CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES
lUkk. Bibliographie. — Norton. — Voir, dans ses Œuvres (771 .), les traités que voici : — 1° Pyretologia seu de morbis acutis universaHbus. Londres, 1692; — 2° De febribus inflammatoriis. Londres, 1694. — Passim. — Morlon fut un de ceux qui contribuèrent le plus à faire reconnaître la puissance spécifique du quinquina contre les fièvres intermittentes et rémittentes.
Lancisi. Denativis et adventitiis aeris Romani qualitatibus. Rome, 4711,in-4°. — De noxiis paludum effluviis. Rome, 1717, in-f°.
Voir les Opéra medica dudit auteur (Genève, 1718, 2 vol. in-8°);
car les éditions originales des deux remarquables traités que je cite sont peut-être aujourd'hui impossibles àtrouver, surtout en France.
Werlhof. Observationes de febribus. Hanovre, 1732, in-4. — Bonne histoire des fièvres intermittentes, Démonstration des avantages du quinquina.
Torti. Therapeutice specialis ad febres periodicas perniciosas. Venise, 1743, in-û°. — Chef-d'œuvre où les vertus du quinquina sont victorieusement démontrées et où la logique la plus sévère , appuyée sur de nombreuses observations, ruine les objections que bon nombre de médecins soulevaient encore contre l'emploi de ce précieux remède.
Senac. Dereconditâ febrium intermittentiunv et remittentium na-
turâ. Amsterdam, 1759, in-8°.
Montfalcon. Histoire médicale des marais , et Traité des fièvres
intermittentes causées par les émanations des eaux stagnantes.
Deuxième édition (édition refondue et augmentée). Lyon et Paris ,
1826, in-8°.
Nepple. Traité sur les fièvres rémittentes et intermittentes , etc. Paris, 1835, in-8°.
Mongellaz. Monographie des irritations intermittentes. 2* édit. , Paris, 1839, 2 vol. in-8°. — Ouvrage entièrement conçu sous le point de vue de l'hérésie broussaisienne, plein d'erreurs en fait de théorie et de pratique , mais pourtant assez intéressant à lire et vraiment instructif par le grand nombre de faits importans et curieux que les recherches érudites de l'auteur y ont rassemblés.
Bonneaud. De l'influence des émanations marécageuses sur V économie animale. Th. inaug. Paris, 1830, n° 62. — Bonne thèse, où, entre autres points dignes de remarque , on retrouve la mention formelle des fièvres continues de nature paludéenne. « S'il est vrai, * dit notre auteur (p. 20) « que les fièvres des marais revêtent pres- » que toujours le caractère périodique , il n'est pas moins vrai » qu'elles peuvent y être continues; et elles se rapprochent d'au- » tant plus de ce type que l'on avance davantage vers les climats » chauds, de même aussi que les fièvres intermittentes y présenn tent un caractère plus pernicieux. » Ces fièvres continues de nature paludéenne, déjà très bien signalées autrefois par Sydenham, par Torti, etc. , n'étaient donc pas, quoiqu'on en ait dit, tombées en oubli pour tout le monde, mais seulement, il faut le dire, ignorées ou niées par la plupart des médecins français, lorsque la conquête de l'Algérie a enfin ouvert à notre médecine militaire un vaste champ d'observations en ce genre, et fourni ainsi l'heureuse
occasion de remettre en grande lumière une vérité négligée et, pour ainsi dire, laissée de côté.
Villermé. Influence des marais sur la vie des en fans. (Dans les Ann. d'hyg. publ. et de méd. lég., t. XI, p. 31 et suiv.).
— Influence des marais sur la vie. (Ibidem, p. 342 et suiv.)
Orfila et Parent-Duchatelet. Influence des féculeries et des émanations marécageuses. (Dans les Ann. d'Hyg.publ. et de Méd. lég., t. XI, p. 251 et suiv.)
Maillot. Traité des fièvres ou irritations cérébro-spinales intermittentes, d'après les observations recueillies en France, en Corse et en Afrique. Paris, 1836, in-8°.
Boudin. Traité des fièvres intermittentes, rémittentes et continues des pays chauds et des contrées marécageuses, suivi de recherches sur l'emploi thérapeutique des préparations arsenicales. Paris, 842, in-8°.
— Essai de géographie médicale, ou Etudes sur les lois qui président à la distribution géographique des maladies , ainsi qu'à levrs rapports topographiques entre elles. Lois de coïncidence et d'antagonisme. Paris, 1843, in-8°. — Selon M. Boudin, l'intoxication paludéenne serait une condition des plus contraires au développement de la fièvre typhoïde et de la luberculisation pulmonaire, et créerait dans l'économie animale une sorte d'immunité à l'égard de ces maladies-là.
Monneret et Fleury. — (Compendium, — T. V, p. 271-361 ). — Art. Intermittente (Fièvre).
Schildel. Antagonisme des fièvres et de laphthisie. (Dans Gaz. méd., année 1845 , n" 32). — Réfutation péremptoire de la doctrine de M. Boudin en ce qui concerne les diverses contrées delà Hollande.
LefÈvre (de Rocliefort ). Question de l'antagonisme. ( Dans Gaz. méd., année 1846, n° 16). — Encore une réfutation très solidede ce prétendu antagonisme de l'influence paludéenne avec la fièvre typhoïde et la luberculisation pulmonaire.
iYIélier. Rapport sur les marais salans : fait à l'Académie de médecine , pour repondre aux questions du gouvernement. ( Dans les Ann. d'hygiène, janvier et avril 1848).
Jacquot (Félix). Recherches sur les causes des fièvres à quinquina en général, et en particulier sur les foyers qui leur donnent naissance en Algérie. (Dans Gaz. méd., année 1848, a" 31 , 32 , 34, 39 et 42.)
Verdier. Incubation de la fièvre intermittente. (Dans le Joum. des conn. médico-chir., n° du 15 juin 1850 ). — Faits qui tendent à démontrer que l'incubation de l'intoxication paludéenne peut durer dix mois, et même davantage, jusqu'à l'explosion de la fièvre.
Emile Cordier. Mémoire sur l'emploi comparatif de l'acide arsé-
nieux et du sulfate de quinine dans le traitement des fièvres paludéennes de l'Algérie. ( Dans Gaz. méd. , année 1851, n° 2.)
1665. Synonymie. — Fièvres ou Maladies paludéennes ou paludiques. — Autrement encore, mais suivant un néologisme très peu usité: Fièvres ou Maladies limniques.
1466. Etymologie. —Palus, gén. Paludis : nom latin des marais. — Aifxvr) : nom grec de même signification.
1667. Aperçu sommaire de l'influence morbifique et véritablement toxique des marais. — - A. Les marais , les plus ou moins vastes étendues d'eaux stagnantes et basses où l'on voit régner une flore toute particulière, sont un des fléaux les plus déplorables de la santé et de la vie humaine. C'est là un fait reconnu dès la plus haute antiquité ; et , par parenthèse, voilà pourquoi, en mythologie, certains marais passèrent pour servir d'entrée aux enfers. Peu importe, d'ailleurs, que les marais soient constitués par des eaux douces, ou par l'eau de mer, ou parle mélange de celle-ci avec celles-là. Ils se montrent, toutes choses égales d'ailleurs, également malfaisans; et, si tant est que cette diversité dans la constitution première des eaux marécageuses doive, comme il est permis de le présumer, produire quelques différences dans l'intensité et le mode de l'action morbifique de ces mêmes eaux , toujours est-il que jusqu'à présent l'observation n'a pas pu apprécier et démontrer positivement ces différences-là.
B. Mais ce qui établit entre les marais, sous le rapport pathologique, une distinction aussi évidente qu'importante, et tout à fait fondamentale, ce sont les climats. Marais des climats chauds , marais des climats tempérés, marais des climats froids : voilà surtout quelle doit être la classification des marais dans l'esprit du médecin.
a. Les marais des climats chauds sont durant presque toute l'année une source de fièvres, et de fièvres extrêmement graves. Ce sont ceux qui donnent le plus fréquemment naissance aux formes les plus terribles et les plus meurtrières de l'intoxication paludéenne, telles que les fièvres intermittentes pernicieuses, les fièvres rémittentes et les pseudo-continues. Aussi, en règle générale , rendent-ils le pays désert et absolument inhabitable dans un rayon plus ou moins étendu : citons, par exemple, les MaraisTontins.
ç. Les marais des climats tempérés, comme ceux de la Brenne, de la Bresse, de la Sologne, etc., ne sont ni si dangereux ni si constamment malsains. Ce n'est guère que pendant les chaleurs de l'été et de l'automne qu'ils font sentir leur influence morbifique. 11 n'est pas, sans doute, impossible, mais il est rare que leurs exhalaisons aillent jusqu'à développer la fièvre intermittente pernicieuse, la fièvre rémittente ou la fièvre pseudo-continue. Communément elles se bornent à engendrer la fièvre intermittente vulgaire , cette forme vraiment spécifique et, pour ainsi
dire, palhognomonique de l'intoxication paludéenne. Néanmoins, c'est une bien triste destinée que celle des habitans de nos contrées marécageuses. Soumis qu'ils sont à de fréquens renouvellemens de l'intoxication paludéenne, et, par conséquent, à de fréquentes récidives de fièvre intermittente , la plupart d'entre eux finissent par tomber dans un état d'anémie (167. A. S.); leur foie et leur rate se tuméfient et s'indurent d'une façon irrévocable; de là, l'ascite, l'hydropisie générale, et la mort. Dans de semblables contrées, combien peu de gens voit-on qui n'aient pas un corps rabougri et de petite stature, un esprit borné et apathiqne, un caractère lâche ! Et combieu ne s'en trouve-t-il pas qui ont la figure décharnée et livide, le ventre gros, les jambes œdémateuses et les bras grêles ! Là , les enfans eux-mêmes portent sur leurs traits ridés , sur leur physionomie vieillotte, l'empreinte de la souffrance et de la tristesse. Là, la vie moyenne est courte; une énorme mortalité pèse sur l'enfance ; le privilège de parvenir à la vieillesse est un cas infiniment rare. Là, enfin , la population va diminuant, ou s'entretient à grand'peine.
y. Les marais des climats froids , et surtout des climats très froids, (ceux de la Sibérie, par exemple) , n'ont d'influence toxique que pendant un ou deux mois tout au plus, à l'époque des chaleurs. C'est alors, et seulement alors, qu'ils donnent les fièvres; et encore ne les donnentils qu'à très peu de monde, et, en général, dans des formes peu graves. Tout le reste du temps , ils se montrent parfaitement inoffensifs. Une population saine et robuste peut donc vivre et se multiplier sur leurs bords et clans leurs alentours.
C. En France particulièrement , pays qui revient en majeure partie à la catégorie des climats tempérés, et un peu seulement, par le Midi, à celle des climats chauds, les marais doivent donc être et sont, en effet, fort malfaisans. C'est ordinairement d'août en octobre qu'ils exercent leur funeste influence ; quelquefois un mois plus tôt ou plus tard, selon que l'année a des chaleurs précoces ou tardives. Il est bien avéré que l'élévation de la température atmosphérique joue ici un grand rôle : 1° en amenant la diminution des eaux et mettant ainsi à découvert des terrains chargés d'une vase immonde; 2° en poussant la décomposition putride des plantes marécageuses que la vie a cessé d'animer; 3" en favorisant la rapide et abondante dissémination des exhalaisons morbifiques. Ce qui, entre autres preuves, démontre bien l'importance étiologique de l'intervention des chaleurs, c'est que, dans les années froides, les accidens d'intoxication paludéenne se montrent et moins nombreux et moins graves, comme le démontrent les recherches statistiques de M. Villermé. Quoi qu'il en soit, le mois de septembre est, en général, (je ne parle toujours que par rapport à la France ) , le mois où les localités marécageuses comptent la plus grande mortalité.
D. L'expérience a montré que les heures où il est le plus dangereux de respirer l'air des marais sont celles du soir, de la nuit et du matin;
particularité dont , au surplus , il est assez facile de se rendre compte par des raisons de physique et de météorologie. En effet, c'est dans ces heures-là que le brouillard s'élève ou tombe, comme on dit; c'est dans ces heures-là , en un mot, qu'il règne en couches épaisses à la surface des terrains marécageux. Et nécessairement, au sein d'un tel brouillard, les exhalaisons morbifiques doivent être dans un état de condensation plus grande, de concentration plus forte et plus délétère, toutes choses égales d'ailleurs, qu'au milieu d'une atmosphère claire et sereine.
E. Les vents, qui en général remplissent un office d'assainissement en dispersant les exhalaisons marécageuses, mais, quelquefois, au contraire, portent à plusieurs lieues de distance l'infection morbifique en dirigeant ces mêmes exhalaisons en masse plus ou moins considérable sur un lieu déterminé; le calme absolu de l'air, et, par conséquent, l'accumulation de plus en plus considérable des principes délétères dans un espace donné : voilà encore des conditions capitales qu'il importe de ne jamais perdre de vue dans l'étude étiologique des maladies d'intoxication paludéenne.
F. Nul doute que l'économie animale ne soit capable, jusqu'à un certain point , de s'acclimater à l'air des marais. On peut s'y habituer, comme on s'habitue à l'opium , à l'alcool et à tant d'autres poisons. Là où les nouveaux venus, fussent -ils de la constitution la plus robuste , ne manquent guère de contracter, comme, par exemple , dans les marais Pontins, ou ceux de l'Algérie et du Sénégal , des fièvres intermittentes pernicieuses ou autres formes graves de l'intoxication paludéenne, combien n'y a-t-il pas d'indigènes qui , bien que d'une constitution chétive et d'une pauvre mine pour la plupart, gardent toutefois une santé passable ou ne se trouvent atteints que de fièvres intermittentes légères ! Quelques sujets privilégiés , indigènes ou étrangers , après avoir été plus ou moins longtemps travaillés par les fièvres , finissent par acquérir une étonnante immunité , et parviennent à jouir d'une longue et heureuse vieillesse. L'un des faits le plus évidemment établis par les recherches statistiques de M. Villermé , concernant la mortalité des pays marécageux , c'est que les vieillards se montrent bien moins sujets aux fièvres que les adultes eux-mêmes : or, à coup sûr, cela n'est vrai que pour les vieillards acclimatés, qui doivent à l'habitude, cette seconde nature, le privilège de résister à l'influence du mauvais air.
G. Otez, au contraire, la condition d'acclimatement ; et , de l'aveu unanime des bons observateurs , la vieillesse redevient , comme toutes les autres débilités de l'organisme, une cause prédisposante, qui, toutes choses égales d'ailleurs, rend plus facile et plus grave le développement des accidens d'intoxication paludéenne. En un mot, par elle-même elle crée une chance de plus pour la maladie et la mort, ainsi que l'enfance, ainsi que l'état de convalescence, ainsi que les affaiblissemens dus aux longues privations, aux marches forcées, aux folles débauches, etc. , etc.
Nécessité logique d'admettre l'existence de miasmes paludéens. — Tous les bons esprits s'accordent à reconnaître dans les effets morbides dus à l'influence des marais une sorte d'intoxication d'une nature vraiment à part. Quoi de plus original, en effet, — quoi de plus singulier, à y bien réfléchir, que ces fièvres intermittentes idiopalhiques, — si frappantes et si distinctes, entre toutes les espèces de maladies, et par la remarquable périodicité de leurs accès, et par leurs trois stades de frisson, de chaleur et de sueur à chaque accès ? Ces fièvres-là, qui sont, je le répète, la forme la plus ordinaire et en même temps la plus caractéristique de l'intoxication paludéenne , révèlent l'incontestable spécialité de leur nature, non seulement par les traits fondamentaux de leur symptomatologie, mais aussi, et peut-être avec plus d'évidence, par cela même qu'elles se guérissent si promptement et si merveilleusement à l'aide d'un spécifique, du moins dans la presque universalité des cas.
Eh bien, donc, pour des effets morbides d'un caractère entièrement à part, force nous est d'invoquer une cause toute spéciale. Mais cette cause, qu'il faut ici nécessairement admettre et proclamer, quelle estelle? Est-ce une cause manifeste, ou une cause occulte (77. B. t.) ? Jusqu'à ce jour, malgré les immenses progrès de la chimie, et quoique l'air des marais ait été plusieurs fois et à diverses époques l'objet de minutieuses et habiles investigations , on n'a pu encore saisir clans cet air l'agent qui trouble de si étrange façon l'économie animale. Il y a bien, il est vrai, un gaz particulier, l'hydrogène proto-carboné, dont la vase se trouve pénétrée par suite de la décomposition des plantes croupissantes, et qui, se dégageant pelit à petit, souille en plus ou moins forte proportion l'atmosphère marécageuse. Mais il ne paraît pas du tout que la puissance d'engendrer les fièvres appartienne à ce gaz, pas plus qu'au gaz acide carbonique, qui est aussi un produit de la putréfaction végétale, et , partant , se montre toujours mêlé en petite quantité , avec un peu d'oxygène et d'azote, à l'hydrogène proto-carboné des eaux bourbeuses. Et, même, tous les toxicologues s'accordent à regarder l'hydrogène proto-carboné comme un gaz qui ne possède pas le moindre degré d'action vénéneuse. Donc, en dernière analyse, il faut bien le reconnaître, c'est par des émanations d'une subtilité insaisissable et d'une nature absolumentinconnue, — en un mot, c'est par des miasmes(91.), — que l'air des marais produit la trop réelle, la trop souvent ineffaçable intoxication de l'économie. Quant à dénommer particulièrement ces miasmes, rien de mieux que de les appeler miasmes paludéens : voilà , certes, un terme qui les spécifie clairement, distinctement, en ne disant ni trop ni trop peu, mais juste ce qu'il faut, sans rien y ajouter d'imaginaire et de conjectural.
Quelques pathologisles , dont l'aversion ultra -cartésienne pour les causes occultes reste opiniâtrement inflexible, etqui.aunom de miasmes, ne savent que rire de pitié ou frémir d'indignation, veulent expliquer la
production desfièvresintermitlentesparrinfliienceconibinéede deux conditions physiques manifestes et même mathématiquement appréciables, savoir, le froid et l'humidité. Mais une semblable explication, tant bien que mal fondée sur certaines apparences, ne peut demeurer debout après une revue complète des faits. Sans la proximité d'un marais , sans une source quelconque de miasmes paludéens (Uù9.), le froid humide ne se montre, en général, que comme une cause occasionnelle banale (83-4); ou, si tant est que nous devions lui reconnaître une spécialité palhogénique , nous lui reconnaîtrons volontiers celle d'engendrer , par suite d'une action continue et longtemps prolongée , les rhumatismes ou bien encore la diathèse scrofuleuse, mais non pas celle de déterminera lui seul le développement des fièvres intermittentes. Que l'impression du froid humide , dans les fraîches matinées ou soirées d'automne par exemple , vienne en aide à la réalisation de l'intoxication paludéenne ; nous sommes bien loin de le nier. Que cette même cause fasse renaître la fièvre intermittente chez ceux qui , ayant été atteints, il y a plus ou moins longtemps, d'intoxication paludéenne, conservent encore une certaine disposition , bien mystérieuse il est vrai , mais indubitablement réelle, nous nous plaisons à le proclamer très haut. Mais si parfois il se rencontre des malades qui n'ont pas d'autre cause à déclarer que cellelà, sans que l'on parvienne, par la plus minutieuse enquête des circonstances anamnestiques, à s'assurer qu'ils aient jamais été le moins du monde exposés et soumis à l'action de miasmes paludéens, c'est là, je n'hésite pas à le dire d'après l'expérience de ma pratique, c'est là un cas très exceptionnel, qui ne doit pas , comme je tâcherai de le prouver en temps et lieu, tirer à conséquence contre une loi étiologique fondée sur l'immense majorité des faits. Qu'un régiment campe et bivouaque près d'un marais, dans la saison propre au règne des fièvres intermittentes , à coup sûr, un très grand nombre de soldats gagneront ces fièvres-là. Il n'en sera pas de même, tant s'en faut, s'il ne s'agit que d'être enbuite à la bise et à la pluie; car alors il n'y aura que peu ou point de fièvres intermittentes parmi les maladies qui viendront à sévir sur la troupe. Encore un mot, un dernier mot, mais qui me paraît des plus convaincans et des plus péremptoires : s'il était vrai que l'influence paludéenne ne fût rien autre chose qu'une des nombreuses variétés de l'action exercée par le froid humide sur l'économie animale, comment donc se pourrait-il que les grandes chaleurs, que les climats chauds fussent précisément les conditions dans lesquelles cette influence monte au plus haut degré d'intensité, multiplie ses effets les plus violens, et enlève le plus de victimes?
Donc, encore un coup, les miasmes paludéens, — cause invisible, intangible, inappréciable à l'eudiomètrc et aux réactifs, — en un mot, cause occulte, mais trop réelle,— les miasmes paludéens révèlent péremptoirement leur existence par la spécialité de leurs effets sur le corps humain,
qui, en vérité, à certains égards, doit être regardé comme le plus sensible et le plus délicat eudiomètre. Maintenant irons-nous, à l'exemple de quelques auteurs, aborder la question de savoir si les miasmes paludéens sont tous de la môme espèce , ou s'il en existe , au contraire, plusieurs espèces, les unes plus délétères, les autres moins, en raison, surtout, de la diversité des plantes croupissantes ? L'infinie variété des accidens d'intoxication paludéenne, leur plus ou moins d'intensité, leur plus ou moins de léthalité , sont-ce là autant d'argumens décisifs à l'appui de la seconde hypothèse ? Ou bien, au contraire , faut-il nous en tenir à la première hypothèse, qui est la plus simple, et tout expliquer, de ce point de vue, par le plus ou moins d'abondance des miasmes répandus dans l'atmosphère, par la plus ou moins forte dose qui s'en introduit dans l'économie, et, enfin, par les innombrables différences des dispositions individuelles de chaque personne? Voilà, certes, une explication fort plausible. — Mais, après tout , pourquoi ne pas l'avouer franchement ? Nous ne savons absolument rien de positif là-dessus. Croyons , quand la raison l'exige, aux causes occultes ; proclamons-les hautement; posons-les comme autant d'inconnues que la science à venir dévoilera peut-être. Mais n'allons pas plus loin. La faute de la philosophie scolastique du moyen âge ne fut pas de croire aux causes occultes , mais de raisonner à perte de vue sur leur compte. Que notre esprit sache s'arrêter là où le flambeau de l'observation ne nous éclaire plus; qu'il, sache s'arrêter au seuil des ténèbres.
1449. Outre les marais proprement dits, il y a encore d'autres sources de miasmes paludéens. — C'est là un point des plus importans à remarquer et à ne jamais perdre de vue dans l'étiologie des fièvres intermittentes idiopathiques et autres maladies dont le quinquina est le spécifique. Oui, certes , là où la géographie n'a plus à faire mention de marais proprement dits, là où les amas d'eaux stagnantes ne sont pas une condition topographique constante et fixe, comme en Sologne, en Bresse, en Brenne, etc., combien de fois encore n'arrive-t-il pas qu'une telle condition se produise accidentellementctpour un temps, — soit par retours plus ou moins fréquens , voire même tous les ans ou à peu près , de façon qu'elle obtienne en topographie médicale une très grande importance, — soit par cas tout à fait extraordinaire. Ainsi, par exemple, un terrain devient passagèrement marécageux par suite du débordement d'une rivière ou d'un canal. Ainsi en est-il encore lorsque des pluies abondantes et prolongées inondent une vallée creusée çà et là de profonds ravins et où les eaux ne trouvent pas la pente nécessaire pour leur facile et rapide écoulement.
Il y a plus : sachons-le bien , et reconnaissons-le hautement , partout où l'eau, par quelque cause que ce soit , reste en stagnation, et se corrompt en raison d'une plus ou moins forte quantité de débris végétaux qui s'y macèrent et y pourrissent, là doit être, là est une source de
miasmes paludéens. Je croirais faire injure à l'intelligence de nos lecteurs, si j'allais longuement insister sur la démonstration d'une vérité si évidente. Les bords fangeux d'une rivière à l'époque de l'étiagc ; ceux d'un lac, d'un étang dans des conditions analogues ; un bras de rivière presque à sec comme le petit bras de la Seine à Paris, durant les grandes chaleurs; un étang qui vient d'être vidé; l'eau dans laquelle on fait rouir du chanvre; une mare mal tenue; des eaux ménagères qui n'ont pas un facile écoulement et séjournent dans les plombs ou les rigoles d'une maison malpropre; un ruisseau bourbeux ; la moindre flaque d'eau croupissante dans une cour, dans un jardin, dans une rue non pavée ou mal pavée ; etc., etc. : voilà autant de foyers miasmatiques qui peuvent fort bien , l'expérience, journalière le montre , donner naissance , dans un certain rayon alentour, aux fièvres intermittentes, ou, pour mieux dire, à l'intoxication paludéenne et à tous ses divers accidens. Voilà pourquoi, dans les contrées non marécageuses, dans des villes où l'air est généralement salubre, comme à Paris, il n'est pas très rare, par exemple, d'ob. server des cas de première attaque de la fièvre tierce, chez des gens qui, selon toute apparence, n'ont jamais été exposés à l'action d'un marais proprement dit. Ces cas sont toujours sporadiques, il est vrai , mais ils sont. Et, à l'égard de la plupart d'entre eux, s'il m'est permis d'en juger d'après ce que j'ai vu et reconnu dans ma pratique , on peut, en cherchant bien, en s'enquérant de tout avec soin, constater avec la plus complète évidence leur rapport de filiation avec l'une quelconque des susdites sources de miasmes paludéens. Or, pour le reste des cas, c'est à savoir, pour ceux dans lesquels l'existence d'une semblable source d'infection ne peut pas être retrouvée , est-ce une supposition par trop téméraire et mal fondée que de les faire rentrer néanmoins dans la règle commune, et de ne les regarder non plus que comme l'effet et la manifestation d'une intoxication paludéenne ? Eh , bon Dieu ! est-il donc si difficile d'admettre qu'uu très petit foyer miasmatique, — comme il y en a tant encore, par malheur, dans quelque pays et dans quelque ville que ce soit, — n'ait point été aperçu et remarqué par la personne qui se trouvait exposée à en subir l'action, ni même ne puisse être découvert et reconnu après coup malgré les plus diligentes informations ? Ne vautil donc pas mieux, là encore, accuser théoriquement l'intoxication paludéenne que d'invoquer une étiologie exceptionnelle, puisque les cas dont il s'agit ressemblent parfaitement à cette intoxication , non seulement par leurs formes symptomatiques, mais aussi par leur prompte et sûre guérison à l'aide de la médicamentation quinique?
\U5Q. Aperçu nosologique. — A. Les diverses maladies que nous offre l'intoxication paludéenne, peuvent être méthodiquement réduites à cinq genres, qui vont avoir chacun leur article ci -après. Ce sont : 1° la fièvre intermittente vulgaire (Art. II) ; T la fièvre intermittente pernicieuse (Art. III); 3° la fièvre rémittente (Art. IV); 4° la fièvre
pseudo-continue (Arl. V); 5° en lin , la fièvre larvée (Art. VI).
B. Il importe bien de remarquer que cette quintuple distinction nosographiquement établie entre les formes sympiomaiiques de l'intoxication paludéenne, — distinction aujourd'hui consacrée d'un aveu à peu près unanime, — distinction fort naturelle, assurément, et qui correspond à la réalité clinique pour la grande majorité des cas,— ne se trouve pas maintenue dans la nature avec une rigueur absolue chez tous les malades. Iln'est pas, en effet, très rare de voir, chez un seul et même malade, les genres nosographiques sus-menlionnés se confondre entre eux, se succéder hnmédiaiemenl l'un à l'autre par une sorte de transformation, alterner l'un avec l'autre à maintes reprises. Ainsi, par exemple, arrive-t-il bien des fois que les lièvres intermittentes, surtout les quotidiennes abandonnées à elles-mêmes, vont allongeant de plus en plus leurs accès , et finissent par se transformer en fièvres rémittentes, voire même en fièvres d'un type franchement continu, notamment dans les climats chauds. D'autres fois, au contraire, après avoir débuté violemment sous forme de fièvre continue, l'intoxication paludéenne, s'amendait d'elle-même ou par le secours du remède spécifique, passe plus ou moins vite au type rémittent, puis au type intermittent. Quelquefois , une de ces névralgies qui méritent le nom de fièvre larvée cède la place à une fièvre intermittente bien franche et bien tranchée, soit pour ne plus reparaître du tout, soit pour se reproduire alternativement ; et , notons-le sur-le-champ , elle révèle ainsi sa communauté de nature avec la forme la plus caractéristique de l'intoxication paludéenne. De semblables faits se rencontrent assez fréquemment dans la pratique. Aussi en trouve-t-on, dans les fastes de l'art, maints et maints exemples, même recueillis par des observateurs qui n'ont pas songé le moins du monde à constater entre les deux jmaladies une étroite parenté, et qui n'ont vu là rien autre chose qu'une coïncidence étrange. Citons, entre autres, une observation de Pinel, ce nosographe qui ferma les yeux aux considérations écologiques jusqu'à méconnaître l'unité générique des fièvres intermittentes de type tierce, quarte ou quotidien, jusqu'à séparer ces fièvres-là les unes des autres et à les éparpiller, passez-moi le terme, dans différens ordres de sa première classe (06.). Voici donc, sommairement, cette observation, si favorable à l'opinion que nous embrassons touchant la communauté de nature de certaines névralgies et des fièvres à type périodique, et pourtant recueillie sans esprit de système par un observateur à cent lieues de notre opinion ( Pinel, Méd. clinique, p. 152): — Une femme de soixante et onze ans éprouvait habituellement, depuis plusieurs années, une névralgie légère dans les paupières et les lèvres du côté gauche, et une sciatique du tiers supérieur de la cuisse droite; elle eut une fièvre tierce, qu'on guérit avec les amers et le quinquina ; la sciatique disparut, et la névralgie palpébro-labiale, au lieu d'être continuelle, ne se manifesta que deux fois par mois.
C. Une chose encore bien remarquable et qui mérite au plus haut point de fixer notre attention, c'est qu'après avoir été une l'ois atteint d'intoxication paludéenne, n'en eût-on essuyé que les coups les plus légers et les plus faibles, et n'eût-on été malade que fort peu de temps, grâce à la nature et à l'art, il est assez ordinaire dès lors d'éprouver de temps à autre, par simple récidive, sans nouvelle inhalation d'air miasmatique, uue attaque de fièvre intermittente ou quelque autre forme de la susdite intoxication. En général, de semblables récidives ne se déclarent que pour avoir été provoquées par l'action évidente d'une cause occasionnelle banale (impression de froid, erreur quelconque de régime, indigestion, avulsion d'une dent, cathétérisme, etc., etc.). Mais, quelquefois aussi, elles paraissent se produire indépendamment de toute excitation accidentelle , et rien qu'en vertu d'une disposition intérieure et venue pour ainsi dire d'elle-même à maturité, ou, si l'on aime mieux, à explosion. Quoi qu'il en soit, il est donc certain que l'intoxication paludéenne, une fois infligée à l'organisme par l'action directe de la cause spéciflque, constitue une sorte de diathèseplus ou moins tenace, en raison de laquelle les maladies particulières à cette intoxication peuvent, après un espace de plusieurs semaines, de plusieurs mois , voire même d'une ou plusieurs années, apparaître et reparaître à maintes reprises, soit spontanément, soit à l'occasion d'un ébranlement quelconque du physique ou du moral. Cela est, du moins , incontestable à l'endroit de la fièvre intermittente vulgaire et de la fièvre larvée. En est-il de même des fièvres intermittentes pernicieuses , des fièvres rémittentes et des fièvres pseudo-continues? Ces trois derniers genres de fièvres-là peuvent-elles survenir et récidiver sans l'influence immédiate de miasmes paludéens, mais par un travail pathogénique tout intérieur qui ne soit que l'effet d'une intoxication d'ancienne date? C'est là une question où, pour mon compte, je n'oserais dire décidément ni oui ni non. Restreinte ou non à tel ou tel degré de pouvoir morbifique , la dialhèse dont il s'agit, et qu'on nommera, si l'on veut, diathèse paludéenne, est, en principe, après tout, un point hors de contestation et que tous les observateurs énoncent de façon ou d'autre. Pour donner naissance à une semblable diathèse, il n'est pas même nécessaire que l'action immédiate des miasmes paludéens sur le corps humain aille jusqu'à déterminer sur l'heure, ni même dans les premiers jours, une perturbation apparente, une maladie proprement dite. Pour ne citer à cet égard qu'un argument des plus péremptoires, ne savons-nous pas, par le témoignage des médecins militaires, que bien des fois on a vu les fièvres intermittentes se déclarer en grand nombre et régner, comme on dit, parmi un régiment, parmi un corps d'armée, non pas pendant les jours de campement et de bivouac au milieu d'une contrée marécageuse, mais, par exemple, un mois ou deux après le changement de station, la nouvelle résidence fût-elle un des pays les plus salubres et les moins fiévreux du
monde? Tantôt la diathèse paludéenne, jusqu'à ce qu'elle éclate effectivement en manifestations morbides , reste tout à fait latente, et rien ne la dénonce à l'œil le plus habile et le plus pénétrant ; tantôt, au contraire, même dans ses temps de relâche, elle se laisse reconnaître ou du moins deviner à certains signes, tels que la teinte jaunâtre ou brunâtre de la peau, l'intumescence de la rate , ou hypersplénotrophie sensible à la palpation et à la percussion, etc. Avouons-le franchement: lors même qu'elle en est venue au point de produire des accidens réellement dignes du nom de maladie, encore peut-elle être bien des fois méconnue , soit faute de sagacité de la part du praticien , soit parce que le cas est, en vérité, par trop énigmatique. Mais, quant à nous, nous ne douterons pas, par exemple, que, chez la femme septuagénaire dont je parlais tout à l'heure d'après Pinel (B.) , la névralgie palpébro-Iabiale et la névralgie sciatique qui la tourmentaient habituellement n'aient été l'effet d'une diathèse paludéenne, qui, là, nous est clairement révélée, et par l'arrivée ultérieure d'une fièvre tierce, cette forme pathognomonique du mal, et par le succès qu'obtint le quinquina. Ainsi en est-il , assurément , pour mille et mille autres cas.
1451. Un mot concernant le prétendu antagonisme de l'intoxication paludéenne avec la fièvre typhoïde et avec la tubercidisation pulmonaire (\hhh.). — Des critiques fort sérieux, et très versés dans la littérature médicale d'outre-Rhin, assurent que le professeur Schonlein, de Berlin, est celui qui le premier a énoncé l'idée d'un semblable antagonisme, du moins par rapport à la phthisie pulmonaire. Quoi qu'il en soit, c'est M. Boudin qui en France, dans ces derniers temps, a proclamé en homme fermement convaincu le paradoxe dont il s'agit , l'a soutenu et popularisé avec beaucoup de talent, de verve et de persévérance. Paradoxe ingénieux, sans doute, et ingénieusement défendu , mais qui a le tort d'être une erreur ! Vu les bornes que je suis obligé d'imposer à mon ouvrage, et, par conséquent, à chacun de mes chapitres, à chacun de mes articles , je n'entreprendrai pas de réfuter en règle et tout au long cette hérésie médicale. Qu'il me suffise de déclarer que , pour prendre parti contre elle, je n'ai pas failli au devoir d'examiner la question avec tout le soin dont je suis capable , et que j'émets l'avis négatif avec la conviction la plus ferme et la mieux arrêtée. Au premier abord, l'opinion du monde médical , surprise et séduite, flotta comme en suspens, tant les assertions du système étaient nettes et tranchantes , tant on aurait été heureux de les trouver vraies! Mais à peine eut-on reporté sur le livre même de la nature un regard impartial, qu'il fallut bien les reconnaître pour erronées et illusoires. Les témoignages négatifs s'élevèrent en grand nombre de toutes parts. Dans l'impossibilité de tout citer en ce genre, j'ai cru devoir particulièrement signaler à nos lecteurs les observations de M. Schedel et celles de M. Lefèvre de Rochefort {U\hh.) comme étant des plus décisives et des plus péremptoires. Je ne veux pas
non plus passer sous silence le travail de M. Lepileur [Quelques objections à la théorie de l'antagonisme appliqué à la France. Dans les^nn. d'hyg.publ. et deméd. lég., juillet 1846) , travail bien digne de mention et qui ruine entièrement, en ce qui concerne notre propre pays, le système de M. Boudin.
1452. Thérapeutique. — A. A la rigueur, dans bon nombre de cas , et, je n'hésiterai même pas à Je dire, pour l'ordinaire et à fort peu d'exceptions près, la nature peut, à elle seule, faire tous les frais de la guérison des maladies paludéennes. Voilà pourquoi il est si facile à tant de re. mèdesdifférens, à tant de drogues inertes ou inutilement actives, d'usurper ici, aux yeux de gens inexpérimentés ou irréfléchis , la réputation d'une vertu curative, qui, en réalité, ne leur appartient pas le moins du monde. Ces maladies-là, abandonnées à elles-mêmes soit à dessein, soit par hasard, fût-ce même sans une exacte observance des soins purement hygiéniques , n'en finissent pas moins , presque toujours , par guérir tôt ou tard.
B. L'emploi du quinquina et de ses diverses préparations, — en un mot, la médicamentation quinique (132. B. «.), — voilà qui constitue véritablement un traitement efficace. Par là , on coupe court, dans l'immense majorité des cas, aux maladies paludéennes ; on les guérit, ou du moins on les amende sur-le-champ ; suivant le terme aujourd'hui à la mode, on les jugule. Or, quel service immense n'est-ce pas, déjà fc que d'abréger la durée du drame morbide, et de rendre promptement à la santé, aux travaux professionnels, aux devoirs sociaux, l'homme qui eût langui, qui eût chômé nombre de jours ! Mais il y a plus encore ; là où les seules forces de la nature seraient insuffisantes et succomberaient à la violence du mal, c'est-à-dire dans maints at maints cas de fièvre intermittente pernicieuse, de fièvre rémittente ou de fièvre pseudo-continue, la médicamentation quinique est l'ancre de salut : elle arrache à une mort imminente les malheureux qui déjà ont un pied dans la tombe. C'est là un des plus beaux triomphes, une des plus splendides gloires de la médecine.
C. Il est des cas, mais heureusement ils sont rares , où l'intoxication paludéenne se montre rebelle, avec une déplorable opiniâtreté, à l'administration la plus habile du quinquina , et ne cesse point , malgré ce spécifique , de renouveler ses accès fébriles ou névralgiques. En semblable circonstance, lorsque la médicamentation quinique, avec l'intervention auxiliaire et d'ailleurs si rationnelle de la médication corroborante (140-3. — 167. A. o. ), est enfin décidément reconnue pour incapable de réussir, force est bien alors d'avoir recours à d'autres remèdes. On est alors autorisé à employer, en désespoir de cause , un de ces remèdes extrêmes et aventureux que nous avons catégorisés et dont nous nous sommes , tant bien que mal , rendu compte sous le titre de médication dépurante (144-5.). Tels sont, par exemple , les arsenicaux ,
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qui, d'après le témoignage de plusieurs observateurs d'un haut mérite, paraissent avoir une efficacité particulière pour la guérison des cas dont il s'agit : je n'ai pas craint, quant à moi , de les prescrire et d'y insister hardiment ; et ils m'ont quelquefois réussi à merveille.
ARTICLE ZI