FIÈVRE INTERMITTENTE VULGAIRE
1Ù53. Bibliographie. — (IUUU.). — Sennert. — (De febribus , lib. IV. "Wittembcrg, 1619, in-8°). — Lib. If, c. xvi, De febribus intermittentibus; — c. xvil, Detertianâ intermittente; — c. xviil, De quotidianâ intermittente; — c. xix , De quartanâ intermittente. — La lecture de ce célèbre classique du XVIIe siècle n'est, assurément, guère utile aujourd'hui pour la pratique de notre art. Et à Dieu ne plaise que nous conseillions aux néophytes de débuter par là ! Mais, une fois qu'on s'est rendu familière la science actuelle, il est intéressant de voir ce qu'était la science d'autrefois, peu de temps encore avant l'ère ouverte par l'avènement du quinquina ; dans quel fatras de nosologie humorale et de vaine thérapeutique elle restait encore plongée. Quels progrès n'a-t-on pas faits depuis lors dans la connaissance et le traitement des fièvres intermittentes! Là est une des réponses les plus solides et les plus péremptoires aux injustes reproches des gens du monde, et même de certains savans , qui prétendent avec un étrange aplomb que la médecine n'a rien ou presque rien gagné depuis Hippocrate.
Sauvages. — (Nos. meîh. — Class. II , Febres, ord. m, F. intermittentes)— Gen. ix, Quotidianâ; — gen. x, Tertiana; — gen. XI , Quartana ; — gen. xil, Erratica (accès laissant entre eux un intervalle de cinq , de sept, de huit, de neuf, de dix jours d'intervalle, ou même davantage).
TRNKA. Historia febrium intermittent ium , omnis œvi observata et inventa illustriora medica, ad lias febres pertinentia, complectens. Vienne, 1775, in-8".
J.-P. Frank. — (Decurand. hominum morbis). Class. I , Febres . ord. I, Febris periodica intermittens légitima.
FiZEAU. Recherches et observations pour servir ùl'liistoire des fièvres intermittentes. Th. inaug. Paris, 1803, n° 225.
AUDOUARD. Recherches sur la contagion des fièvres intermittentes. Paris, 1818, in-8". — Opuscule paradoxal, que jene cite qu'à raison même de l'étrangeté de sa doctrine. Pour admettre la prétendue contagion dont il s'agit, fauteur s'est principalement fondé sur les analogies symptomatologiqucs de la fièvre intermittente avec la fièvre jaune, le typhus ot la peste, (rois maladies contagieuses ou du
moins assez généralement reconnues pour telles, et qu'il considère, quant à lui, comme étant d'une nature identique à la lièvre intermittente. Les quelques faits qu'il relate à l'appui de ce paradoxe ne sont rien moins que concluans , et peuvent s'interpréter tout autrement. Si cet estimable médecin des armées impériales adroit, d'une part, à nos éloges pour avoir bien vu et bien reconnu , dans le cours de ses campagnes à travers toute l'Europe , l'intoxication paludéenne déguisée sous une forme continue , typhode , iclérode , il encourt, d'autre part, le juste reproche de s'être élevé de là à une généralisation tout à fait erronée , et d'avoir confondu avec l'intoxication paludéenne des maladies qui n'en dépendent aucunement et pour lesquelles le quinquina ne montre plus la même vertu. .Notons, au surplus, que M. Audouard croit devoir accuser pour cause organique de la fièvre intermittente l'engorgement de la rate, doctrine si vivement défendue aujourd'hui par M. le professeur Piorry.
— De la périodicité des fièvres intermittentes, et des causes qui la produisent. Paris , 1846, in-8" — Brochure où M. Audouard revendique la priorité de l'idée qui consiste à voir dans la rate le siège de la maladie.
Chomel. — {Des fièvres et des maladies pestilentielles. Paris, 1821, in-8°). 1" partie, chap. îx et suiv.
— Observations relatives à l'emploi de la poudre de houx dans le traitement des fièvres intermittentes. (Dans les Mém. de l'Acad. roy. de méd., année 1833.)
Joseph Frank. —(Praxeos medicœ universœ prœcepta) — T. I, Leipzig, 1826, in-8"). — Cap. n, De febribus intermittentibus'.
Piorry. Recherches sur les maladies de la rate, sur les fièvres intermittentes, et sur le traitement des unes et des autres. ( Dans le Journ. des connaiss. médico-chir., février 1843.)
Bretonneau. Médication curât ive de la fièvre intermittente ( Dans le Journ. de méd. de M. Trousseau, mars 1845.) — Vingt aphorismes substantiels, où le célèbre praticien tourangeau a résumé sa longue et précieuse expérience.
Petzold. Sur le-diagnostic, la marche et le traitement de la fièvre intermittente chez les très jeunes enfans. (Dans le Journ des conn médico-chir., avril 1846. — D'après un journal allemand )
Bolchar. >AT. Remarques sur l'emploi du quinquina dans les fièvres intermittentes, précédées d'une observation de fièvke inter
MITTENTE RÉCIDIVANT ANNUELLEMENT depuis 44 ANS ( Dans GnJ
méd. , année M8 , n" 4.)
1454. De fiction. -Sous le terme de Fièvre intermittente vul qaire, nousentendonspar excellence, et nous posons ici, à titre de genre"
un groupe nosographique unanimement reconnu par les médecins comme étant tout à fait à part , et dont voici les trois points caractéristiques : 1" Série d'accès fébriles qui laissent entre eux un intervalle d'apyrexie complète et se reproduisent avec une périodicité parfaite ou à peu près ; 2° Intoxication paludéenne pour cause évidente ou très présumable du mal ; 3" Absence de symptômes pernicieux et qui soient de nature à entraîner la mort dans l'accès même, ou du moins à la faire paraître imminente.
Par le second point de cette définition descriptive (29. B.), nous excluons les cas de fièvre intermittente symptomatique d'une tuberculisation pulmonaire, d'un cancer, d'un scorbut, d'une chlorose, etc., etc. : cas assez communs , sans doute, mais pourtant , je me hâte de le remarquer , généralement inoins tranchés , moins nets , moins accentués que les fièvres intermittentes essentielles, franches, légitimes, exquises, etc.
Par le troisième et dernier point, nous exceptons ou plutôt nous réservons les fièvres intermittentes pernicieuses, pour en faire, comme il a été dit déjà , un genre à part , qui sera l'objet de l'article suivant (art. III).
Peut-être qu'à l'égard de la dénomination par nous adoptée pour le genre nosographique ici en question, on nous reprochera quelque peu d'arbitraire, et qu'on nous querellera pour le sens convenlionnellement restrictif dans lequel nous prenons cette dénomination. Mais , quant au fond des choses et à l'institution même du genre, nous nous sentons irréprochables et à l'abri de toute objection grave. Après tout, plutôt que d'avoir recours à la laborieuse et assez ingrate création de quelque dénomination néologique, nous n'avons fait que nous conformer au langage usuel des praticiens. Toutes les fois, en effet, qu'au lit du malade le médecin, dans son diagnostic, accuse la fièvre intermittente tout court, ne sait-on pas que par là il veut dire une fièvre intermittente essentielle , et non pas quelque fièvre symptomatique de phthisie pulmonaire, de chlorose ou de toute aulre maladie.
1Ù55. Synonymie. — A. Fièvre d'accès ; — Fièvre de marais; — Fièvre périodique ; etc.
B. La langue anglaise a le mérite, et peut-être est-elle la seule entre tous'les idiomes du monde, d'avoir un terme à part pour la désignation spéciale d'une maladie aussi réellement à part que la fièvre intermittente bien tranchée et bien franche. Ce terme, c'est le mot Ague (prononcez: aiguiou). Combien de fois, nous autres praticiens français, n'avons-nous pas à faire entendre raison aux gens du monde qui, trompes par la similitude des noms, veulent que, dans un cas de fièvre typhoïde, par exemple, nous recourions à la quinine et coupions court à la maladie comme en cas de fièvre paludéenne ! Sans doute que nos confrères d'outre-Manche , grâco ait nom particulier sous lequel ils désignent la
fièvre intermittente, ne sont que peu ou point importunés d'une pareille requête.
1656. Quelques mots concernant l'étiologie. — (U47-9.). — Je l'ai déjà dit plus haut , mais je crois bon de le répéter encore ici : dans la plupart des cas, même hors des pays marécageux , comme , par exemple, à Paris même, la fièvre intermittente franche et bien dessinée reconnaît incontestablement, si l'on prend la peine de se bien renseigner, un mode quelconque d'intoxication paludéenne pour condition principale d'origine, et, comme on dit, pour cause spécifique, soit impression directe et toute récente de miasmes paludéens, soit intoxication de plus ou moins vieille date et passée à l'état de diathèse. C'est ce que, pour mon compte, j'affirme avoir constaté, surtout dans la pratique en ville, où il est plus facile d'obtenir des renseignemens exacts et complets que dans la pratique d'hôpital. C'est ce qui résulte du témoignage de maints et maints observateurs : je citerai, entre autres, M. Piorry (loc. cit.). Eh bien , donc, encore un coup, pour le petit nombre de cas dans lesquels nous ne pouvons aucunement découvrir d'où l'intoxication paludéenne s'est produite, il me paraît infiniment plus logique de l'admettre que de la nier. Qu'y a-t-il d'étonnant , qu'y a-t-il d'incroyable qu'un homme devienne en butte, sans s'en douter, sans s'en apercevoir, à l'action de quelque foyer miasmatique ? A l'égard des varioleux, par exemple, réussissons-nous toujours à constater d'où et comment chacun d'eux a reçu la contagion.
Bien entendu , au surplus , qu'en professant ce qui précède , nous mettons de côté les cas de fièvre intermittente symplomatique, qui , je me hâte de le remarquer, n'ont en général, ni sous le rapport du type, ni sous le rapport de la forme et des stades de l'accès même, le cachet propre à la marche des fièvres intermittentes paludéennes, ou du moins de la plupart d'entre elles, et ne reconnaissent pas du tout le quinquina pour leur spécifique.
La diathèse paludéenne une fois créée dans le corps humain, demeurât-elle latente nombre d'années, il se peut qu'à l'occasion d'un ébranlement quelconque de la santé, à l'occasion, par exemple, d'un refroidissement, d'une indigestion, d'un cathétérisme pénible, etc., etc. on voie apparaître tout à coup la fièvre intermittente. C'est en pareille occurrence qu'un esprit superficiel ou prévenu méconnaîtra la cause spécifique du mal, pour n'accuser qu'une cause occasionnelle banale.
H57. Esquisse d'un accès. — A. En règle, sinon universelle et absolue, du moins très générale et à peine démentie par quelques exceptions, l'accès se compose de trois périodes bien distinctes, plus particulièrement désignées sous le terme de stades, et dont voici les noms, les caractères, et l'ordre de succession.
a. Premier stade , ou stade de froid. Figuroz-u>us , scion les divers cas, tous les degrés possibles: 1° depuis la sensation d'un léger et su-
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pcrficiel refroidissement du corps jusqu'à celle du froid le plus glacial et qui atteigne au fin fond des organes ; — 2° depuis la plus faible apparence de ce qu'on appelle chair de poule, jusqu'au frisson le plus violent, avec le plus bruyant claquement de dents, avec le plus affreux tremblement de tous les membres; — 3° depuis la simple pâleur de la peau, jusqu'à la teinte violacée la plus sombre du visage , des doigts, des orteils et des ongles.
(?. Second stade , ou stade de chaleur. Chaleur plus ou moins brûlante partout le corps, tant au dedans qu'au dehors, mais pendant laquelle la peau reste sèche ou offre à peine les plus faibles traces de moiteur. Notons bien, au surplus, que ce n'est point par un saut brusque, mais par une transition graduelle, que l'accès passe du premier stade à Celui-ci, puis de celui-ci au suivant.
y. Troisième stade , ou stade de sueur. La transpiration se déclare, augmente, et ruisselle jusqu'à inonder en quelque sorte toute la surface du corps , avec détente graduelle , puis enfin cessation complète de la chaleur et de la fièvre.
B. Notons tout de suite que, parfois, mais assez rarement, l'un des stades ci-dessus (A ) indiqués dure à peine assez de temps pour se faire apercevoir, ou même n'a pas lieu du tout. Tantôt, par exemple , l'accès débute sans frisson et par le soudain développement de la chaleur fébrile. Tantôt il se termine sans sueurs, tantôt au contraire il ne tourne du froid au chaud que pour entraîner immédiatement la crise sudoi aie. Une anomalie encore bien plus rare, c'esi l'interversion des stades dans leur enchaînement successif, ce qui , assure-t-on , s'est quelquefois vu : soit, par exemple, une sueur avant-courrière du stade de chaleur sèche, soit une invasion tardive du froid et survenant en plein accès de fièvre, au lieu d'être initiale.
C. Quoi qu'il en soit , outre les phénomènes caractéristiques de chacun des stades de l'accès , le fébricilant éprouve toujours un certain nombre de ces symptômes qui sont propres à tout appareil fébrile : céphalalgie, soif, courbature générale, anxiété, abattement des forces, etc. D'ordinaire, mais non pas toujours, les urines sont briquetées.
D. De plus, en certains cas, l'accès ramène constamment des symptômes spéciaux du côté de quelque organe qui se monlre particulièrement souffrant au milieu du trouble général de l'économie. Chez tel malade, il y a d'opiniâtres vomissemens; chez tel autre, un point de côté; chez celui là, une hémoptysie ; chez celui-ci, de vives coliques, ou bien une urticaire (3 25. G.), etc. J'ai déjà cité ailleurs (31 6. J.) un cas de ma propre pratique, cas peut-être unique dans les fastes de. l'art, et, assurément, fort singulier, où l'érylhème rubéoliforme se montra uni aux accès d'une fièvre tierce. Mais, je me hâte de le remarquer, si les symptômes spéciaux dont nous nous entretenons offrent un haut degré de gravité, et vont jusqu'à menacer sérieusement les jours du malade,
alors le cas ne rentre plus dans la sphère du présent article; il appartient à l'article suivant (art. III), dans lequel, comme on sait, nous devons étudier la fièvre intermittente pernicieuse.
E. La durée totale d'un accès de fièvre intermittente varie extrêmement selon les cas. Ici , une heure ou même moins encore ; là , vingtquatre heures ou davantage. Quant à la durée de chaque stade , on n'observe point de proportion constante qui la règle et l'assujettisse. Rien de plus variable que le rapport qu'elle offre, dans les divers cas , soit avec la durée totale de l'accès , soit avec la durée particulière de chacun des deux autres stades.
Iùô8. Type. — (51. B ). — A. Il y a trois types principaux de fièvre intermittente : c'est à savoir les plus ordinaires , si ce n'est même les seuls, que nous ayons à reconnaître comme particulièrement liés à l'intoxication paludéenne. Ce sont donc :
a. Le type quotidien, où les accès ont lieu tous les jours; type relativement rare en France, ainsi que dans tous les climats analogues ; réputé avec assez de fondement par bien des auteurs pour être, en général, au début du drame morbide , l'effet et l'indice d'une intoxication plus forte , et, toutes choses égales d'ailleurs , plus opiniâtre que celle qui se manifeste sous le type tierce. Il va sans dire que, dans le type quotidien , chaque accès doit nécessairement s'accomplir en moins de vingt-quatre heures (H57. E.); sinon, il n'y aurait plus d'intervalle apyrétique, et la fièvre, au lieu de s'appeler intermittente , ne pourrait plus que mériter encore le nom de rémittente.
S. Le type tierce , c'est lorsque les accès ne 'reviennent que de deux jours l'un, ou, suivant une manière de parler non moins ordinaire, tous les deux jours. Autrement dit encore , ce qui met en parfaite lumière l'étjmologie du terme, c'est au troisième jpur, à dater de celui de l'accès précédent, qu'il arrive un nouvel accès. Le type tierce est, du reste, le cas incomparablement le plus commun en France , et surtout à Paris.
y. Le type quarte , c'est lorsque la fièvre ne revient qu'une fois tous les trois jours; ou bien, en d'autres termes , lorsque ses retours se font le quatrième jour à dater de l'accès précédent. Généralement , "il y a deux jours entiers d'intermission d'un accès à l'autre; car il est bien rare, après tout , que la durée de chaque accès outrepasse vingt-quatre heures. Quoiqu'il en soit, d'ailleurs , le type quarte ne se rencontre guère comme forme initiale de l'intoxication paludéenne et à litre de première aliarjue de la fièvre intermittente; mais il est plutôt l'expression d'une diathèse paludéenne de vieille date et qui a déjà poussé , pour ainsi dire, de profondes racines dans l'économie animale; et , d'ordinaire, il ne se montre qu'à litre deutéropalhique, consécutivement à de nombreux retours de lièvre quotidienne ou tierce.
B. Mentionnons particulièrement, après cela, deux types secondaires,
280 Ipathologil médicale.
mais que, pour mon compte, je déclare avoir parfois rencontrés dans la pratique comme formes incontestables de l'intoxication paludéenne. Ce sont : 1° la fièvre bi-quotidienne ; 2° la lièvre double-tierce.
a. La fièvre bi-quotidienne offre, comme l'indique son nom même, deux accès par jour. C'est là, au surplus, un cas très rare.
g. La fièvre double-tierce est celle dont les accès reviennent tous les jours, mais avec celte particularité que, au lieu d'être semblables ou à peu près semblables entre eux d'un jour à l'autre, et de présenter ainsi la franche allure du type quotidien, ils ne se ressemblent pour l'heure d'invasion, pour la durée, pour l'ensemble des symptômes, que de deux jours l'un. Il est jusqu'à un certain point permis de dire qu'il y a là deux fièvres tierces qui se compliquent et alternent l'une avec l'autre. Mais gardez-vous 5e croire, quoi qu'en aient dit bien des vieux auteurs, gardez-vous de croire que la double-tierce soit plus commune que ne l'est la vraie quotidienne. Si on l'a cru jadis, c'est que, pour faire cadrer les faits de la pratique avec des préjugés galéniques, avec une fausse doctrine touchant certains caractères prétendus essentiels à chaque type, on s'ingéniait trop souvent à voir, bon gré, mal gré, la double-tierce dans des fièvres de type quotidien, dût-on invoquer pour cela des différences insignifiantes ou même purement imaginaires.
C. Je ne citerai que pour mémoire les autres variétés que lesauteurs, surtout ceux d'autrefois, ont distinguées dans le type tierce et le type quarte, avec une minutie plus scolastique qu'avantageuse à la pratique de l'art : c'est à savoir, 1° la tierce doublée, qu'il ne faut pas confondre avec la double-tierce (B. et qui consiste en deux accès répétés le même jour à la suite d'un jour entier d'inlermission ; 2° la doublequarte, qui se répète deux jours de suite, fait défaut le troisième, et revient le quatrième pour recommencer le même cycle; 3° la triple-quarte, dont les retours sont quotidiens, mais en ne reproduisant des accès semblables l'un à l'autre que de trois en trois jours ; h° la quarte doublée, qui ramène deux accès le même jour après deux jours entiers d'inlermission ; 5° la quarte triplée, qui a trois accès en un jour, puis le même intervalle d'apyrexie que dans le cas qui précède; etc., etc. Toutes distinctions bien plus applicables, je ne crains pas de le dire, aux bizarres intermittences des fièvres de grande suppuration et des fièvres hectiques qu'aux irrégularités si rares de la périodicité naturelle des fièvres paludéennes.
D. Devons-nous rapporter au type intermittent, et considérer comme une de ses variétés la fièvre désignée autrefois sous le nom àliémitritée, cette fièvre tant fameuse et tant maudite dans la médecine antique? (Hfii- TfiiTaîoî Hipp. , de JÏpt, demi, et TpiraToç, tierce. — Semitertiana de la moderne latinité. — Comme qui dirait, en français une demi-tierce). A en juger d'après l'autorité de Celse (Lib. III, c. II, sect. 5), l'hémitritée serait, en effet, une variété particulière de fièvre tierce, se carac-
MALADIES D'JNTOXIGATION PALUDÉENNE. 281
térisant par la prolongation de l'accès au delà de vingt-qualre heures , et quelquefois même jusqu'à trente-six heures , et justifiant ainsi l'étyinologie de son nom par celte durée d'un jour et demi ou à peu près (un jour entier au type tierce, plus la moitié ou presque la moitié du jour intercalaire). D'un autre côté, suivant Galien (De la différence des fièvres. — Liv. II, chap. 8), il faut appeler hémitritée une fièvre rémittente qui a des redoublemens tous les jours, mais surtout, de deux jours l'un, un redoublement très intense et des plus manifestement caractérisés par la violence du stade de frisson; en un mot , une fièvre rémittente à type moitié tierce, moitié quotidien. Lequel de ces deux auteurs a raison ? Lequel des deux représente le mieux le vrai sens, le sens hippocratique du terme dont il s'agit ? Est-ce Celse, comme étant plus voisin du siècle d'Hippocrate? Est-ce Galien, lui si jaloux d'interpréter fidèlement le langage de l'oracle deCos, et si compétent, comme écrivain grec et comme grand médecin , pour celte tâche-là? Après tout , c'est là un problème de pure érudition, un problème dont les praticiens d'aujourd'hui n'ont guère à se soucier : je n'y insisterai pas davantage. Le prenne à cœur et le résolve qui voudra.
E. Mais une question plus capitale, et qui concerne le fond même des choses, c'est la question de savoir s'il y a réellement des fièvres qui aient pour loi naturelle de revenir à intervalles plus longs que dans le type quarte; de ne revenir, par exemple, qu'au cinquième jour (Fièvre quintane des auteurs); qu'au sixième jour (F. sextane); qu'au septième jour (F. septimane) ; qu'au huitième jour, ou, comme on dit, de huitaine en huitaine (F. octane) ; qu'au neuvième jour [F. nonane), etc. En un mot, la nosographie doit-elle voir là autant de types spéciaux? doit-elle les reconnaître et les admettre à autant de titre que les types quotidien , tierce et quarte ? Nous répondrons hardiment non. Ce n'est pas, certes, que nous nous inscrivions en faux contre les cas, d'ailleurs si peu nombreux , dans lesquels une semblable périodicité de la fièvre s'est offerte à l'observation, et qui ont élé enregistrés dans les fastes de l'art sur la foi de témoignages plus ou moins authentiques. Nous ne les nierons pas le moins du monde, à Dieu ne plaise. Mais, eu égard à leur extrême rareté, rareté telle que ni Galien ni bien d'autres médecins tant anciens que modernes n'ont pu rien observer de pareil dans le cours de la pratique la plus étendue, nous n'hésiterons pas à ranger ces cas-là parmi ce qu'on est convenu d'appeler les jeux du hasard. C'est avec très peu de fondement, en effet, qu'on accuserait là une périodicité essentielle à la nature même de la maladie , une périodicité produite par le seul fait des libres allures de la maladie une fois déclarée et abandonnée à elle-même. N'est-il pas beaucoup plus rationnel de croire que, en pareil cas , les retours de la fièvre sont à chaque fois occasionnés par quelque cause accidentelle? Il y n là, sans doute, il y a là tout simplement une série de ces récidives qui , la diathèse paludéenne une fois
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créée, naissent avec tant de facilité sous le coup de toutes les causes oc-, casionuelles banales, et peuvent fort bien, par hasard, se trouver quelquefois reproduites à intervalles égaux et comme à jour préfet; Ainsi, par exemple, lorsque, dans ces derniers temps, feu Mondière , cet observateur si distingué et si regrettable , prétendait particulièrement revendiquer les droits nosograpbiques du type octan (ou hebdomadaire) et publiait quelques faits à l'appui {Revue médicale , juin 18^3, p. 162 et suiv.), il remarquait, sans paraître avoir lui-même senti toute l'importance de la remarque, qu'en général , dans les cas de cette sorte, le jour d'accès était le dimanche ou le lundi. Or le dimanche n'est-il pas précisément le jour où l'on chôme, — où l'on fait bombance et ribote , — où l'on s'émancipe, peu ou prou, de son train de vie ordinaire, — où l'on s'habille autrement que de coutume, etc. ? — Quoi de plus naturel que, par suite de semblables changemens de régime , la fièvre se réveille le jour même ou le lendemain ? Mondière lui-même nous en fournit un exemple tiré de sa propre pratique, un exemple des plus clairs et des plus convaincans.
F. Enfin, pour compléter et clore ce rapide aperçu des variétés de la fièvre intermittente sous le rapport du type , disons un mot , mais rien qu'un mot, de ce que l'on appelle le type subintrant. Bornons-nous à noter que , sous le nom de fièvre subintrante , on entend distinguer, dans l'école, les cas où les accès, que la fièvre soit d'ailleurs quotidienne, tierce ou quarte, laissent à peine entre eux, tant ils sont de longue durée, un temps sensible d'inlermission. Aussitôt qu'un accès se termine, un autre recommence; et ainsi les accès arrivent presque à s'emboîter, à entrer l'un dans l'autre. Mais ces cas-là, il faut le dire, tiennent de fort près au genre des fièvres rémittentes, lequel doit , comme on sait, avoir son article ci-après. Et à peine se peut-il que , dans la pratique, les fièvres subinlrantes se fassent quelquefois distinguer des fièvres rémittentes : car le médecin, presque jamais, ne sera là pour constater les courts instans d'apyrexie. Au surplus, peu importe pour la guérison du malade.
1 Zi 5 9 . Aperçu du cours entier d'une fièvre intermittente vulgaire. — A. Rien de plus variable que le nombre d'accès, ou bien, autrement dit, la durée totale d'une fièvre intermittente abandonnée à elle-même ou, ce qui ne vaut pas mieux, traitée par des remèdes insignifians , par des remèdes sans vertu ou d'une vertu insuffisante, en un mot, par d'autres remèdes que le quinquina. Surtout, gardez-vous bien de croire , sur la foi d'assertions antiques et léguées à la science par le numérisme pythagorique, que celle maladie est soumise à la loi du nombre sept; qu'elle a pour règle, en quelque sorte, de durer jusqu'au septième accès et de s'en tenir là. Les faits démentent complètement un pareil préjugé. Pour quiconque voudra les interroger et en tenir bien compte . soit en compulsant les archives de l'observation, soit en notant avec soin ce qu'il a occasion de voir par lui-même en ce genre dans la carrière de la pra-
. tique , il ne peut plus y avoir aucun doute là-dessus. Tantôt la fièvre laissée à elle-même ne va pas jusqu'au septième accès ; tantôt, au contraire, elle se renouvelle encore par delà cette prétendue limite, et même, chez bien des sujets, prolonge la série de ses accès pendant une durée considérable.
B. Toujours est-il qu'au bout d'un plus ou moins grand nombre d'accès, la lièvre intermittente vulgaire, même sans le secours d'aucune médicamentation, finit en général par s'éteindre naturellement et par faire place, si elle n'a duré que peu de temps, à un étal de santé tel ou à peu près tel qu'auparavant, et, si elle s'est prolongée outre mesure, à un simple état d'anémie (167. A. S.). Elle ne tue jamais les malades: cela résulte de sa définition même (1454.). Parler de fièvres intermittentes dont on meurt, c'est parler de ces fièvres pernicieuses que la nosographie doit classer à part et qui font l'objet de l'article suivant Mais ne se peut-il pas qu'une fièvre intermittente vulgaire , qui va s'exaspérant , s'ag'^ravant d'accès en accès, vienne à se changer en fièvre pernicieuse? Je n'ai garde de le nier : toutefois, je ne le crois guère possible, ou du moins je le tiens pour une éventualité des plus rares, à moins d'un surcroît d'intoxication par une nouvelle absorption de miasmes paludéens. 11 est une autre terminaison par transformation, où la fièvre intermittente vulgaire peut encore aboutir, et même , à ce qu'il me semble du moins, plus ordinairement qu'à la fièvre pernicieuse; c'est le passage de la maladie à la forme de fièvre rémittente ou continue (pseudo-continue), lorsque les accès deviennent successivement de plus en plus longs jusqu'à se confondre enfin l'une dans l'autre.
C. Revenons sur le fait de la guérison toute naturelle et, pour ainsi dire, toute spontanée des fièvres intermittentes. Car c'est là un point capital et dont il importe de se bien convaincre. Pour en reconnaître la vérité , il suffit, ce me semble, de jeter un coup d'œi! sur les écrits de pyrétologie antérieurs à la découverte du quinquina; et, assurément, dans ces archives de la science, la sagacité la plus commune discerne le plus aisément du monde, sous les services apparens de tant et lant de remèdes divers , le vrai rôle , le grand rôle de la nature médicatrice. Mais, sans cela , et , disons même, mieux que cela , combien n'y a-t-il pas eu, combien, de nos jours encore, n'y a-t-il pas d'observateurs qui ont vu, de leurs yeux vu, forcément ou à dessein, la libre marche des fièvres intermittentes aboutir à parfaite guérison sans l'aide d'aucun médicament ! Je citerai, entre autres, les observations de Pinel {Médecine clinique, pag. a59 et suiv.) ; je citerai celles de M, Chomel (Mémoire sur la poudre de houx) ; je citerai les miennes propres, que je fis autrefois dans le but d'apprécier la salicine, et dont je rendrai compte ciaprès. Si j'insiste sur Je point ici en question, ce n'est pas, à Dieu ne plaise, pour autoriser le praticien à négliger la médicamenlation quinique, à t ii ajourner la prescription, à temporiser sans motif et une fois le
mal bien reconnu. Loin de là. Mais c'est pour mettre en garde notre, esprit contre les illusions d'un trop facile acquiescement aux assertions des novateurs qui , de temps à autre, viennent nous vanter de prétendus fébrifuges , de prétendus succédanés du quinquina , sur la foi de quelques guérisons plus ou moins lentement obtenues dans des cas peu graves.
D. Dans bien des cas, on voit une fièvre intermittente passer immédiatement d'un type à un autre. Et, en pareille occurrence, toute la série des accès, si longue qu'elle soit, et changeât-elle de type à plusieurs reprises, ne saurait être envisagée que comme formant, chez l'individu donné, les phases diverses de l'évolution d'une maladie unique , et non pas deux ou trois, venues l'une au bout de l'autre. La fièvre passe-t-elle du type tierce au type quotidien : c'est tant pis. Au contraire , de quotidienne devient-elle tierce : c'est tant mieux. Si parfois la fièvre tierce, en se prolongeant outre mesure faute de traitement ou malgré les meilleurs soins , dégénère en fièvre quarte , ce n'est guère lors d'une première attaque, mais en général après plus d'une récidive.
E. Des deux types, le type quotidien et le type tierce, par où la fièvre intermittente a coutume, du moins chez la plupart des sujets, de faire ses débuts, d'accomplir ses premières attaques, le type quotidien est celui sous lequel, étant abandonnée à elle-même, elle dure le plus longtemps , en règle générale. C'est ce que Pinel , entre autres maîtres de l'art, a fort bien constaté par bon nombre d'observations comparatives; tout compte fait , il a vu assez fréquemment des cas de fièvre quotidienne durer ainsi trente-six, trente-sept, quarante jours et plus [Méd. clin. , p. 467) , tandis qu'au contraire il voyait la plupart des fièvres tierces, traitées ainsi d'une façon expeclante ou h peu près, en un mot sans le secours du quinquina , s'éteindre au onzième accès , ou même auparavant, c'est-à-dire, au troisième accès , au quatrième, au cinquième, etc. [Méd. clin., p. 459). Que d'autorités ne pourrais-je pas citer encore à l'appui de cette triste prérogative de la fièvre quotidienne ! Mais il faut que je me borne. Encore bien moins irai-je insister sur l'opiniâtreté naturelle à la fièvre quarte : c'est là un point des plus rebattus; vérité jadis proverbiale, et, comme telle, tant de fois rappelée dans les jurons et les maudissons de l'ancienne comédie, jusqu'à ce que les exemples en devinssent, grâce à l'avènement du quinquina, incomparablement moins communs.
1460. Anatomie pathologique. — A. Il est un vice organique qui se montre lié à la fièvre intermittente ; je ne parle , encore un coup , que de la fièvre intermittente essentielle, vraie, ou paludéenne, comme on voudra la qualifier, et, en un mot, telle que nous la prenons et l'entendons dans le présent chapitre. Ce vice organique, c'est une intumescence plus ou moins volumineuse, plus ou moins compacte, de la rate. Sans doute, il n'y a pas de nombreuses occasions de le constater par au-
topsie : j'ai déjà dit, et je répèle que la fièvre intermittente vulgaire ne fait pas mourir; la mort, durant cette maladie, ne peut avoir lieu que très rarement par suite de quelque accident, de quelque complication exceptionnelle. Mais enfin les quelques autopsies procurées par un hasard quelconque en plein cours de fièvre intermittente vulgaire, celles, qui se font chez des sujets restés longtemps tributaires de celte maladie et morts ensuite de façon ou d'autre au bout d'un an ou deux et davantage , celles qui se font chez les victimes de la fièvre intermittente pernicieuse et des aulres formes d'intoxication paludéenne grave et éminemment dangereuse; la douleur plus ou moins sourde, plus ou moins vive, del'hypocondre gauche, si commune pendant les accès, et même, bien des fois, persistante pendant l'apyrexie; les données les plus positives et les plus certaines de la palpaiion et de la percussion sur le vivant même : tout, en un mot, concourt à faire reconnaître, et, partant, tous les pathologistes reconnaissent l'intumescence splénique comme un des effets constans de l'intoxication paludéenne. Dans le principe , celte intumescence , principalement, si ce n'est même uniquement, due à l'hypérémie, peut se résoudre et disparaître aussi vite et aussi aisément qu'elle s'est produite : puis, à la longue, elle acquiert tous les caractères d'une hypertrophie confirmée, d'une induration irrévocable. Au reste, pour déplus amples renseignemens concernant ce vice analomique, les obscurs problèmes de sa genèse hypérémique, inflammatoire ou hypertrophique, les symptômes particuliers qu'il présente, les indications thérapeutiques auxquelles il peut donner lieu, voyez, en Nosographie organique, l'article Hypérémie splénique (193-5), l'art. Splénite (637.), et l'alinéa 690. J. du chapitre des Hypertrophies.
B. M. Piorry professe avec la conviction la plus décidée que l'affection de la rate doit être considérée comme la cause organique de la fièvre intermittente. C'est là une des thèses dont il s'est fait plus particulièrement le champion. Il l'a défendue avec toutes les ressources de son vaste savoir et desavive dialectique, dans nombre d'écrits (mémoires ad hoc, articles de journaux et de dictionnaires , chapitres ou paragraphes de traités généraux), auxquels nous renvoyons les lecteurs curieux d'approfondir un semblable sujet. Que chacun se fasse là-dessus une opinion en examinant par lui-même les raisons pour et contre. Quant à moi, je m'abstiens ici d'engager une controverse qui, pour être vidée à fond, exigerait de longs développemens et usurperait trop d'espace, et qui, après tout, n'offre que peu ou point d'intérêt sous le rapport pratique. Tout ce que je dois dire, c'est que la doctrine de M. Piorry ne paraît pas jusqu'à présent avoir la majorité des suffrages, et que, pour ma part, après mûre délibération , je ne saurais y accorder le mien. A mes yeux, comme à ceux de tant d'auteurs anciens et contemporains, l'intumescence splénique n'est qu'une affection secondaire et symptomatique, et non pas génératrice, de la fièvre intermittente.
1461. A quoi aboutit T étude ovah/tique du sang, dans le cours de* fièvres intermittentes '/ — A rien , il faut l'avouer , quant à présent du moins. MM. Andral et Gavarrel, après avoir examiné, dans un assez bon nombre de cas, le sang tiré aux malades, soit que la saignée eût été faite pendant l'accès même ou pendant l'apyrexie, n'en ont eu rien , absolument rien , à conclure. Aucun vice matériel du sang ne leur a paru se trouver en rapport de coexistence, encore bien moins en rapport de causalité avec les atlaques de fièvre intermittente. Ni augmentation de fibrine, ce que nous avons vu être le propre de la plupart des phlegmasies aiguës (28/i.); ni, non plus, diminution de fibrine, ce que nous verrons être un des élémens ordinaires de la fièvre typhoïde. Pas plus que la pléthore, l'anémie n'est pas une condition constante et primordiale des fièvres intermittentes. Seulement, et cela se conçoit de reste, l'anémie ne manque jamais de se produire à la longue, et puis persiste plus ou moins longtemps après la guérison de la fièvre.
Ainsi donc , l'hématologie positive reste muette sur le compte des fièvres intermittentes. Et si , ce qui paraît fort probable , l'intoxication paludéenne ne s'accomplit pas sans altérer le sang , toujours est-il que la chimie, quant à présent, ne peut en aucune façon constater celle altération, pas plus qu'elle ne constate l'existence des miasmes paludéens dans l'atmosphère.
l/!i62. Un mot de réflexion sous le rapport nosographique . — Que bien des esprils ne veuillent pas souscrire à la légitimité de noire nosographie étiologique, ni, surtout, y classer, avec nous , toutes les fièvres intermittentes dites essentielles ou franches, sous la rubrique de l'intoxication paludéenne, mais ne se fassent pas scrupule de repoui-ser tout de suite notre doctrine comme un paradoxe inacceptable; je le comprends sans peine, et je suis bien loin d'espérer, à cet égard-là, l'unanimité des suffrages. Tant il est naturel que, dans les questions qui ne peuvent être résolues par voie de démonstration péremptoire , mais qui doivent être tranchées par des considérations de simple probabilité, une grande divergence d'opinion se fasse et se maintienne entre les savans !
Que l'on revienne, si l'on veut , à la doctrine nosographique de Sauvages; que, d'après lui, et, disons même, d'après tous les pyrétologisles d'autrefois, on fasse des fièvres intermittentes un groupe dévolu à la nosographie symptomatique , un groupe où ces maladies-là soient toutes classées et distribuées en genres, espèces et variétés , suivant leur type et leurs symptômes, abstraction faite du point de vue étiologique dans un pareil classement : cela, en vérité, ne peut souffrir grande objection. Et, l'avouerai-je, peut-être fauL-il voir là, après tout, la solution la pli"; irréprochable; car, il u'y entre point d'élément hypothétique.
Qu'à l'exemple de iM. Piorry , et par une supposition , qui ne laisse pas d'avoir un certain degré de fondement, un certain air de vraisemblance, on mette les fièvres intermittentes dans le ressort de la nosogra-
MALADIES D'INTOXICATION PALUDÊLNNli. 287
pliie organique, en les imputant à la rate , voilà certes une solution encore fort admissible.
Mais, ce qui était, il faut le dire, une énormité nosographique , un classement ou plutôt un déclassement étrange en dépit des analogies les plus naturelles et les plus anciennement reconnues, c'est ce qu'avait fait Pinel, en attachant à la diversité des apparences symptomatiques et surtout à la diversité du type d'intermittence, infiniment plus d'importance qu'il ne le faut, et, par suite, en isolant les unes loin des autres, dans les différens ordres de la classe des fièvres, les intermittentes dé types différens. Ainsi, dans la Nosographie philosophique (66.), les quotidiennes sont censées appartenir à l'ordre des angioténiques et à celui des adéno- méningées; la tierce et la double tierce, à celui des méningogastriques; la quarte, aux adéno-méningées. Quel bizarre et faux système, grand Dieu ! Quoi de plus arbitraire et de plus inexact que de proclamer ainsi une prétendue relation de tel ou tel type avec tel ou tel ensemble de symptômes! L'auteur lui-même, au lit des malades, avouait uaïvement qu'il y avait des exceptions (Méd. clin., p. 50).
1463. Diagnostic. — A. Le point capital est de décider si l'on a réellement affaire à une fièvre intermittente idiopaihique , de nature paludéenne, ou bien à une fièvre intermittente symptomatique ; car , dans ce dernier cas, avoir recours à la quinine ne peut guère être chose' utile; et, surtout, c'est chose nuisible que d'y insister. L'exacte périodicité dû type quotidien, tierce ou quarte; la succession bien marquée et bien régulière des trois stades de l'accès; l'entière et parfaite paix de l'intervalle apyrétique; l'intumescence évidente de la rate; l'absence bien constatée de tout autre vice organique qui soit sujet à susciter des accès de fièvre plus ou moins réguliers : voilà surtout , ce qui fait très aisément reconnaître la nature idiopathique d'une fièvre intermittente. Mais je ne veux ici qu'indiquer la question, l'effleurer, non l'approfondir et l'épuiser. Car, combien n'y a-t-il pas encore de circonstances qui, à cet égard, possèdent une valeur séméiologique plus ou moins grande, et guident à bon droit le jugement du praticien expérimenté ! Dans les'cas très obscurs et de physionomie tout à fait équivoque , le traitement est une véritable pierre de touche ; le succès de la quinine lève tous les doutes. Mais, après tout, il faut l'avouer, comme la médicamentation quinique n'est ni toujours indispensable pour la guérisonni toujours infailliblement triomphante sans aucune exception , il se rencontre dans la pratique certains cas devant lesquels la théorie la plus approfondie est en défaut et dont la vraie nature reste une énigme indéchiffrable.
B. Je ne mentionnerai que pour mémoire, et comme un point curieux de pure érudition , la prétention singulière qu'eurent les anciens de diagnostiquer tout de suite, dès le premier accès, le tvpe d'une fièvre intermittente. Galien, par exemple , affirme hardiment,' dans son Tnké Des crises (livre II, chap. U), que le médecin incapable de reconnaître
au premier accès si une fièvre intermittente sera tierce, quarte ou quotidienne , ne mérite réellement pas le nom de médecin. Suivant cet illustre encyclopédiste de la médecine antique , le stade de frisson de la fièvre tierce aurait pour caractère de faire éprouver un froid des plus vifs et des plus pîquanset dont on se sent percé jusqu'au plus profond des os; la fièvre quarte, au contraire, ne se montrerait dans son début qu'avec un frisson assez faible et caractérisé, non par un froid extrêmement piquant, mais plutôt par celte sorte de froid qui abat, qui engourdit le corps ; la quotidienne, enfin, débuterait sans frisson proprement dit, mais par un état de simple refroidissement, de frissonnement peu sensible. Mais, hâtons-nous de le dire, toutes ces distinctions galéniques sont loin d'être réelles; l'expérience journalière y donne de nombreux et frappans démentis. Comment donc les Anciens s'y laissaient-ils tromper? C'est qu'en ce point-là, comme en maint autre sujet , ils pliaient, bon gré, mal gré, les faits au système par de spécieuses subtilités. Et, par exemple, ainsi que nous l'avons déjà remarqué en un autre endroit de notre article (1458. B. 6 ), ils s'ingéniaient, en présence d'une intermittente quotidienne qui ne cadrait pas avec leurs idées systématiques, ils s'ingéniaient à y voir une double-tierce.
1464. Thérapeutique. — (1452.) — A. Médecine expectante : voilà qui suffirait, à la rigueur, du moins dans l'immense majorité des cas , pour amener la guérison au bout d'un laps de temps plus ou moins long. Et c'est pourquoi tant de substances diverses ont pu ici faire illusion, et jouer au premier aspect, devant des yeux complaisans et peu sévères, le rôle de remèdes fébrifuges. Veut-on des exemples en ce genre ? Pour en citer, nous n'avons que l'embarras du choix. — Citerons-nous le nitre, d'après les éloges que, dernièrement encore, M. Briquet , n'hésitait pas à lui donner (Gaz. médico-chirurgicale, janvier 1846) ? — Citerons-nous la camomille, cette fleur en grand renom contre les fièvres dès la plus haute antiquité? — l'extrait cynarique.ou extrait d'artichaut, vanté par le docteur Moutain, de Lyon, comme un très bon succédané du quinquina [Gaz.méd., année 1838, p. 184)?— l'extrait mou des capsules encore vertes du lilas, préparation louée par M. Cruveilhier pour avoir été administrée à six malades qui guérirent {Médecine pratique éclairée, etc. , p i8i)?__]e Kinaabiad, ou kina blanc, que les Maures tiennent en vente sur les marchés de l'Algérie, etqui, au sentiment de MM. Mérat et Delens(T. V, p. 652) , paraît être l'écorce de myrte? —Citerons-nous enfin les écorces de cascarille {Croton cascarilla L.), de chêne, d'orme , de bouleau, de marronnier d'Inde, de tremble, de frêne, de saule commun, de saule marceau (Salix caprea L.), etc. ; les feuilles d'olivier, de frêne, de lycope [Lycopus europœus L.), etc. ; les racines des différentes espèces de plantain (Plantago major L., P. lanceolataL., etc.); le camphre, seul ou uni au nitre; l'huile acre du poivre; le pépérin; etc., etc.? Quel'catalogue interminable ne serait-ce pas, si nous devions énumérer
tous les prétendus fébrifuges qui ont eu tour à lour Jeurs prôneurs, leurs croyans, leurs dupes, et qui se trouvent étayés en apparence suides comptes rendus de cures plus ou moins nombreuses dont, en réalité, la nature a seule fait tous les frais !
B. Médicamentution quinique. — Voilà ce qu'il faut pour couper court très promptement, en peu de jours, à une fièvre intermittente vulgaire: du moins c'est une ressource infaillible dans la presque universalité des cas. La préparation la plus généralement employée aujourd'hui est le sulfate de quinine : soit en pilules, en potion ou en lavement, soit' par la voie endermique. Pour mon compte, ce sont les pilules que j'ai particulièrement coutume de prescrire dans ma pratique. Pilules contenant chacune 1 décigramme de sel fébrifuge , et ordonnées au nombre de quatre par jour: deux le matin et deux le soir; voilà, en règle ordinaire ma dose pour les adultes. Il importe bien de remarquer qu'afin de produire certainement l'effet voulu sur le plus prochain accès à venir, c'està-dire l'amendement notable, sinon la complète suppression de cet accès là même, on ne doit pas attendre les dernières heures de l'intervalle" apyrétique pour commencer l'administration du remède, mais se mettre à l'œuvre vingt-quatre ou trente-six heures avant l'instant d'invasion de l'accès. Ai-je besoin d'ajouter que si le mal résiste et ne s'amende aucunement, si les accès ne vont pas diminuant d'intensité et de durée il faut sans retard avoir recours à des doses plus fortes? Il est bien d'autres sels de quinine qui pourraient rendre les mêmes services que le sulfate : tels sont, par exemple, le laclate et le valérianate , dont il v .1 quelques années, un témoin d'un nom fort illustre, Lucien Bonaparte, (prince de Canino, aristocratiquement parlant), attestait les cures et proclamait les avantages au congrès scientifique de Florence (septembre 1841). Mais, quoi qu'il en soit, le sulfate de cruinine reste seul en usage , et garde jusqu'à ce jour une sorte de privilège exclusif dont il ne paraît pas devoir être dépossédé de sitôt Pour en finir ici avec la médicamentation quinique, il me semble à propos de relever et de stigmatiser le préjugé de certains praticiens qui font de la grossesse un cas de contre-indication : car plus d'une fois pour ma part, j'ai eu à lutter contre des consultations qu'en province où à l'étran ger, on avait données dans ce sens à des personnes de ma clientèle • or c'est là une erreur sans fondement, une supposition tout à fait en l'air' Assurément, si une fièvre intermittente abandonnée à elle-même se prolonge indéfiniment, cela ne peut qu'être nuisible à la femme grosse ainsi qu'à son fruit; et, d'autre part, les observateurs les plus éclairés s'accordent à dire , comme l'expérience me l'a démontré à moi-même, que l'administration du sulfate de quinine ne fait aucunement obstacle ni à l'heureux développement, ni à l'heureuse issue de la grossesse.
C. Traitement par la salicine. — Ce principe immédiat qui existe dans l'écorce des saules et dans celle des trembles, figure certainement m. 4y
au nombre des succédanés du quinquina les plus célèbres de notre époque. Des voix" d'une grande autorité , M. Magendie , M. Andral, M. Michel Lévy, etc., ont rendu témoignage à sa vertu fébrifuge. Moimême, dans le temps, j'ai voulu savoir par moi-même à quoi m'en tenir là-dessus , et j'ai fait une série d'expériences cliniques dans ce but. C'était en 1838, depuis les derniers jours d'août jusqu'en novembre, pendant que j'étais chargé d'un service intérimaire à l'Hôtel- Dieu (salles Saint-Paul , Saint-Bernard , Saint-Lazare et Sainte-Madeleine). A ma prière, le Bureau contrai eut particulièrement soin de m'envoyer des cas de fièvre intermittente. Or, voici, sommairement, quelles furent mes observations. Vingt et une lièvres, de divers types et d'intensité diverse, furent envoyées dans mon service. Dix-huit guérirent par le seul effet du repos et d'une diète modérée , sans autre médicament que l'innocente tisane de chicorée, ou plutôt guérirent d'elles-mêmes ; et dans ce nombre il y en avait une qui, contractée originairement à Bône, ce terrible et trop célèbre foyer d'intoxication paludéenne, datait déjà de plusieurs mois , pendant lesquels elle avait récidivé opiniàtrément à fréquentes reprises, et qui nous offrit, dans la récidive soumise alors à nos regards, les formes les plus graves, type quarte, douleurs aux hypocondres, accès de vingt-deux heures de durée, etc. Des trois cas restans, il y en eut deux dans lesquels l'intervention de la salicinc parut avoir eu quelque efficacité : 1° chez un homme qui avait été à Bône, puis à Rochefort , et qui, après nous avoir présenté en type tierce un premier accès de trente-six heures, puis un second de dix-neuf heures, continua d'obtenir , toujours par la seule influence de la médecine expeclante , une diminution progressive de ses accès, jusqu'à se voir enfin délivré d'accès proprement dits, mais en conservant néanmoins de l'insomnie et de l'agitation toutes les nuits, et qui obtint, dès l'administration de vingt-cipq grains de salicine , un mieux complet , subit et soutenu ; 2° chez une femme , qui , dans le premier accès dont nous eûmes le spectacle à l'hôpital , nous offrit une fièvre d'environ vingt heures et , avec cela , des syncopes, eut ensuite cinq autres accès en type tierce aussi longs que le précédent , et aussi violens moins les syncopes , et puis, sous l'influence d'une close quotidienne de quarante grains de salicine, vit sa maladie diminuer peu à peu d'accès en accès et enfin s'éteindre tout à fait. Mais le troisième et dernier cas , il faut le dire , ne fait pas beaucoup d'honneur à la salicine : c'est celui d'un homme atteint d'une fièvre tierce fort grave avec grande diarrhée; tout allait de mal en pis malgré vingt, quarante, soixante grains de salicine par jour; et, au contraire, une bonne dose de sulfate de quinine (2^i grains à l'intérieur et autant par la voie endermique) coupa court en même temps à la fièvre et à la diarrhée. D'où je conclus , pour mon compte, que la salicine, si tant est qu'elle possède réellement quelque vertu fébrifuge, n'égale pas à beaucoup près la puissance de la quinine
D. ]'entouses scarifiées sur l'injpocondre gauche. — Moyen préconisé par M. Nouai, dans un Mémoire à l'Académie de médecine (séance du 5 mai JS/iO) : non pas, cel les, comme remède principal et qui tienne lieu de sull'ate quinique , mais comme une ressource auxiliaire bien faite pour combattre particulièrement l'intumescence de la rate, et qui, par là, aiderait beaucoup à l'action du spécifique et permettrait d'en économiser les doses sans rendre le succès ni moins prompt ni moins sûr Mais, après tout, est-ce là un point indubitable , une vérité bien positive ?
E. Médicamentation arsenicale. — Signalée, il y a longtemps déjà comme vraiment héroïque pour des cas invétérés et d'une opiniâtreté désespérante. — Entre autres auteurs qui en ont rendu témoignage dans les xvii' et XVIIIe siècles, bornons-nous à citer Wepfer ( Cic. aquaticœ historia. — Cap. xxi, Schol. 2) et Lanzoni (dans son Traité De venenis cap. xxvn). — De nos jours, M. Boudin s'est efforcé d'établir que l'acide' arsénieux devrait être substitué, du moins en règle générale, au sulfate de quinine dans le traitement des fièvres intermittentes, comme étant un remède infiniment moins coûteux, et toutefois doué d'une vertu aussi grande ou fort à peu près. Mais, malheureusement, cette préteniion ne se trouve pas justifiée par-devant le contrôle d'une observation impartiale et sévère. Voir, par exemple, un article de M. Henri Ginirac {Quelques faits relatifs à remploi des préparations arsenicales dans le trait, des fièvres intermittentes. Dans le Journ. de méd. de Bordeaux, octobre 18u5) : article où ce jeune médecin, d'après les résultats observés dans le service de son père à l'hôpital Saint-André , nous montre combien en réalité, l'acide arsénieux est peu propre à remplacer le quinquina; combien, indépendamment des dangers attachés à sa qualité de poison violent, il est impuissant à couper tout de suite, ou , comme on dit
à juguler les fièvres intermittentes. Et que dedocumensdu même genre ne pourrais-je pas encore apporter ! En somme, sachons-le bien, l'acide arsénieux, pas plus que la poudre de houx, la petite centaurée ou tant d'autres prétendus succédanés du quinquina, n'exerce sur les fièyres intermittentes une influence spécifique. Si vous prenez pour méthode de l'administrer de prime abord à toutes celles qui vous seront confiées, vous n'aurez que des guérisons peu rapides, ou, pour mieux dire, que des guérisons qui eussent été aussi bien et aussi vite opérées par les simples soins de la médecine expectante. Mais, je me hâte de l'ajouter il est certains cas exceptionnels dans lesquels la médicamentation arsenicale me paraît de nature à rendre d'éclatans services : je veux parler de cas rebelles à la médicamentation quinique. Car à quoi recourir alors si ce n'esL à quelque grand moyen de médication dépurante? (\kk-h.) A ce litre, assurément, les arsenicaux méritent bien d'être alors essayés; et plus d'une fois, suivant le témoignage de bons observateurs, ils ont mervcilleusement réussi. Je tr nve. dans les notes de ma pratique d'hôpita!. un
fait de celle sorte. J'en ai l'observalion rédigée tout au long par mon interne Bornei ( Année 18£i4. — Hôtel-Dieu annexe, salle Saint-Auguslin). En voici seulement la substance: — Marie Rlorin , atteinte d'une fièvre intermittente que, plusieurs mois auparavant, j'avais infructueusement combattue par le sulfate de quinine à haute dose, entra de nouveau dans mon service, et, après avoir pris, pendant vingt jours consécutifs, une tisane chargée d'acide arsénieux, à la dose d'un centigramme par jour, se trouva enfin délivrée de cette fièvre.
ARTICLE III