve de dire ciaprès quelques mois à part. Tant ce cas a de célébrité ! Célébrité assez mal fondée, assurément ; célébrité provenue de contes populaires plutôt que de faits authentiques, et propagée par amour du merveilleux plutôt que par conviction sérieuse: mais, enfin, célébrité bien réelle et qui ne laisse pas que de mériter considération. Ce cas, on le devine sans peine, c'est la piqûre de la tarentule (U39. B. «.)• Le tarentisme, nom donné auxaccidens nerveux qu'une telle piqûre produit ou est censée produire, va donc faire l'objet de l'article suivant.

ARTICLE II

TARENTISME (U39. B. a.).

(Taranlismus. Modem. : — de Tamnto, ainsi les Italiens appellent-ils la villede Tarente, Tarenlum des Laiins, Tapas (gén. Tapavtoç) des Grecs.)

Bibliographie. — Sennert. — {Medicina practica). Lib. I, part, il, cap. 17, De Tarantalis, et Choreâ S. Viti.

BAfiLivi. Dimertatio de anatome, morsu et effectibus Tarantulœ. Rome, 1696, in -4°. — Tout en rapportant des observations particulières qui viennent à l'appui des opinions vulgaires, Baglivi reconnaît et fait très bien remarquer que, très souvent, le tarentisme n'est rien que jeu et tromperie.

Mead. — Ouvrage déjà cité (14o8.) — Essay II, Of the bite of the Tarantula and mad Dog.

SCHUR1G. - (Sialologia) Cap. v, § 25-7 (De ictu Tarantularum) .

SauvaGis. — (Nosol. m€^.)G1ass. VIII, gen. xv, Tarantismus.

Salvatore Renzi Note sur le Tarentisme, observé dans le royaume deNaples: lue à l'Acad. roy. de n.ed., le 21 août 1833 ( Dans la Gaz méd., année 1833, n" 64). - Deux observations : l'une, recueillie sur une petite fille de trois mois; l'autre, sur un moissonneur que pendant son sommeil et à son insu, on soumit expérimentalement à la piqûre d'une très grosse tarentule. Dans l'un et

l'autre cas , troubles profonds du système nerveux. Dans l'un et l'autre cas, recours à la musique, et guérison. — M. Renzi, qui assure avoir été témoin oculaire de ces deux faits et de beaucoup d'autres faits semblables, nous dit aussi, à ce propos, qu'il y a bien des espèces où variétés de tarentules, très différentes de taille et de couleur; mais , par malheur, il ne les signale que d'une manière bien vague et sans description précise.

Orfila. — (Toxicol.) — T. II, p. 681-3 (De la tarentule).

De Martino. — (Dans Gaz. méd. , année 1850 , n° ïk. — D'après le journal napolitain 11 Filiatre sebezio.) — Expériences sur l'instinct et sur la morsure de la tarentule.

IUU2. Mythologie du tarentisme. — Que de fables n'a-t-on pas débitées sur le compte de la tarentule ! Que de préjugés absurdes! Que d'erreurs énormes, qui ont en quelque sorte autorisé les esprits sévères à professer là-dessus une incrédulité absolue !

On a dit que les extravagances du tarentisme étaient une folie exclusivement réservée aux habitans de la Pouille ; que c'était là] une endémie qui , à l'époque des chaleurs caniculaires , saisissait annuellement une infinité de gens; que partout ailleurs, au contraire, rien de pareil ne pouvait se produire ; que les tarentules de Sicile, de Malte, de Barbarie, etc., quoique étant de la même espèce et vivant sous le même climat que celles de la Pouille, ne causaient jamais, par leur piqûre, le tarentisme proprement dit ; et, même, que les tarentules de la Pouille, une fois expatriées, — une fois transportées à Naples, par exemple, ou à Rome , — n'étaient plus capables de le causer. Toutes assertions plus que suspectes; et trop commodes, en vérité, pour soustraire les récits populaires d'un méchant coin de l'Italie au contrôle des observateurs de tout autre pays. Et, ce qui est bien avéré pour le siècle où nous sommes, c'est que, dans la Pouille elle-même, le tarentisme, si tarentisme il y a , est un accident peu ordinaire, assez peu ordinaire pour ne pouvoir être attesté que par un très petit nombre de témoins véritablement compétens. Si jamais ses convulsions, ses fureurs, ses danses furent , dans ce pays-là, une sorte d'épidémie, la piqûre des tarentules, croyons-le bien, n'y était pas pour grand'chose: il y eut là, je n'hésiterais pas à l'affirmer, quelqu'une de ces épidémies nerveuses , tragi-comédies mi-parties de réalité et de ruse, auxquelles le fanatisme ou toute autre surexcitation mentale peuvent donner naissance, et où le sexe féminin a toujours la plus grande part , comme l'histoire en offre tant d'exemples ( Possédées de Loudun; Convulsionnaires des Cévennes ou du cimetière Saint-Médard; Scènes autour du baquet de iMesmer; etc.). Oui, certes, il se peut fort bien qu'il y ait eu là, selon l'ironique expression de Baglivi, quelque petit carnaval de femmes (Carnevaletto délie donne).

On a dit, pour rendre raison du prétendu tarentisme endémique de la m. 17

Fouille, que c'était une punition du ciel; qu'un jour, au temps jadis, un prêtre qui portait en grande solennité le viatique à un moribond, rencontra sur sa route des gens qui s'amusaient à danser et qui, à son passage, n'en continuèrent pas moins leur danse, et que, les ayant vainement exhortés à se comporter d'une façon plus décente , il prononça contre eux une terrible imprécation, par suite de laquelle ils furent tous irrésistiblement entraînés à gambader sans relâche pendant trois jours de suite; et qu'enfin les descendais de ces gens-là demeuraient pareillement sujets au même mal, aux mêmes accès de danse convulsive, comme par une sorte de vice héréditaire ou de péché originel. Légende ridicule, que j'ai presque honte de répéter! Contrefaçon d'une fable analogue, que déjà, au xme siècle, Vincent de Beauvais racontait sérieusement à titre d'étiologie d'une folie dansante (ce qu'on nommait alors la Danse de Saint-Guy), dont devinrent tout d'un coup le jouet seize hommes et trois femmes, maudits aussi par un prêtre pour avoir dansé dans un cimetière ?

On a dit que ceux qui étaient piqués de la tarentule continuaient irrésistiblement ce que, dans l'instant même de la piqûre, ils se trouvaient être en train de faire; et qu'ainsi les voyait-on, depuis le début jusqu'à la fin de leur accès, sans trêve aucune jour et nuit , qui toujours rire , qui toujours pleurer , qui toujours chanter , qui toujours danser , qui toujours déclamer, etc. Que, chez divers individus, le délire du tarentisme revête diverses formes ; que , dans nombre de cas , même , il se fasse remarquer par la prédominance , par la fréquente réitération de certains gestes , de certaines attitudes, de certains actes : rien de plus naturel, rien de plus simple à concevoir, rien de plus conforme aux lois de la pathologie mentale. Mais , à coup sûr , l'uniformité absolue d'un délire réduit si précisément à un seul et même ordre d'actes ne peut être , déjà , qu'un grand hasard , qu'une exception rarissime. Quant à imaginer que cela soit la règle de la maladie même, et, surtout, que cela prenne origine de la façon miraculeuse qui vient d'être dite : c'est une de ces idées étranges à l'égard desquelles on ne saurait quoi admirer le plus, ou de l'imposture qui les a émises, ou de la crédulité qui les a épousées.

On a dit, et quelques-uns de nos confrères napolitains le prétendent encore, — M. Salvator Renzi, entre autres, — que la musique est le remède spécifique pour le tarentisme ; qu'elle est le moyen le plus sûr et le plus prompt d'y mettre fin; qu'il faut faire entendre au malade différens airs d'un caractère vif et gai, ■ — des airs de tarentelle, comme on dit, — jusqu'à tant qu'on en ait trouvé un qui lui plaise, ou, pour mieux dire, l'émeuve violemment, et le fasse danser à perdre haleine ; et qu'ainsi le malade, baigné de sueur , haletant , finit par n'en pouvoir plus et par s'arrêter, mais se sent dès lors entièrement guéri. Je me réserve d'apprécier , dans le numéro qui va suivre , combien la musique est loin , 6ans aucun doute, de posséder une si merveilleuse vertu ; jusqu'à quel

point elle peut , en réalité , avoir un rôle utile dans la cure du tarai) tisme; à quoi se réduit, en un mot, sa prétendue spécificité nosocr.itique.

Enfin, on a prétendu que le tarentismc , une fois qu'il avait eu lieu comme effet immédiat d'une piqûre de tarentule, se reproduisait d'ordinaire spontanément à certaines époques, périodiques ou non, durant plusieurs années, et quelquefois toute la vie. Mais, bien certainement , ce n'est là encore qu'un de ces cas exceptionnels et fortuits que le goût du merveilleux se plaît à ériger en loi de la nature.

Voilà bien des fables surannées ; et sans doute , ô jeunes lecteurs du dix-neuvième siècle, elles vous font sourire de pilié, et peut être même me bJàmez-vous de les exhumer de nouveau, et de vous en entretenir si longtemps. Mais l'histoire des erreurs de l'esprit humain a bien aussi son côté intéressant et utile. Irons- nous, pour cela, prendre en un trop profond mépris ce moyen âge, où de telles fables naquirent et eurent quelque crédit? — Hélas, trois fois hélas! ainsi que le moyen âge , le dix-ueuvième siècle n'a-t-il pas ses plaies de faux savoir et d'énorme crédulité, qui seront sa honte aux yeux des siècles à venir ? Et, pour ne pas sortir ici de la sphère médicale, la crânioscopie, le magnétisme animal et l'homœopathie , ces trois sciences imaginaires que tant de gens prennent au sérieux, défraieront aux dépens de notre pauvre siècle, je n'hésite pasà le dire, la philosophie railleuse des Démocriies de la postérité.

1443. Que peut-il y avoir de vrai et de positif en fait de tarentisme? — Il ne faut pas , assurément , que le mépris et le dégoût de tous les contes qui ont couru concernant les effets de la tarentule aillent jusqu'à nous jeter dans une incrédulité absolue, et, en un mot, jusqu'à faire réputer les piqûres de cette arachnide pour être insignifiantes et tout à fait exemptes d'accidens sérieux et dangereux.

Des faits attestés par M. Salvator Renzi, et par d'autres observateurs contemporains encore, — il résulte incontestablement que la piqûre de la tarentule peut non seulement produire une très vive et très intense inflammation autour du point blessé, mais encore entraîner le développement de symptômes accusateurs d'une perturbation profonde des centres nerveux ; ce qui, au surplus, n'a rien que de conforme à l'histoire d'autres arachnides venimeuses, telles que ia malmignatte par exemple (1439. B. a. 1°).

Or, si le venin de la tarentule agit , comme cela paraît avéré , sur le cerveau, s'il y porte le trouble et le délire, nul doute que les formes de ce trouble et de ce délire ne doivent se montrer fort variées chez différens individus , et que, dans le nombre , il ne puisse y en avoir de fort singulières et de fort bizarres, qui prêtent à la passion du merveilleux et fassent crier miracle.

Quant à moi, je ne répugnerais point à croire que le venin des tarentules puisse devenir plus actif et plus formidable sous l'influence des chaleurs caniculaires; que quelques-unes de ces arachnides, sinon 1

toutes, contractent alors une sorte de rage ; et que c'est là l'époque où il y a le plus de danger d'en être mordu. Linné ne faisait aucune difficulté de croire cela possible. Je ne vois pas pourquoi, à cet égard, nous aurions la prétention d'être moins crédules que lui. C'est là, pour nous, une simple question de fait, sur laquelle nous en appelons à l'expérience. Les observations à venir décideront ce qu'il en est réellement.

Mais, en ce qui concerne le traitement du larentisme, nous n'hésitons pas à regarder comme une pure chimère la spécificité nosocratique qu'on a attribuée à la musique. Sur ce point, en effet, que trouvons-nous dont nous soyons édifiés? Des bruits populaires qui sentent on ne peut mieux l'erreur et l'imposture. A peine peut-on citer à l'appui quelques rares observations sérieusement recueillies par des hommes de l'art ; et ces observations , au surplus, n'ont rien de convaincant. Rien ne prouve , par exemple, dans les cas rapportés par M. Salvator Renzi, que la musique, que la danse, ou bien l'agitation communiquée aux bras et aux jambes de la petite fille de trois mois pour remplacer les effets de la danse , aient été des circonstances indispensables à la guérison. Que la musique puisse apporter quelque adoucissement à l'état nerveux des gens piqués de la tarentule; qu'elle puisse relever leur courage en donnant satisfaction à leurs préjugés : c'est ce que je suis loin de nier. Mais, après tout, il me paraît évident que, dans des cas véritablement très graves, nous ferions mieux, cent fois mieux, d'avoir recours à d'autres moyens, plus rationnels et plus actifs; c'est-à-dire , en cas d'une excessive et soudaine prostration des forces, à la médication stimulante; et, en cas d'une violente surexcitation du cerveau, à la médication antiphlogistique et narcotique.

Page 1