‹ Élémens de pathologie médicale (volume 2)Chapitre 34 sur 54 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

Voir n03 92 {Virus) et 96 {Contagion).

1482. Idée sommaire du chapitre. — Il s'agit d'étudier les huit genres de maladies que voici : 1" la variole et autres maladies varioliqoes, ou mieux, en un mot, l'intoxication variolique ; 2° la rougeole; 3° la scarlatine; k° la sypbilis; 5° la rage; 6° la morve ; 11 la coqueluche; 8° je typhus. Ce sera le sujet de huit articles qui vont suivre.

Personne, j'imagine, n'osera nier que ces maladies-là soient virulentes, contagieuses : tant les faits parlent clairement, tant l'évidence est grande à cet égard! Le scepticisme ne saurait être ici qu'une excentricité absurde, qu'une protestation insensée contre l'orthodoxie médicale.

30& PATHOfeOefoî MÉDICALE.

Dieu me garde d'insister plus longtemps sur un point clair comme le

jour, et consacré par l'unanimité ou la presque unanimité des voix!

Pour ce qui concerne la théorie générale des maladies virulentes , je renvoie nos lecteurs aux considérations que je leur ai précédemment exposées touchant les virus et la contagion et que je viens de leur rappeler avec le titre même du présent chapitre. Là, je crois avoir dit tout ce qu'il y a d'essentiel. Je ne dois pas y revenir, ni pour entrer dans des développemens que les homes fixées à mon ouvrage m'interdisent, etqui, d'ailleurs, les principes une fois posés, se présentent naturellement à la réflexion de tout esprit méditatif, ni, encore moins , pour perdre mes pages à redire purement et simplement ce que j'ai déjà dit.

Mais, dans les huit genres nosographiques ci-dessus énumérés , il en est trois , les trois premiers , qui forment dans la famille une tribu à part, une tribu très distincte et très naturelle. Les maladies varioliques, la rougeole et la scarlatine se groupent à merveille sous une dénomination commune, celle de fièvres éruptives contagieuses. Il existe, entre ces trois genres de maladies, bien des traits de ressemblance , bien des analogies, bien des points de comparaison, qu'il importe d'envisager et dont je vais donner un bref aperçu dans le suivant numéro.

1483. Quelques propositions touchait les fièvres éruptives contagieuses considérées en général (U82.). — A. Les fièvres éruptives contagieuses présentent les trois modes possibles de contagion (96. A.) : elles se montrent transmissibles de l'individu malade à l'individu sain , non seulement par suite d'un contact visible soit immédiat soit médiat, mais encore par voie de contagion invisible ou miasmatique. C'est dire que les virus qui engendrent ces fièvres-là, sont des virus volatils.

B. A en juger d'après le genre des maladies varioliques, nommément d'après la variole proprement dite et la vaccine , avons-nous droit de poser en principe que le virus de toutes les fièvres éruptives contagieuses réside sinon exclusivement , du moins principalement et fort abondamment, dans l'éruption même, dans les produits exanthématiques , pus, croûtes, squames? Cela est, assurément, très probable. Mais toujours est-il que la variole et la vaccine sont , dans celte famille naturelle de maladies, les seules dont la transmission par inoculation soit un fait évident et sûr, et puisse, pour ainsi dire, s'opérer journellement à volonté. Pour la rougeole , pour la scarlatine , il y a désaccord et contradiction entre les observateurs qui ont fait des expériences d'inoculation; peu disent avoir réussi.

C. Il est assez ordinaire que les fièvres éruptives contagieuses se montrent en manière d'épidémie: ce qui s'explique à merveille par leur mode de contagion miasmatique. Notons, au surplus, que, dans chaque épidémie, il y a, sous le rapport des caractères de l'éruption elle-même, comme aussi sous celui des symptômes accessoires et des complications, en un mot, sous le rapport de la bénignité ou de la malignité du drame

MALADIES INCONTKSTAHLKMENT VIRULENTES. 305

morbide, une sorte de cachet commun, non pas assurément à tous les cas individuels, mais à la plupart d'entre eux.

D. Généralement , les fièvres éruptives contagieuses n'attaquent un individu qu'une seule fois dans toute la durée de la vie. Il y a des exceptions , sans doute ; et je ne veux pas , à Dieu ne plaise , les passer sous silence. Mais ce sont des exceptions rarissimes. La règle est qu'une première atteinte crée pour l'avenir une solide immunité (96. D.).

E. Les fièvres éruptives contagieuses offrent , avant l'apparition des phénomènes éruplifs, une période de symptômes précurseurs bien tranchée et bien distincte, qui dure un, deux , trois jours ou même davantage; période prodromique (53. E.), quevj'ai dû signaler à nos lecteurs dès mon premier volume , et que j'ai signalée comme ayant dans son ensemble symptomalique une physionomie vraiment à part (53. G.), comme constituant assez souvent la crise la plus grave de la maladie (53. H.), comme étant même quelquefois mortelle. Et, par le fait même de celte période prodromique , force est bien de reconnaître dans ces fièvres-là une affection générale incontestablement essentielle , et où l'éruption n'est qu'un phénomène de seconde date, phénomène , il est vrai, caractéristique et très important, mais non pas (car bien s'en faut) la condition fondamentale du drame morbide.

F. Aussitôt que l'exanthème commence à paraître, et, pour ainsi dire, à poindre, l'appareil fébrile perd de son intensité, et généralement les troubles viscéraux s'amendent à tel point que les malades éprouvent alors une sorte de bien-être relatif. D'où la plus frappante et la plus complète évidence qu'il n'y a , entre le travail morbide de la peau et l'évolution des symptômes précurseurs, aucune relation de cause à effet. En un mot, ce sont là deux effets d'une cause commune , l'intoxication virulente, mais parfaitement indépendans entre eux.

G. En règle générale, la face, cette région où la vascularité capillaire de la peau présente un si remarquable degré de développement est ■ comme de raison, le siège par où l'éruption débute et où elle a le plus d'intensité.

H. Quant à ce qui concerne l'évolution des phénomènes éruptifs leurs phases successives et leur durée, les fièvres éruptives contagieuses se montrent soumises et comme astreintes à une régularité telle que chez un malade donné, on peut, au seul aspect des plaques érythémateuses , des papules , des pustules , des croûtes ou de la desquamation ep.dermique , assigner à peu près le quantième de la maladie Voilà aussi pourquoi ces fièvres-là sont des affections essentiellement aiguës et qui ne sont pas du tout susceptibles d'une forme chronique.

I. Outre l'exanthème, on voit se produire à peu près constamment dans les fièvres éruptives contagieuses une certaine inflammation du système muqueux, ou, si l'on veut, un énanlhème (299. C); énanthème dont la forme se montre analogue à celle de l'exanthème même, amant

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que le perincllent les différences d'organisation qui existent cuire les diverses membranes muqueuses el la peau.

J. Quant au sang, ii est certainement altéré par La présence du virus: mais c'est là une altération occulte , que l'esprit seul reconnaît , mais que les yeux ne peuvent voir. Aucun changement appréciable dans la composition du sang ne paraît se trouver lié à l'existence des fièvres éruptives contagieuses, (l'est du moins ce qui résulte des recherches de MM. Andral et Gavarret (64.). Quelquefois , mais non pas toujours, la rougeole et la scarlatine ont présenté un degré plus ou moins considérable d'augmentation des globules : la variole, jamais. La fibrine, à la période prodromique de ces trois maladies, a offert une moyenne semblable à la moyenne normale (3 millièmes); et, ce qu'il faut surtout remarquer , dans ses variations chez les divers sujets , variations tantôt au-dessous de la moyenne, tantôt au-dessus, elle n'a jamais dépassé, en ce dernier sens, le chiffre de U millièmes; après l'arrivée de l'éruption, elle va décroissant , surtout dans les cas de forme asthénique. Voilà, certes , une bien remarquable exception à la loi hématologique que M. Andral a cru devoir reconnaître , à la loi de surfibrination du sang dans les inflammations aiguës (284. A. -P.): exception dont on a vraiment quelque raison de se formaliser, et qui peut même , jusqu'à un certain point, être tournée en objection contre ladite loi, surtout à l'endroit de la variole, où la peau devient le siège d'une suppuration si abondante. Faudra-t-il donc, en dernier ressort, que la science rejette la loi comme inexacte, ou qu'elle prétende rendre compte de l'exception par la nature spécifique du mal? Quoiqu'il en soit, le fait est que ni la variole, ni la rougeole, ni la scarlatine, à moins d'être compliquées de pleurésie , de pneumonie, ou bien de quelque autre inflammation séreuse ou parenchymateuse , ne présentent de couenne inflammatoire dans les saignées.

K. Une complication fort grave, et, par malheur , trop commune, des fièvres éruptives contagieuses, — complication qui peut survenir à toutes les époques de leur cours , à la période de desquamation, par exemple, aussi bien qu'à la période prodromique, — c'est l'ensemble symptomatique connu sous le nom de fièvre cérébrale (619. G. ex.), ou, pour mieux dire, l'une quelconque des formes diverses de l'encéphalite ou de la méningo-encéphalile aiguë (619. G. et E.). Je dois avouer qu'en pareille circonstance, chez les sujets qui succombent , la nécroscopie ne montre, pour l'ordinaire, aucune altération qui soit la trace irréfragable d'une pareille inflammation. Mais on sait que cette absence de traces anatomiques de l'encéphalite n'est pas du tout, à nos yeux, une objection péremptoire , et n'est rien moins que difficile à expliquer (619. D.).

L Puisque l'exanthème n'est pas la condition première et fondamentale des fièvres éruptives contagieuses, puisqu'il n'est qu'un phénomène

de seconde date (E.), est-on fondé a croire que dans certains cas il fasse .déiaut et que la maladie consiste uniquement en symptômes fébriles catarrhaux et viscéraux? En un mot, y a-t-.ï des cas de fièvre variolleuse sans variole (variolœ sinè variolis) , de fièvre rubéoleuse sans rougeole de fièvre scarlatineuse sans scarlatine ? Oui, disent les uns SSydenham en tête. -Vaine hypothèse que cela, disent les autres, tout fiers de n ajouter aucune foi à ce qui ne s'aperçoit que parles yeux de l'esprit et de n'admettre pas d'autre réalité que ce qu'ils voient et ce qu'ils touchent -Nous nous rangeons à l'opinion des premiers, sans toutefois tnous d.ss.muler qu'elle n'est pas susceptible d'une démonstration rî! «cireuse. Mais nier le probable ne nous paraît pas non plus le fait d'une .grande rigueur de logique. Si nous adoptons l'affirmative , c'est que la probabilité nous en semble assez bien établie, eu égard surtout aux trois raisons que voici : 1» le défaut de rapport entre l'intensité de l'exaniheme et celle des symptômes généraux, à tel point que, bien des fois on voit la fièvre la plus forte et les troubles viscéraux les plus terribles soeusier avec la forme la plus faible et la moins prononcée des phénomènes exanthemat.ques , réduits dès lors à un rôle insignifiant d'où à eur éclipse totale à peine y a-t-il un pas ; 2" le cas, assez ordinaire à ,o:r pendant les épidémies de fièvres éruptives contagieuses, et bien fait oour mériter considération, le cas d'individus qui, au milieu des maaades atteints de variole, de rougeole ou de scarlatine épidémique (C ) r.ennent à être atteints eux-mêmes d'une maladie analogue moins 1W berne ; 3 immunité qui en général, à ce qu'il paraît, demeure acquise . ces ind,v,dus-la contre la contagion du virus dont ils ont une fois ,ant bien que mal , éprouvé l'influence.

M. Si 1 mtensité des phénomènes éruptifs et celle des symptômes fébriles et vsceraux n'ont pas entre elles un rapport assez constant pour mus permettre dans la théorie, d'envisager l'éruption comme une con- Hu.on essentiellement, souverainement, infailliblement régulatrice delà maladie, toujours est-il que ce rapport d'intensité se fait observer assez ordinairement pour fonder, dans la pratique, une certaine probabilité en ait de pronostic Ainsi peut-on fort bien, en général, se prononcer sur « bénignité ou la malignité de la variole d'après la quantité des bouons qn, naissent à la face; assurément , on prédira uste dans la très rraudemaj0I ,téd Au surpIus ? ^ uûe extrême inierisifé dea

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-ignés de très mauvais augure dans les fièvres éruptives contagieuses : la tard.ve appam.on de ces phénomènes, après une période prodro-

2 Gd S^t S, °"gUe C°UlUme ' Gt M si ^ A

™t dfjd par elle-même quelque chose d'alarmant; 2- leur délites-

ence voire même leur subit affaissement, peu de temps après qu'ils ont

am orsqu ,,s devraient être précisément dans le fort de leur ad

né, , les compilations viscérales graves, et surtout la méningo-encé-

phalite ; 4° l'excès de rougeur et de sécheresse de la langue , et tant d'autres symptômes typhoïdes, sous l'influence desquels, généralement du moins , l'éruption se fait mal s'ils l'ont précédée , ou se supprime s'ils surviennent après elle.

N. Quant à ce qui concerne le traitement des fièvres éruptives contagieuses, force est bien , faute d'un spécifique contre chacune de ces intoxications-là , de se borner à les soigner toutes suivant les principes que voici :

a. Médecine expeclante (126.) dans les cas simples et peu graves, qui, par bonheur, sont les plus ordinaires. Veiller particulièrement , toutefois, à ce que le travail exanthématique, cette fluxion inflammatoire ou du moins hypérémique du tissu cutané , suive son cours , pour ainsi dire, tout à son aise, et ne soit point refoulé, répercuté , réduit à délitescence par de funestes refroidissemens du corps. Mais n'allons pas croire, avec le vulgaire, qu'il faille écraser le malade sous le poids d'épaisses couvertures, — le gorger de boissons chaudes, — en un mot, le mettre en violente transpiration sans un instant de relâche. Car cela n'est bon à rien , et peut même devenir nuisible. Quoi de plus propre , en effet, à multiplier les chances de refroidissement que cette perpétuelle situation , passez-moi le mot, dans un bain de sueur? Donnons donc des boissons délayantes (132. F. «.) , mais tout au plus tièdes , mais en quantité modérée. Au besoin , même , pour apaiser une soif brûlante , donnons- les plutôt fraîches que tièdes , et même acidulées. Pour mon compte, en règle générale, je prescris la limonade de préférence à l'infusion de bourrache ; et, en bonne conscience , je n'ai qu'à m'en applaudir. Quelquefois , il est bon d'avoir recours à l'usage des bains chauds , surtout pour les enfans : c'est là un excellent moyen de tempérer la fièvre et de faciliter l'éruption.

g. Lorsque l'éruption se fait mal, qu'elle languit et s'affaisse , qu'elle vient à disparaître, ou, comme on dit, à rentrer, et qu'avec cela, surtout, l'état général du malade se montre grave et alarmant , il faut alors au plus vite exciter la peau, et y réveiller le molimen exanthématique. Bains chauds, et même très chauds (79. C. y.). Sinapismes promenés çà et là. Boissons et potions stimulantes (132. F. 6.), voire même l'acétate d'ammoniaque.

y. Obéir aux indications fournies par l'état des forces (114. C), par les symptômes prédominans (114. E.), par les complications (113. G.). Et, dans ce but, ne pas hésiter à prescrire, quand il le faut, les saignées, nonobstant le préjugé populaire qui les regarde comme funestes et absolument contre-indiquées en cas de variole, de rougeole ou de scarlatine.

Henri Roger. — {Des éruptions cutanées dans les fièvres. Thèse d'agrégation. Paris,. 1847, in-4°). Pag. 24-64 , Considérations

générâtes sur les principaux exanthèmes fébriles).

MALADIES l.\CO.\ TESTA BLEMENT VIRULENTES.

ARTICLE PREMIER

INTOXICATION VAIUOLJQUE (1482.).

1484. Dê finition du genre. — Enumération des espèces que nous y distinguons. — Sous le terme d'Intoxication variolique , à titre de terme générique, nous embrassons non seulement tous les cas de petite vérole proprement dite , mais encore certaines maladies tout autres en apparence, et cependant imputables aussi au même virus, au virus variolique , soit entravé dans son action par les prédispositions individuelles (96. E.), soit affaibli et modifié dans sa propre vertu. Il suit de là que, pour nous, l'intoxication variolique comprend les cinq espèces que voici : 1° la variole , 2° la varioloïde, 3° la varicelle, 4° la fièvre varioleuse sine variolis, 5° enfin, la vaccine. A chacune de ces espèces nosographiques nous allons consacrer un paragraphe à part ; mais auparavant traçons l'esquisse bibliographique commune au genre tout entier , et indiquons aussi, mais très sommairement , l'historique qui le concerne.

1485. Bibliographie,. — (292.) — Rhazës. — Dans le livre que les premiers traducteurs ont intitulé De pestilentiâ ( Venise , 1555 , in-8°), et que l'illustre Mead a reproduit de nouveau sous un titre plus exact ( De variolis et morbillis , Londres , 1747 , in-8°). — Décrit fort bien la petite-vérole. —Et l'on s'accorde communément à dire que Rhazès a été le premier médecin qui se soit fait l'historien de cette maladie.

Avicenne. — (Canon). Lib. IV, fen I , tractatus iv, c. 6, De variolis;— c. 7, Signa apparitionis variolarwn ( Prodiagnose de l'éruption) ; — c. 12 , De eradicatione vestigiorum variolarum.

Sydenham. — (Observationes medicœ). — Sect. m, c. 2, Variolœ regulares; — c. 3, Febris continua ann. 1667, 68 et partira 1669. — Sect. iv, c. 6, Variolœ anomalœ. — Sect. v, c. 4, Var. anomal.

— Dissertatio epistolaris ad Guiliehnum Cole de observationibus nuperis, circa curationem Variolarum confluent ium.

— Que ces écrits de Sydenham sont admirables ! Qu'ils sont dignes d'être lus et relus, — d'être lus dix fois, comme le veut Boerhaave, aph. 1379 ! Quelle vérité , quel génie descriptif dans les tableaux symptomatologiques ! Quelle sagesse profonde dans la complète et minutieuse analyse des indications thérapeutiques !

Boerhaave. — (Apkorim.) n. 1379-1403. — Voir en même temps les Comment, de Van Swieten.

Joseph Frank. — (Praxeos medicœ universaprwcepta. — T. HT, Leipzig, 1829, in-8°). Pag. 173-330 {De variolis, varicelle, vaccina et. variolâ truncatâ).

Bousquet. Traité de la vaccine et des éruptions varioleuses ou varioliformes. Paris, 1833, in-8". — Deuxième édition, 1848.

— Sur le traitement abortifde la variole au moyen des préparations mcrcurielles employées sous la forme emplasiique. ( Dans Gaz. méd., année 1846, n° 15.)

— Rapport présenté à M. le minisire de l'agriculture et du commerce par l'Académie nationale de médecine, sur les vaccinations pratiquées en France. Paris, 1850, in-8°.

Rilliet et Barthez. — ( Tr. clin, et prat. des mal. des enf. ) — T. II, p. 439-567.

Voltaire. — (Dictionn. philosoph. ) Art. Inoculation. — Parmi tant et tant d'autres titres de gloire, notre incomparable Voltaire a eu le mérite d'être le premier en France à élever la voix pour la cause de l'inoculation, en 1727.

Dezoteux et Valentin. Traité historique et pratique de V inoculation. Paris, 1799, in-8°.

Cotugno. De sedibus variolarum syntagma. — Naples , 1775, in-8°. — Cet illustre anatomiste napolitain , qui a tant fait pour l'anatomie de l'oreille interne, et à qui nous devons la découverte du fluide labyrinthique, est aussi le premier qui ait entrepris, scalpel en main, de décrire minutieusement la structure des pustules varioliques.

Herpin. Des lois de Vétiologie de la variole. (Dans Gaz. méd. , année 1832, nos82 et 91.)

Gariel. Recherches sur quelques points de C histoire de la variole et notamment sur le traitement abortif. Th. inaug. Paris , 1837 , n° 479.

NOJNAT. Mémoire sur l emploi de l'emplâtre de Vigo cum mercurio dans lavariole. (Dans Gaz. méd., année 1839, n0' 30 et 31.)

Briquet. De l'influence des préparations mercurielles sur les effets de l'inoculation du vaccin et de la variole. (Dans les Archives, septembre 1839.)

Legendre. Mémoire sur le développement simultané de la vaccine et de la variole et sur les modifications qu'exercent ces deux éruptions l'une sur l'autre. Dans les Archives, septembre 1844. — Ou bien , dans la collection des mémoires de cet observateur distingué [Recherches anatomo~pu! hologiques et cliniques sur quelques maladies de l'enfance. Paris, 1846, in-8°), p. 419-37.

CLÉRAULT. Du développement simultané de lu eurio/r et. de lu vuecine , et de leur influence réciproque Th. inaug. Paris, 1845,

MALADIES I NCOiN TESTA BLEM ENT VIRULENTES. 311

inj.ftos Thèse pleine de documens précieux, habilement classés. Conclusion : que la vaccine, inoculée pendant l'incubalion et môino au début de la variole, est encore bonne à en contrarier les développemens, à en diminuer l'intensité et le danger. Tardieu. De la modification de la variole par la vaccine. (Dans les Archives, novembre 1845). — Relation très intéressante d'un cas dans lequel , dès le premier jour d'éruption des boutons varioliques, le vaccin fut inoculé. Au lieu d'une vraie variole, la maladie ne fut qu'une varioloïde; et l'apparition de la vaccine ne se fit pas aussi vite qu'à l'ordinaire, mais seulement après l'affaissement des pustules varioliques et dans la période de leur desquamation. Devons-nous voir là la preuve d'une influence réelle, d'une influence abortive que l'intervention du vaccin exercerait sur la variole naissaute? Devons-nous acquiescer à la conclusion thérapeutique que pose M. Tardieu ? « Chez les individus non vaccinés, dit-il, l'ino- » culation de la vaccine est opportune et peut être utile, ne fût-ce » que par exception , non seulement pendant la fièvre primaire ,

» mais même au début de l'éruption variolique. »

Thomson (John). An account on the varioloïd épidémie ivhich has lately prevailed in Edinburgh. Londres, 1820, in-8°.

— An historical sketch respecting the varieties and the secondary occurrence of small-pox. Londres, 1822, in-8".

Delpech. Histoire d'une épidémie de varicelle et considérations sur la nature de cette maladie. ( Dans le Journ. de méd. de M. Trousseau , janvier et février 1840 ). — Quoique M. Delpech soutienne une doctrine tout à fait contraire à la nôtre, quoiqu'il ne veuille pas voir dans la varicelle une des formes de l'intoxication variolique, mais une maladie de nature tout autre, je me plais précisément à faire preuve d'impartialité scientifique en citant un travail estimable , dont je loue sans réserve la partie descriptive , les détails de pure observation, mais dont chacun appréciera au gré de

son propre jugement les vues étiologiques et nosographiques. ******

Jenner. Inquiry into the causes and e/fects of the variolae vaccinas. Londres, 1798, in-U°. Avec fig. — Traduit en français, par L.-C. de L***, Lyon, 1800, in-8°.

— Farther observations on the Yariolae vaccinae. Londres, 1799, m-|t°. Docp.len. Quelques études sur la vaccine. (Dans le Journ. des con-

naiss. médico-chir. , août 1839). — Travail fondé sur une très grande pratique des vaccinations et des revaccinations. Cielette. Des anomalies de la vaccine. ( Dans le Journ. de méd. de MM. Beau, Foncier, Trousseau, etc., novembre 1843.)

Serres. Rapport sur le prix relatif à la vaccine : lu à l'Institut dans la séance du 10 mars 18/15.

Van Berchem. Etudes sur la revaccination. Gand, 1846, in-8°. — Relevé général des statistiques officielles publiées dans toute l'Europe. Conclusions en faveur de la revaccination et qui tendent à établir qu'on prenne pour règle de recourir à cette prophylaxie de dix en dix ans.

Steinbrekner. Traité de la vaccine , ou Recherches historiques et critiques sur les résultats obtenus par les vaccinations et revaccinations, etc. Paris, 1846, in-8°. — Livre excellent, œuvre aussi savante que consciencieuse.

Rayer. Recherches sur la maladie dite variole des oiseaux. (Dans Gaz. méd. , année 1849 , n° 17.) — Données peu décisives, mais qui ne laissent pas que d'offrir de l'intérêt.

1486. Aperçu historique. — A. C'a été un objet de controverse entre les érudits que la question de savoir si la variole a existé dès l'antiquité, ou n'a paru que depuis l'ère moderne. En un mot, les anciens médecins grecs la virent-ils, la connurent-ils? Ce qu'il y a de très certain , c'est que le signalement positif et manifeste de cette maladie ne se trouve point chez ces auteurs-là. Or, on a peine à comprendre, ou plutôt on ne comprend guère qu'ils n'eussent jamais mentionné qu'à la légère, et en passant, un fléau si remarquable et si cruel. Que dans la collection hippocratique , où les descriptions nosologiques sont généralement fort brèves, la variole fût peu évidente, et, de la sorte, échappât aux yeux d'un savant tel que M. Litlré, qui déclare ne l'y avoir pas du tout aperçu: c'est ce qu'à la rigueur nous pourrions concéder, quoique, assurément, avec beaucoup de répugnance. Mais, ce qui me semble absolument inadmissible , c'est de supposer que Galien, le prolixe Galien , eût connu cette singulière maladie sans la décrire longuement, ex professo , dans quelque livre ou quelque chapitre à part, sans la citer dans vingt et vingt endroits de ses nombreux ouvrages et la désigner, sinon toujours , du moins quelquefois, en termes explicites. Or, dans Galien , comme dans Hippocrate, ce n'est qu'en torturant le sens de quelques passages çà et là que certains esprits , amis du paradoxe , ont pu s'imaginer et prétendre qu'il faille y reconnaître la variole. Concluons donc franchement que la variole est une maladie moderne. C'est bien là, pour nous servir des paroles de Sydenham, c'est bien là une de ces épidémies nouvelles, ou de nouveau reparues après une longue et immémoriale disparition, et qui, suivant lui, étaient imputables à des altérations encore inconnues des entrailles de la terre.

B. A quelle époque de l'ère moderne la variole commença-t-elle à ravager le monde? Voilà le point vraiment obscur, litigieux, incertain. On s'accorde communément à dire que Rhazès, ou mieux, Abou-Beckr

al Razi, surnommé le Galien arabe, qui écrivait dans le commencement du x' siècle, est l'auteur auquel la science doit la première description de la variole. Mais cela n'est vrai, rigoureusement vrai, qu'autant que nous entendons désigner tout bonnement l'auteur du traité le plus ancien que nous ayons dans nos bibliothèques concernant le sujet en question. Rhazès, il l'avoue lui-même, a copié maints auteurs arabes et syriaques, ses devanciers , qui ne nous sont pas parvenus , ou. qui gisent parmi les manuscrits ignorés, — et notamment, entre autres, un certain Aaron d'Alexandrie, médecin chrétien, qui vécut au VIIe siècle et composa en langue syriaque une encyclopédie médicale aujourd'hui perdue. Les fragmens d'Aaron qui subsistent ainsi en traduction arabe dans le livre de Rhazès , nous démontrent donc incontestablement que, trois cents ans avant ce dernier auteur , la variole existait déjà et comptait même au nombre des maladies bien et dûment reconnues et pour ainsi dire classiques. Mais il y a plus : deux de nos historiens du VIe siècle , Mariusd'Avenches, dans sa Chronique, et Grégoire de Tours, dans son Histoire des Francs , et dans son livre De miraculis S. Martini, font mention, en différens passages, d'épidémies aussi extraordinaires que meurtrières, qui dans ce siècle-là même ravagèrent les Gaules, et dans lesquelles, eu égard à certaines particularités du récit de ces écrivains , on est autorisé , j'allais dire obligé à reconnaître la variole elle-même. Que penser maintenant de l'histoire généralement accréditée, suivant laquelle la variole , censée originaire d'Arabie , a dû demeurer confinée dans ce coin de notre planète jusqu'au vir siècle, le siècle de l'ère mahométane, pour ne se propager qu'avec l'irruption de l'islamisme? Dans un pareil système , qui , certes , n'est rien moins que démontré , c'est par le progrès de la domination sarrasine , puis par le mouvement des croisades , qu'on explique comment a eu lieu la propagation de cette maladie dans toute l'étendue de l'ancien continent. Quoi qu'il en soit , il est bien avéré qu'au xme siècle la variole était très commune en Europe, et que depuis lors elle n'a pas cessé d'y exister.

C. Selon l'opinion commune, que, pour ma part , je crois très bien fondée, c'est avec les Européens que la variole s'est introduite en Amérique, pour y sévir dès lors aussi bien sur les races indigènes que sur la race des colons.

D. Sydenham est un nom qui doit faire époque dans l'histoire de la variole. Ce grand médecin du xviP siècle traça de cette maladie une description, disons mieux, une peinture à la fois brillante et fidèle, universellement admirée comme un chef-d'œuvre, comme un chef-d'œuvre jusque-là sans pareil, et que peuvent à peine égaler en valeur classique les symptomatologies plus modernes, quoique enrichies de détails nouveaux par les progrès de l'observation. Bien plus encore, il fut le réformateur de la vicieuse thérapeutique qui prévalait alors et qui ne pouvait qu'augmenter la mortalité des malheureux variolés ; il osa s'opposer

presque seul au torrent de la routine, pour proscrire la médication sudorifique et stimulante, qu'on poussait même jusqu'à l'abus le plus insensé.

E. Au commencement du XVUP siècle, la pratique d'inoculer la petite-vérole s'introduisit en Europe. C'était déjà un grand bien pour les peuples. Car, en règle générale, la petite-vérole inoculée se montre moins intense, moins hideuse, moins meurtrière que la petite-vérole naturelle, c'est-à-dire survenue naturellement et comme d'elle-même. Que de vies ainsi préservées ! Que de visages garantis d'une affreuse défiguration! Il y avait déjà longtemps que l'inoculation , ou le sait aujourd'hui , était employée chez les Chinois; qu'elle l'était en Arabie, où les pauvres Bédouins, dit-on, inoculent leurs enfans avec une épine, faute de meilleurs inslrumens ; qu'elle l'était surtout en Circassie, où les parens devaient tant craindre que leurs filles, élevées pour être vendues aux pourvoyeurs des harems , ne fussent gravées de petite vérole et ne devinssent une marchandise de rebut. Enfin, grâce au zèle d'un médecin grec, nommé Timoni , Constanlinople connut et imita cette coutume circassienne. Lady Wortley Montague . épouse de l'ambassadeur anglais , femme célèbre par la supériorité de son esprit et la virilité de son caractère , vit et apprécia les heureux résultats de l'inoculation , à laquelle elle ne redouta donc point de soumettre ses propres enfans ; et, de retour à Londres, en 1721 , elle la fit connaître et prit à cœur de la faire adopter. Sur les instances de Lady Montague, la princesse de Galles voulut que l'on mît à l'épreuve l'inoculation sur quatre condamnés à mort, graciés à cette condition ; puis , éclairée et convaincue par le succès de la quadruple expérience, elle Gt inoculer, elle aussi , ses enfans. Une fois l'exemple donné de si haut , l'usage de l'inoculation se répandit dans la Grande-Bretagne, ensuite passa de là en France et dans toute l'Europe , et, malgré les clameurs inspirées par de craintifs et superstitieux préjugés, alla se propageant de jour en jour davantage.

F. En 1798, un homme de génie, Edouard Jenner, jusque-là praticien obscur dans le comté de Glocester, annonce au monde, après vingt ans d'observations et de recherches, une bien grande découverte , celle d'un préservatif non moins puissant, mais infiniment plus innocent que l'inoculation de la petite-vérole elle-même. Voilà donc une ère nouvelle, l'ère de la vaccine. La vérité eut d'abord quelque peine à se faire accepter , à l'emporter sur la ligue des préjugés et des intérêts qui lui étaient contraires. Mais, en dépit desopposans, — les uns, encroûtés adversaires de toute prophylactique et, pour ainsi dire, partisans insensés de la petite-vérole naturelle, — les autres, fauteurs exclusifs de l'inoculation du virus même delà petite vérole, — la vaccine gagna de jour en jour des suffrages , et eut bientôt rallié la très grande majorité , la presque unanimité des médecins et des hommes éclairés. Les inoculateurs se firent vaccinateurs , ou n'eurent plus qu'à se reposer. Gloire donc

MALADIES IMCONTliSTABLEMEMT VIRULENTES. 315

à Jemier! gloire éternelle à lui! Ce n'est pas que la priorité de l'idée lui appartienne incontestablement. On la revendique , par exemple , et il y a bien à cela quelque fondement , pour un Français du siècle dernier, Rabaut, pasteur protestant en Languedoc, lequel, assuret-on , connaissait la picote des vaches , la transmission naturelle de cette éruption aux mains des personnes qui s'occupent à traire , et l'immunité dès lors acquise par ces personnes-là contre la contagion de la petite vérole; ou ajoute, même, que Rabaut avait bien vu là la possibilité de procurer cette même immunité à tout le monde par une inoculation faite à dessein; qu'il fil part de ses observations et de ses idées à un médecin anglais, qui voyageait dans le midi de la France ; et que celui-ci, de retour dans sa patrie, instruisit là-dessus son ami Jenner, qui, de la sorte, sans avoir eu lui-même la première pensée d'inoculation vaccinale , n'aurait fait que poursuivre avec une longue patience les observations nécessaires à la complète démonstration , à la consécration dogmatique de cette nouvelle prophylaxie de la variole. Mais qu'importe, après tout? iN'est-ce donc pas ici, ou jamais, le cas de dire, suivant la maxime d'un illustre penseur, qu'une telle patience, couronnée d'un tel succès, doit précisément se nommer le génie? Entrevoir vaguement une vérité nouvelle, pressentir une découverte à venir , c'est faire peu de chose pour la science , c'est mériter bien peu de gloire. Ce qui peut réellement attacher au nom d'un homme l'auréole de l'immortalité , ce sont les vérités parfaitement démontrées, ce sont les découvertes définitivement accomplies. Combien , par exemple , ne sommes-nous pas de gens qui croyons aujourd'hui à la future invention des moyens de diriger à volonté les aérostats ! Et , toutefois , une éclatante et impérissable renommée n'en sera pas moins la juste récompense de celui par qui la navigation aérienne deviendra enfin une réalité.

§ Ie'. De la Variole (1484.).

11x87. Lé finition. — Sous le nom de Variole, pris dans sa plus stricte signification et à titre de terme spécifique, nous embrassons les cas d'intoxication variolique dans lesquels les pustules phlyzaciées (45. D. t. U°) plus ou moins abondamment répandues sur toute l'étendue de la peau ont pour caractère ; 1° d'être ombiliquées, c'est-à-dire déprimées à leur centre, dans leur phase d'état ; 2° d'entrer en pleine suppuration, et d'être ainsi de vraies pustules dans toute la rigueur du mot. — Bien entendu, au surplus, qu'un cas donné doit rentrer dans ladite catégorie, pourvu que la majeure partie des pustules ait les caractères qui viennent d'être indiqués.

U88. Synonymie. — Communément, Petite vérole ; ainsi nommée depuis Je XVe siècle, par opposition à celle qui, après avoir été appelée d'abord la grosse vérole , s'est approprié et a déshonoré le nom

pris sans épilhète. — Picote : en vieux français , chez Rabelais , par exemple (livre IV , chap. 52) , — et encore aujourd'hui dans le langage populaire de certaines provinces.

1489. Etymologie. — Variola, ou plutôt, au pluriel, comme l'usage l'avait consacré depuis bien longtemps, Variolœ. C'est là un mot de basse latinité, un mot né dans le moyen âge. Je ne sache pas qu'il y en ait d'exemple plus ancien que dans la chronique de Marius d'Avenches. Est-ce avec beaucoup de raison que, pour dénommer une grave maladie inconnue à l'antiquité , les médecins adoptèrent cette forme diminutive du mot Varus , sous lequel Celse désignait on ne sait pas trop bien quels boutons du visage , l'acné très probablement , mais , à coup sûr, un exanthème bien léger, cité comme il l'est à côté des taches de rousseur et des éphélides, et qualifié, ainsi que ces taches, de bagatelle à peine digne d'un traitement quelconque. (Gels., lib. VI, c. 2.)

1490. Etiologie. — (1483. A. B. G. D.). — Indépendamment des principes généraux que je rappelle ici , et que je recommande de nouveau à la méditation de nos lecteurs, il me semble à propos de signaler, relativement à la variole en particulier, les points que voici :

A. D'après certaines expériences faites dans le temps par Cruickshank, il paraît que le virus variolique peut s'anéantir par l'action du chlore. Le pus, pour avoir été mélangé de quelques gouttes de chlore liquide , n'eut plus la propriété d'inoculer la maladie. (Voir les Annales de chimie, t. XXVIII, p. 271.)

B. Le virus variolique, d'ailleurs si volatil, et si bien fait pour propager la maladie par irradiation miasmatique non moins que par inoculation ou tout autre genre de contagion immédiate, peut, à ce qu'il paraît, dans certaines conditions où il se trouve retenu et fixé , se conserver intact fort longtemps, et avoir encore toute sa force au bout de plusieurs années. Ainsi en est-il, particulièrement, chez les cadavres de variolés , — ces cadavres dont autrefois, avant le règne de la vaccine, l'influence était si redoutée et si redoutable, — ces cadavres que Morgagni, comme il n'avait jamais eu la petite vérole, se refusait à disséquer malgré tout son zèle pour l'anatomie pathologique ( De sed. et caus. Epist. xlix , art. 32). Il résulte d'observations dûment enregistrées dans les fastes de l'art, et ratifiées, j'allais dire consacrées par l'acquiescement des esprits les plus éminens, comme Vicq d'Azyr, Jean-Pierre Frank, etc., qu'après un an, qu'après dix ans, que, même, après trente ans d'inhumation , de semblables cadavres, venant à être retirés du fond de leurs cercueils, purent bel et bien donner la maladie.

C. A quelque âge de la vie que ce soit , il se peut que la variole vienne à se développer, — à part toutefois les conditions d'immunité. Louis XV , Lacépède, voilà deux exemples célèbres du développement de cette contagion dans la vieillesse même. Néanmoins , avant le règne de l'inoculation et de la vaccine, la règle était que, dès l'enfance et même

dès la première enfance, on payai tribut à la variole, comme encore aujourd'hui à la rougeole et à la scarlatine.

D. Chose digne de remarque : l'enfant qui n'est pas encore né, peut fort bien contracter la variole, sans que la mère en soil elle-même atteinte. Il y a, dans les fastes de l'observation obstétricale, nombre d'exemples où il s'agit de femmes qui, sansavoirla variole, accouchaient d'un enfant tout couvert de pustules varioliques. En 1842 , M- Gérardin présenta à l'Académie de médecine (séance du 22 novembre) un nouveau-né qui était précisément un exemple de celte espèce. En pareil cas, au surplus, les observateurs ont pu s'assurer , du moins pour l'ordinaire , que la mère avait eu autrefois la variole, ou qu'elle avait été vaccinée.

1491. Symptomatologie. — (1483. E. F. G. H. I. J. K. M.) — Pour tout ce que la variole a de commun avec les autres fièvres éruptives contagieuses, sous le rapport de la période prodromique, de l'appareil fébrile, des complications, etc. , nous ne reviendrons pas ici sur les propositions que je me contente de rappeler au lecteur. Il ne me paraît point nécessaire d'y donner plus de développement. Bornons-nous donc à constater les traits qui sont le propre de la variole , qui lui font une physionomie à part, qui, en un mot, traduisent extérieurement la nature spécifique du mal. Mais, avant tout , il est à propos de distinguer , dans l'espèce Variole, les trois variétés que voici : 1° la variole naturelle discrète ; 2° la variole naturelle confluente ; 3° la variole inoculée. Pour plus de précision et de clarté, le mieux est de décrire séparément chacune de ces variétés.

A. Variole naturelle discrète ( Variolœ discrètes, vel distinctœ, vel interstinctœ ) : variété dans laquelle, comme l'indique son nom même , les pustules se trouvent produites à plus ou moins grande distance l'une de l'autre , ou , en d'autres termes, chacune dans un état d'isolement parfait , pour la plupart d'entre elles tout au moins. Et voilà le cas que nous prendrons particulièrement pour type de description de la variole.

«. La période prodromique a, en général, une durée de trois jours. L'un des symptômes les plus ordinaires de cette période , c'est un lumbago très vif. Après les phénomènes inhérens à l'état fébrile, c'est là sans contredit le trait le plus constant que nous ayons à remarquer, à telles enseignes qu'il est bien permis de lui attribuer jusqu'à un certain point une valeur diagnostique. On doit le regarder comme un signe qui, non pas à lui seul, mais joint à d'autres raisons, peut bien des fois nous servir à présumer, à prédire la prochaine apparition de l'exanthème variolique. Sydenham assurait avoir vu , chez les petits enfans , des accès de convulsions survenir assez fréquemment dans la période dont il s'agit : en présence d'un semblable accident chez un enfant dont la dentition était accomplie, il soupçonnait toujours que c'était là un prélude de pe-

tite vérole : « Bien des fois, dît-il convulsions le soir, et le lendemain » matin érupuon. » A pieu ne plaise, pour notre compte, que nous actions Sydenham d'erreur, quoi qu'en aient dit, dans ces So i s temps, jfcf. Ililliet et Barthez! La proposition de Sydenham concern surton les très petits enfans {Infantes). Les observations de M\I. Rilliet elBarthez se sont faites clans un hôpital où l'on admet depuis l'âge de quinze ans jusqu'à celui de deux ans, mais point au- dessous de ce der-

ZfpTrl PU1S',d'ailIeUrS' abi°urd,hui > grâce à la vaccine , la pente vérole n est plus une maladie très commune , surtout pour Ven-

iSm^t' e" Vérit(r,• "'a d,0itde Ulelt, e sa Pr°P''c ^'ie»<* en parallèle .avec la vaste expérience de Sydenham, qui, dans une ville

aussi populeuse que Londres, voyait si souvent cette maladie régner sous forme de grande épidémie.

g. tkpûshitation ne commence donc à poindre, le plus souvent du moins («.j, que le quatrième jour de la maladie; quelquefois plus tard mais très rarement plus tôt. On voit alors la fièvre (fièvre prodromique primitive, primaire, comme on voudra) , et tous les symptômes généraux s apaiser, ou même disparaître tout à fait. Du quatrième au huitième jour, les papules qui constituaient l'exanthème à son début vont grossissant et se développant , et passent par la forme vésiculeuse pour arriver enfin à Tétai de pustules phlyzaciées, assez régulièrement circulaires, d un diamètre de k à 5 millimètres environ, et caractérisées par une sorte d'ombilic central. Du huitième au onzième, jour, la suppuration étant en pleine activité, la fièvre, qui se trouve rallumée ou surexcitée, sev.tavec plus ou moins de violence et entraîne des accidens plus ou moins graves: c'est là ce qu'on nomme la fièvre secondaire, on hevre de suppuration. Enfin , dès le douzième jour , généralement, le mal entre dans sa période de déclin : les pustules crèvent , s'affaissent , et en même temps l'état fébrile s'évanouit. Les croûtes formées par la dessiccation des pustules tombent elles-mêmes, les unes plus tôt, les autres plus tard ; mais d'ordinaire, cette période de desquamation est entièrement terminée au vingtième ou vingt et unième jour. A la place des pustules, il ne reste plus que des lâches rougeâtres qui s'effacent à la longue, ou quelquefois, par malheur, des cicatrices indélébiles, déplorables stigmates du hideux exanthème.

y. Souvent il existe aussi un énanthème, une phlegmasie muqueuse, de forme analogue et de marche parallèle à l'exanthème. Là où le système muqueux possède un épithélium, c'est-à-dire vers les orifices de communication avec la peau , il peut très bien produire des pustules toutes pareilles aux pustules cutanées : c'est ce qui se manifeste spécialement sur la langue, le palais et la surface interne des joues.

B. Variole naturelle confluente ( Variolœ confluentcs ) : dont le caractère est de présenter des boulons en quantité tellement innombrable, et, pour ainsi dire, en foule tellement serrée, qu'ils se confondent entre

MALADIES INCONTESTABLEMENT VIRULENTES 31V eux et ne laissent , surtout h la face , aucun intervalle de peau saine.

«. La période prodromique amène généralement des symptômes plus graves, plus alarmons et surtout un lumbago plus déchirant que dans le cas de variole discrète. Parfois survient l'érythème rubéoliforme (316. J. «.).

Ç. La pustidation débute le plus souvent le troisième jour ; quelquefois plus tôt, rarement plus tard , ce qui est. l'inverse de la variole discrète (A. &). Voilà du moins ce que Sydenham assure, et ce qu'on s'accorde communément à répéter d'après lui. Et, toujours suivant ce grand observateur, plus l'éruption aura devancé le quatrième jour, époque particulièrement propre à l'éruption de la variole discrète , plus en général la variole se montrera confluente. C'est aux mains et aux pieds que les pustules acquièrent le plus de volume ; et, à mesure que l'on remonte de l'extrémité des membres vers le tronc , on trouve les pustules de plus en plus petites. Le gonflement de la face et surtout des paupières , toutes couvertes de boutons ou de croûtes selon la phase du terrible exanthème, constitue un masque hideux, sous lequel le malade éprouve le double supplice d'être horriblement méconnaissable et d'avoir les yeux forcément clos et plongés dans l'obscurité. La dessiccation des pustules et la chute des croûtes veulent plus de temps et s'accomplissent donc plus tardivement que dans le cas de variole discrète.

y. En ce qui concerne les accidens à'énanthème, rappelons surtout la stomatite varioleuse, que déjà, en Nosographie organique (&27-8), j'ai décrite tout au long, et qui, avec son abondant ptyalisme, est un accompagnement presque constant de la variole confluente.

S. La terminaison est assez fréquemment mortelle , tandis qu'elle ne l'est jamais ou presque jamais dans la variole discrète. Entre autres sousvariétés des plus graves , et des plus sujettes à un funeste dénoûment , signalons principalement : 1° la variole noire, qui doit cette coloration à la nature sanguinolente de l'humeur sécrétée par le travail même de la pustulation, et quelquefois aussi à un véritable purpura; 2° la variole hémorragique, celle qui vient à entraîner, par une voie quelconque, une abondante perte de sang (hémoptysie, hémorragie intestinale , hématurie, ménorrhagie, etc.); 2° la variole avec nombre d'abcès sous-cutanés, par le fait desquels le danger de mort non seulement se trouve accru , mais peut se prolonger jusque par delà le vingtième jour de la maladie, et même après la disparition des pustules et des croûtes.

C. Variole inoculée : c'est-à-dire déterminée artificiellement , et à notre gré, par le moyen de piqûres qui introduisent immédiatement le virus au sein de l'économie.

ou Une éruption locale aux points mêmes d'inoculation, voilà le résultat primitif et le plus constant. Cette éruption, toutefois , n'apparaît pas tout de suite; mais il lui faut un certain temps d'incubation. Le jour même de la piqûre, rien ne se fait apercevoir. Le second jour , on

PATHOLOC'.IK MÉDICALE.

ne voil rien encore à l'œil nu ; mais, à la longue, on distingue déjà une petite aréole rougeâtre. Le troisième jour, celte aréole augmente d'étendue; et, alors même que l'œil ne voit rien , le doigt sent une sorte de petit bourgeon papuleux. Le quatrième jour, le bouton, devenu très visible, fait éprouver quelque démangeaison, et va s'agrandissant de plus en plus ; il donne au toucher la sensation d'une lentille ; vu à la loupe , il présente déjà l'aspect d'une vésicule toute remplie d'une humeur claire et séreuse. Le cinquième jour, continuation de l'accroissement du bouton, mais sans autre caractère que la veille. Le sixième jour, enfin , les phénomènes vraiment caractéristiques, la suppuration et la forme ômbiliquée de la pustule, commencent à se dessiner, en même temps qu'une aréole érylhémateuse se déclare alentour : quelquefois, mais pas toujours, une adénite axillaire plus ou moins prononcée se met de la partie. De là au huitième jour, la pustule prend plus de développement, se caractérise encore davantage, et, comme on dit dans l'école, accomplit sa période d'état, pour passer ensuite, —ai-je besoin de le dire? — à la période de dessiccation et de desquamation.

g. Une éruption générale, éruption secondaire, vient d'ordinaire s'adjoindre à l'éruption locale ci-dessus décrite. Précédée d'un appareil fébrile qui se déclare du septième au huitième jour d'inoculation , et qui fait prélude durant environ trois jours , elle débute par le visage , puis s'étend au tronc et aux membres, tout comme la petite vérole naturelle. Mais, d'ordinaire encore, elle ne se compose que d'un petit nombre de boutons épars çà et là et fort loin les uns des autres; tantôt plus, tantôt moins, mais en moyenne trente à quarante, à ce que nous assurent les auteurs compélens. C'est donc là la variole la plus discrète et la plus bénigne qu'on puisse imaginer. Les boutons ont beau grandir et venir en suppuration; ils sont trop peu pour causer la fièvre, et suivent tout bonnement leur marche jusqu'à la fin sans mettre en danger le moins du monde les jours du malade. La plupart du temps, d'ailleurs, au lieu d'entrer en pleine suppuration, ils avortent de la même façon que ceux de la varioloïde, dont il va être question ci-après (l/i94.). Dans quelques cas, il arrive même que celte éruption secondaire fasse complètement défaut. Mais, clans certains cas aussi, il faut le dire, par une exception malheureusement inverse, l'éruption secondaire se montre confluente , s'accompagne de symptômes fort graves, et peut même entraîner la mort. En résumé, l'inoculation n'en était pas moins, avant la découverte de la vaccine, un grand bienfait, une ressource des plus précieuses et des plus utiles à l'humanité. Pour quelques victimes sacrifiées avant l'heure , combien de vies n'élaient-ellcs pas sauvegardées! Et La Condamine, comparant la petite vérole naturelle et la petite vérole inoculée, s'écriait avec raison : « La nature nous décimait, l'art nous millésime. »

y. Les marques de la maladie , très profondément empreintes pour l'ordinaire aux points où furent pratiquées les piqûres d'inoculation ,

\U1.\DIES I N CO N TEST A II L E M EX T YKtUI.F.iN TES. 321

sont sur tout le reste du corps ou nulles ou fort légères , abstraction faite toutefois des cas rarissimes exceptionnellement malheureux.

1492. Quelques mots concernant l'anatomie des pustules varioliques. — A. Voyons, premièrement, à quoi tient la l'orme ombiliquée de ces pustules. Quand elle commence à exister, l'exanthème n'est réellement encore qu'à l'état vésiculeux. Si l'on ouvre la vésicule par la circonférence , en ayant soin de respecter la partie centrale , on constate une adhérence filiforme, dans celte partie-là même, entre l'épiderme et le derme : c'est là ce qui détermine l'existence de l'ombilic. Plus tard, l'adhérence une fois rompue, il n'y a plus d'ombilic, et la pustule a une forme globuleuse. Quant à donner la raison de l'adhérence dont il s'agit, faut-il, comme quelques médecins le veulent aujourd'hui , attribuer le phénomène aux conduits excréteurs des glandes cutanées? En un mot, faut-il y voir la résistance de ces conduits à l'épiderme qui les tire, soulevé qu'il est lui-même par un afflux de sérosité ?

B. Du quatrième au cinquième jour de l'éruption, une sécrétion pseudo-membraneuse commence à se montrer dans l'intérieur du bouton, et elle continue de se produire jusqu'au sixième ou huitième jour. C'est là ce qu'on a coutume d'appeler, mais fort improprement et par erreur, la phase de suppuration. M. Rayer a étudié et décrit avec un soin particulier la pseudo-membrane des pustules varioliques. Bornonsnous ici à noter que cette pseudo-membrane, d'un blanc opaque, d'une consistance molle et à surface assez rugueuse, tantôt remplit exactement la pustule , et tantôt se trouve recouverte d'une certaine quantité de sérosité, ou plus tard de pus.

G. La pseudo-membrane une fois formée, il s'y joint du pus véritable ; mais la suppuration n'est point aussi considérable qu'on le croit communément; elle ne se produit guère clans un degré tant soit peu notable que lorsqu'il y a érosion, ulcération du derme. Et c'est seulement en cas d'ulcération qui aille jusqu'au chorion même et l'entame profondément, que les pustules laissent après elles d'éternelles cicatrices.

l/i93. Thérapeutique. — (U83. N.) — Indépendamment des grands principes de traitement que j'ai posés plus haut, et à la méditation desquels je renvoie le lecteur, voici encore, à l'égard de la variole en particulier, quelques points qu'il importe de connaître et dont, au besoin, il faut tirer parti. ,

A. Les topiques mercuriels, employés dès les premiers jours de l'éruption, ont pour propriété d'enrayer le développement des boutons sur lesquels on les applique, soit sous forme d'emplâtre permanent, soit en onctions suffisamment réitérées: ils empêchent la sécrétion pseudo-membraneuse et la suppuration ; en un mot, ils font avorter la postulation. Déjà, dans le dernier siècle, l'un de nos plus grands maîtres, Van Swietcn (Aphorism. 1392), entre autres faits favorables à l'emploi des préparations de mercure comme moyen prophylactique ou curatifde la périt. 21

322 PATHOLOGIR MÉDICALK.

tite vérole, avait, sur le témoignage du célèbre chimiste Malouin , accueilli et comme ratifié une observation qui offrait un exemple on ne peut plus frappant de l'action neutralisante localement exercée par un emplâtre mercuriel. De nos jours, M. Serres, après avoir traité nombre de varioles confluenles par l'application d'un emplâtre de Vigo sur la face , s'est fait avec la plus ferme conviction le patron de celte méthode de traitement, qu'il appelle méthode ectrotique. Un élève de M. Serres, M. le docteur Gariel, a consacré sa thèse inaugurale et divers articles de journaux à faire connaître cette méthode et à en démontrer les avantages. Riais pourquoi, dira-t-on , restreindre une semblable méthode à n'agir que sur la face seulement? C'est qu'il suffit de faire avorter la pustulation là surtout où la violence de l'inflammation cutanée entraîne un grand danger, là surtout où il importe que la peau ne soit pas à jamais gravée de hideux stigmates. Et d'ailleurs, peut-être serait-ce une chose bien dangereuse que d'arrêter ainsi sur toute l'étendue de la surface cutanée le molimen exanthématique ; peut-être seraitce là une répercussion des plus nuisibles et des plus funestes. Quoiqu'il en soit, bien des observateurs ont mis à l'épreuve la méthode ectrotique, et lui ont rendu bon témoignage : entre autres , deux de nos collègues des hôpitaux, M. Nonatet M. Briquet, que j'ai dû particulièrement citer dans la bibliographie du présent article; M. Fauconneau-Dufresne, qui a publié , dans la Revue médicale (juin 18/i5) , une très intéressante Note sur l'épidémie variolique de Stains (village près de Saint-Denis) ; et, enfin , moi-même , — car j'ai voulu, moi aussi, voir de mes propres yeux, et j'ai soumis à cette méthode , avec le plus heureux succès , nombre de malades, notamment un de mes neveux, jeune enfant de trois ans. Au lieu d'un emplâtre de Vigo, on peut employer l'onguent mercuriel, soit en frictions répétées trois à quatre fois par jour, comme chez les varioleux dont nous parle M. Fauconneau-Dufresne, — soit en manière de topique permanent , comme le préfère M. Briquet. Voici , au reste, quelle est précisément la formule du topique que ce dernier a coutume de prescrire: — Onguent mercuriel, 3 parties; Amidon, 1 partie.

B. Il est encore un moyen de faire avorter les boulons varioliques: c'est de les percer avec la pointe d'une lancette ou d'une aiguille dès leur phase vésiculcuse, et de les cautériser avec le crayon de pierre infernale. Mais, sachons-le bien , cette cautérisation-là est excessivement douloureuse. Et, en vérité, elle est précisément impossible à mettre en pratique dans la variole confluente ; car, alors, il ne s'agirait de rien moins que de cautériser le visage tout entier, où pas un intervalle ne se montre libre et sain. Ce n'est guère que pour quelques boulons isolés , et particulièrement pour ceux qui se produisent vers le bord libre des paupières , qu'il est bon d'avoir recours au procédé cathérélique en question.

C. Voici une pratique île Sydenhani , mise île côté aujourd'hui par la plupart des médecins, mais que, pour mon compte, je n'en crois pas moins fort bonne à suivre. Dans la variole conlluente, chaque soir, à partir du cinquième ou sixième jour , Sydenhani donnait aux adultes une préparation parégorique (14 gouttes de laudanum, ou bien une once de sirop d'opium, dans une potion). « Cela, dit-il, procure un doux » sommeil, prévient la phrénésie, et n'a aucun inconvénient. » Mais, à l'égard des enfans, la même indication ne subsiste plus : car ils dorment ordinairement assez bien pendant tout le cours de la maladie.

D. Pourlescasde variole noire (1491.B. à), telsqu'ilsse présentèrent à lui en grand nombre dans l'épidémie de 1074-5, Svdeiiham loue comme un remède éminemment utile, et presque comme un spécifique, V esprit de vitriol (acide sulfurique) , soit mêlé à de la petite bière où on l'aura versé goutte à goutte jusqu'à légère acidité et qui servira de boisson ordinaire, soit pris dans un julepou dans une simple cuillerée de sirop.

E. A la période de déclin ou de desquamation, lorsque la face se trouve couverte d'une croûte dure et aride, il est à propos d'y faire pratiquer, comme c'était la coutume de Sydenhani , de fréquentes onctions avec l'huile d'amandes douces. M. Nonat recommande particulièrement, pour cette période-là, l'emploi du bain; il se loue fort d'y avoir recours de deux jours l'un.

§ II. Se la Varioloïde.

1494. Définition. — Éruption tout à fait semblable dans ses premières phases à la variole proprement dite, et se caractérisant, comme celle-ci, par la forme ombiliquée des pustules, mais qui.au lieu d'entrer en suppuration, avorte en quelque sorte, et aboutit tout à coup à la phase de dessiccation croûleuse et de desquamation, sans presque jamais compromettre sérieusement la vie des malades.

1Zi95. Synonymie. — Variole modifiée, mitigée, avortée : ainsi disait-on, avant que le mot Varioloïde, terme proposé il y a une vingtaine d'années par Thomson d'Edimbourg ; eût pris cours, et, grâce à l'usage , eût enfin acquis force de loi. — Variolœ truncatœ , de Joseph Frank.

Ifi96. Ancienneté de la varioloïde, — Le nom de varioloïde est nouveau : mais la chose est, à ce que je crois, très ancienne, aussi ancienne que la petite vérole elle-même. Toujours est-il du moins que cette forme bénigne de l'intoxication variolique n'a pas attendu, pour se montrer, l'ère de la vaccine. Depuis lors, elle a pu, — je dirai même, elle a dû devenir plus commune qu'auparavant : nous verrous tout à l'heure pourquoi. Mais, ce qui est incontestable, c'est qu'elle s'était déjà produite et qu'elle avait déjà obtenu l'attention des esprits observateurs. Entre autres preuves de l'assertion qui précède, je citerai un passage de

PATHOLOGIE M itDICALK.

Van Swieten (Apbor. H80), passage relatif à une épidémie varioliquede 1734-5, et dans lequel l'auteur rapporte que, sur la fin de l'épidémie, on vit régner, au lieu de la petite vérole proprement dite , une sorte de petite vérole bâtarde, appelée en flamand steenpokken, doni les boulons ne suppuraient point du tout (•). On ne me saura pas mauvais gré, j'imagine, de citer encore à cet égard ce qu'une femme d'un grand esprit, madame Roland , nous raconte concernant elle-même ; voici ses propres

paroles : « Je tombai malade de la petite vérole à dix-huit ans (2)

» Je n'eus de la petite-vérole que des boutons extrêmement gros et rares, » qui s'aplatirent insensiblement sans suppuration , et ne laissèrent » qu'une peau sèche qui tomba facilement. C'est , ine dit le docteur » Missa, la petite vérole que les Italiens appellent ravaglioni , boulons y> de fausse suppuration ; elle ne laisse point de traces. Et véritablement » le poli de la peau ne fut pas même altéré chez moi par celte maladie.» (Mémoires de madame Bol. , IIe partie). Voilà , certes, un témoignage qui , à lui seul , serait décisif et péremptoire : quoiqu'il vienne d'une personne étrangère à l'art, il n'en a pas moins de valeur; les termes en sont tels qu'il est vraiment impossible de n'y pas voir le signalement même, l'indubitable signalement de la varioloïde.

1497. Etioiogie. — La varioloïde , tout le monde l'avoue, est due incontestablement à l'action du même virus que la variole. Les mêmes rapports contagieux (contact proprement dit, inoculation, rapports de simple proximité) par suite desquels celle-ci prend naissance, font naître aussi bien celle-là. D'où provient donc la différence? Ce qui doit en rendre compte, c'est la disposition particulière de l'individu. Si le virus de la petite vérole a pour résultat, chez certaines personnes, de produire la varioloïde, c'est que, chez ces personnes-là, l'aptitude à éprouver les effets du virus n'est ni entière ni réduite à zéro. En un mot, il n'y a, chez elles, qu'une demi-aptitude , ou, si l'on aime mieux, une demiimmunité; ce qui revient au même, mais en partant d'un autre point de vue. Or, cette demi-immunité peut fort bien être le fait d'une idiosyncrasie originelle. Encore mieux se peut-il qu'elle soit, comme l'immunité absolue (L'i83. D.), un avantage acquis au prix d'une variole antécédente. Mais, ce qui la rend aujourd'hui beaucoup plus commune qu'autrefois, ce qui lui donne origine le plus ordinairement sans comparaison, c'est la vaccine, • — la vaccine, dont, chez un certain nombre de gens du moins, la vertu préservalive n'est point absolue et d'éternelle durée , mais , il faut bien le reconnaître , s'affaiblit avec le temps.

(>) « Spurium quoddam genus {Sleenpolcken soient vocare), quœ pustuîa? nun- » quàm suppurantur, sed indurescunt et decidunt. »

(2) C'était en 1772 , c'est-à-dire, plus de vingt ans avant l'avènement de la

varcine.

MALADIES INCOINTEsTABLliMENT VIRULliMES. 325

1698. Symptomatologie. — (1683. E. F. G. H I. J. — U91. A.) — Fièvre prodromique , de trois à quatre jours de durée pour l'ordinaire. Quelquefois, encore ici, entre autres préludes, l'érythème rubéoliforme apparaît comme avant-coureur immédiat de l'éruption. Celle-ci une fois déclarée, la lièvre s'apaise et s'éteint pour ne plus reparaître du tout. Jusqu'au cinquième ou sixième jour de la maladie, les boutons u'ont ni dans leur forme ni dans leur marche rien qui les fasse distinguer de la petite vérole proprement dite. [Mais ensuite, au lieu de la phase d'activé suppuration, au lieu de la fièvre secondaire, on voit les boutons s'affaisser, se dessécher, et se transformer insensiblement en croûtes; et puis ces croûtes tombent dans le cours du second ou troisième septénaire. Si tous les boutons ont réellement avorté de la façon que je viens de dire , si pas un n'a poursuivi sa carrière comme un boulon de petite vérole proprement dite, si, en un mot, le cas donné est un cas de varioloïde pure, absolument pure, l'exanthème ne laissera de cicatrice sur aucun point.

1499. Thérapeutique. — Rien de particulier à noter ici. Il ne s'agit que de suivre et d'appliquer, selon les circonstances de chaque cas , les principes que j'ai posés ci-dessus (1483. N.) dans la théorie générale des fièvres éruptives contagieuses.

§ III. De la Varicelle (1484.).

1500. Définition. — Intoxication variolique très légère qui se caractérise par l'éruption de pustules non ombiliquées, ou même de simples vésicules, disséminées en plus ou moins grand nombre sur toute l'étendue de la peau. — C'est là, en vérité, comme l'indique le nom même, un diminutif qui se montre tel , non .pas seulement quant au dénoûment, comme la varioloïde, mais bien de tout point et d'un bout à l'autre.

1501. Etymologie. — Varicella : terme créé sur la fin du dernier siècle. Voyez Sagar (Systema morborum. — Gen. xlii, et geu. CDXLvm; — par un étrange double emploi), et Cullen {Apparatus ad nosologiam. — Gen. xxvn). — (66.). — Sydenham avait fort bien connu ce que nous appelons la varicelle, mais il ne la désignait encore que par une périphrase [Adulterinum variolarum genus aliquod). Et, près d'un siècle encore après Sydenham, Sauvages non plus ne la recensa que sous une dénomination complexe, à l'aide du nom générique et de l'épithèie spécifique {V ariold lymphatica. — Nos. meth. Class. III, gen. il, sp. 1).

1502. Synonymie. — Vulgairement : Petite vérole volante; Variolette ; Vérolette. — Chicken-pox ('), ou Swine-pox (2) des Anglais, selon que l'éruption affecte la forme vésiculeuse ou pustuleuse.

(') Petite vérole de poulet. — (l\ Petite vérole décoction.

1503. Etiologîe. — La varicelle règne presque toujours en même temps que (a variole; et alors elle s'atlaquc généralement aux personnes vaccinées ou à celles qui ont déjà eu la variole auparavant. C'est là une des raisons qui font croire qu'elle doit son origine au v irus variolique; et rien déplus facile, rien de plus légitime que de se rendre compte d'un semblable effet par le bénéfice d'une immunité non pas absolue sans doute, mais quelque peu défectueuse, condition éliologique des plus admissibles et des plus aisées a concevoir chez ces personnes-là.

Cependant, quelquefois aussi, la varicelle vient fort bien sans la condition de la vaccine ou d'une variole antérieure. Et alors il est un peu plus malaisé de comprendre pourquoi l'intoxication reste bornée à cette forme bénigne et ne va pas jusqu'à se traduire en petite vérole, ou en varioloïdc tout au moins. Est-ce disposition particulière de l'individu donné, qui se trouvait pour le moment, sinon pour toujours, réfractaire à l'action du virus? Est-ce , au contraire , insuffisance du virus même, soit par défaut de quantité, soit par altération de qualité? Quoi qu'il en soit, ce développement de la varicelle chez un sujet non vacciné et qui n'a point eu la petite vérole, n'empêche guère celle-ci de se produire dans la suite. L'économie animale n'est pas, à ce qu'il paraît, assez profondément modifiée; et, après comme avant la varicelle, l'aptitude à la petite vérole demeure la même , en règle générale du moins.

Avoir la varicelle une fois en sa vie, c'est le cas de tout le monde ou à peu près. Il y a peu d'exemples de gens qui l'aient eue deux fois.

Certains pathologistes, je dois le dire, professent, touchant l'éliologie de la varicelle, une doctrine diamétralement opposée à la nôtre. Ils ne veulent point admettre qu'il y ait le moins du monde, entre la varicelle et la variole, quelque communauté de nature , quelque rapport de parenté. Ils voient là deux maladies tout à fait distinctes dans le fond , quoique assez analogues par la forme.

Si dans ce débat j'ai pris parti aussi franchement , aussi positivement que je fais, ce n'est pas sans avoir longuement médité les raisons poulet contre, ce n'est pas sans avoir compté et rassemblé d'excellentes autorités h l'appui de l'opinion qui, rien que par elle-même, me séduirait le plus. Mais faute d'espace , je dois ici m'interdire une dissertation ex professo et en règle. J'ai dû dire et j'ai dit ce que je crois vrai. Que le lecteur y réfléchisse de son côté, et puis me suive ou m'abandonne selon son propre jugement.

1504. Sxjmptomatologie. — (1483. E. — J. ) — Fièvre prodromique , mais peu violente , et qui ne dure que vingt-quatre à trente-six. heures. Éruption vésiculeuse ou pustuleuse , souvent mixte et offrant sur la même personne les deux variétés ( Chicken-pox et Swine-pox), quelquefois même se trouvant mélangée par-ci par-là de quelques boutons qui prennent exactement la forme et la marche de II varioloïde ou

de la variole elle-même; et, soit dit en passant, voilà bien encore, dans cette dernière circonstance, une forte raison de croire à la nature varioliquede la varicelle. Quoiqu'il en soit, les boutons varicelleux acquièrent, en deux ou trois jours, tout leur développement; puis ils s'affaissent, se dessèchent, et se convertissent en croûtes qui tombent un peu plus tôt ou un peu plus lard ; bref , tout est fini , d'ordinaire , en cinq , six , sept ou huit jours. Quant aux taches rougeâtres qui subsistent encore après la chute des croûtes, elles s'évanouissent peu à peu ; et la peau ne conserve aucune marque des boutons de varicelle, à moins qu'à force de se gratter et d'arracher les croûles, — comme les enfans, surtout, ont coutume de faire, — on n'ait irrité un ou plusieurs de ces boulons et qu'on ne les ait fait dégénérer en petites ulcérations : en ce cas seulement, il reste des cicatrices, mais généralement peu profondes et qui s'effacent encore avec le temps.

1505. Thérapeutique. — (1&83. N.) — Rarement la varicelle réclame-t-elle autre chose que des soins de pure hygiène et de médecine expectante.

§ IV. De la Fièvre varioleuse sine variolis (1484.).

1506. Bref aperçu. — Sydenham est-il le premier à qui soit venue l'idée du cas ici en question ? Je ne sais. Mais toujours est-il que cet excellent observateur, en nous donnant la description d'une épidémie de variole qui régna à Londres depuis l'équinoxe du printemps de 1667 jusqu'au mois d'août 1669, insiste très particulièrement sur la circonstance suivante (Sect. m, c 3).

Dès l'apparition de la constitution varioleuse , Sydenham observa un nouveau genre de fièvre, qui, par ses symptômes, sa marche et sa durée, semblait assez bien copier la variole, à l'éruption près. Ce qu'il y avait, surtout, de remarquable et de parfaitement conforme aux allures de la variole , c'était le développement d'une abondante salivation , qui , en guise de crise saluiaire, se trouvait suivie deguérison dans tous les cas. Celte fièvre attaqua un bien plus petit nombre de sujets que la petite vérole, dans le cours de 1667. Mais , l'hiver venu, elle se multiplia davantage et devint assez commune, en même lemps que les cas de petite vérole se montrèrent de moins en moins nombreux. Puis, derechef, au printemps de 1668, lors delà recrudescence de la petite vérole, elle redevint rare sans disparaître tout à fait ; elle ne disparut qu'avec la petite vérole même, au mois d'août 1669.

De plus, en 1668, pendant le règne de la variole et de cette fièvre que Sydenham appelle varioleuse , on vit régner aussi une troisième maladie , une diarrhée apyrétiquc , qu'il n'hésite pas non plus à regarder comme élantde nature varioleuse. Mais , pour ce dernier point, l'opinion de notre auteur me paraît bien plus sujette à conteslalîon.

ô^ PATHOLOGIE MÉDICALE.

Quant aux raisons qui doivent nous décider à croire, avec Sydenhaiu à la réalité de la fièvre varioleuse sine variotis, je les ai déjà indiquées plus haut (1483. L.). Je me dispenserai donc d'y revenir, niais j'invite le lecteur à se les rappeler et à les bien méditer.

§ V. De la Vaccine (1484 ).

1507. Définition. — Exanthème phlyzacié (45. D. e.); — contagieux, mais uniquement par voie d'inoculation; — issu originairement de là vache, où il s'appelle Cow-pox , et de là transporté à noire espèce , où le perpétue indéfiniment, d'individu à individu, une série continuelle de propagations successives; — doué d'une bienfaisante propriété, celle d'être un préservatif de la petite vérole, et un préservatif très puissant, quoique absolument exempt de péril, quoique à peine incommode.

Rappelons ici qu'en Pathologie chirurgicale , à l'article de la petite chirurgie, fijf. Nélaton a pris soin , non seulement d'indiquer les divers procédés communément mis en usage pour l'inoculation du vaccin, mais encore de décrire complètement la vaccine, et d'en retracer les phénomènes jour par jour (Path. chir. , chap. Ie'-, art. n , § x. — T. Ier» p. 48-51). Nous ne reviendrons donc pas sur ces points-là.

1508. Étymologie. ■— Var io l ce vaccinœ (Jenner): — de Vacca, vache. — La dénomination latine proposée par Jenner n'était, d'ailleurs, qu'une traduction littérale du terme anglais en usage depuis bien longtemps parmi les campagnards du comté de Glocester [Cow-pox :

prononcez caoupox. — C'est-à-dire, petite vérole des vaches).

1509. Nature de la vaccine. — Pour mon compte, ou le voit , je ne me suis pas fait scrupule de trancher la question, en classant ici la vaccine comme espèce particulière d'intoxication variolique. Adopter un classement semblable , c'est professer implicitement qu'il y a communauté de nature entre le virus de la petite vérole et le vaccin; que celui-ci n'a véritablement pas une essence à part, mais n'est rien autre chose qu'une modification de celui-là. Aux y^ux de certains esprits, je lésais bien, notre opinion passera pour une rêverie, ou du moins pour une hypothèse frivole. Mais, quant à moi, encore un coup, entre le parti pris , d'une part, de considérer la vaccine comme quelque chose d'absolument incompréhensible, comme un mystère à l'endroit duquel il ne faille pas hasarder la plus timide explication, et, d'autre part, une doctrine, non pas péremptoirement démontrée, il est vrai , mais assez bien justifiée par la similitude d'aspect et de marche des pustules vaccinales et varioliques , et qui a l'avantage de ramener à la loi ordinaire d'immunité (1483. D.) le privilège des personnes vaccinées, mon esprit ne saurait demeurer en suspens. Il me semble rationnel de se prononcer résolument dans le dernier sens. Là me paraît poindre et luire la vérité, que l'avenir de la science dévoilera tout à fait.

• MALADltS l.\COVl'Li>IAI(l EMliiYl \ IKULLiNTLS. 329

Quant à creuser ie problème encore plus avant , et à rechercher par où et comment s'est opérée autrefois et s'opère peut-être encore la transformation de la variole en vaccine, c'est à peine si l'état actuel de la science permet de faire là-dessus quelques conjectures. Notons pour mémoire que Jenner se crut fondé à reconnaître comme origine du cowpox la maladie des chevaux dite en anglais Grease, en français Eaux aux jambes ou Javart. Il ne doutait pas que, par l'intermédiaire des mains tour à tour occupées à panser les chevaux et à traire les vaches, la transmission du mal ne se fît d'une espèce à l'autre le plus naturellement du monde. Y a-t-il du vrai dans l'idée de Jenner? Et qu'y a-t-il de vrai? A cela, pour ma part, je ne saurais quoi répondre. Dieu me garde de rien conclure, de rien affirmera cet égard ! Je ne dois pas, moi surtout, qui ne suis guèreversé en hippiatrique et qui ne connais que de nom les eaux aux jambes, m'ingérer dans la discussion d'un si obscur problème. Les hommes spéciaux les plus experts se contredisent entre eux, et il ne nous reste, en dernière analyse, que doute et incertitude. Laissons donc à nos successeurs la tâche de résoudre s'il est nécessaire, ou non, que l'intoxication variolique, pour se métamorphoser en vaccine , fasse pour ainsi dire une étape dans l'espèce chevaline, et, là, subisse une transformation préparatoire.

1510. Jusqu'à quel point l'immunité donnée par la vaccine est-elle solide et durable? — Quepenser de la revaccination ? — A cette double question, je ne crois avoir rien de mieux ici à répondre que de reproduire textuellement les conclusions du rapport de M. Serres.

« Premièrement. La vertu préservative de la vaccine est absolue pour » le plus grand nombre des vaccinés, et temporaire pour un petit nombre. >• Chez ces derniers mêmes, elle est presque absolue jusqu'à l'adoles- » cence.

» Secondement. La variole atteint rarement les vaccinés avant l'âge » de dix ou douze ans; c'est à partir de celte époque jusqu'à trente et » trente-cinq ans qu'ils y sont principalement exposés.

n Troisièmement. En gutre de sa vertu préservative , la vaccine in- « troduit dans l'organisation une propriété qui atténue les symptômes de s la variole, en abrège la durée et en diminue considérablement la » gravité.

» Quatrièmement. Le cow-pox donne aux phénomènes locaux de la » vaccine une intensité très prononcée; son effet est plus certain que » celui de l'ancien vaccin. Mais, après quelques années de transmission »> à l'homme, cette intensité locale disparaît.

» Cinquièmement. La vertu préservative du vaccin ne paraît pas in- » timemenl liée à l'intensité des symptômes locaux de la vaccine. Néan- » moins, pour conserver au vaccin ses propriétés , il est prudent de le « renouveler le plus souvent possible.

» Sixièmement. Parmi les moyens proposés pour renouvellemcnl, le

» seul dans lequel la science puisse avoir confiance jusqu'à ce jour con- » siste à reprendre le vaccin à sa source.

» Septièmement. La revaccinalion est le seul moyen d'épreuve que » la science possède pour distinguer les vaccinés qui sont définitive- » ment préservés de ceux qui ne le sont encore qu'à des degrés plus <> ou moins prononcés.

» Huitièmement. L'épreuve de la revaccination ne constitue pas une » preuve certaine que les vaccinés chez lesquels elle réussit , fussent » destinés à contracter la variole, mais seulement une assez grande pro- » babdité que c'est particulièrement parmi eux que cette maladie est » susceptible de se développer.

» Neuvièmement. — En temps ordinaire, la revaccinalion doit être » pratiquée à partir de la quatorzième année; en temps d'épidémie , il » est prudent de devancer cette époque. »

1511. Quelques mots concernant particulièrement le cow-pox. — Ç'a été une étrange erreur universellement accréditée depuis Jenner jusqu'à ces dernières années, que de croire le cow-pox exclusivement confiné, comme une sorte de privilège local , dans le Glocestershire (comté de Glocester). Il n'eu est rien. Le cow-pox est beaucoup plus commun qu'on ne se l'était imaginé; il est réellement de tous les pays. Pour le trouver, il ne faut que le chercher. Mais toutefois , il importe desavoir que le cow-pox règne principalement au printemps; que, à l'instar de la variole humaine, il attaque de préférence les jeunes individus; que les génisses qui viennent de mettre bas sont plus particulièrement sujettes à le contracter; et que, enfin, il est proportionnellement moins rare dans les petits troupeaux que dans les grands.

1512. Des éruptions vaccinales avortées. — L'inoculation du vaccin ne donne pas toujours naissance à la vraie vaccine , à la vaccine régulière et parfaite. Mais tantôt les boutons , après avoir offert , dans les premiers jours toutes les apparences voulues, après être une fois parvenus à l'état de pustules phlyzaciées et ombiliquées, s'arrêtent tout à coup dans leur développement et entrent prématurément dans leur phase de dessiccation; tantôt même ils diffèrent encore davantage du type propre à la vaccine, et ne se développent que sous forme de pustules peu volumineuses, non ombiliquées, et de très courte durée. C'est pourquoi nous acquiesçons à l'opinion de M. Dourlen, de Lille, et, comme lui, nous croyons devoir expressément reconnaître les deux variétés nosographiqnes que voici : 1° la vaccinoïde, 2" la vaccinelle. Ces éruptions-là sont à la vaccine ce que sont à la variole la varioloïde et la varicelle : l'analogie ne saurait être plus complète et plus frappante. D'où proviennent-elles? Quelle est leur raison d'être ? C'est par l'altération du vaccin , ou bien par la résistance particulière de l'individu déjà vacciné ou qui a eu autrefois la variole, que l'on doit, en général , rendre compte de ces formes dégénérées et affaiblies de la vaccine. Quoi

qu'il en soit, gardons-nous surtout de regarder comme un sujet bien et dûment vacciné celui qui, à sa première vaccination ne contracte qu'une vaccinelle, ou même une vaccinoïde; ces éruptions bâtardes ne doivent pas inspirer de confiance, et l'on doit alors avoir recours à une

nouvelle épreuve.

1513. Pourquoi la vaccine ne serait-elle pas un commandement de la loi, un devoir imposé à tous? — Assurément, ces législateurs anciens, — les Moïse, les Mahomet, — qui ordonnaient impérieusement, au nom du Très-Haut et sous peine d'analhème, des pratiques hygiéniques bien ou mal fondées, la circoncision, les ablutions, l'abstinence de viandes réputées immondes, etc., n'eussent point failli à mettre la vaccine sous le sceau de la religion, à y soumettre tout le monde comme à un des devoirs les plus essentiels du culte. Mais, de nos jours, le pouvoir législatif n'est plus un pouvoir absolu, pour le bien pas plus que pour le mal. Il n'a plus le prestige de la théocratie; force lui est de compter avec la liberlé individuelle et avec la liberté de penser, ces droits si précieux à la politique moderne , mais qui ont , comme toute chose ici-bas , leurs inconvénient Or, la vaccine a encore ses détracteurs, au nombre desquels, bon Dieu! il y a même quelques médecins. Comment espérer jamais, à l'égard d'une vérité quelconque, l'unanimité des opinions humaines abandonnées à elles-mêmes et hors du joug d'une autorité souveraine ? Et pourtant, s'il est un moyen d'anéaniir à tout jamais la petite vérole et d'affranchir de cet horrible mal notre pauvre humanité , ce doit être, sans aucun doute, la pratique universelle de la vaccine, mais universelle dans toute la force du terme; c'est-à-dire à condition précisément que pas une exception , pas une seule n'ait lieu , ne soit là pour laisser au fléau l'occasion de se perpétuer.

ARTICLE II

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